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L'Europe
a vu venir sa population primitive d'Asie et en partie, semble-t-il, d'Afrique
du Nord (Ibères ).
L'Europe connue des Anciens
comprenait au Nord les îles Britanniques, la Chersonèse cimbrique
et la Scandinavie; au Nord-Est les vastes contrées désignées
sous le nom de Sarmatie ou Scythie européenne; au centre la Gaule,
la Germanie, la Viodélicie, la Rhétie ,
le Norique ,
la Pannonie ,
la Dacie
et l'Illyrie ;
au Sud l'Hispanie ,
l'Italie ,
la Mésie ,
la Thrace ,
la Macédoine ,
l'Epire
et la Grèce .
La Grèce fut le creuset d'une civilisation qui porta à un
haut degré de culture les lettres et les arts. Elle propagea en
Europe les connaissances dont elle était en possession par les colonies
qu'elle envoya dans l'Italie méridionale, en Sicile et sur les côtes
de l'Espagne
et de la Gaule .
Rome ,
fondée au VIIe
siècle av. J. C. (un peu plus tôt,
selon la tradition légendaire ),
soumit successivement à sa domination l'Italie ,
la Sicile, l'Espagne ,
la Grèce, la Gaule, une partie de la Germanie, et tenta même
la conquête de l'île de Bretagne .
La puissance romaine
fut supplantée par celle des Barbares. Sous cette dénomination,
on a désigné plus spécialement dans l'histoire les
différents peuples qui, sortis principalement de Germanie, mais
parfois aussi des steppes d'Asie, au commencement du Ve
siècle, firent invasion dans l'empire
romain. Les principaux furent : les Alains, les Suèves, les Gépides,
les Goths, les Vandales, les Huns ,
les Francs, les Bourguignons. En 405,
Radagaise pénètra en Italie
à la tête des Germains; en 409
Alaric,
roi des Wisigoths, prit Rome, tandis que les Francs commençaient
leurs établissements en Gaule; en
449,
les Anglo-Saxons envahirent la Grande-Bretagne; de 451
à 453,
les Huns, sous la conduite d'Attila, ravagèrent
les Gaules, puis l'Italie; en 476,
Odoacre,
roi des Hérules, envahit l'Italie et mit fin à I'empire romain.
A partir de cette époque, les peuples barbares formèrent
des établissements fixes, les Ostrogoths et les Lombards en Italie,
les Francs en Gaule, les Vandales en Afrique ,
les Wisigoths en Espagne ,
et jetèrent les fondements des puissances qui deviendront les empires
et Etats modernes.
Le
Moyen Âge
Apporté en
Europe par S. Pierre et par saint Paul au Ier
siècle, le christianisme
fut considérée comme la religion du pouvoir par les classes
dirigeantes, tandis qu'elle s'efforçaient de l'étendre à
peu parmi les populations. Charlemagne avait
réuni sous son sceptre presque tous les peuples de l'Occident, lorsqu'il
reçut du pape Léon III la couronne impériale à
Rome en 800.
C'est ainsi que fut constitué, par la restauration de l'empire d'Occident,
le système politique qui a duré pendant tout le Moyen âge ,
et qui, suivant les propres paroles du jurisconsulte Ch.-Frédéric
Eichhorn, attribuait à l'empereur la suprême autorité
temporelle, sous la sanction de la suprématie spirituelle du chef
de l'Église.
Du démembrement
du vaste empire de Charlemagne, et du partage
que s'en firent ses héritiers, se formèrent les principaux
États de l'Europe encore aujourd'hui existants pour l'essentiel.
Le régime féodal, arrivé à son apogée,
penchait vers son déclin, lorsque les croisades ,
qui furent pendant deux siècles, de 1096
à 1291,
l'expression du fanatisme
meurtrier qui s'était emparé de l'Europe chrétienne,
en vinrent modifier l'ordre social et politique. Les souverains trouvèrent
dans ce vaste mouvement les moyens d'accroître leur pouvoir.
Les
temps modernes
La découverte
de l'Amérique
et de la nouvelle route vers les Indes orientales commença à
faire prévaloir en Europe les intérêts matériels.
La renaissance de l'étude des lettres anciennes, propagée
par les Grecs
expulsés de Constantinople ,
après la prise de cette ville par les Turcs
en 1453,
l'invention de l'imprimerie ,
furent à l'origine d'une mouvement de circulation des idées
sans précédent. Un nouvel esprit de liberté de la
pensée souffla qui s'exprime au travers de l'humanisme,
à travers la révolution scientifique du XVIIe
siècle, mais aussi d'une contestation
du pouvoir de l'Église
qui donna naissance dès XVIe
siècle au protestantisme .
Ébranlée jusque dans les fondements de son organisation sociale,
l'Europe fut alors agité par des guerre religieuses entre Catholiques
et Protestants.
La philosophie des
Lumières au XVIIIe
siècle, malgré ses défauts
et ses illusions, acheva de libérer la pensée et d'ouvrir
les esprits dans le sens des avancées du XVIe
siècle. Mais la France
ne se remettait pas du règne ruineux de Louis
XIV, qui s'est achevé en 1715,
alors même que la monarchie restait attachée avec arrogance
à ses privilèges. Il en résultera une révolution
en 1789,
qui après avoir érigé en nouveau principe l'esprit
de liberté, d'égalité et de fraternité, l'a
aussitôt noyé dans le sang, en même temps que
l'ancien ordre social, et bouleversé l'Europe dans la conflagration
d'une série de guerres que l'on a appelées les Guerres de
la Révolution.
Déclenchées
par les monarchies européennes qui craignaient une extension de
la Révolution, les guerres de la Révolution, qui ont ensanglanté
le continent européen dans la dernière décennie du
XVIIIe
siècle, puis celles plus terribles
encore de l'Empire ont bouleversé carte de l'Europe centrale. La
France
avait ainsi étendu ses conquêtes jusqu'aux Alpes et jusqu'au
Rhin sous la République (traités de Campo-Formio,
1797,
et de Lunéville, 1801).
Et malgré le mécontentement de l'Angleterre ,
le temps aurait peut-être pu consacrer les frontières de 1801
si Napoléon avait été capable
d'être un souverain pacifique; mais il les porta bientôt par
delà jusqu'à Terracine au Sud de Rome et jusqu'à Lübeck
sur la Baltique. La Confédération du Rhin, composée
de ce qui restait d'États allemands, créés pour la
plupart par la volonté de Napoléon, royaumes de Saxe, de
Bavière, de Wurttemberg, avait été placée sous
son protectorat; Napoléon fut roi d'Italie
(Nord-Est de l'Italie) et fit de son frère Joseph un roi d'Espagne
et de son beau-frère Murat un roi de Naples .
Le royaume de Prusse ,
cruellement mutilé, fut réduit, après le traité
de Tilsit
(1807);
à 6 millions d'habitants. En Autriche ,
l'empereur avait changé le titre, devenu vain, d'empereur d'Allemagne
contre celui d'empereur d'Autriche (1804);
ses États, rognés par Napoléon,
n'avaient plus que 21 millions d'habitants en 1810.
D'une partie des dépouilles de la Pologne enlevées
à la Prusse et à l'Autriche, Napoléon avait fait (1807-1809)
le grand-duché de Varsovie .
L'édifice gigantesque que Napoléon avait ainsi élevé
à coup de victoires était un paradoxe politique sans cohésion
et sans raison d'être géographique, ethnographique ou traditionnelle.
Il s'écroula en 1814
par la coalition de l'Angleterre ,
de la Prusse, de la Russie
et de l'Autriche. Les traités de Paris
(1814
et 1815)
et les traités de Vienne refirent la carte de l'Europe en reproduisant
quelques-uns des traits de la carte de 1789
et en donnant satisfaction aux ambitions des vainqueurs. La France fut
ramenée dans les limites et même un peu en deçà
des limites de 1790.
La Prusse reçut d'amples agrandissements sur le Rhin; l'Autriche
recouvra les territoires qu'elle avait perdus et reçut en Italie
le royaume lombardo-vénitien.
La Confédération
germanique, dans les conseils de laquelle l'influence était partagée
entre l'Autriche
et la Prusse ,
remplaça l'ancien empire d'Allemagne ;
la Russie ,
qui avait profité de l'alliance française pour prendre le
reste de la Finlande à la Suède
(1809)
et la Bessarabie
aux Turcs
(1812),
reçut le duché de Varsovie qui prit le nom de royaume de
Pologne
et qui garda jusqu'en 1830
un gouvernement distinct.
L'équilibre
européen, que le traité de 1815
constituait, n'a pas duré un demi-siècle. En 1828
(traité d'Andrinople ),
la Grèce s'affranchit de la Turquie ( L'Agonie
de l'empire ottoman );
en 1830,
la Belgique
se sépara des Pays-Bas
et s'érigea en royaume. En 1856,
la Russie ,
après la prise de Sébastopol ( La
Guerre de Crimée ),
dut reculer sa frontière à quelque distance des bouches du
Danube. En 1859,
l'Italie fut affranchie de la domination autrichienne par la campagne de
Napoléon
III, allié du roi de Sardaigne; l'Autriche
céda alors la Lombardie, et les peuples de la péninsule s'unirent
aux Piémontais pour fonder leur unité et constituer le royaume
d'Italie
(1864),
qui s'agrandit en 1866
par la cession de la Vénétie et se compléta en 1870
par l'occupation de Rome. La fondation de ce royaume, qui constituait une
sixième grande puissance, aiguillonna l'ambition de la Prusse
qui attaqua le Danemark
de concert avec l'Autriche, puis déclara la guerre à l'Autriche,
la vainquit à Sadowa (1866),
supprima la Confédération germanique, s'empara du Slesvig-Holstein
et d'une partie des États allemands et organisa sous son autorité
la Confédération de l'Allemagne
au Nord; une Confédération de l'Allemagne du Sud s'organisa
parallèlement à celle du Nord.
En 1870,
la guerre qui était imminente depuis quatre ans éclata entre
la Prusse
et la France .
La France vaincue perdit l'Alsace-Lorraine et le rempart naturel du Rhin
et des Vosges qui couvrait la vallée de la Seine. L'empire allemand
fut créé (1871)
avec le roi de Prusse pour empereur. Cet empire, qui a réuni toute
l'Allemagne
sous la même autorité suprême, dont la population était
déjà plus nombreuse que celle des autres États européens,
la Russie
exceptée, et augmenta rapidement par l'excédent des naissances
sur les décès, qui avait une organisation militaire très
forte, où l'activité intellectuelle et économique
était largement développée, est devenu à partir
de cette époque une puissance de premier ordre.
Le gouvernement allemand,
après s'être appuyé pendant plusieurs années
sur l'amitié des empereurs de Russie
et d'Autriche ,
depuis le refroidissement de la Russie, s'est attaché à former
et maintenir une triple alliance, en faisant entrer dans sa politique,
c.-à-d. dans la garantie de l'Alsace-Lorraine, l'Autriche, malgré
le souvenir récent de Sadowa et la diversité réelle
des intérêts des deux souverains en plusieurs matières,
et l'Italie ,
mécontente de l'occupation de la Tunisie
par les Français .
Cette triple alliance, dont le principal motif fut le maintien de la frontière
entre l'Allemagne
et la France, déclarait qu'elle se proposait le maintien de la paix
européenne; en réalité, par les ambitions qu'elle
fit naître et par l'énormité des armements qu'elle
entraînait, elle fut perçue très vite comme un danger
de guerre, et fit peser une très lourde charge sur les finances
et sur la vie économique des États européens.
En 1878,
la Russie ,
pensant que le temps était venu de recueillir le bénéfice
de l'amitié qu'elle avait témoignée à la Prusse
pendant la guerre de 1870,
déclara la guerre à la Turquie
et se fit donner, par le traité de San Stefano, des avantages considérables;
mais l'Europe, réunie en congrès sous la présidence
du prince de Bismarck,
chancelier de l'empire allemand, rogna, par le traité de Berlin
(1878),
la part que s'était faite la Russie; la Bosnie et l'Herzégovine
données à l'Autriche
jetèrent cette puissance sur les brisées de la Russie et
firent naître dans la péninsule balkanique un antagonisme
qui ne déplaisait pas à la politique allemande; la Serbie ,
le Monténégro ,
la Grèce s'agrandirent et la principauté de Bulgarie ,
qui elle-même s'adjoignit bientôt la Roumélie orientale ,
fut créée aux dépens de la Turquie ( La
Question d'Orient ).
A la fin du XIXe
siècle, la Triple alliance constituait
au centre de l'Europe un faisceau puissant et menaçant, dont l'empire
allemand avait formé et tenait les liens dans ses mains. Quels qu'aient
été les profits que s'en promettaient ses deux alliés,
le bénéfice le plus apparent était pour lui. Il n'est
pas étonnant que la France
menacée ait porté ses regards par delà ce faisceau
jusque vers la Russie
irritée et qu'une certaine similitude d'intérêts ait
amené un rapprochement entre ces deux États; il ne fallait
pas moins moins, jugeait-on alors, qu'un étau dont une mâchoire
serait la Russieet l'autre la France, pour contenir la masse compacte et
formidable de l'Allemagne ,
de l'Autriche-Hongrie
et de l'Italie .
On sait comment la montée des tensions ainsi amorcée se dénouera
quelques décennies plus tard. La première Guerre mondiale
(1914-1918),
ajoutée aux conséquences de la Révolution soviétique
(1917)
conférera à l'Europe un nouveau visage. |
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