 |
Les
plus anciens habitants de la Russie dont les noms nous aient été
transmis par les auteurs de l'Antiquité
sont les Sarmates et les Scythes. Au IIe
siècle, les Goths occupèrent
les contrées entre le Don et le Danube, qui furent ensuite envahies
successivement par les Huns ,
par les Avare et par les Bulgares ( Les
Turks ).
Quant aux Slaves, une population de langue indo-européenne, dont
le nom n'apparaît dans l'histoire qu'au VIe
siècle, ils habitaient le long
du Dniepr. Ils furent en partie soumis par les Khazares ( Les
Turkmènes )
au VIIIe
siècle. Les incursions des Varègues
( La Scandinavie médiévale )
chez les Slaves datent vraisemblablement du commencement du IXe
siècle. Appelée par les
Slovènes, peuple slave, et conduite par trois chefs, qui étaient
trois frères, et dont l'un, Rurik, survécut
aux deux autres, une tribu de ce peuple scandinave s'établit aux
environs des lacs Bielo-Uzero, Ladoga et Ilmen. Rurik régna à
Novgorod
de 862
à 879,
comme premier grand-prince ou grand-duc de Russie. Car les Slaves, dit
Nestor, leur plus ancien historien, ont reçu des Varègues,
appelés Ross ou Rouss, le nom de Russes.
A l'ombre de Byzance.
Oleg, oncle d'Igor
I, fils de Rurik, avait été chargé
de la tutelle de son neveu; mais il exerça le pouvoir en son propre
nom, 879-913.
Il transporta le siège de l'État de Novgorod
à Kiev ,
capitale d'une principauté dont il fit la conquête, assiégea
Constantinople
et rançonna l'empereur Léon le Philosophe.
Igor, son neveu, lui ayant succédé, fit contre Constantinople
deux expéditions dont le pillage des côtes grecques
fut le seul résultat, et périt en combattant les Drevliens,
en 945.
Sviatoslav Ier, son fils, 945-972,
lui succéda, d'abord sous la tutelle de sa mère Olga, qui
se fit chrétienne à Constantinople, sous le non d'Hélène,
mais qui ne put convertir son fils. Il avait partagé ses États,
avant de mourir, entre ses trois fils, dont l'aîné, laropolk
ler, fut grand prince de 972
à 980.
Cette division de l'héritage paternel entre tous les fils du grand-prince
fut la cause de l'affaiblissement de la Russie naissante.
Les princes appelés
au partage de l'État avec celui qui héritait du titre de
grand-prince étaient nommés princes apanagés. Vladimir
ler, dit le Grand et le Saint, troisième
fils de Sviatoslav Ier,
980-1015,
se convertit au christianisme
en 988( La
Religion slave ).
Il fut baptisé à Constantinople ,
alors en communion avec le saint-siège. Le partage qu'il fit de
ses États entre ses nombreux enfants, et son neveu, Sviatopolk Ier,
grand-prince de 1015
à 1019,
amena encore une fois le démembrement. de l'État. laroslav
Ier,
1019-1055,
l'un des fils de Vladimir Ier, releva la
puissance de la Russie, dont il fut le législateur. Mais la division
de ses États entre ses 5 fils fut suivie de trois siècles
d'anarchie. Isiaslav ler,
grand-prince de 1055
à 1078,
fut deux fois détrôné. Il fit porter ses hommages par
son fils au pape Grégoire VII, en
1075.
Vsévolod ler, frère d'Isiaslav
Ier, régna de 1078
à 1093,
et Sviatopolk II, fils d'Isiaslav ler,
de 1093 à 1114.
Les règnes
de Vladimir II, dit Monomaque, 1114-1125,
et de Mstislav ler, dit le Grand, 1125-1132,
arrêtèrent les dissensions intérieures. Mais elles
recommencèrent après la mort de ce dernier, et la grande-principauté
passa d'une branche à l'autre de la famille de Rurik.
André, dit de Bogolioubof, 1157-1175,
petit-fils de Vladimir Monomaque par son père George
Ier Dolgorouki, c.-à-d. Longue-Main,
qui avait fondé Moscou
en 1147,
fit rentrer la grande-principauté dans la maison de Monomaque ,
qui était la branche cadette. Elle y resta jusqu'en 1598;
mais elle s'était partagée en 1246
en branche de Souzdal ,
branche de Moscou et branche de Tver. André, ne pouvant se rendre
maître. de Kiev ,
où régnait Isiaslav III, fixa
sa résidence à Vladimir, sur la Kliazma, qui resta la capitale
de la grande-principauté jusqu'en 1205.
Kiev, dite la Mère des villes russes, et siège métropolitain
de toute la Russie, commença à déchoir. Elle fut saccagée
en 1169,
lorsque onze princes apanages, rivaux du grand-prince Mstislav Il, s'en
rendirent maîtres, et sa ruine fut consommée lorsque Roman
Mstislavitch s'en empara en 1204,
avec l'aide des barbares Polovtses.
Roman était
prince de la Russie de Haliez ou Galitch, ou Russie-Rouge. Cette principauté,
qui éclipsa passagèrement ses deux soeurs de Kiev
et de Vladimir, fut fondée par Vladimirko Volodarovitch, issu d'Iaroslav
le Grand, qui la gouverna de 1124
à 1155.
Elle fut réunie à la Pologne
en 1340,
et la Russie de Kiev avait été réunie à la
Lituanie en 1320.
Le fondateur de la Russie de Haliez eut pour successeur son fils Iaroslav,
1153-1188,
dont le règne fut très glorieux. Vladimir, fils d'Iaroslav,
1188-1198,
étant mort sans postérité, Roman Mstislacitch, descendant
de Vladimir Monomaque, grand-prince de Vladimir en Volynie ,
et dévastateur de Kiev, devint grand-prince de Haliez, en 1198,
et mourut en 1206.
Son fils, Daniel Romanovitch, posséda son héritage de 1228
à 1264;
il reconnut l'autorité du pape Innocent
IV, qui le qualifia du titre de roi de Russie en 1255.
Mais il, rompit ensuite, avec le saint-siège. La Russie-Rouge, ou
Russie occidentale, ne fit plus que déchoir, et fut absorbée
par la Pologne, comme il vient d'être dit, avant le milieu du XIVe
siècle.
L'invasion des
Mongols.
Affaiblis par leurs
divisions intestines, les Russes étaient incapables de résister
à l'invasion des Mongols ,
contre lesquels les Polovtses implorèrent leur secours. Malgré
la bravoure de Mstislav Mstislavitch, prince de Haliez, ils furent exterminés
à la bataille de la Kalka, en 1223
( L'empire gengiskhanide ).
Quelques années après, une nouvelle armée de Mongols
prit et brûla Moscou
et Vladimir, et battit en 1238
George Il, grand-prince de Vladimir, 1213-1258,
qui périt dans ce désastre. Les Mongols détruisirent
entièrement Kiev
en 1240.
et ravagèrent tout le pays. Batou, leur
chef, acheva de fonder l'empire du Kaptschak, qu'il avait hérité
de son père, fils de Gengis-Khan, établit
son camp, appelé la Horde d'Or ,
à Seraï, dans une île de l'Akhtouba, branche de la Volga,
et les Russes demeurèrent tributaires et dépendants des vainqueurs.
laroslav II, frère de George II, et grand-prince de la Russie orientale
de 1258
à 1246,
eut pour successeur Alexandre, surnommé
Nevski,
1246-1262,
qui, n'étant encore que prince apanagé de Novgorod ,
défit les Suédois et les chevaliers Porte-Glaives ( Les
Chevaliers Teutoniques ).
Les discordes des fils d'Alexandre Nevski permirent aux Mongols
d'appesantir leur joug sur toute la nation russe. Daniel, le plus jeune,
se déclara indépendant de son frère André,
grand-prince de 1294
à 1304,
prit le titre de grand-prince et, fixa, en 1295,
sa résidence à Moscou, qui devint dès lors le centre
national de la puissance russe.
Pendant que, la Russie
était asservie par les Mongols ,
Novgorod
prospérait sous la forme d'une république libre. La maison
de Tver disputa la grande-principauté à la descendance d'Alexandre
Nevski, dont Ivan Ier,
dit Kalita, c.-à-d. la Bourse, grand-prince de 1328
à 1340,
assura la prépondérance, avec l'appui des Mongols .
Siméon le Superbe, fils d'Ivan, 1340-1353,
soumit peu à peu les princes apanagés, et prit le titre de
grand-prince de toute la Russie. Son fils Ivan II,
1353-1360,
eut pour successeur le prince de Souzdal ,
Dmitri, 1360-1362,
descendant d'un frère d'Alexandre Nevski. Mais la maison de Moscou ,
protégée par les Mongols, reconquit la grande-principauté,
et, Dmitri IV, petit-fils d'Ivan la Bourse, régna de 1362
à 1389.
C'était un guerrier courageux qui conquit le surnom de Donskoï,
en battant les Mongols sur le Don, en 1380.
Mais les Mongols lui dictèrent la paix en 1352
dans Moscou incendié. Il eut pour successeurs son fils Vassili ou
Basile ll, 1389-1425,
et son petit-fils, Vassili III, surnommé l'Aveugle, 1425-1462.
Sous le règne de ce dernier, Isidore; métropolitain de Moscou,
assista au concile
de Florence
et fut fait cardinal .
Mais à son retour eu Russie, en 1439,
il ne put l'aire accepter la réunion de l'Église grâce
à la communion romaine.
Ivan
llI, fils de Vassili III, dit le Grand ou le Superbe,
1462-1505,soumit
Novgorod ,
annexa la principauté de Tver et anéantit la domination mongole ,
en s'alliant avec le khan
de Crimée contre le khan de la Horde-d'Or
(1450).
La Russie, délivrée du joug mongol, allait pouvoir rentrer
en rapport avec l'Europe .
Mais, à ce moment même, Constantinople
venait de tomber aux mains des Ottomans .
La principauté moscovite reprit dans ses armoiries l'aigle
de Byzance .
Ivan épousa la nièce du dernier empereur grec. Ivan III
Il rendit la grande-principauté indivisible, supprima les apanages
et fit prévaloir le choit de primogéniture.
Au total, la domination
mongole ,
si pénible qu'elle ait pu être, avait été pour
la Russie moscovite une bonne école d'administration et de gouvernement;
par ailleurs, la religion chrétienne s'était propagée
chez les Finnois, l'Eglise russe avait pris un caractère autocéphale.
Vasili Ivanovitch (1505-1553)
complèta l'œuvre de son père : il soumit Riazan, Pskov, Viatka,
Tver, Rostov, Iaroslav et enlèva aux Lituaniens une partie des pays
russes.
Le premier âge
des tsars.
Ivan
IV, fils de Vassili IV, plus connu sous le nom d'Ivan le Terrible
(1533-1584),
en échangeant le titre de grand prince contre celui de tsar (un
mot dérivé du latin caesar), affirma une fois de plus
la suprématie et les ambitions de la Russie moscovite. La première
guerre entre les Russes et les Turcs
date de son règne. En 1552,
il s'empara du khanat tatar de Kazan ,
et en 1554
de celui d'Astrakhan .
La Russie avait désormais un débouché sur la mer Caspienne.
En 1584,
la Sibérie ,
conquise par le cosaque Ermak, agrandit encore
le domaine du tsarat moscovite. Mais ce qu'il fallait à cet Etat,
c'était un débouché sur la mer Baltique. Ivan essaya
vainement de s'en assurer un. Il fut repoussé par les Suédois
et les Polonais .
Son fils Fédor
ou Foedor, 1584-1598,
prince faible, fut le dernier souverain de Russie de la dynastie de Rurik.
Sous son règne, un patriarcat russe indépendant fut créé
à Moscou
en 1588,
par un patriarche schismatique, fugitif de Constantinople ,
et la servitude perpétuelle de la glèbe fut établie
par des ukases de 1592,
1593
et
1597.
Boris
Godounov, qui avait gouverné sous le nom de Fédor, son
beau-frère, s'empara du pouvoir à sa mort. A la mort de Fédor,
en 1598,
et jusqu'en 1613,
la Russie traversa une période d'anarchie, au milieu de laquelle
les Polonais ,
maîtres de Moscou, et les Suédois de Novgorod ,
ne cessairent de se disputer la Russie.
Un aventurier, Dmitri,
dit le faux Dmitri, entreprit avec le concours des Polonais de se faire
passer pour l'héritier des Rurikovitch, de soumettre la Russie à
l'influence catholique et polonaise. Il mourut. Un autre faux Dmitri lui
succèda. Les Polonais pénètrèrent jusqu'à
Moscou
(1612);
le fils du roi de Pologne ,
Sigismond
III, se fit proclamer tsar par les boïars. La Russie semblait
à la veille de devenir un Etat annexe de la Pologne. Mais les Polonais
étaient catholiques, les Russes orthodoxes. Une réaction
tout ensemble religieuse et nationale se produisit. Le prince Pojarsky
et le boucher Minine soulevèrent le peuple de Nijni-Novgorod
et délivrent Moscou. Les Polonais partis, l'assemblée du
pays (sobor) élit pour tsar le boïar Michel Fedorovitch
Romanov (1613).
Michel ou Mikhaïl
Romanov fut le fondateur d'une dynastie qui a fait définitivement
entrer la Russie dans le système européen .
Avec lui finit la période dite des troubles. Il réorganisa
l'armée et fortifia les frontières. Son fils, Alexis Mikhaïlovitch
(1645-1676),
donna à la Russie un Code de lois (l'Oulojénie) et
réunit à l'empire la Petite-Russie qui en avait été
détachée depuis des siècles. Sous son règne,
la Russie s'ouvrit définitivement aux influences de l'étranger.
Les Anglais
par Arkhangel pénétrèrent à Moscou ;
les Allemands
et les Suédois eurent des colonies à Novgorod ,
à Pskov, à Moscou. Des ingénieurs allemands ou italiens
vinrent s'établir à Moscou. Les moeurs étaeint encore
tout orientales. La femme ne jouait aucun rôle dans la vie sociale.
Les paysans, depuis la fin du XVIe
siècle restaient attachés
à la terre.
La
Russie au XVIIIe siècle .
Pierre
le Grand, fils et successeur du tsar Alexis, détruisit la puissance
de la Suède au profit de celle de la Russie, qu'il étendit
de la Baltique à la mer Caspienne. Il fonda Saint-Pétersbourg
et en fit la capitale de son empire ,
où il implanta par la violence une civilisation improvisée.
Il laissa éteindre en 1700
le patriarcat de Moscou
et le remplaça en 1721
par un conseil permanent, qu'il appela le Très-Saint-Synode. Il
fit ainsi de l'Église russe un instrument du despotisme impérial,
et la transformation par laquelle il introduisit la Russie dans le mouvement
social européen pèche par la base. Le testament politique
qu'on lui attribue n'est vraisemblablement pas authentique; mais il a légué
à ses successeurs une pensée ambitieuse dont ils ont poursuivi
avec habileté la réalisation menaçante pour la sécurité
de l'Europe .
La tsarine Anne rétablit
l'autocratie, à laquelle Catherine
Ire,
et Pierre II avaient renoncé, et accrut l'influence extérieure
de l'empire Élisabeth, 1741-1762,
favorisa la naissance de la littérature russe, qui date de son règne
( Le printemps des tsarines ).
Avec Pierre III, neveu d'Élisabeth, de la maison de Holstein-Gottorp,
une ligne féminine de la branche cadette de la dynastie de Ronanov
monta sur le trône en 1762 Catherine
II ,
1762-1796, agrandit la Russie par la part qu'elle obtint dans les trois
partages de la Pologne ,
et par la conquête de la Crimée et de la Nouvelle-Russie.
Maîtresse de la mer Noire, la tsarine s'arrogea sur ses coreligionnaires
grecs et slaves, soumis à la Turquie ,
un droit de protection qui devint le chemin tortueux par où la politique
du cabinet de Saint-Pétersbourg
n'a plus cessé de marcher pour arriver à Istanbul .
Son fils, Paul Ier, (1796-1801) fixa la
succession au trône par ordre de primogéniture en ligne directe,
en attribuant à la ligne masculine la préférence sur
la ligne féminine. En matière de politique étrangère,
il s'associa à la coalition austro-anglaise. Souvarov alla jusqu'en
Italie se mesurer avec les généraux français. Sous
le règne très court de ce prince, la Russie acquit au Sud-Est
la Géorgie.
Le XIXe
siècle.
Alexandre
I.
Alexandre
Ier(1801-1825)
organisa les ministères, créa un conseil de l'empire, fonda
les universités de Kharkov, de Saint-Pétersbourg
et de Kazan. Il réunit à son empire
le royaume de Pologne ,
formé du duché de Varsovie ,
créé par
Napoléon Ier
en 1807. Impressionné
par l'empereur, il signe avec lui le traité de Tilsit
(1807) et devient son ami. Mais il
refuse d'adhérer au blocus continental; Napoléon envahit
la Russie, pénètre à Moscou ;
il en est chassé par l'incendie et par le froid. A
la voix du tsar, les Russes firent de leur pays un désert où,
comme l'a dit
Joseph de Maistre, qui résidait
alors à Saint-Pétersbourg,
On
ne voyait que de la neige, des corbeaux, des loups et des cadavres, depuis
Moscou jusqu'à la frontière.
Les Russes poursuivirent la Grande Armée
jusque sous les murs de Paris ;
le traité de Vienne (1815) donna
une sanction européenne aux partages de la Pologne .
D'autre part, l'empire acquit la Finlande
sur la Suède
(1809) et la Bessarabie
sur les Turcs (1812). Victorieuse de
Napoléon,
la Russie fut l'âme de la Sainte-Alliance et soutient dans toute
l'Europe
la contre-révolution. Mais elle était minée à
l'intérieur par ces mêmes doctrines qu'elle prétendait
combattre à l'étranger. Des sociétés secrètes
se multiplièrent au lendemain de la mort du tsar Alexandre
Ier.
Une révolution éclata (décembre 1825).
Nicolas
I.
L'empereur Nicolas
Ier (1825-1855)
la réprima durement et se posa en représentant du droit divin
et de la légitimité. Il élargit les frontières
de la Russie du côté du Caucase, protègea contre la
Turquie les Roumains, les Serbes et les Grecs, poussa les troupes russes
jusqu'à Andrinople (Edirne), obtint de la Porte des rectifications
de frontières et le libre passage des Dardanelles
et du Bosphore .
Il triompha de l'insurrection polonaise
(1830), et forma avec la Prusse
et l'Autriche
une sorte de triple alliance inspirée par l'esprit réactionnaire.
La Russie de Nicolas Ier aida l'Autriche
à étouffer la révolution hongroise de 1848
et s'efforça de se faire reconnaître comme la protectrice
suprême des chrétiens d'Orient contre les Turcs. Les prétentions
russes amènent
la France
et de l'Angleterre ,
en 1855,à
intervenir pour le maintien de l'empire ottoman( La
Guerre de Crimée ).
La Russie, vaincue devant Sébastopol, dut, par le traité
de Paris, restituer une partie de la Bessarabie
et sacrifier sa puissance navale dans la mer Noire.
Alexandre
II.
Le tsar Alexandre II (1855-1881)
Alexandre
II, fils et successeur de Nicolas Ier inaugura
son règne par la conclusion d'une paix qui rendit le repos à
l'Europe en 1856.
Il décréta par un manifeste impérial, en 1861,
l'émancipation des serfs, dont le nombre s'élevait à
23 millions dans l'empire en 1859.
Il
développa en Russie les voies de communication (chemins de fer),
améliora les finances, réorganisa les tribunaux, supprima
le servage et les peines corporelles (1861).
En revanche, il ne
changea pas grand chose à la politique européenne de son
prédécesseur. Ainsi, sa première parole aux Polonais
fut-elle :
Tout
ce
que mon père a fait est bien fait, et mon règne sera la continuation
du sien.
Il l'a effectivement
été, et a prouvé qu'en détruisant Sébastopol,
la France
et l'Angleterre
n'avaient pas détruit l'ambition de la Russie, qui a persisté
dans la pensée d'étendre sa domination, son panslavisme,
sur l'Europe
entière. La politique russe a déployé ses rigueurs
contre la Pologne en 1861
et 1862.
En janvier 1863,
elle a poussé elle-même les Polonais à un soulèvement
armé par la déportation en masse, sous le nom de recrutement,
de la partie virile de la population. En exterminant, les Polonais, la
Russie protestait par sa diplomatie de ses bonnes intentions à l'égard
de la Pologne, et elle répondit, dans cette même année
1863,
aux protestations de la France, de l'Autriche et de l'Angleterre, qu'elle
ne pouvait pas admettre leur intervention. La Pologne écrasée
et la Circassie
soumise, en 1862,
par le grand-duc Michel, ouvrirent une double voie à la Russie pour
s'acheminer vers l'accomplissement de ses vues sur l'Occident commene
en Orient. La Russie continua ainsi son expansion en Asie. La conquête
du Caucase fut achevée, le territoire de l'Amour annexé à
la Sibérie .
Les Russes s'établirent à Tachkent, à Samarcande ,
annexèrent le Khokand, le khanat de Khiva, et réduisent le
khan de Boukhara à accepter leur protectorat ( Le
Kharezm et les khanats ouzbeks ).
A partir de 1865,
le tsar revint à la pratique de l'absolutisme et à la politique
de russification, sous l'impression de l'insurrection polonaise
et l'influence du parti panslaviste; l'écrivain Katkov, dans son
journal la Gazette de Moscou ,
opposait les peuples slaves aux peuples de l'Europe occidentale,
préconisait leur «-rassemblement-»
sous la direction des Russes, et affirmait la nécessité d'un
pouvoir fort pour la réalisation de ce programme. Une série
de mesures de détail restreignirent la partie des réformes
précédemment accomplies; il fut interdit aux zemstvos
de rendre publiques leurs délibérations; des tribunaux extraordinaires
furent institués, les suspects déportés sans jugement,
les jeunes gens écartés arbitrairement des Universités.
L'application de la loi qui avait affranchi
les serfs leur apparaissait comme une aggravation de leur condition. Ils
avaient gagné à la réforme la liberté de leur
personne; mais, obligés de racheter les terres laissées aux
communautés de village (mir), ils ne se rendaient pas compte
que le prix du rachat, payable à long terme par annuités,
était très faible. Pour se libérer immédiatement,
ils avaient accepté de restituer aux seigneurs les deux tiers de
la part attribuée au mir, et les pays « tertiaires -»
se trouvaient amoindris. La question agraire était loin d'être
résolue; les paysans étaient mécontents et, de son
côté, la noblesse se plaignait d'une réforme qui avait
réduit ses domaines en même temps que leur produit, car elle
n'avait pas su remplacer le système des corvées par un nouveau
mode d'exploitation.
Ces embarras ne suffisaient pas à
détourner le tsar de ses préoccupations de politique étrangère.
En 1871, Alexandre II profita des embarras
de la France pour
faire réviser le traité de Paris et s'assurer le droit d'entretenir
une marine de guerre dans la mer Noire. La guerre déclarée
par la Serbie et le Monténégro à la Turquie
en 1876 fournit à Alexandre
II l'occasion de venger les échecs de 1855.
Les troupes russes franchirent le Danube, poussèrent jusqu'à
Istanbul, Le traité de San Stefano, qui termina cette guerre victorieuse,
assura l'autonomie de la Bulgarie, l'indépendance de la Roumanie
et du Monténégro. II fut modifié dans quelques-unes
de ses clauses par le traité de Berlin
(1878). L'acquisition de Kars, de Batoum,
la restitution de la Bessarabie
l'indemnisaient des sacrifices qu'elle s'était imposés pour
mener à bonne fin cette grandiose expédition.
Cela étant accomplit, un autre problème
surgit. La doctrine de l'individualisme
absolu - le nihilisme - avait cessé
d'être purement spéculative. Ses adeptes s'efforçaient
de la répandre dans les campagnes. Un centre révolutionnaire
s'était formé à Zurich ,
d'où un grand nombre de jeunes filles, revenues en Russie, y devinrent
d'actifs agents de propagande. Les attentats se multiplièrent, et
le gouvernement essaya de réagir par un régime de dictature
politique et de justice expéditive; mais le terrorisme nihiliste
brava le terrorisme gouvernemental, au moyen d'une organisation secrète
très serrée : le 26 août 1879,
un « comité exécutif -»
condamna le tsar, qui, ayant échappé à trois tentatives,
fut blessé à mort le 1er
mars
1881, au moment où, sur
les avis du général Loris Melikov, il paraissait disposé
à donner quelques satisfactions aux idées libérales,
peut-être même allait-il maintenant accorder une constitution,
malgré l'opposition du parti « vieux russe-».
Alexandre
III.
La mort tragique d'Allexandre II devait
provoquer un mouvement de réaction sous le règne de son fils
Alexandre III (1881-1894).
Celui-ci abandonna tous les projets de réforme pour revenir à
la pure tradition nationale : réorganisation de l'administration
rurale et des zemstvos; intensité de la politique de russification;
ukase
obligeant l'héritier présomptif à épouser une
princesse de foi orthodoxe. Conseillé par le publiciste Katkov,
par le procureur général du Saint-Synode, Pobiédonotsef,
par le général Ignatiev, Alexandre III fut, dans toute la
force du terme, un souverain national. Les universités et la presse
furent étroitement contrôlées; les journaux et les
livres venus du dehors, soumis à l'appréciation de la censure,
qui faisait « passer au caviar » les passages jugés
dangereux; une étroite surveillance mit les terroristes hors d'état
d'agir et, s'il y eut des complots contre la vie du tsar, ils furent tous
découverts.
L'antisémitisme se développa.
Les Juifs
étaient détestés des paysans russes, qui, à
plusieurs reprises, les avaient pillés : le gouvernement leur interdit
de devenir propriétaires, leur défendit d'envoyer dans les
universités ou dans les gymnases un nombre d'étudiants supérieur
à une proportion déterminée, et finalement, en 1891,
les concentra tous dans les provinces de l'Ouest, où ils étaient
particulièrement nombreux. Les mesures de dénationalisation
se succédèrent au Caucase, en Pologne
et dans les provinces baltiques, où l'on imposa le russe comme langue
officielle, où l'on fit la guerre à la religion luthérienne
au profit de la religion orthodoxe. L'autonomie du grand-duché de
Finlande fut cependant ménagée. A l'extérieur, l'événement
capital du règne d'Alexandre III fut la nouvelle orientation de
la politique russe en direction des puissances occidentales. Depuis la
guerre de 1870, elle avait été
inféodée à celle de la Prusse
et de l'Autriche. Alexandre III rompit avec les alliances antérieures
et se rapprocha nettement de la France .
Le temps des révolutions.
Nicolas II, qui succéda à
son père Alexandre III en 1894,
déclara qu'il maintiendrait le principe
autocratique et l'appliquerait avec la même fermeté. Les
visites échangées à deux reprises, en 1896
et
en 1901, avec les présidents
français Faure et Loubet ont attesté de la poursuite des
bonnes relations de la France
et de la Russie. Forte de cette alliance, la Russie a pu continuer son
expansion dans l'extrême Orient. Le chemin de fer transsibérien
relia la Baltique au Pacifique. L'intérêt majeur de la Russie
était à ce moment de voir la paix maintenue en Europe pour
exploiter sans inquiétude son domaine asiatique.
La
révolution de 1905.
Malgré les exécutions, les
déportations en Sibérie ,
les bannissements forcés et volontaires, les idées marxistes
( Karl Marx)
avec Lénine et le parti des Sociaux-démocrates, les doctrines
anarchistes
des disciples de Bakounine et du parti Socialiste-Révolutionnaire,
héritier des nihilistes du siècle
précédent, gagnèrent du terrain et se manifestèrent
par des attentats retentissants qui, de 1901
à 1905, coûtèrent
la vie à plusieurs ministres, au gouverneur de la Finlande, au grand-duc
Serge. Les milieux intellectuels, influencés par les idées
occidentales, réclamaient des institutions représentatives;
les groupements ouvriers devenus plus importants depuis le développement
de la grande industrie en Pologne ,
Saint-Pétersbourg ,
à Moscou ,
revendiquaient sans cesse une amélioration de leur condition; les
paysans, de plus en plus misérables du fait de l'accroissement de
la population, commençaient de s'agiter. En 1902,
un mouvement ayant pour but le partage des terres entre paysans et l'attribution
des usines aux ouvriers s'étendit à douze provinces.
C'est sous l'impression des désastres
de Mandchourie que Nicolas II se décida à octroyer une ébauche
de régime parlementaire pour prévenir une révolution
qu'il sentait se préparer. Réclamée dès le
mois de novembre 1904, c'est-à-dire
au lendemain des journée Liao-Hang et du Cha-Hok, par le congrès
des zemstvos, tenu dans la capitale avec l'autorisation du tsar,
cette réforme fut admise par l'ukase du 25 décembre
1904.
De nouveaux revers en Extrême Orient, la capitulation de Port-Arthur,
des collisions entre ouvriers et soldats à Saint-Pétersbourg
(janvier 1905), le soulèvement
de la flotte de la mer Noire (mutinerie du cuirassé
Potemkine),
déterminèrent Nicolas, malgré l'assassinat du grand-duc
Serge à Moscou ,
à faire un nouveau pas en avant. Par un rescrit en date du 3 mars,
il chargea le ministre de l'Intérieur, Bouliguine, d'élaborer
un projet tendant à «
appeler au travail législatif
préparatoire des hommes choisis par la population parmi les plus
dignes », et la loi organique du 19 août créa une
Assemblée représentative qui participerait à l'exercice
du pouvoir législatif avec le Conseil de l'Empire, la sanction appartenant
à l'empereur; cette Assemblée reçut le nom de Douma,
qui désignait au Moyen âge
le conseil du souverain.
La loi électorale élaborée
par Bouliguine fut modifiée à la suite du célèbre
manifeste impérial du 30 octobre 1905,
de manière à élargir le corps électoral, divisé
en curies, le vote ayant lieu à deux et à trois degrés.
Le 5 mars 1906 un manifeste précisa
les pouvoirs de Douma en conformité avec celui du 30 octobre; mais,
le 6 mai le tsar promulgua les « lois fondamentales », qui
restreignaient sensiblement les droits de l'Assemblée.
La
valse des Douma.
La première Douma, élue
en mars-avril 1906, dans une période
d'effervescence, ne comprenait guère que des partis extrêmes
: les uns jugeant les concessions du gouvernement insuffisantes au point
de vue constitutionnel, les autres les considérant comme dangereuses
au point de vue social. Dans le premier groupe se classaient les cadets
ou constitutionnels démocrates (K. D.), qui formaient une
imposante
fraction (185 membres sur 442 députés
élus); les radicaux de gauche, les socialistes, etc. Dans le second
figuraient les monarchistes purs, partisans du maintien de l'autocratie,
les modérés - à peine une vingtaine - et une petite
minorité d'octobristes. Ces partisans de la déclaration
du 30 octobre se contentaient de l'extension du droit de suffrages, de
la transformation du Conseil de l'Empire en Chambre haute (recrutée
moitié par élection, formant avec la Douma un véritable
Parlement), de réformes administratives réalisées
de concert par les députés et le gouvernement. En somme,
l'Assemblée, dont les ministres n'avaient pas la confiance, n'avait
pas davantage la confiance des ministres.
A la suite de l'adoption par l'Assemblée
d'une motion d'appel au pays (21 juillet 1906),
le ministère Stolypine, qui avait succédé au cabinet
Goremykine, dissolvait la Douma, tandis que les cadets, par le manifeste
de Viborg, exhortaient le pays à refuser l'impôt et le service
militaire, et que les révoltes, les séditions, les attentats,
se multipliaient. Des élections de mars 1907
sortit une Assemblée où figuraient seulement 85 cadets, un
nombre à peine supérieur de monarchistes, 46 modérés
et octobristes, mais en même temps une forte extrême-gauche
socialiste (77) et travailliste (98).
A défaut d'une majorité gouvernementale,
la seconde Douma, où les cadets l'emportaient sur les octobristes,
fut également dissoute après quelques mois de débats
impuissants. Mais la troisième, élue après modification
de la loi électorale et réduction du nombre des députés
urbains, fut de composition à peu près inverse de celle des
deux premières : les partis de droite l'emportèrent démesurément
sur
les éléments d'opposition
: 289 voix sur un total de 442; les progressistes ne comptèrent
plus que pour 53 voix, les cadets pour 40. Le Parti Polonais
se trouva réduit à 18 députés.
L'Assemblée témoigna de son
respect pour la personne du tsar et de son désir de collaborer avec
le gouvernement. Si, lors de la discussion de l'adresse, elle écarta
l'amendement des monarchistes qui voulaient y introduire le mot «
autocratie
», la formule suivante fut votée Par une majorité où
entraient les octobristes, les cadets, la droite modérée
:
«
Nous emploierons toutes nos forces, toute notre expérience, toutes
nos connaissances, pour fortifier le nouvel ordre de choses régénéré
par la Volonté de Sa Majesté dans le manifeste du 30 octobre;
pour pacifier la patrie, consolider l'ordre légal, développer
l'éducation du peuple, augmenter le bien-être général
et fortifier la puissance de la Russie indivisible. »
Cette troisième Douma, qui siégea
de 1907 à 1912
s'efforça
de remédier à la crise agraire; elle travailla à la
réorganisation de l'armée et à la reconstitution de
la marine que la guerre japonaise avait réduite à néant;
elle délibéra sur nombre de questions administratives et
aussi, mais moins utilement, sur le statut des peuples allogènes.
La situation politique se trouvant rétablie au profit du tsar, la
condition des paysans ayant été améliorée,
les manifestations révolutionnaires ou simplement libérales
étant réprimées impitoyablement, la Russie paraissait
tranquille. Mais l'assassinat de Stolypine à Kiev ,
en mars 1911, rendit le régime
à sa fragilité. La quatrième Douma formée en
1912,
fut, comme la précédente, animée de sentiments loyalistes,
et n'apporta , comme elle que des améliorations de façade.
A la cour, un charlatan, Raspoutine, avait pris de l'ascendant sur la famille
royale, qui se trouvait ainsi chaque jour un peu plus déconsidérée.
A la veille des événements de 1914,
sous le relatif calme d'une population terrorisée, on sentait déjà
gronder l'orage qui allait jeter bas le tsarisme.
La
première Guerre mondiale et la Révolution d'octobre.
L'entrée dans la guerre de la Russie,
à partir du 1er août 1914,
a attisé le mécontentements, que les défaites militaires
n'ont fait qu'accroître, la Lituanie et la Pologne sont perdues en
1915.
Le 8 mars 1917
(23
février, selon le calendrier
julien en usage en Russie), une grève générale est
déclenchée à Pétrograd (= nouveau nom donné
à Saint-Pétersbourg
depuis le début de la guerre, pour retirer la consonance germanique
de l'ancien nom). Le 13 mars (27 février), une insurrection générale
fait tomber le gouvernement. Un comité provisoire issu de la Douma
se forme dans la capitale, ainsi qu'une instance suprême, d'obédience
marxiste, réunissant les conseils (soviets) de soldats, d'ouvriers
et de paysans. Trois jours plus tard, le tsar Nicolas II abdique, et un
gouvernement provisoire est formé. Dirigé par le prince Lvov,
il comprend essentiellement des Libéraux.
Le 11 avril 1917
(29 mars), les soviets se réunissent pour constater leurs divergences
quant à la marche à suivre : les mencheviks (= minoritaires)
et les bolcheviks (= majoritaires). Les premiers sont dirigés
par Alexandre Kerenski (le seul socialiste, membre du gouvernement Lvov)
et parmi lesquels figure Léon Trotski (Lev Davidovitch Bronstein),
revenu d'exil après une récente amnistie. Ils sont partisans
d'une collaboration, au moins provisoire, avec le régime qui commence
à se mettre en place; les seconds, à la tête desquels
se trouve Lénine (Vladimir IIitch Oulianov, de son vrai nom), lui
aussi de retour d'exil, en appellent à une prise du pouvoir immédiate.
Dans un premier temps les modérés obtiennent gain de cause.
Kerenski prendra même la tête d'un deuxième gouvernement
de coalition, le 18 mai (5 mai), puis d'un troisième gouvernement,
le 6 août (24 juillet), après que la répression d'un
soulèvement bolchevik opposé à la poursuite de la
guerre ait conduit Lénine à se réfugier en Finlande.
Bien que désormais poussés
à la clandestinité, les bolcheviks se renforcèrent.
Lénine revint à Pétrograd, le 20 octobre (7 octobre).
Il organisa, la nuit du 5 au 6 novembre 1917
(23-24 octobre, selon le calendrier julien, d'où le nom de «-Révolution
d'octobre-» donné à ces
événements), un coup d'Etat inauguré par les coups
de canon du croiseur Aurore devant Pétrograd. Kerenski prit
la fuite. Alors que la révolution de Février avait correspondu
à un grand soulèment populaire, ce coup de force fut l'oeuvre
des seuls bolcheviks. Le 7 novembre, ils mirent officiellement fin au gouvernement
provisoire. Lénine, auquel s'étaient ralliés Trotski
et Staline (Joseph Vissarionovitch Djougachvili), présida un Conseil
des commissaires du peuple, désormais seul détenteur du pouvoir.
Le lendemain, le Palais d'hiver fut pris d'assaut, le 10 novembre (28 octobre)
les soviets, dans lesquels les idées de démocratie et de
liberté avaient germé, furent placés sous le contrôle
des bolcheviks.
La
guerre civile.
Enfin aux mains du parti bolchevik (qui
prendra le nom de parti communiste de Russie, le 7 mars 1918),
le nouveau pouvoir dut alors se battre sur deux fronts : à l'extérieur,
la guerre contre les empires centraux et, à l'intérieur,
la guerre contre les « Blancs », c'est-à-dire les partisans
de l'ancien régime. La paix avec l'Allemagne fut conclue au plus
vite et déboucha, le 3 mars 1918,
sur le Traité de Brest-Litovsk ,
au terme duquel la Russie renonçait aux Pays Baltes et à
la Pologne
et reconnaissait l'indépendance de la Finlande et de l'Ukraine.
(Malgré cette paix, le gouvernement préfèra par sécurité
quitter Pétrograd et installa la nouvelle capitale à Moscou ,
au Kremlin, l'ancienne citadelle des tsars). L'écrasement des «
Blancs » et la prise de contrôle de tout le territoire russe
prendront, eux, plusieurs années. Bien que le tsar et sa famille
aient été exécutés le 16-17 juillet 1918,
à Ekaterinburg
où on les avait assignés à résidence, les contre-révolutionnaires,
aidés par plusieurs puissances étrangères (États-Unis ,
Royaume-Uni ,
Japon ,
France ),
qui avaient envoyé des troupes sur place, résistèrent
jusqu'en 1921 à « l'Armée
rouge » dirigée par Trotski, commissaire à la guerre.
Les Japonais occuperont même Vladivostok jusqu'en octobre 1922.
Cette guerre aura
été à la fois une guerre civile et une occasion de
réduire les oppositions au sein même des « Rouges
». Une police politique, la Tchéka,
avait déjà été créée à
cet effet dès le 7 décembre 1917.
Puis, quand les marins de Cronstadt
(Kronstadt), une base navale près de Pétrograd, qui avaient
été parmi les premiers à former des soviets, et qui
avaient été utilisés comme troupes de choc contre
les «-Blancs
», se comprirent trahis par les bolcheviks qui imposaient leur dictature,
ils se révoltèrent, le 17 mars 1921.
Trotski et le général Toukhatchevski
noieront dans le sang ce dernier sursaut des aspirations démocratiques,
qui pourtant avaient été à l'origine de la Révolution.
Cette guerre aura aussi été une guerre
de conquête : une guerre fut déclenchée contre la Pologne
en 1920
et 1921
pour une question de tracé de frontière; dans le même
temps l'Ukraine, la Biélorussie et la Transcaucasie (Azerbaïdjan,
Géorgie et Arménie), furent reconquises. On en fit des républiques
soviétiques au même titre que la Russie, qui avait été
rebaptisée en juillet
1918
(à l'occasion de la proclamation de la nouvelle constitution) :
République socialiste fédérative des soviets de Russie
(RSFSR). En décembre
1922,
le 10e Congrès soviétique
panrusse réunit toutes ces républiques (plus tard transformées
en républiques fédérées) au sein d'une nouvelle
structure : l'Union des républiques socialistes soviétiques
(URSS ou Union soviétique ).
L'URSS.
La Russie, devenue la principale des républiques
qui composaient l'URSS ,
inscrivit à partir de 1922 son
histoire dans celle de cette dernière. A la mort de Lénine,
en 1924, le pouvoir passa entre les
mains de Joseph Staline, qui imposa dans les années qui suivirent
un pouvoir personnel, caractérisé par une répression
brutale.
L'ère
Stalinienne.
Sur le plan économique, Staline
introduisit à partir de 1928
des plans quinquennaux, qui permirent au pays de devenir en quelques décennies
la seconde puissance industrielle du monde, mais en provoquant une grande
misère dans les campagnes. Dans les années 1930, Staline
initia une grande campagne de terreur, au cours de laquelle des purges
eurent lieu au sein du Parti communiste. Il y eut des emprisonnements sommaires
et des procès truqués, « les
Procès de Moscou
», qui débouchèrent sur de nombreuses condamnations
à mort.
Malgré une
tentative de conciliation, ou du moins de temporisation avec l'Allemagne
nazie (Pacte germano-soviétique, en 1939),
la Russie fur attaquée en 1941
par les troupes allemandes. D'abord pris de court, les Soviétiques
parvinrent à bloquer l'armée d'Hitler à Stalingrad,
en 1942-1943,
puis commencèrent à reconquérir de terrain perdu,
puis à participer, avec les troupes américaines, à
la libération de l'Allemagne du joug nazi, en 1945.
Très vite, cependant, l'opposition des deux superpuissances qui
avaient émergé du conflit mondial, les États-Unis
et l'URSS
s'opposèrent dans un conflit que l'on appela la Guerre Froide,
qui, par le jeu des alliances qui furent imposées au reste du monde,
divisa la planète en deux camps. Basée sur une politique
de dissuasion mutuelle, la Guerre froide induit une course aux armements,
qui à l'heure où chacun des deux adversaires maîtrisaient
l'arme nucléaire, commença à faire peser une menace
sans précédant sur le monde.
Kroutchchev,
Brejnev, Gorbatchev.
Staline mourut en 1953.
Une direction collective lui succéda, mais bientôt l'homme
fort du pays fut Nikita Krouchtchev. Il dénonça les crimes
de l'époque stalinienne et amorça un processus de déstalinisation.
L'installation par l'URSS
de rampes de lancement de missiles nucléaires à Cuba
en 1962 fut à l'origine d'une
des principales crises de la Guerre froide. Celle-ci rapidement réglée,
eut cependant le mérite de déboucher sur une période
dite de Détente entre les deux superpuissances, qui commencèrent
à envisager des discussions sur la réduction de leurs armements.
Krouchtchev, qui avait entrepris une réforme de l'agriculture et
de l'administration échoua dans cette tâche et fut écarté
en 1964. Leonid Brejnev lui succéda.
Sous la conduite de Brejnev, l'URSS
resta un pays totalitaire soumis à un étroit contrôle
policier, mais ne connut plus les excès de l'ère Stalinienne.
Pendant quelques années, la politique de Détente initiée
par Krouchtchev fut poursuivies; ce qui n'empêcha pas des crises
comme celle suscité par l'écrasement du «-Printemps
de Prague -»,
en 1968 . La Guerre froide ne reprit
réellement qu'avec l'installation de nouveaux missiles en Europe
de l'Est dans la deuxième moitié des années 1970
et de l'intervention soviétique en Afghanistan
en décembre 1979. Quand Brejnev
mourut, en 1982, les tensions avec
le camp occidental étaient très vives, et, à l'intérieur,
le système était grippé, miné par la corruption
des administrations et la démoralisation de la population. Les successeurs
immédiats de Brejnev, Youri Andropov (1982-1984),
puis Constantin Tchernenko (1984-1985)
firent bien le constat d'une nécessité de changement, mais,
très âgés et malades, n'eurent pas le temps de mettre
en oeuvre de véritables réformes. Mikhaïl
Gorbatchev, qui accéda au pouvoir en 1985,
allait, lui, pouvoir s'atteler à la tâche.
A la tête du Parti communiste, Gorbatchev
tenta de sauver le système soviétique par de profondes réformes
économiques (perestroïka) et une ouverture démocratique
(glasnost). Mais cette politique échoua. Elle aboutit à
la dislocation de l'Empire soviétique ,
la plupart des républiques qui le composaient prirent ou revendiquèrent
leur indépendance. La Russie, qui était la principale de
ces républiques, dirigée par Boris Eltsine, ne fit pas exception.
Elle se déclara indépendante de l'URSS. Après un putsch
manqué contre Gorbatchev, mené par des éléments
conservateurs du régime en août
1991,
Eltsine s'imposa comme l'homme fort du pays.
La nouvelle Russie.
En décembre 1991
Gorbatchev démissionna. La fédération de Russie, dirigée
par Eltsine, devint la continuatrice d'une URSS
qui avait cessé d'exister.
Boris
Eltsine.
Dès le début
de 1992,
la Russie s'engagea dans de profondes réformes économiques,
tandis qu'Eltsine se voyait confirmé dans sa politique par un référendum
tenu en avril 1993.
Une nouvelle constitution fut élaborée dans les mois qui
suivirent. En septembre, Eltsine provoqua la dissolution des assemblées
issues de l'époque soviétique
et convoqua de nouvelles élections, ce qui provoqua un conflit ouvert
avec son opposition au parlement. Le 3 octobre, un groupe de parlementaires
dirigés par le vice-président Ruskoï se barricada dans
la Maison-Blanche (l'immeuble du parlement). L'Armée intervint pour
maîtriser les insurgés. Après un siège sanglant,
Ruskoï et les parlementaires qui l'avaient suivi furent arrêtés.
Le 12 décembre, se tinrent les élections destinées
à former une nouvelle assemblée, composée d'une douma
d'État et d'un Conseil de la fédération, en remplacement
de celle qui correspondait encore au Congrès du peuple, hérité
de l'âge soviétique. La nouvelle constitution fut également
adoptée par référendum ce même jour.
En 1994,
la douma vota l'amnistie des putschistes de 1991
et des auteurs de la récente rébellion parlementaire. Quant
à Eltsine, il dut faire face à un autre problème.
Djokhar. Doudaev, le président de la Tchétchénie,
une république autonome considérée par Moscou
comme constituante de la fédération de Russie, cherchait
à consolider une indépendance proclamée dès
1991,
mais sans susciter jusque là de grande réaction. En décembre
1994,
Eltsine envoya la troupe et déclencha la Première guerre
de Tchétchénie. L'Armée russe se trouva confrontée
à une solide résistance et était menacée d'enlisement
quand l'approche de nouvelles élections présidentielle, prévues
pour juin 1996,
motiva la recherche d'un cessez-le-feu peu avant le scrutin. Eltsine fut
réélu et, en août 1997,
un accord fut signé à Khassaviourt, entre Russes et Tchéchènes,
mettant fin à la guerre. A défaut d'indépendance,
une large autonomie fut accordée à la petite république,
à la tête de laquelle on fit élire un président
pro-Russe, Aslan Maskhadov. La Russie, cette même année, intégra
le G7 (groupe des 7 pays les plus industrialisés).
Malade, Eltsine s'était retiré
pendant huit mois. Il ne revint sur le devant de la scène qu'en
mars 1997. Il remania son Cabinet et
amplifia le train de réformes, tout en essayant d'imposer un contrôle
sur les dérives de plus en plus patentes que connaissait alors la
toute jeune économie de marché. En mars 1998,
le gouvernement, jugé inefficace, fut renvoyé. Le premier
ministre, Victor Tchernomyrdine fut remplacé par Sergueï Kiriyenko.
Mais rien n'y fit. Le rouble s'effondra, la crise financière fut
à son comble. Eltsine limogea donc Kiriyenko et rappela Tchernomyrdine.
Mais, le 11 septembre, la Douma récusa celui-ci, et lui préféra
l'ancien ministre des affaires étrangères Evguéni
Primakov, qui accueillit deux ministres communistes dans son gouvernement.
Le désordre dans lequel était alors tombé le pays
incita aussi la Douma (mai 1999), à
essayer de renverser Eltsine en se fondant sur une série de reproches
: avoir provoqué la fin de l'URSS
en 1991, avoir utilisé la force
contre le parlement en 1993, avoir
mené entre 1994 et 1996
une guerre désastreuse en Tchétchénie, avoir appauvri
le pays. La tentative échoua.
Eltsine restait arrimé au pouvoir.
Mais une autre menace commençait à peser sur lui : celle
de la Justice. La politique économique qu'il avait mené depuis
son arrivée au pouvoir avait été accompagnée
d'un immense chaos. Une grande partie de la population avait sombré
dans la misère, tandis qu'une poignée d'individus, que l'on
allait appeler les oligarques, s'étaient enrichis au-delà
de toute mesure, souvent par les procédés les plus malhonnêtes.
La crise financière de 1998
avait mis au jour les agissements de ces oligarques et le haut de degré
de corruption qui s'était installé dans le pays. Le terme
de « mafia russe » commença a être utilisé
pour désigner les organisations criminelles qui avaient entrepris
d'étendre leur emprise sur le pays. Or, l'entourage proche d'Eltsine,
connu sous le nom (assez révélateur) de « famille »,
avait lui aussi bénéficié d'un enrichissement d'origine
douteuse. On avait bien essayé de déstabiliser le procureur
général de Moscou ,
en montant contre lui une affaire de moeurs, l'étau ne s'en resserrait
pas moins sur la « famille ». Il devenait urgent de se mettre
à l'abri, en cherchant à Eltsine, trop malade désormais
pour faire rempart, un successeur compréhensif. Le premier ministre
Evguéni Primakov fut écarté pour le remplacer par
Sergueï Stépachine, qui fut confirmé par la Douma le
19 mai. Mais visiblement, il ne convenait pas non plus à la «
famille ». On le remplaça, le 8 août, par un fonctionnaire
qui ne payait pas de mine, mais qui avait su faire preuve de toute la docilité
requise lorsqu'il avait été à la tête du KGB
: Vladimir Poutine. Le 31 décembre1999,
Boris Eltsine démissionna. Son nouveau premier ministre devint président
de la Russie par intérim.
Vladimir
Poutine.
Vladimir Poutine
se fit aisément confirmer dans ses fonctions par le suffrage universel
lors d'un scrutin tenu le 26 mars 2000.
Le nouveau maître du Kremlin tint ses promesses, autant qu'on puisse
le comprendre, envers la « famille », qui ne fut
plus inquiétée, mais pour le reste, il se révéla
beaucoup moins effacé que ce qui était attendu. Comme premier
ministre, il avait déjà montré sa fermeté envers
la rébellion tchétchène qui
avait repris les armes dès le mois d'août 1999.
La popularité acquise ainsi par Poutine ne fut pas même érodée
lors de l'accident du Koursk, un sous-marin nucléaire perdu
en Mer de Barents en août 2000,
et à l'occasion duquel les autorités furent accusées
de ne pas avoir épuisé toutes les possibilités (en
particulier en acceptant l'aide de secours étrangers) pour sauver
l'équipage qui avait tout entier péri.
Depuis cette date, la politique de Poutine
s'est caractérisée, à l'intérieur du pays par
la poursuite de la guerre en Tchétchénie (avec une brutalité
régulièrement dénoncée par les organisations
de défense des droits des Humains), et par de mesures prises pour
combattre la puissance de certains oligarques (les
ennuis faits à Mikhaïl Khodorkovski, patron de la société
Youkos, étant l'emblème de cette politique qui ressemble
davantage à la bataille d'un clan pour conserver le pouvoir qu'à
une véritable lutte contre les enrichissements abusifs), des mesures
qui sont aussi passée par une reprise en main des grands
médias d'opposition, réduisant par là la liberté
d'expression dans le pays, tout en renforçant le pouvoir personnel
de Poutine. A l'extérieur, la Russie à cherché à
maintenir une forme de droit de regard sur les anciennes républiques
de l'URSS
devenues indépendantes, en particulier sur l'Ukraine, qui est le
berceau historique de la Russie, mais qui regarde aussi de plus en plus
vers l'Ouest. La Russie de Poutine a aussi cherché, après
les années d'effacement qui avaient suivi l'effondrement de l'URSS,
a retrouver une place parmi les grandes puissances internationales. Non
plus désormais en jouant de son importance militaire, mais grâce
à ses ressources énergétiques (gaz, pétrole). |
|