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L'opéra
est un genre de composition dramatique, qui
serait, comme l'indique son nom, l'oeuvre suprême, l'ouvrage par
excellence, s'il atteignait à son idéal. Dans sa perfection,
l'opéra, appelé aussi drame lyrique ou drame musical
devrait tout à la fois enchanter l'esprit par les beautés
de la poésie, émouvoir le coeur par le charme et la puissance
de la musique, éblouir les yeux par
le prestige de la décoration; et la danse
peut encore y ajouter ses séductions. Il est de toute évidence
que la musique est la partie essentielle d'un opéra, et que les
autres éléments sont plus ou moins secondaires. Toutefois,
il ne faut pas aller jusqu'à prétendre que le poème
qui sert de matière au musicien, et que nous appelons livret (en
italien libretto), satisfait à toutes ses conditions quand
la structure générale en est bonne et qu'il fournit des situations
variées et intéressantes : Apostolo Zeno et Métastase
ont fourni de bons poèmes aux compositeurs italiens; les vers de
l'Armide
de Quinault, qui n'ont jamais passé pour
mauvais, n'ont point empêché Glück
d'écrire une admirable musique, et l'on a vu d'heureuses inspirations
musicales périr par l'insuffisance des poèmes auxquels elles
étaient appliquées. Certains compositeurs ont partagé
l'opinion qu'on ne peut écrire de bonne musique sur de beaux vers
: s'ils n'ont pas produit des oeuvres de génie, ce n'est pas qu'ils
aient manqué de mauvais poètes.
Les Italiens
distinguent deux sortes d'opéra, le sérieux (opera seria)
et le gai (opera buffa). De cette dernière qualification
est venu le nom de Bouffes donné aux chanteurs du théâtre
italien de Paris.
Nous avons aussi deux genres, le grand opéra, chanté d'un
bout à l'autre, et l'opéra-comique, où le chant se
mêle au dialogue parlé : c'est une désignation peu
rigoureuse, car le caractère d'une pièce, et non la manière
dont ses parties sont coordonnées, devrait la placer dans l'une
ou l'autre catégorie; et l'on voit des pièces courtes, rien
moins qu'héroïques par le sujet, décorées du
nom fastueux de grand opéra, tandis que d'autres, avec un caractère
sérieux, sont rangées dans l'opéra-comique.
Les premiers essais d'opéra remontent
au XVIe siècle. Pendant longtemps
la musique ne fut qu'une mélopée languissante, au moyen de
laquelle les auteurs prétendaient reproduire le chant
des anciens Grecs : on ne songeait
guère qu'à combiner des sons, et la mélodie, à
laquelle l'harmonie devait s'appliquer, était laissée dans
l'oubli; dans ces premières oeuvres on ne voit pas trace d'idées
élevées, d'expression et de passion.
On se bornait à des récits, quelquefois mesurés, quelquefois
libres de toute mesure, et qui prirent le nom de récitatifs . Dans
l'Euridice de Peri et Caccini (1600), un personnage chante des stances,
qu'on peut considérer comme l'origine de l'air : une petite ritournelle
les précède, et les mouvements de la basse suivent note pour
note ceux de la voix, tandis que dans le récitatif la basse faisait
souvent des tenues. Les airs se perfectionnèrent peu à peu
: dans un drame musical d'Etienne Landi, Il Santo Alessio (1634),
on en trouve un qui a du rythme, et qui contient même un trait de
vocalisation. Du reste, les airs d'opéra, coupés en couplets
comme
ceux de nos vaudevilles ou comme nos romances,
avaient alors une grande monotonie, et ils contenait de fréquents
changements de mesure et de temps. On voit encore par les oeuvres de Cavalli
que les airs étaient placés au commencement des scènes,
et non, comme dans les opéras modernes, vers la fin. Les formes
de l'air ont été bien souvent modifiées jusqu'à
nos jours.
Le duo dramatique,
le trio, le finale, ont, comme l'air, une origine italienne; mais c'est
en France
que le choeur a produit ses premiers modèles. Dans ce pays, l'opéra,
précédé par des ballets où les danses
étaient entremêlées de dialogues, ne fit son apparition
que pendant la minorité de Louis XIV,
grâce au cardinal Mazarin; accueilli avec
faveur par la cour, sifflé par les bourgeois, qui n'y trouvaient
que de l'ennui il se releva quand Lulli eut pris
la direction de l'Académie royale de Musique en 1672. Toutefois,
les oeuvres de ce compositeur sont encore très monotones, moins
peut-être à cause de l'insuffisance de son génie que
pour les difficultés qu'opposait l'incapacité des exécutants.
Beaucoup de gens aussi étaient de l'avis du maître à
chanter de Monsieur Jourdain,
"que
de tout temps la musique a été affectée pour la vraisemblance
aux bergers, par cette raison qu'il n'est pas naturel que des princes et
des bourgeois chantent leurs passions". (Le Bourgeois Gentilhomme )
C'était donc une opinion générale,
que la musique, impropre à exprimer les grands mouvements de l'âme,
n'était de proportion qu'avec les paisibles et tendres bergeries
dont on avait le goût à cette époque.
Des esprits sérieux contestaient
les conditions mêmes de la musique dramatique, et repoussaient la
convention, aujourd'hui acceptée, sur laquelle elle repose. Ce qui
choque Saint-Évremond, par exemple,
c'est que
"l'on
chante toute la pièce, depuis le commencement jusqu'à la
fin, comme si les personnes qu'on représente s'étaient ridiculement
ajustées pour traiter en musique et les plus communes et les plus
importantes affaires de leur vie. Peut-on s'imaginer, ajoute-t-il, qu'un
maître appelle son valet, ou qu'il lui donne, une commission en chantant;
qu'un ami fasse, en chantant, une confidence à son ami; qu'on délibère,
en chantant, dans un conseil; qu'on exprime avec des chants les ordres
qu'on donne, et que mélodieusement on tue les hommes à coups
d'épée et de javelot dans un combat (Au duc de Buckingham,
Sur
les Opéras)."
Qu'eût dit cet adversaire du langage
musical, s'il eût connu les premiers opéras de l'Allemagne ?
Ils étaient écrits en deux langues : les airs, les duos,
tout ce qui exprimait les sentiments se chantait en italien, et l'on employait
l'allemand pour les récitatifs, pour tout ce qui devait aider à
débrouiller l'intrigue du drame. L'esprit français ne se
passionna pour l'opéra qu'au XVIIIe
siècle, à partir de 1733, lorsque Rameau
fit une révolution nouvelle. Rameau poursuivait le beau naturel,
comme on disait alors; mais il n'entendait point par là le chant
ou la mélodie : à ses yeux, tout le charme et toute l'énergie
de la musique étaient dans l'harmonie. II n'en fit pas moins faire
un grand pas à l'opéra, par l'emploi d'un grand nombre de
moyens nouveaux, dont l'art devait profiter. C'est principalement depuis
Glück que la variété d'accents
et de mouvements, aussi nécessaire à la musique que la variété
des couleurs et des nuances l'est à la peinture, devint une loi
du drame musical en France ;
cette loi avait été déjà observée en
Italie
par un grand nombre de compositeurs, entre autres Carissimi,
Scarlatti et Pergolèse.
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En
bibliothèque. - Ménétrier,
Des représentations en musique, Paris, 1681, in-12; Riccoboni,
Lettres
à Mme la marquise de P... sur l'opéra, Paris, 1741, in-12;
De Chassiron, Réflexions sur les tragédies-opéra,
Paris, 1751, in-12; De Chastellux, Essai sur l'union de la musique et
de la poésie, 1765; Algarotti,
Saggio sopra l'Opera, Livourne, 1763; Planelli, Dell' opera in musica,
Naples, 1772; Sutherland, Histoire de l'Opéra, en anglais,
1861, 2 col. in-8°. |
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