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Longtemps
connue sous le nom de Germanie ,
cette vaste contrée fut, après l'invasion
des Barbares, partagée entre une foule de peuples indépendants
(Alamans,
Francs,
Saxons,
Slaves,
Avars,
etc.), jusqu'au moment où
Charlemagne
les soumit et les incorpora vers l'an 800
à son empire.
Le Moyen âge
allemand.
En les plaçant
ainsi sous un seul gouvernement les peuples de la Germanie, Charlemagne
fondait l'Allemagne .
Le traité de Verdun, par lequel les
fils de
Louis le Débonnaire divisèrent
entre eux, l'an 843,
les États de leur père, sépara l'Allemagne de la France .
Louis,
surnommé le Germanique, eut en partage l'Allemagne proprement dite
jusqu'au Rhin, et, sur le Rhin, Mayence ,
Spire
et Worms .
L'autorité du, souverain de ce nouvel État était fortement
limitée pat le régime féodal, qui imprima à
la constitution de l'empire germanique un principe de division dont le
caractère national et diverses circonstances particulières
favorisèrent le développement. Au premier rang des causes
qui ont empêché l'Allemagne d'arriver à l'unité
politique, il faut placer les changements de dynastie, les expéditions
en Italie
et les luttes avec le Saint-Siège .
L'établissement des grands-duchés, sous les faibles descendants
de Charlemagne, préserva le pays des invasions étrangères
et maintint l'ordre; mais il fut aussi une puissante cause d'affaiblissement
pour le pouvoir souverain.
A l'extinction de
la famille carolingienne
en Allemagne, en 911,
la monarchie devint
élective; mais les souverains se servirent souvent de leur autorité
pour faire élire leur héritier. Le choix des princes, sur
le refus d'Othon, duc de Saxe et de Thuringe ,
appela au trône, en 912,
Conrad de Franconie .
La maison de Saxe y parvint avec son successeur, Henri
Ier
l'Oiseleur, dont le fils, Othon le Grand,
rétablit en 962
l'empire de Charlemagne, vacant depuis 924.
Portée précédemment par des rois de .France ,
d'Allemagne et d'Italie ,
la couronne impériale, conférée par le pape, ne fut
plus donnée qu'aux souverains de l'Allemagne. A la maison de Saxe
succéda celle de Franconie par l'élection de Conrad II, dit
le Salique. Cette famille occupa le trône pendant un siècle,
1024-1125.
Les bases de sa grandeur furent posées par Conrad II, qui réunit
la Bourgogne
à l'Allemagne, et força le duc de Pologne
à se reconnaître son vassal. Henri
III le Noir diminua la puissance des grands vassaux. Il s'en prit à
la constitution de l'Église
en décrétant qu'aucun pape ne serait élu sans le consentement
de l'empereur. Il prépara ainsi la querelle du sacerdoce et de l'empire.
Mais Grégoire VII, dans la résistance
qu'il opposa aux prétentions de Henri
IV, et dans sa lutte pour l'affranchissement du Saint-Siège,
unit la cause, de la liberté de l'Église à celle de
l'indépendance des princes allemands, et acheva de rendre la dignité
impériale élective.
Henri
IV fut détrôné par son propre fils Henri
V le Jeune, qui s'arrogea aussi le droit d'investiture, et finit par
y renoncer en 1122.
La paix fut rétablie entre l'autorité spirituelle et le pouvoir
temporel. L'avènement à l'empire de la maison de Hohenstaufen,
en 1138,
fut le commencement de la lutte sanglante des Guelfes et des Gibelins.
Frédéric Barberousse, un des plus grands souverains de l'Allemagne,
éleva la puissance impériale à un très haut
degré. Henri VI le Cruel, fils de Frédéric,
s'empara du royaume de Naples
et de Sicile, et s'y fit détester par ses cruautés. Il travailla
à rendre la couronne impériale héréditaire
dans sa famille; mais le Saint-Siège
s'opposa à ce projet. Frédéric ll, dont le grand pape
Innocent
III avait été le tuteur, entra en lutte avec le Saint-Siège,
et agit en souverain absolu dans toute l'Italie .
Il était déjà excommunié lorsque le pape Innocent
IV, qu'il avait contraint de sortir d'Italie, l'excommunia de nouveau
dans le concile
oecuménique de Lyon, et le déclara déchu du trône
en 1245.
La victoire demeura au Saint-Siège contre la maison de Hohenstaufen.
A la mort de Conrad
IV, dernier souverain allemand de cette famille, commença pour l'Allemagne
une époque d'anarchie, appelée Interrègne,
1254-1273,
durant laquelle il n'y eut plus de droit que le droit du plus fort, Faustrecht,
le droit du poing, comme l'appellent les Allemands. Rodolphe de Habsbourg,
élu empereur en 1275,
porta sur le trône la piété unie au courage, rétablit
l'autorité et fonda la grandeur de sa maison. Après le court
règne d'Adolphe de Nassau (1292),
Albert, fils de Rodolphe, fut élu (1298);
la couronne passa ensuite à Henri
VII, de la maison de Luxembourg
(1308). Il
acheva de consolider l'ordre en Allemagne et donna la Bohème à
sa maison. Mais il fit sans succès une expédition en Italie ,
et mourut en 1313
au delà des Alpes, que ses prédécesseurs n'avaient
plus franchies depuis Conrad IV. Louis IV de Bavière et Frédéric
le Bel, fils d'Albert, se disputèrent la couronne (1313-1322);
Louis, vainqueur, combattit à la fois le pape et le roi de France ;
il fut couronné empereur en 1328,
mais ne put vaincre Charles de Luxembourg,
roi de Bohème, que le pape lui opposait. Après la mort de
Louis (1347),
Gautier de Schwartzbourg fut élu (1348),
puis Charles IV de Luxembourg reçut la couronne. Par la Bulle
d'Or, qui devint la constitution fondamentale de l'empire, Charles
IV de Luxembourg régla la procédure des élections
à l'Empire (1356);
comme empereur, il laissa le champ libre aux princes, mais il annexa à
ses États particuliers la Moravie, la Lusace
et le Brandebourg.
L'Allemagne n'avait
plus de vie collective, pas d'armée, pas de finances, pas de justice;
la guerre était partout. L'Allemagne grandissait cependant, toujours
au détriment des Slaves, par les progrès de la marche de
Brandebourg, et par les conquêtes de l'ordre Teutonique
entre la Vistule et le Niémen. C'est sur les frontières disputées
de l'Est que se formaient les États qui devaient dominer l'Allemagne,
l'Autriche
et la Prusse .
Le règne de Wenceslas, fils de Charles
IV (1378), marque les progrès
de l'anarchie; en 1400, on lui oppose
Robert, comte palatin, qui meurt en 1410;
puis Josse de Moravie. Sigismond, frère
de Wenceslas, est élu (1410);
son expédition en Italie
a eu moins d'importance que les querelles religieuses (guerre des Hussites,
concile de Constance, schisme d'Occident), qui ont rempli son règne.
A sa mort s'éteignit la maison de
Luxembourg. Son gendre, Albert d'Autriche,
fut élu; et la maison d'Autriche
allait garder, presque sans interruption jusqu'en 1806,
la couronne, encore élective en droit. C'est un des faits les plus
considérables de l'histoire du monde occidental; si faibles qu'aient
pu être les
Habsbourg en tant qu'empereurs,
ils dominaient l'Allemagne, et d'heureuses circonstances allaient ajouter
à leurs territoires une grande partie de l'Europe
: la Hongrie ,
la Bohème, l'Espagne ,
les Pays-Bas ,
la Franche-Comté ,
puis une partie de l'Italie ,
et enfin l'Amérique .
Frédéric III (1440)
s'occupe surtout de ses États héréditaires; il réussit
à faire élire de son vivant roi des Romains, c'est-à-dire
héritier présomptif de l'Empire, son fils Maximilien. Celui-ci
(1493) voit voter par les diètes
de Worms (1495), d'Augsbourg
(1500), de Cologne (1512),
les actes constitutifs de l'organisation fédérative de l'Empire,
consécration de la situation de fait; la Chambre impériale,
la régence d'Empire, la division en cercles. Ces institutions, qui
eussent donné un centre à l'émiettement de l'Allemagne,
demeurèrent vaines.
La Renaissance
et les Temps modernes.
La Réforme troubla profondément
l'Allemagne, au moment même où celle-ci avait à résister
à l'invasion ottomane ,
déjà victorieuse en Hongrie
(1526). Si puissant que fût Charles-Quint
(1519), il ne pouvait soutenir à
la fois toutes ses entreprises. La Réforme trouva dans l'Allemagne
un terrain plus favorable à son expansion que tout autre, parce
que l'autorité du souverain ne pouvait lui opposer la même
résistance qu'en Espagne
et en France .
Charles-Quint, après une longue lutte, dut, en 1555,
reconnaître la conversion de la majorité des princes laïques,
et la sécularisation d'une partie des principautés ecclésiastiques
au profit soit de leurs prélats convertis, soit de leurs voisins
ambitieux. En même temps, l'expansion germanique cessait vers le
Nord et vers l'Est; ce n'étaient pas seulement les Turcs qui menaçaient
l'Autriche; la Pologne
prenait l'offensive; la formation des États scandinaves refoulait
les progrès des Allemands, et leur marine supplantait celle de la
Hanse, dont la découverte de l'Amérique
acheva la ruine.
Le XVIe
siècle, où la Maison d'Autriche paraissait pouvoir
aspirer à la monarchie universelle, fut en réalité
une époque de recul et d'anarchie pour l'Allemagne. Le partage des
domaines de la maison de Habsbourg, après l'abdication de Charles-Quint
(1556), laisse subsister entre les
deux branches les liens d'une politique commune. Les entreprises de la
monarchie espagnole contribuèrent ainsi à attirer la guerre
en Allemagne, aussi bien que la lutte entre le protestantisme envahissant
et la réaction catholique .
L'Allemagne, pendant deux siècles, fut, avec l'Italie ,
le champ clos des grandes guerres européennes Ferdinand Ier
(1556), Maximilien II (1564),
Rodolphe Il (1576), Mathias (1612),
n'ont guère marqué. Mais Ferdinand II (1619)
avait de grands desseins : il poursuivait à la fois la restauration
de l'autorité impériale et celle du catholicisme. La guerre
de Trente Ans (1618), parut d'abord
tourner au profit de l'empereur; l'édit de Restitution (1629)
consacrait le succès de la réaction catholique. L'intervention
de la Suède, soutenue par les subsides de la France ,
puis celle de la France même, changèrent le cours des événements.
Gustave-Adolphe fut tué à Lutzen (1632).
Richelieu
fit entrer en campagne les troupes françaises; après une
série de victoires, il était réservé à
Mazarin
de diriger les négociations françaises au Congrès
de Westphalie (tenu simultanément à Munster et à Osnabruck).
Les traités de Westphalie (1648)
arrêtèrent les hostilités, mais l'Allemagne sortait
de cette épreuve couverte de ruines, après avoir souffert
tous les maux qu'une guerre peut entraîner.
Les traités de Westphalie consacraient
l'anarchie politique de l'Allemagne. L'autorité de l'empereur était
définitivement annulée; la souveraineté territoriale
(landerhoheit) était reconnue aux princes, qui étaient,
chez eux, maîtres absolus au point que le principe de la religion
d'État était posé : cujus regio, ejus religio.
L'équilibre était établi entre un «
corps catholique » et un « corps
évangélique ». Un grand nombre de seigneuries d'ordre
inférieur étaient réunies aux domaines de princes
plus puissants : ainsi se continuait le travail de concentration qui devait
amener l'Allemagne au point où elle en sera au temps de Bismarck,
où quelques rares principautés représenteront seules
les milliers de principautés existant autrefois. Des sécularisations
de territoires ecclésiastiques achevaient de donner à l'oeuvre
du Congrès le caractère d'un partage entre les princes les
plus importants et les plus avides.
L'anarchie ainsi constituée était
garantie par les hautes puissances contractantes, «-protectrices
des libertés germaniques ». Les princes étrangers avaient
d'ailleurs place officiellement en Allemagne, ce qui leur assurait un droit
permanent d'intervention. Les rois du Danemark
et de Suède faisaient partie de la Diète, en qualité
de seigneurs de principautés allemandes. Le roi
de France
ne s'était pas fait donner ce droit en annexant l'Alsace, mais Mazarin
organisa la Ligue du Rhin entre les princes qui désiraient s'appuyer
sur la France contre la Maison d'Autriche ;
le
roi de France fut le protecteur de
cette Ligue (1658).
Dans ces conditions,
l'Allemagne devait rester le théâtre des grandes guerres entre
les Maisons de France
et d'Autriche ,
pendant le XVIIe
et le XVIIIe
siècle. Il n'y a plus d'histoire
collective de l'Empire. Ferdinand III (1637),
Léopold (1658),
Joseph Ier (1705),
Charles
VI (1711-1740),
furent les chefs de la Maison d'Autriche, n'ayant en Allemagne d'autre
pouvoir, quoique empereurs, que celui que leur assuraient leurs possessions
propres. La Diète, devenue perpétuelle en 1613,
était un corps sans autorité, conduisant avec une solennelle
lenteur des délibérations sans résultat. L'«-armée
des cercles », et les autres institutions
impériales sont annihilées, sinon ridicules. Pendant près
d'un siècle, on ne peut citer comme intéressant l'Allemagne
d'une manière générale que la cession de Strasbourg
(1697)
et de la Lorraine (1766)
à la France ,
et la création d'un neuvième électorat au profit du
duc de Hanovre (1708).
L'accession de l'électeur de Saxe au trône de Pologne
(1697)
et de l'électeur de Hanovre au trône d'Angleterre
(1782)
achèvent de donner une sorte de caractère international à
l'Allemagne, de plus en plus entraînée dans des affaires qui
lui sont étrangères.
Le fait capital de
l'histoire de l'Allemagne, durant ce siècle (1648-1740),
fut l'accroissement continu de l'électorat de Brandebourg, ou plutôt
de la Prusse .
L'électeur de Brandebourg devint roi de Prusse en
1700;
et la Prusse existait avec son organisme essentiel à l'avènement
de Frédéric II. Depuis lors, jusqu'en 1866,
l'histoire de l'Allemagne peut se concentrer dans l'histoire de la rivalité
de la Prusse et de l'Autriche. La France
joue son rôle, presque toujours maladroitement, dans les diverses
phases de cette lutte; à chaque moment décisif, c'est elle
qui hâte les progrès de la Prusse. Frédéric
II fit de son royaume une des grandes puissances européennes; il
laissa la couronne impériale a la Maison d'Autriche, ou plutôt
à la Maison de Lorraine, à laquelle Marie-Thérèse,
fille de Charles VI, et mariée
à François de Lorraine, l'apporta après le règne
éphémère de Charles
VII, électeur de Bavière (1740-1745), mais, quand Joseph
Ier (1765-1790)
voulut annexer la Bavière, la Prusse l'en empêcha, à
la tête d'une ligue de princes allemands (1785).
Tout accroissement en Allemagne était donc interdit à l'Autriche;
il lui restait la marche vers l'Est, qu'elle avait entreprise dès
la fin du XVIIe
siècle en repoussant les Turcs arrivés
devant Vienne et en leur reprenant la Hongrie, marche dont le traité
de Passarovitz (1718)
a marqué la pointe la plus avancée, et qu'avait arrêtée
le traité de Belgrade
(1739),
mais qui n'a cessé d'être un des objectifs de l'Autriche,
hésitante entre deux destinées.
Le temps de l'unité
allemande.
A la fin du XVIIIe
siècle, l'Allemagne était
une fédération de deux grands États, de deux États
moyens (Bavière et Saxe), de grandes principautés, laïques
ou ecclésiastiques (ayant de 150 000 à 800 000 habitants),
de petites principautés, de 51 villes libres et d'une multitude
de seigneuries : en tout 1800 États, dont 350 seulement avaient
une étendue appréciable, et dont une centaine ont véritablement
une histoire. La Révolution française transforma ce chaos.
D'une part, elle éveilla en Allemagne les idées nationales,
et, d'autre part, par les nombreux remaniements territoriaux dont elle
fut la cause, elle ramena à quelques unités le nombre des
principautés.
La paix de Lunéville
(1801)
céda la rive gauche du Rhin à la France ;
à titre de compensation, la Prusse
et les autres États importants qui étaient dépossédés
de leurs territoires de la rive gauche dépouillèrent les
princes, seigneurs et villes libres de la rive gauche. La Bavière
et le Wurtemberg reçurent le titre de « royaumes »
(1805);
Bade
s'agrandit; ces États et plusieurs autres s'unirent en une Confédération
du Rhin, placée sous la protection de l'empereur des Français
(Napoléon I), et destinée à
fournir à la France un point d'appui contre la Prusse et l'Autriche.
François
II, qui avait pris en 1804
le titre d'« empereur d'Autriche »,
renonça au Saint-Empire romain germanique, qui avait vécu
mille ans.
L'Autriche ,
toujours vaincue, ne disparut pas, et la Prusse ,
démembrée, se régénéra, tandis que la
Pologne ,
ne ressuscita pas, malgré la création du grand-duché
de Varsovie .
Ainsi l'unité de l'Allemagne s'était développée
sous l'influence des idées révolutionnaires et sous l'inspiration
des penseurs allemands; les invasions napoléoniennes en avaient
hâté le progrès, et les réorganisateurs de la
Prusse avaient paru incarner l'idée nationale victorieuse en 1813-1814.
La Confédération germanique, organisée par le Congrès
de Vienne, ne comprenait que 39 membres, dont deux très grands (Autriche
et Prusse) et 10 plus ou moins considérables; elle n'avait pas de
vie propre. La lutte était inévitable entre la Prusse et
l'Autriche, et les autres princes ne pouvaient former le noyau d'une troisième
Allemagne. La Prusse, qui paraissait plus libérale et plus allemande
que sa rivale, était divisée en tronçons; mais la
séparation même de ces tronçons (on lui avait donné
les provinces Rhénanes) était un stimulant pour des agrandissements
qui la transformeraient un jour en un tout compact.
L'Autriche devenait
de moins en moins allemande, cherchant sa destinée en Italie
ou en Orient, pendant que les nationalités soumises à l'empereur
prenaient conscience de leurs diversités culturelles. Fixons seulement
quelques dates, à titre de points de repère : l'agitation
libérale (1817-1819),
la concession de constitutions à quelques États (1830),
l'institution du Zollverein
(1828),
les menaces de guerre en 1840
qui excitèrent profondément les esprits contre la France ,
les révolutions de 1848,
le Parlement de Francfort qui vota une Constitution unitaire, mais
ne put aboutir à un résultat pratique, le triomphe de la
réaction en Autriche et en Prusse ,
les timides tentatives de la Prusse pour créer une nouvelle organisation
de l'Allemagne (parlement d'Erfurt, 1850),
son humiliation devant l'Autriche, la restauration de la Diète de
Francfort (1851);
puis, les années suivantes, les progrès de l'influence de
la Prusse, l'arrivée de Bismarck
au pouvoir (1862),
la guerre des Duchés (1864),
le débat qui s'en suivit entre la Prusse et l'Autriche, la guerre
de 1866.
L'Autriche fut exclue de la Confédération germanique, que
la Prusse put réorganiser à sa guise; c'était un résultat
dû à de longs efforts dont la politique audacieuse de Bismarck
et les erreurs de Napoléon III avaient
hâté l'accomplissement.
Les
années Bismarck.
Les circonstances
ne permettaient cependant pas d'achever l'unité. La Prusse ,
après avoir annexé le Hanovre, la Hesse électorale ,
le Nassau, Francfort, le Slesvig-Holstein, se contenta de réunir
dans la Confédération de l'Allemagne du Nord les États
situés au Nord du Mein; elle y fit entrer ses territoires non allemands,
La nouvelle Confédération était sous sa souveraineté
en fait, et un Reichstag commun, élu au suffrage universel donnait
à son autorité la solide base du sentiment national. Des
conventions militaires secrètes l'unirent aussitôt aux États
du Sud, mais une union plus complète aurait rencontré de
grands obstacles si l'affaire de Luxembourg (1867),
puis la politique de Napoléon Ill,
lors de l'arrivée d'un Hohenzollern
au trône d'Espagne
(1870),
n'avaient précipité le mouvement national; les États
du Sud prirent part, sans hésiter, à la guerre franco-allemande;
les victoires de 1870-1871
achevèrent l'exaltation du sentiment patriotique et unitaire, et
l'empire fut proclamé à Versailles,
le 18 janvier 1871.
Le 10 mai, la paix de Francfort cédait à l'Allemagne l'Alsace-Lorraine,
« terre d'Empire ».
L'unité était
achevée, mais l'ère des difficultés commençait.
Bismarck,
chancelier de l'empire, développa l'industrie du pays et son commerce,
encouragea la recherche scientifique, mais il s'usa dans sa lutte contre
l'Église catholique ,
qui a dans le sein du Reichstag un parti puissant, le Centre (Kulturkampf,
1872-1886),
contre le socialisme et contre le parlementarisme.
Sa politique extérieure hors d'Europe se caractérise, à
partir de 1883,
par l'acquisition de colonies en Afrique (Sud-Ouest africain, Togo), en
Extrême-Orient et dans le Pacifique. En Europe, la politique extérieure
de Bismarck eut pour fondement l'idée de conserver les conquêtes
acquises, par un système d'alliances exclusif de la France .
Après avoir opéré, dès 1871,
un rapprochement avec l'Autriche, il prit comme base de sa politique l'alliance
des trois empereurs (1872-1873),
mais, après la crise orientale ( La
Question d'Orient )
dans laquelle il avait contribué à réduire les avantages
obtenus par la Russie (Congrès de Berlin,
1878),
il dut renoncer à d'autres combinaisons. L'alliance de 1879
avec l'Autriche (« Duplice »)
eut comme suite la « Triple alliance »
ou « Triplice » (Allemagne, Autriche,
Italie ),
le fait fondamental de la politique internationale de 1871
et la Première Guerre mondiale.
Depuis lors, les
relations de la Russie et de l'Allemagne passèrent par des alternatives
diverses, sans revenir jamais à l'intimité; l'entente franco-russe,
depuis les fêtes de Cronstadt
(1891),
montra qu'il existait en Europe un autre groupe de Puissances; chacun des
deux groupes manifestant, d'ailleurs, la prétention de ne vouloir
que la paix, mais la paix armée. Ce régime d'armement à
outrance, résultat de la paix de Francfort, devait peser lourdement
sur l'Europe .
Le
Kaiser et la première Guerre mondiale.
Après le
règne éphémère de Frédéric III
(mars-juin
1888),
qui avait éveillé des espérances libérales,
l'avènement de Guillaume II, le Kaiser (du latin Caesar),
donna tout d'abord des craintes qui, dans un premier temps, ne se sont
pas réalisées. La politique extérieure de l'Allemagne
ne se modifia pas dans ses lignes générales; elle prit plutôt
pendant un certain temps, malgré quelques manifestations bruyantes,
une allure plus pacifique et plus loyale. La chute de Bismarck
(mars 1890)
remit la réalité du pouvoir entre les mains de l'empereur
lui-même, dont la personnalité ne cessa plus de se manifester
fréquemment, reléguant au second plan celles des chanceliers
: Caprivi (1890),
Hohenlohe (1895).
Comme l'était Bismarck, le Kaiser est partisan d'une «-politique
mondiale », mais lui ira au-delà des simples provocations.
Le 28 juin 1914,
un attentat de Sarajevo, coûte la vie au prince-héritier d'Autriche ,
l'archiduc
François-Ferdinand. L'Autriche déclare
alors la guerre à la Serbie. l'Allemagne se range aussitôt
aux côtés de l'Autriche et lance un ultimatum à la
Russie ,
alliée de la Serbie, qui commence à mobiliser ses troupes,
et à la France ,
liée elle-même à la Russie par une autre alliance.
Refusant de rester neutre, la France déclare la guerre à
l'Allemagne, le 3 août. La Belgique ,
refusant de laisser passer l'armée allemande est aussitôt
envahie. Le même jour l'Angleterre ,
demandant le respect de la neutralité belge déclare à
son tour la guerre à l'Allemagne. Le 6 août, l'Autriche-Hongrie
déclare la guerre à la Russie, puis, le 11 et le 12 août,
la France et l'Angleterre, respectivement, déclarent la guerre à
l'Autriche-Hongrie. Ainsi commence la Première Guerre mondiale,
qui durera quatre ans, impliquera aussi les États-Unis
à partir de 1917,
et se soldera par un carnage (au moins une dizaine de millions de morts,
21 millions de blessés). L'Allemagne aux abois doit signer à
Rethondes l'armistice du 11 novembre 1918
et Guillaume II partir en exil.
Le
Traité de Versailles.
Le 28 juin 1919
est signé à Versailles un traité de paix, dont l'un
des aspects concernera le nouveau tracé des frontières en
Europe .
L'Allemagne se trouve de plus amputée d'une partie de son territoire
(68 000 km² , soit 8 millions d'habitants) et il lui est interdit
de s'unir avec l'Autriche ;
l'Alsace et la Lorraine reviennent à la France ;
des parcelles de son territoire sont attribués à la Belgique ;
les provinces polonaises (Silésie )
occupées depuis plus d'un siècle retourne à une Pologne
renaissante; la Prusse
orientale est coupée en deux par un passage laissé à
la Pologne pour lui donner accès à la mer; Dantzig, bien
que dans la zone douanière polonaise, a le statut de ville libre
et est administrée par la SDN; le Slesvig du Nord revient au Danemark .
L'Allemagne perd
en outre toutes ses colonies, que la SDN place sous administration de divers
pays : les plus grandes parties du Cameroun
et du Togo sont rattachés à l'empire colonial français,
le reste revenant à l'empire britannique, qui s'agrandit également
des possessions allemandes en Afrique orientale. Le Sud-Ouest africain
(Namibie) est placé entre les mains de l'Afrique du Sud, et le Rwanda-Urundi
entre celles de la Belgique; les îles allemandes du Pacifique reviennent
soit au Japon
(îles du Pacifique Nord), soit à l'Australie (Nouvelle-Guinée)
ou à la Nouvelle-Zélande (Samoa).
Enfin, des réparations
au titre des dommages de guerre sont également demandées
à l'Allemagne (le montant sera précisé plus tard);
le traité prévoit aussi que le pays verra sa capacité
militaire fortement amoindrie, et une partie de son territoire (Sarre,
Rhénanie) démilitarisée et occupée temporairement
par les Alliés.
L'Allemagne de
1919 à 1945.
La disparition de l'Empire allemand laisse
la place dès 1918 à une
démocratieparlementaire
(deux assemblées : le Reichsrat formé des délégués
des länder (= «-pays»
), et le Reichstag, formé de députés élus
au suffrage universel), fédéraliste (17 länder),
dont la constitution est ratifiée en août 1919.
C'est la République de Weimar, prise
en main dès le départ par deux sociaux-démocrates,
Ebert, qui devient chancelier, et un de ses ministres, Scheidemann.
La
République de Weimar.
L'histoire de la fragile République
de Weimar peut se diviser en quatre périodes :
1°) La première période
est marquée par le chaos qui suit la guerre et le mécontentement
que suscitent dans la population les conditions imposées par le
Traité de Versailles. De nombreux troubles éclatent : irritation
contre la Prusse, velléités séparatistes dans les
États du Sud, projets de groupements nouveaux, de républiques
régionales (la république de Rhénanie du Dr Dorten),
progrès du bolchévisme et congrès des soviets allemands
à Berlin; résistance du gouvernement provisoire et coup d'Etat
des socialistes majoritaires Ebert, Scheidemann et Noske (5 décembre
1918), qui se rapprochent des partis bourgeois et rompent avec les indépendants;
ceux-ci se liguent avec les communistes extrêmes, Spartakistes et
bolchéviks, et tentent par deux fois de s'emparer du pouvoir : sanglantes
émeutes en décembre 1918 et janvier 1919, les deux partis
se servent de mitrailleuses, d'autos-canons, de tanks et même d'avions
de bombardement, - destructions et pillages; victoire du gouvernement qui
ne veut ou ne peut empêcher le meurtre des deux révolutionnaires
Liebknecht et Rosa Luxembourg.
Le 19 janvier ont lieu les élections
pour l'Assemblée nationale dans un calme relatif, les bureaux de
vote étant gardés par 80.000
soldats, et les résultats sont favorables au gouvernement; mais,
tandis que l'Assemblée se réunit à Weimar le 6 février
et confirme Ebert dans ses fonctions de président du Reich, des
insurrections communistes éclatent en même temps à
Brême, Hambourg, Leipzig, Brunswick, Dusseldorf, etc.; dans le Sud,
l'assassinat du dictateur socialiste bavarois Kurt Eisner le 20 février
provoque à Munich, à Augsbourg, à Nuremberg, une révolution
ouvertement bolchéviste (la république des soviets fut proclamée),
suivie d'une épouvantable anarchie. Les Bavarois se battaient entre
eux et n'obéissaient ni au gouvernement du Reich ni à l'Assemblée
de Weimar qui ne communiquait plus que difficilement avec le reste de l'Allemagne.
A Berlin, grève générale et troisième insurrection
des Spartakistes, dont le ministre de la guerre Noske ne vint à
bout qu'après une lutte furieuse et sans merci. L'opinion, à
l'étranger, était tout à fait pessimiste.
«La
Russie a été réduite en morceaux, disait le 3 mars
Lloyd George, je regrette de constater que l'Allemagne paraît marcher
vers le même état de choses.»
La réalité fut moins tragique.
Noske, qui disposait de forces considérables, intimida les communistes,
supprima partout les soviets, mit en état de siège «
l'État libre de Saxe-»,
et marcha à la fin d'avril sur Munich où le gouvernement
légal fut rétabli, à la grande satisfaction des habitants.
Lorsque Ebert, qui était resté
à Weimar, rentra à Berlin, le danger d'une revolution avait
disparu. L'Assemblée, dont les socialistes majoritaires alliés
au centre catholique formaient la majorité, choisit comme président
Fehrenbach, ancien président du Reichstag. La constitution qu'elle
vota était très démocratique; le président
du Reich Ehert et le chef du ministère responsable Scheidemann étaient
socialistes, mais Erzberger était toujours secrétaire d'État,
le comte de Brockdorf-Rantzau ministre des affaires étrangères,
les fonctionnaires du régime impérial étaient maintenus
il leurs postes, Hindenburg conservait son commandement « pour assurer
la démobilisation-».
2°) En 1923,
l'Allemagne sombre dans une crise monétaire grave (hyper-inflation).
Son économie s'effondre et elle se voit dans l'impossibilité
de payer à la France les réparations prévues par le
Traité de Versailles. La France et
la Belgique
occupent alors la Rhur, où elles resteront jusqu'en 1925.
Tout cela ne fait qu'attiser les mécontentements, favoriser les
agissements des extrémistes et précipiter l'ascension d'Hitler.
Déjà en 1923, Adolf Hitler,
à la tête du parti National-Socialiste (Nazi) avait tenté
un putsch à Munich. Il est emprisonné, mais rédige,
l'année suivante, dans sa cellule Mein Kampf ( = Mon Combat),
où se trouve inscrit son programme pour les années à
venir.
3°) Ebert meurt en 1925,
après avoir rétabli la situation économique, notamment
grâce à l'aide américaine
(plan Dawes). Le maréchal Hindenburg, qui avait été
le chef d'état-major de l'armée entre 1916
et 1918, devient président du
Reich, mais en dépit de l'apparence de rétablissement de
l'Allemagne, malgré aussi la normalisation des relations avec les
autres pays d'Europe
(signature à Locarno en 1925
d'un pacte de non-agression avec la France ,
par exemple), et même l'adhésion de l'Allemagne à
la Société des nations (SDN) en 1926,
le feu des prochaines catastrophes couve déjà. La formation
de milices paramilitaires commence ainsi à annoncer un climat de
guerre civile : financé par l'industrie lourde, Hugenberg, ancien
directeur des usines Krupp dirige une puissante milice appelée les
Casques
d'acier, les communistes fondent les Combattants du Front Rouge,
et Hitler, qu'on a libéré, crée les Sections d'Assaut
(SA), puis les Sections de Sécurité (SS).
4°) La dépression mondiale qui
frappe l'Allemagne dès 1929
précipite la chute de la République de Weimar.
Le chômage qui explose, les anciennes rancoeurs nées de la
défaite de
1918et que que Hitler
sait mettre à vif, la violence habilement instillée par ses
groupes paramilitaires, tout cela contribue à la foudroyante ascension
du parti nazi. Ce qui n'était qu'un petit groupuscule raciste et
nationaliste quelques années plus tôt, devient une des forces
du Reichstag lors des élections du 1930,
avec 107 députés (18% des voix). Au présidentielles
de
1932, Hitler obtient 36% des suffrages.
Pas assez pour prendre la place de Hindenburg, reconduit dans ses fonctions,
mais au parlement c'est désormais sur 230 députés
que le parti nazi peut s'appuyer. Il reste à Hitler une dernière
étape à franchir avant de prendre le pouvoir : s'assurer
du soutien des grands industriels de la Rhur (Krupp, Thyssen, Kirdorf,
etc.). Il les rencontre le 27 janvier 1933
pour leur exposer son programme. Le 30 janvier, Hidenburg fait de Adolf
Hitler le chancelier du Reich.
Le
régime hitlérien.
Les élections
de mars 1933
donnent au parti hitlérien un majorité relative au Parlement
(43,9% des suffrages). Cela suffit pour que Hitler puisse s'attribuer les
pleins pouvoirs. A la mort de Hindenburg, en août 1934, Hitler enterre
aussi la République de Weimar, et inaugure le IIIe
Reich (le Ier Reich aurait été,
selon les nazis, le Saint empire germanique et le IIe
Reich,
l'empire de Bismark et de Guillaume II)), entreprenant de nazifier le pays.
Après avoir réduit l'opposition interne (la Nuit des longs
couteaux, en juin, l'avait débarrassé des SA), il installe
un régime de répression placé sous la botte des SS
et de la Gestapo, la police secrète. Les communistes sont emprisonnés
ou assassinés, toutes les voix d'opposition sont étouffées
par les Nazis, en même temps que leurs obsessions antisémites
leurs font adopter, en 1935,
des lois racistes (les Lois de Nuremberg privent les Juifs de la citoyenneté,
après que deux ans plus tôt on leur ait interdit les emplois
dans l'administration) et organiser des pogroms (Nuit de cristal,
1938).
Les persécutions contre les Juifs n'en finissent plus. Des milliers
d'entre eux seront mis à mort sans jugement ou emmenés dans
des camps de concentration. En s'appuyant sur des doctrines eugénistes,
les Nazis commencent aussi à tuer les handicapés et les malades
mentaux. 70 000 personnes auraient ainsi été assassinées..
Hitler rompt aussi
avec l'effort de normalisation internationale entrepris par la République
de Weimar. Dès 1933,
l'Allemagne quitte la SDN, et surtout les principales clauses du traité
de Versailles sont dénoncées. En 1935,
le service militaire obligatoire est rétabli; la Rhénanie
est remilitarisée en 1936;
ses troupes interviennent également dans la guerre d'Espagne ,
aux côtés des troupes italiennes
de Mussolini, pour soutenir le camp franquiste (bombardement de Guernica
par la légion Condor, en avril 1937);
en 1938,
après une première tentative, quatre ans plus tôt;
qui avait échoué, il réunit l'Autriche à l'Allemagne
(Anschluss). La région des Sudètes (Tchécoslovaquie)
est annexée quelques mois plus tard, puis en septembre 1939,
la Pologne
est envahie. La France
et la Grande-Bretagne ,
liées à ce pays par un pacte, entrent alors en guerre. C'est
le début de la seconde Guerre mondiale, qui fera 50 à 60
millions de morts à travers la planète.
En 1941,
les troupes allemandes occupent la majeure partie de l'Europe
jusqu'à Moscou. C'est le moment choisi
par le régime pour mettre en route ce qu'il appellera avec cynisme
la « solution finale
». Il s'agit
d'exterminer tous les Juifs
et tous les représentants de ce que les Nazis désignent comme
des « races inférieures » ,
ce qui comprend notamment les tsiganes, autre grandes victimes des crimes
du régime hitlérien. Toute une infrastructure est mise en
place pour mener cette politique. Une vaste razzia est lancée dans
tous les pays occupés, avec des succès divers. Au Danemark,
envahi en 1940,
le roi Christian X, en signe de protestation et de dégoût,
arbore l'étoile jaune dont les Nazis imposaient le port au Juifs;
en France ,
au contraire, le régime de Vichy collabore avec zèle, devançant
même la demande des Allemands en conduisant les enfants en déportation.
En 1945,
à la fin de la guerre, il apparaîtra que plus de six millions
de Juifs, 260 000 Tsiganes, des dizaines de milliers de Slaves et autres
persécutés auront ainsi été déportés
dans des camps d'extermination (Auschwitz-Birkenau,
Belzec, Chelmno (Kulmhof), Lublin (Majdanek), Treblinka), et assassinés
dans des chambres à gaz.
Le 8 mai 1945,
l'Allemagne finit par capituler. Hitler s'est suicidé à Berlin
quelques jours plus tôt (30 avril), avec quelques autres dignitaires
de son régime et responsables des camps d'extermination. La plupart
des autres hauts responsables seront jugés par un tribunal international
qui se réunit bientôt à Nuremberg, où apparaissent
de nouvelles notions de droit : le crime contre la paix, le crime de guerre
et le crime contre l'humanité. Beaucoup seront condamnés
à mort l'année suivante et pendus, comme le maréchal
Goering. Mais d'autres avaient pu prendre la fuite; certains seront retrouvés
et capturés au cours des années suivantes, d'autres pas.
Les deux Allemagnes.
Avant même
l'acte de capitulation, le 2 août 1945,
les pays alliés dont les troupes avaient participé
à libérer l'Allemagne du nazisme, s'étaient entendus
à Potsdam
pour diviser le pays en quatre zones. L'une revint au Royaume-Uni ,
une autre aux États-Unis ,
une troisième à la France
de De Gaulle, et la dernière, à l'Est, à l'URSS .
Berlin,
enclavée dans la partie orientale, fut également partagée
en zones d'occupation entre les Soviétiques et les Alliés
occidentaux. Très rapidement, la Guerre froide qui allait opposer
pendant plusieurs décennies les alliées des États-Unis
à ceux de l'Union soviétique, conduisit à une séparation
de fait de l'Allemagne en deux parties. Ainsi, en juin 1947,
les Soviétiques refusèrent-ils pour la zone qu'ils occupent
le plan Marshall, proposé par les États-Unis pour la reconstruction
du pays; leur blocus de Berlin, en 1948,
ne fera ensuite que consacrer la coupure, dont les deux blocs prirent acte
par la création, en 1949,
de deux nouveaux États : à l'Ouest, le 23 mai, la République
fédérale d'Allemagne (RFA), à l'Est, le 7 octobre,
la République Démocratique d'Allemagne (RDA). La partie occidentale
de Berlin, enclavée en RDA, restant rattachée à la
RFA. Un mur construit à partir du 13 août 1961
par l'Allemagne de l'Est isolera de façon étanche Berlin-Ouest
du reste du pays.
La
République fédérale allemande (RFA).
La République
fédérale allemande, qui établit sa capitale à
Bonn, s'est vite trouvée inféodée aux États-Unis,
qui lui faisaient bénéficier à la fois de son aide
financière et de sa protection militaire. Cependant, Konrad Adenauer,
le premier chancelier de RFA, qui fut aussi l'un des fondateurs du parti
démocrate-chrétien (CDU), craignant d'être pris en
tenaille dans la logique des deux blocs, s'emploie à intégrer
l'Allemagne dans le tissu économique européen, en la faisant
adhérer dès 1951
à la Communauté européenne du Charbon et de l'acier
(CECA), puis en 1957,
par le Traité de Rome, à la Communauté
économique européenne (CEE). Le Traité franco-allemand
de 1963
complétera, cette fois sur le plan politique, cette volonté
d'ancrage européen, tout en installant une collaboration durable
entre la France
et l'Allemagne dans le processus de construction européenne. Adenhauer,
âgé de 87 ans, se retire la même année et laisse
la place, à son ancien ministre de l'économie, Ludwig Erhard
qui poursuit activement la politique de relèvement économique
du pays. En 1966,
lui succède comme chancelier Kurt Kiesinger. Mais celui-ci ne pouvant
s'appuyer au Reichstag sur une majorité suffisante est contraint
de former ce qu'on appelle en Allemagne un «-gouvernement
de grande coalition », qui réunit des ministres de droite
et de gauche (chrétiens-démocrates de la CDU-CSU, sociaux-démocrates
du SPD, libéraux du FDP).
En 1969,
le social-démocrate Willy Brandt devient chancelier de l'Allemagne
fédérale avec l'appoint des suffrages libéraux. Sa
politique de coexistence pacifique avec l'Allemagne de l'Est (appelée
Ostpolitik),
qui mènera à la reconnaître officiellement en 1972,
lui vaut le Prix Nobel de la paix dès 1971.
Mais après qu'un de ses proches collaborateurs ait été
accusé d'espionnage au profit de la RDA, Willy Brandt est contraint
à la démission en 1974.
Helmut Schmidt, un autre social-démocrate, le remplace. Celui-ci,
qui partage avec le président français Valéry Giscard
d'Estaing les même convictions européennes, accentue à
la fois le rapprochement des deux pays et la construction européenne
que symbolise la création, le 13 mars 1979,
du Système monétaire européen (SME), première
étape du processus qui a mené à la création
de l'euro. L'Allemagne d'Helmut Schmidt est par ailleurs marquée
la montée du terrorisme d'extrême-gauche (celui de la Fraction
armée rouge, en particulier) et par les deux chocs pétroliers
des années 1970,
qui induisent une crise économique et la montée du chômage.
En 1982,
les sociaux-démocrates du SPD perdent le pouvoir au profit de la
CDU, qui revient avec à sa tête le chancelier Helmut Kohl.
Sa politique d'intégration européenne prolonge celle de son
prédécesseur, s'appuyant cette fois avec les relations privilégiées
qu'il entretient avec le nouveau président français, François
Mitterrand. Mais l'Allemagne des années 1980
va surtout être marquée par le retour des préoccupations
est-européennes. Au cours de la première moitié de
la décennie, l'installation par les Américains et les Russes
de nouveaux missiles en Europe
et l'initiative de défense stratégique (programme de «
Guerre des étoiles ») lancée par le président
des États-Unis ,
Ronald Reagan, ont relancé les tensions. Au contraire, la seconde
moitié de la décennie se signale par les efforts de l'Allemagne
fédérale en direction de la RDA (aides financières,
accords sur le rapatriement des prisonniers politiques, et même sur
des transferts relativement importants de populations qui souhaitent quitter
l'Allemagne de l'Est). Ce mouvement, qui trahit l'affaiblissement que connaît
alors la RDA, se conclura, en 1989,
par la chute du mur de Berlin, puis, l'année
suivante, par la réunification des deux Allemagnes.
La
République démocratique allemande (RDA).
La République
démocratique allemande, qui garde Berlin pour capitale, est devenue,
sous la direction de Walter Ulbricht et du SED (le parti d'obédience
communiste), un satellite de l'URSS, conservant un semblant de pluralisme
politique (parti de la CDU démocrate-chrétien, LDPD libéral,
etc.), mais adoptant à la fois son système économique
centralisé et son gouvernement totalitaire et policier. Franchement
stalinien jusqu'en 1953,
le régime s'assouplit quelque peu ensuite, et la santé de
l'économie s'améliore sensiblement à partir du début
des années 1960.
Après la crise suscitée par la construction du mur de Berlin
en 1961,
destinée à juguler l'émigration vers l'Ouest, l'acceptation
par Erich Honecker, successeur d'Ulbricht à partir de 1971,
de la politique de rapprochement initiée par Willy Brandt, marque
le début d'une période de détente que favorise l'Union
soviétique. La RDA, en même temps qu'à la RFA, font
leur entrée à l'ONU en septembre 1973.
La fin des années 1970
seront cependant marquée par un retour des tensions avec l'Ouest.
Au début des années 1980,
les oppositions (intellectuels, pacifistes, églises) commencent
à se faire entendre à l'intérieur même du pays.
Les transformations inaugurées, à partir de 1987,
en URSS (perestroïka), détournent l'intérêt
du grand frère soviétique de ce mouvement, qui va pouvoir
se poursuivre jusqu'à l'écroulement du régime. Ce
dernier ne cherchera même pas à s'opposer au mouvement spontané
de la foule qui prend d'assaut le mur de Berlin, le soir du 9 novembre
1989.
Le chef de la CDU, Lothar de Maizière, porté au pouvoir par
les élections de mars 1990,
s'entendra ensuite avec le gouvernement d'Helmut Kohl pour que la réunification
se réalise rapidement.
-
L'ancien
point de passage entre les deux parties de Berlin
contrôlé
par l'armée américaine (checkpoint Charlie). Source
: The World Factbook.
L'Allemagne réunifiée.
La réunification de l'Allemagne,
essentiellement conduite par Helmut Kohl, a été rendue officielle
le 3 octobre 1990. Après, la
réunification monétaire, effective dès le mois juillet
précédent, il s'est agi, avant tout d'une absorption de l'Allemagne
de l'Est par la République fédérale, qui s'est ainsi
accrue de nouveaux länder. Les institutions de la nouvelle
Allemagne sont restées celles de l'ancienne RFA, seule la capitale
est revenue de Bonn, après un vote du Bundestag en juin
1991.
En pratique le transfert des différentes administrations a pris
plusieurs années et Berlin n'est redevenue le siège du gouvernement
fédéral en
1999. Le temps
pour Berlin de devenir une des villes les plus vivantes et attractives
d'Europe. Dans l'intervalle, la politique de l'Allemagne s'est déployée
selon deux axes : à l'intérieur, il s'est agit d'assimiler
concrètement les länder de l'Est, en les faisant passer d'une
économie planifiée à une économie de marché,
et en comblant dans tous les domaines le fossé qui s'était
creusé en quarante ans entre les cultures de l'Est et de l'Ouest.
A l'extérieur, il s'est agit de rassurer les autres pays d'une part
sur l'ancrage à l'Ouest de l'Allemagne et d'autre part sur les craintes
que pouvaient susciter pour les Européens
une Allemagne désormais capable de redevenir puissante politiquement,
sinon militairement, et émancipée des contraintes auxquelles
l'avaient soumise la Guerre froide et de la tutelle que maintenaient toujours
sur elle, dans une certaine mesure, les Alliés.
Helmut Kohl est réélu chancelier
en 1994, année de la mort de
Honecker. Son nouveau mandat marque un pas de plus dans l'émancipation
de l'Allemagne. La même année un tabou tombe : la Bundeswehr,
l'armée allemande, obtient de la cour constitutionnelle fédérale
le droit d'intervenir à l'étranger, dans le cadre des opérations
de maintien de la paix des Nations Unis. Mais la réunification,
bien que réussie politiquement, coûte cher à l'Ouest,
et ses standards de vie auxquels aspiraient les Allemands de l'Est tardent
à s'installer chez eux où tout au contraire le chômage
explose. Pour cette double raison, Kohl et la CDU perdent le pouvoir en
1998.
A la suite d'un scandale sur le financement illégal de la CDU, le
réunificateur de l'Allemagne, début
2000,
se retirera de la vie politique, et son parti sera désormais dirigé
par Angela Merkel, qui a vécu jusqu'en 1990
en RDA.
Les élections de 1998
ont été gagnées par une coalition du SPD et
des Verts. Le social-démocrate Gerhard Schroeder (Schröder),
devient chancelier. Schroeder poursuit la politique européenne de
ses prédécesseurs. Il donne aussi corps à la nouvelle
politique extérieure de l'Allemagne en envoyant, en 1999,
des troupes, pour la première fois depuis le second conflit mondial,
dans une opération étrangère : en Yougoslavie, sous
l'égide de l'ONU. A l'intérieur, cependant, il hérite
du climat de morosité générale qu'on suscité
les difficultés économiques et sociales nées de la
réunification et est réélu de justesse, en septembre
2002,
ne conservant la chancellerie que grâce à son alliance avec
les Verts. Ce second mandat donnera l'occasion à l'Allemagne d'un
nouveau pas dans l'affirmation de son autonomie sur la scène internationale,
quand Shroeder refuse de suivre les États-Unis dans la guerre d'Irak
en 2003. De quoi lui donner aussi un
regain de popularité, qui n'empêchera pas, au demeurant les
difficultés électorales de se multiplier. Une lourde défaite
du SPD en mai 2005 lors d'élections
régionales (Rhénanie-du-Nord-Westphalie) décide Schroeder
à provoquer des élections fédérales anticipées.
Celles-ci ont lieu en septembre 2005.
Les résultats en seront très serrés : bien que sortie
victorieuse du scrutin, la CDU se trouve contrainte, comme cela avait déjà
été le cas en 1966, a
former un gouvernement de grande coalition avec le SPD. Angela Merkel devient
chancelière le 22 novembre 2005.
Après une nouvelle victoire de son parti en septembre 2009,
Merkel a été réélue le mois suivant (28 octobre),
pour quatre ans, par le Bundestag, et doit gouverner, cette fois, en coalition
avec les Libéraux du FDP.
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 Günther
Weisenborn, Une
Allemagne contre Hitler, Editions du Félin, rééd.
2007.
-
Les
images des grand-messes hitlériennes, les mises en scène
grandioses du nazisme ont fait oublier les visages des Allemands
qui ont refusé de sacrifier leur honneur aux rêves d'un Reich
de mille ans. Le livre de Günther Weisenborn, minutieux compte rendu
des résistances allemandes, témoigne de leur combat. Moins
nombreux qu'en France, écrasés
par un règne de terreur absolu, des hommes et des femmes de tous
les âges se sont levés contre la folle entreprise de leur
dirigeants. Simples soldats et officiers, ouvriers et écrivains,
prêtres et pasteurs, ils furent des dizaines de milliers à
refuser la désastreuse dictature. C'est aussi grâce à
leur sacrifice qu'une autre Allemagne a pu renaître à la démocratie
dans le concert des nations européennes. (couv.).
Bruno
Lieser, Les
années Schroeder, Ellipses Marketing, 2006.
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Incontestablement,
le passage du Chancelier Gerhard Schröder aux affaires aura transformé
la RFA de façon durable. Entre 1998 et 2005, ses deux gouvernements
ont marqué l'avènement d'une "République de Berlin"
plus sûre d'elle-même et moins modeste sur le plan international.
La coalition rouge-verte, constellation politique jusque-là inédite
en Allemagne, a fait subir au pays des mutations profondes, et accompagné
la nécessaire et difficile adaptation du "modèle rhénan"
aux réalités du XXIe siècle. (couv.). |
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