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Beccaria

Le marquis César Bonesana de Beccaria  est un philosophe et économiste né à Milan le 15 mars 1738, mort le 28 novembre 1794. Elevé à Paris dans un collège de Jésuites, initié à la philosophie de Condillac, lié avec les encyclopédistes, il voulut, à la suite de la lecture des Lettres Persanes, se consacrer à soulager le malheur des hommes victimes de tant d'erreurs!

Son premier ouvrage date de 1762; il a pour titre : Du désordre des monnaies dans l'Etat de Milan et des moyens d'y remédier. Le comte Firmiani, qui gouvernait le Milanais pour l'Autriche, et qui était gagné à la cause des réformes, accueillit bien le jeune publiciste, et publia un recueil périodique sous ce singulier titre : le Café (il caffe), à l'imitation du Spectator qui avait eu en Angleterre un si grand succès. Mais le Café dura deux ans seulement (1761 et 1765). Beccaria y inséra des Framenti sullo stile, qui, remaniés et complétés, furent transformés en un ouvrage intitulé Ricerche interno alla natura del stilo (Milan, 1770, in-6).

L'ouvrage qui a rendu immortel le nom de Beccaria est son Traité des délits et des peines (Dei delitti e delle pene). Il parut pour la première fois à Milan (1764); il eut de nombreuses éditions et il fut en très peu d'années traduit dans toutes les langues. L'abbé Morellet le traduisit en français sur les instances de Malesherbes; Diderot l'enrichit de notes; Voltaire déclara que cet ouvrage était le vrai code de l'humanité ; Catherine II le fit insérer en entier dans son code. Des médailles furent frappées en l'honneur de Beccaria. Philosophes et encyclopédistes, hommes d'État et souverains réformateurs le proclamèrent à l'envi le bienfaiteur de l'humanité.

Mais, parmi ses propres concitoyens, Beccaria fut en butte aux attaques, aux calomnies les plus violentes. Ses ennemis réclamèrent contre lui une véritable persécution. Le comte Firmiani resta sourd à la malveillance. Il créa même une chaire d'économie politique pour Beccaria (1768). Désormais l'illustre auteur du Traité des délits et des peines ne voulut plus rien écrire. Il se consacra exclusivement à son enseignement, non sans corriger et compléter les éditions successives de son ouvrage. D'ailleurs il aimait le repos; il goûtait toutes les joies de la famille entre une épouse bien aimée et un père dont il tenait, disait-il, à respecter jusqu'aux préjugés. Enfin il écrivait naïvement à ses amis "qu'étant l'apôtre de l'humanité, il voulait éviter d'en être le martyr".

Il présenta cependant encore aux magistrats de Milan un opuscule sur la réduction et l'uniformité des mesures. Dès 1780, c.-à-d. environ dix ans avant les décrets inspirés par la Constituante, il proposait de tirer des mesures célestes un système décimal rationnel de poids et de mesures. On trouve encore dans ses oeuvres complètes un discours sur le commerce et l'administration publique de 1769 et ses cours d'économie politique publiés en 1804 sous ce titre: Studio delle scienze di economia politica, insérés aux t. XI et XII de la collection des Scrittori classici italiani di Economia politica publiée à Milan. Beccaria est mort d'apoplexie à Milan (1794).

Comme penseur, Beccaria se rattache aux philosophes et aux philanthropes français du XVIIIe siècle. Dans l'accusé, il ne veut pas que l'on voie a priori un coupable; dans le coupable il veut que l'on voie toujours l'homme : un homme dangereux sans doute, et centre lequel il s'agit de défendre la société, mais un homme respectable encore, que l'on doit tendre à corriger, tout en le mettant hors d'état de nuire. De là la condamnation formelle de tout ce qui, dans la procédure ou dans la pénalité, s'inspire d'un esprit de vengeance ou de représailles et peut sembler dicté par la loi du talion. La torture est proscrite; la peine de mort est écartée comme irréparable et comme excédant le droit qu'a la société de se défendre. Toute peine doit être aussi légère que le permettent les exigences de la sécurité publique; de plus, proportionnée au délit, prompte, réglée par les lois, sans rien de secret ni d'arbitraire. Si la législation et la justice étaient ce qu'elles doivent être, le droit de grâce devrait disparaître. (H. Vast).

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Dictionnaire biographique
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