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Encyclopédie
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L'opéra |
| L'opéra
est un genre de composition dramatique, qui
serait, comme l'indique son nom, l'oeuvre suprême, l'ouvrage par
excellence, s'il atteignait à son idéal. Dans sa perfection,
l'opéra, appelé aussi drame lyrique ou drame musical
devrait tout à la fois enchanter l'esprit par les beautés
de la poésie, émouvoir le coeur par le charme et la puissance
de la musique, éblouir les yeux par
le prestige de la décoration; et la danse
peut encore y ajouter ses séductions. Il est de toute évidence
que la musique est la partie essentielle d'un opéra, et que les
autres éléments sont plus ou moins secondaires. Toutefois,
il ne faut pas aller jusqu'à prétendre que le poème
qui sert de matière au musicien, et que nous appelons livret (en
italien libretto), satisfait à toutes ses conditions quand
la structure générale en est bonne et qu'il fournit des situations
variées et intéressantes : Apostolo Zeno et Métastase
ont fourni de bons poèmes aux compositeurs italiens; les vers de
l'Armide Les Italiens
distinguent deux sortes d'opéra, le sérieux (opera seria)
et le gai (opera buffa). De cette dernière qualification
est venu le nom de Bouffes donné aux chanteurs du théâtre
italien de Paris Les premiers essais d'opéra remontent au XVIe siècle. Pendant longtemps la musique ne fut qu'une mélopée languissante, au moyen de laquelle les auteurs prétendaient reproduire le chant des anciens Grecs : on ne songeait guère qu'à combiner des sons, et la mélodie, à laquelle l'harmonie devait s'appliquer, était laissée dans l'oubli; dans ces premières oeuvres on ne voit pas trace d'idées élevées, d'expression et de passion. On se bornait à des récits, quelquefois mesurés, quelquefois libres de toute mesure, et qui prirent le nom de récitatifs . Dans l'Euridice de Peri et Caccini (1600), un personnage chante des stances, qu'on peut considérer comme l'origine de l'air : une petite ritournelle les précède, et les mouvements de la basse suivent note pour note ceux de la voix, tandis que dans le récitatif la basse faisait souvent des tenues. Les airs se perfectionnèrent peu à peu : dans un drame musical d'Etienne Landi, Il Santo Alessio (1634), on en trouve un qui a du rythme, et qui contient même un trait de vocalisation. Du reste, les airs d'opéra, coupés en couplets comme ceux de nos vaudevilles ou comme nos romances, avaient alors une grande monotonie, et ils contenait de fréquents changements de mesure et de temps. On voit encore par les oeuvres de Cavalli que les airs étaient placés au commencement des scènes, et non, comme dans les opéras modernes, vers la fin. Les formes de l'air ont été bien souvent modifiées jusqu'à nos jours. Le duo dramatique,
le trio, le finale, ont, comme l'air, une origine italienne; mais c'est
en France "que de tout temps la musique a été affectée pour la vraisemblance aux bergers, par cette raison qu'il n'est pas naturel que des princes et des bourgeois chantent leurs passions". (Le Bourgeois GentilhommeC'était donc une opinion générale, que la musique, impropre à exprimer les grands mouvements de l'âme, n'était de proportion qu'avec les paisibles et tendres bergeries dont on avait le goût à cette époque. Des esprits sérieux contestaient les conditions mêmes de la musique dramatique, et repoussaient la convention, aujourd'hui acceptée, sur laquelle elle repose. Ce qui choque Saint-Évremond, par exemple, c'est que "l'on chante toute la pièce, depuis le commencement jusqu'à la fin, comme si les personnes qu'on représente s'étaient ridiculement ajustées pour traiter en musique et les plus communes et les plus importantes affaires de leur vie. Peut-on s'imaginer, ajoute-t-il, qu'un maître appelle son valet, ou qu'il lui donne, une commission en chantant; qu'un ami fasse, en chantant, une confidence à son ami; qu'on délibère, en chantant, dans un conseil; qu'on exprime avec des chants les ordres qu'on donne, et que mélodieusement on tue les hommes à coups d'épée et de javelot dans un combat (Au duc de Buckingham, Sur les Opéras)."Qu'eût dit cet adversaire du langage musical, s'il eût connu les premiers opéras de l'Allemagne
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© Serge Jodra, 2008. - Reproduction interdite.