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Rouen
(Ratuma et Ratumacos en celtique,
Rotomagus,
Rothomagus
et Rothomagum au Moyen âge ,
et, en français, souvent orthographié Rouan au XVIe
et
au XVIIe siècle) est une ville
de France ,
ancienne capitale de Normandie
et aujourd'hui chef-lieu du département de la Seine-Maritime, sur
la Seine ,
au confluent des petites rivières du Robec et de l'Aubette, à
22 m d'altitude, et à 136 kilomètres au Nord-Ouest de Paris;
107 000 habitants. La marée
s'y fait sentir, et le port est encore accessible aujourd'hui aux navires
de moyenne grandeur. Les faubourgs occupent une partie des collines environnantes
(Martainville, Saint-Hilaire, Beauvoisine, Bouvreuil, Cauchoise, sur la
rive droite de la Seine, et Saint-Sever sur la rive gauche.
La faïencerie
était autrefois une grande spécialité de Rouen, où
elle était très florissante au XVIIe
et au XVIIIe siècle : les amateurs
de céramique recherchent le Vieux-Rouen, dont le musée céramique
de Rouen contient une belle collection.
Monuments de Rouen.
Le pourtour de l'ancienne
ville est donné par les boulevards et les quais de la rive droite.
Les fortifications, refaites pendant la seconde moitié du XIVe
siècle, ont disparu, ainsi que les anciennes portes, à l'exception
de la porte moderne de Guillaume-Lion (1747). Rouen eut quatre châteaux
dans son enceinte : le château de Rollon,
qui se trouvait à peu près au centre de la ville; le deuxième
château des ducs de Normandie ,
qui était à l'extrémité Est des quais; le château
de Philippe-Auguste, à l'angle
Nord-Ouest de la ville, dont il subsiste une tour seulement, haute de 25
m, dite Tour de Jeanne d'Arc, ou Tour de la Pucelle; enfin le château
construit par Henri V au XVe
siècle, situé à l'extrémité Ouest des
quais, resté inachevé et appelé, aux XVIe
et XVIIe siècles, le Vieux-Palais,
également disparu.
Edifices
religieux.
L'église
cathédrale Notre-Dame (ca. 1201-XVe
s.), reconstruite après l'incendie de la première cathédrale
en 1200, a 135 m. de longueur et possède sept tours, dont les deux
principales sont celles de la façade,
qui ont chacune 75 m de hauteur : Tour de saint Romain (XIIe
s.-1477) et Tour de Beurre (1485-1507); la tour centrale ou Tour de pierre
(XIIIe-XVe
s;), dont la flèche fut détruite par la foudre (1822) et
qui avait une cloche du poids de 18000 kg, dite
George d'Amboise,
fondue en 1501 et cassée en 1786 (après 1822, elle fut reconstruite
en fer). Cette flèche est surmontée d'une pyramide moderne
en fonte ajourée (1827-1876), qui a 148 m de haut et est le clocher
le plus élevé qui existe en France; les portails latéraux
(fin du XIIIe s.) sont très remarquables;
l'intérieur de l'église renferme
un grand nombre de tombeaux célèbres (XIIIe-XVIe
s. : Rollon, Richard
Coeur de Lion, Pierre et Louis de Brézé,
Georges Ier, et Georges Il d'Amboise, etc.).
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La
cathédrale Notre-Dame de Rouen
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L'église
Saint-Ouen, à Rouen.
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L'église
abbatiale Saint-Ouen (1318-1852), ancienne église
de l'abbaye et aussi grande que la cathédrale,
remplaça l'église abbatiale de l'époque
romane (1046-1126), dont l'abside subsiste;
la façade et les deux tours sont modernes (1846-1852), le transept
Sud a un beau portail et un porche
(XVe s.) surmonté d'une ancienne
salle de bibliothèque.
Le palais archiépiscopal
(XVe-XVIe
s.), près du chevet de la cathédrale,
contient la salle des Etats. C'est entre ses murs que le mardi 29
mai 1431 a été tenue la séance du procès de
Jeanne
d'Arc où elle fut citée à comparaître le
lendemain au Vieux marché.
L'église
Saint-Maclou (1437-1521) est célèbre par son porche à
cinq arcades, qui est un des plus beaux spécimens
du gothique flamboyant.
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Le
palais archiépiscopal et, à droite, l'église Saint-Maclou.
L'Aître Saint-Maclou
(1526-1533), ancien cloître (atrium)
de l'église précédente, est devenu ensuite un cimetière
paroissial jusqu'en 1790 puis un local pour les
écoles.
L'église Saint-Vincent
(1514-1556) renferme également des vitraux célèbres,
dont quelques-uns proviennent d'autres églises antérieures
(1506-1586). L'église Saint-Godard (XVe-XVIes.)
possède une crypte où fut déposé
le corps de saint Romain.
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L'église
Saint-Patrice.
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L'église
Saint-Vivien, à Rouen.
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L'église
Saint- Patrice (1535) renferme des vitraux
remarquables (1538-1625). Les églises Saint-Vivien (XIVe-XVIe
s.), Saint-Nicaise (XVIe s.), Sainte-Madeleine
(XVIIIe s.), renferment des retables,
orgues, tableaux, etc., également très intéressants.
L'ancienne chapelle des Carmes,
aujourd'hui église Saint-Romain (1676-1730), renferme le cercueil
en marbre de saint Romain (VIIe
s.). L'église Saint-Laurent (1444-1554), de style
gothique flamboyant, a été laïcisée et convertie,
d'abord, en magasin à la Révolution,
puis en musée de la ferronnerie : c'est l'actuel Musée Le
Secq des Tournelles. Les églises Saint-Gervais (construite sur la
crypte
de saint Mellon et de saint -Avitien), Saint-Hilaire, Saint-Sever, Saint-Clément,
ont été bâties au XIXe
siècle, la plupart dans le style
roman.
Le temple protestant
est établi dans l'ancienne église Saint-Eloi (XVIe
s.) et la synagogue dans l'ancienne église
Sainte-Marie-la-Petite (XVIe siècle).
Edifices
civils.
Les édifices
civils comprennent quelques-uns des monuments les plus remarquables de
la Renaissance
en France :
Le
Palais de Justice (1499-XVIe siècle),
construit par les architectes Roger Ango et Roland Leroux, était
le siège de l'Echiquier, puis du Parlement de Normandie .
Il se compose d'un rez-de-chaussée et d'un étage, avec fenêtres,
escaliers,
clochetons
et tourelles couverts de sculptures d'une
grande délicatesse. L'aile droite a été rebâtie
(1842-1852). L'intérieur du palais de justice contient la salle
des procureurs et l'ancienne salle des séances du parlement, actuellement
salle de la cour d'assises, ornées de belles sculptures sur bois.
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Le
Palais de Justice de Rouen.
L'Hôtel
de Bourgtheroulde (1486 - ca.1540), construit par une famille de seigneurs
des environs de Rouen, est d'un style analogue à celui du Palais
de Justice, mais plus dégagé du gothique
pur; l'intérieur contient des lambris sculptés.
Le Bureau des Finances
(1510), petit édifice construit par Roland Leroux, qui a été
autrefois le siège de la généralité, de Rouen,
avant de contenir le musée de dessin industriel. Il abrite aujourd'hui
l'office du tourisme de Rouen.
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Le
Gros-Horloge et, à droite, le Bureau des Finances (office du
tourisme de Rouen).
La Tour du Gros-Horloge
(1389-1398) contient deux cloches du XIIIe
siècle "Cache-Ribaud" et la cloche d'argent, qui sonne tous les
jours pendant un quart d'heure, à neuf heures du soir. Une arcade
(1511), attenante à la tour, franchit la rue du Gros-Horloge et
porte une horloge à double cadran, primitivement à personnages
mobiles (1447).
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L'Hôtel de ville
(XVIIIe s.), contigu à l'église
Saint-Ouen, était originairement un dortoir et un réfectoire
de l'abbaye de Saint-Ouen. Le musée
de la céramique occupe l'hôtel d'Hocqueville (XVIIe
siècle). L'ancien collège des jésuites
(XVIIe s.) est occupé par le lycée
Corneille. L'ancien couvent des Visitandines (1680-1691) renferme le musée
départemental d'antiquités et le musée d'histoire
naturelle. L'hospice général (1752-XIXe
s.) est très vaste. Parmi les grands édifices modernes, il
faut encore citer la Bourse (1735), agrandie et restaurée, la Douane,
l'Hôtel-Dieu, l'Ecole de médecine, le Musée-bibliothèque,
le Théâtre, etc.
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Ci-dessus,
à gauche, détails des bas-reliefs de l'Hôtel de Bourgtheroulde;
en haut, le musée des Beaux-Arts; au dessous, une ornementation
de la façade de la bibliothèque. Ci-dessous, la cour du Musée
départemental des antiquités et la façade du Lycée
Pierre-Corneille.
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Rouen possède
un grand nombre de maisons anciennes : le logis des Caradas (XVe
s.); l'ancienne chambre des comptes (1524); l'hôtel de la Santa Casa
(XVIe s.); l'ancien hôtel de ville
(1680); la maison du gouvernement (XVIIIe
s.); l'hôtel des sociétés savantes (XVIIIe
s.), etc.
Les ponts sur la
Seine sont modernes, mais Rouen fut l'une des premières villes qui
aient eu un pont important au Moyen âge
: il s'appelait « pont Mathilde »,
en souvenir de sa fondatrice, fille du roi Henri
Ier d'Angleterre
(XIIe s.); plusieurs arches s'écroulèrent
en 1502 et 1533; un pont de bateaux fut construit à côté
du pont de pierre et reçut de nombreux perfectionnements au XVIIe
et au XVIIIe siècle (passage mobile
pour les bateaux, chaussée pavée, etc.).
Les Vieilles Halles
remontent à la seconde moitié du XIIIe
siècle.
Il y a un grand nombre
de fontaines publiques celles de la croix-de-Pierre
(1515); de Lisieux (1518), représentant le Parnasse; de saint Maclou
(XIVe s.); du Gros-Horloge (1732); de la
Pucelle, de la Crosse, Sainte-Marie, etc.
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La
fontaine Sainte-Marie, à Rouen.
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La
fontaine de Saint-Maclou.
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De nombreuses statues
et monuments commémoratifs ont été élevés
dans différentes parties de la ville (Corneille,
abbé de La Salle, Boieldieu, Pouyer-Quertier,
Armand
Carrel, Napoléon III, etc.). Le
plus ancien édifice de ce genre est le monument de saint Romain
(1542).
Histoire de Rouen.
Le Boni primitif
de la ville celtique ,
qui occupait l'emplacement de Rouen, a été conservé
sur les monnaies gauloises. C'était au temps de
César
le chef-lieu des Veliocasses. Sous Dioclétien,
la cité gallo-romaine de Rouen devint la capitale de la deuxième
Lyonnaise .
Le christianisme fit des progrès au IIIe
et au IVe siècle. Pendant la période
franque ,
Rouen, conquise par Clovis vers 497, fit successivement
partie des royaumes de Paris,
de Soissons,
de Neustrie
et d'Austrasie .
Elle fut le théâtre de quelques événements importants
: le mariage de Chilpéric Ier
avec
Galswinthe
(570), celui de Brunehaut et de Mérovée
(576) et le meurtre de l'archevêque Prétextat (586).
L'archevêque
saint Romain détruisit les derniers restes du paganisme au VIIe
siècle. D'après les traditions locales, il purgea les environs
de Rouen de la Gargouille, monstre légendaire
qu'il aurait dompté en le faisant prendre par un prisonnier mis
en liberté et auquel le monstre n'aurait fait aucune résistance.
Cette tradition donna lieu, au Moyen âge ,
au privilège de Saint-Romain ou levée de la fierte
(châsse), par lequel l'archevêque de Rouen avait, à
l'occasion de la procession de la châsse de saint Romain, le droit
de délivrer un des prisonniers détenus par les juridictions
royales de la ville. Un autre archevêque de Rouen, saint Ouen, qui
fut ministre de Dagobert et écrivit la
vie de son collègue saint Eloi, fonda l'abbaye
de Saint-Ouen, qui devint l'une des plus importantes de France
(638).
Les Vikings
s'emparèrent plusieurs fois de Rouen, sous divers chefs et notamment
Rollon,
avant de s'établir définitivement dans le pays (841, 851
et 876). Au Xe siècle, Rouen devint
rapidement l'une des principales villes de l'Europe
: la cité fut agrandie et plusieurs petits bras de la Seine furent
comblés à cet effet, les remparts furent renouvelés
au moyen d'une double muraille et d'une triple ligne de fossés,
et les ducs firent construire un château.
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Le
Donjon du château de Philippe-Auguste.
("Tour
Jeanne d'Arc").
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La
Tour Saint-André,
à
Rouen.
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Le commerce maritime
prit une extension considérable, et le port anglais de Dungenes
fut spécialement affecté aux navires rouennais par le roi
Edouard
le Confesseur. Sous Guillaume le
Conquérant et après la conquête de l'Angleterre ,
Rouen fut souvent délaissée pour Caen
par les ducs de Normandie .
Guillaume le Conquérant mourut à Rouen (10 septembre 1087).
Rouen fut assiégée par Louis IV d'Outremer,
aidé de l'empereur d'Allemagne '
Otton
le Grand (946), par Louis VII et Henri au Court-Mantel
(1174) et par Philippe-Auguste (1193),
mais sans succès. Les juifs furent
massacrés au moment de la première croisade
(1095). En 1200, un incendie détruisit la première cathédrale
et une partie de la ville. Rouen fut le théâtre de l'assassinat
d'Arthur de Bretagne (1203), suivi de la confiscation
de la Normandie
par le roi de France. Rouen se rendit
à Philippe-Auguste après un siège de quatre-vingts
jours (1er juin 1204). Philippe-Auguste
fit construire un nouveau château au
Nord de la ville, mais confirma les privilèges de la commune de
Rouen (1207). Sous l'épiscopat d'Eudes Rigaud, dont les registres
de visites pastorales ont été conservés, on constate
à Rouen 8000 paroissiens chefs de famille, soit environ 50.000
habitants au milieu du XIIIe siècle.
Au XIVe
siècle, Rouen fut le théâtre d'une autre tragédie
: l'arrestation et l'exécution sommaire de plusieurs partisans de
Charles
le Mauvais par Jean le Bon (avril 1356).
Des émeutes, suivies de la suspension temporaire de la commune,
eurent lieu depuis la fin du XIIIe siècle
(1292, 1320, 1345). La plus grande sédition fut celle de la Harelle,
contre le gouvernement des oncles de Charles VI,
à la suite de laquelle la commune de Rouen fut supprimée
(V. plus bas), la tour du beffroi
rasée et la grande cloche, nommée
Rouvel (ruellum),
enlevée à la ville (février 1382). Les bourgeois n'obtinrent
ensuite que l'autorisation de reconstruire la tour de l'horloge, pour laquelle
leur ancienne cloche leur fut rendue (1389-1398). Les juifs,
qui occupaient un quartier spécial nommé le Clos-aux-Juifs,
furent expulsés de 1307 à 1315 et de 1360 à 1391,
et bannis à perpétuité en 1394. Rouen prit parti pour
les Bourguignons contre les Armagnacs.
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La
place du Vieux-Marché, sur laquelle fut brûlée Jeanne
d'Arc.
Au
premier plan, les souvbassements de l'église Saint-Sauveur, détruite
à la Révolution.
Le siège le
plus considérable que Rouen eut à subir fut celui qui fut
conduit par Henri V d'Angleterre ( La
Guerre de Cent ans ),
auquel la ville ne se rendit qu'au bout de six mois et après une
horrible famine (19 janvier 1419). Sous la domination anglaise, le commerce
recommença à prospérer, l'hôtel de ville construit
sous Philippe-Auguste fut réparé
et agrandi, l'église Saint-Ouen
fut reconstruite dans le style gothique
flamboyant par l'architecte Alexandre de Berneval. Henri V fit construire
un nouveau château fort, démoli
seulement à la fin du XVIIIe siècle.
Le duc de Bedford séjourna souvent à
Rouen et fut enterré dans la cathédrale.
Le procès et le supplice le Jeanne d'Arc
eurent lieu à Rouen (1431). Une conjuration, conduite par Ricarville,
pour s'emparer du château de Rouen par surprise, échoua (1432).
Rouen ouvrit ses portes à Charles VII
(19 octobre 1449). L'imprimerie
fut introduite à Rouen, vers 1483, par le libraire Martin Morin.
Au commencement du XVIe siècle,
Rouen était la ville la plus peuplée de la France
et avait probablement déjà plus de 100.000
habitants. On connaît la réponse de François
Ierà
Charles-Quint,
qui lui demandait quelle était la ville la plus peuplée.
«
Rouen. - Pourquoi pas Paris? Parce que Paris n'est pas une ville, c'est
une province ».
Un grand nombre de conciles
se tinrent à Rouen du VIe au XVIe
siècle. La Réforme fit de bonne heure des progrès
à Rouen. Pendant la première guerre de religion, Rouen tomba
aux mains des Calvinistes (1562), mais fut
bientôt reprise par l'armée catholique,
commandée par le père de Henri IV,
Antoine
de Bourbon, qui fut tué pendant le siège. En 1563, Charles
IX fut proclamé majeur à Rouen. La Saint-Barthélemy
fut l'occasion du massacre d'un millier de protestants
(1572). Rouen se déclara pour la Ligue et Henri
III y vint après la journée des Barricades (1588). Henri
IV vint assiéger Rouen pendant près de cinq mois (décembre
1591-avril 1592), mais fut obligé de se retirer devant le duc de
Parme et ne reçut la soumission définitive de la ville qu'en
1594. Une assemblée des notables du royaume se tint à l'abbaye
de Saint-Ouen (1596-1597). Pendant les troubles de la Fronde, Louis
XIV vint à Rouen, et les princes de Condé
et de Conti et le duc de Longueville y furent emprisonnés
(1650). La révocation de l'édit
de Nantes
fut l'occasion du départ de 4000 protestants (1685). Pendant la
guerre franco-prussienne, Rouen fut occupée par l'armée allemande
(décembre 1870).
Anciennes
institutions municipales.
Rouen devint de
bonne heure une cité gallo-romaine importante. Après la chute
de l'empire romain
et avec le développement du christianisme,
l'évêque y acquit, en qualité de defensor civitatis,
un rôle administratif et judiciaire. Devenue capitale des ducs de
Normandie ,
Rouen n'eut jamais une indépendance communale comparable à
celle des grandes villes du Nord de la France
et, plus tard, de la Belgique ;
mais sa constitution municipale fut néanmoins considérée,
au Moyen âge ,
comme un modèle de bonne administration. Cette constitution ou établissements
(Stabilimentum ou Rescriptum communie ou communionis) fut
adoptée presque sans modifications, d'abord par toutes les villes
de la Normandie et, en outre, par presque toutes les villes avec lesquelles
Rouen avait des rapports commerciaux (La Rochelle,
Saintes ,
Angoulême ,
Bayonne,
Poitiers,
Niort,
Cognac ,
Saint-Jean-d'Angély, Tours,
etc.), villes situées pour la plupart sur ou près des côtes
de l'Atlantique
et du golfe de Gascogne.
L'organisation municipale
se constitua dans le courant du XIIe siècle.
Elle fut confirmée, à plusieurs reprises, par des privilèges
de Henri I Beauclerc (ca. 1144) et de
Henri
II d'Angleterre
(ca. 1150 et ca. 1174). Les bourgeois se nommaient jurés de commune
(jurati communie) ou voisins (vicini). Ils participaient
tous aux dépenses de la ville, à certaines corvées
et au recrutement de la milice. Les principales familles bourgeoises formaient
un grand conseil des Cent-Pairs, qui avait des attributions administratives
et judiciaires, se réunissait tous les quinze jours et élisait
les magistrats de la ville. Parmi les notables, les Cent-Pairs choisissaient
trois candidats, entre lesquels le roi désignait le maire, dont
les fonctions étaient annuelles. Un conseil des 24 jures,
renouvelé chaque année, exerçait l'administration
municipale et était divisé en deux sections, les 12 échevins
et les 12 conseillers. Des greffiers et des sergents complétaient
le personnel de l'administration locale.
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La
rue Martainville, avec ses maisons typiques du Vieux-Rouen.
A côté
du corps municipal, il y avait le pouvoir ducal, puis royal, représenté
par un bailli et son lieutenant, appelé en Normandie ,
vicomte,
un prévôt et d'autres officiers subalternes. La juridiction
municipale ne s'étendait qu'à la police de la ville et de
la banlieue et aux causes de droit commun; les cas de haute justice étaient
réservés à la juridiction royale, et les causes relatives
aux affaires religieuses et au mariage ressortissaient à la juridiction
ecclésiastique. La juridiction commerciale était exercée
par la Vicomté de l'eau dont l'autorité s'étendait
principalement sur la navigation de la Seine et à qui était
confiée la garde des étalons des poids et mesures. Une convention
fut passée avec les marchands de Paris
(1210) et des traités furent signés avec les villes
hanséatiques.
Les principaux négociants
formaient la confrérie des marchands de l'eau. Rouen possédait
un arsenal maritime (clos des galées). La navigation de la Seine,
depuis la ville jusqu'à l'embouchure du fleuve, appartint exclusivement
à Rouen jusqu'en 1294. Au XIVe siècle,
les armateurs rouennais eurent des factoreries sur la côte occidentale
d'Afrique ,
Les statuts des corporations des métiers de Rouen furent rédigés
au XIIIe siècle. La milice communale
comprenait les miliciens à pied et un corps de 30 arbalétriers
à cheval, qui prit part à la bataille de Crécy .
Au XIIIe
et au XVIe siècle, la commune de
Rouen fut souvent en lutte avec le pouvoir royal, ainsi qu'avec le pouvoir
ecclésiastique, principalement avec l'abbé de Saint-Ouen
de Rouen, qui exerçait les droits seigneuriaux sur une portion considérable
du Nord et de l'Est de la ville, dite Bourg-d'Abbé, et avec les
abbayes
de Fécamp
et du Bec ,
qui possédaient aussi certaines parties de la ville de Rouen. A
la suite de ces conflits, le roi de France
réduisit le conseil des Cent-Pairs à 36 membres, et la nomination
du maire fut faite par une élection à deux degrés,
pour restreindre l'influence de l'aristocratie bourgeoise (1321). La commune
de Rouen fut supprimée après la révolte de la Harelle
(1382). Sous la domination anglaise, la mairie fut rétablie, avec
le conseil des vingt-quatre, placé sous l'auterité du capitaine
du château de Rouen et du bailli, qui
étaient nommés par le roi
d'Angleterre (1419-1449). A l'époque de l'établissement
de la charge de maire perpétuel, Rouen racheta cet office et se
donna un maire éligible et triennal (1695).
Rouen était
le siège du Parlement de Norrnandie ,
qui remontait, aux origines du duché et portait d'abord le nom d'Echiquier,
jusqu'à la fin du XVe siècle.
Il fut rendu permanent et établi à Rouen (1302), reconnu
indépendant par la Charte aux Normands (1314) et réorganisé
par Louis XII (1499) et François
Ier
(1515), qui lui donna le titre de parlement. Il s'accrut successivement
d'une chambre de la Tournelle (1519 ), d'une chambre des requêtes
(1543), d'une chambre des vacations (1547), etc. Pendant les troubles du
XVIe siècle, la chambre des requêtes
fut momentanément supprimée (1560-1568). La Chambre des Comptes
fut créée en 1380; elle fut aussi supprimée temporairement
(1543-1580). La Cour des Aides fut établie en 1370. La Chambre des
Comptes et la Cour des Aides furent réunies ensuite sous le nom
de Cour des Comptes, Aides et Finances (1705).
Rouen était
le siège d'une généralité, d'une Table de marbre,
établie en 1508, d'un grenier à sel, d'un hôtel des
monnaies, remontant à 864 et ayant pour marque un B, d'une amirauté,
etc.
La ville eut de bonne
heure des sociétés littéraires, d'où sont sorties
plus tard les académies et qui étaient généralement
fondées par les confréries religieuses consacrées
au culte de la Sainte-Vierge : le Puy des Palinods, fondé par la
confrérie de la Conception-Notre-Dame, reçut son organisation
définitive en 1515.
Armoiries.
Les armoiries de
la commune de Rouen, reproduites sur les sceaux les plus anciens, étaient
originairement un lion ou un léopard de face. Au XIVe
siècle, elles furent remplacées par un agneau avec nimbe
crucifère et portant un guidon. (E.-D. Grand).
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Rouen
et ses clochers. Photos : © Serge
Jodra, 2009.
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Sophie
Nasi, Louis
Sauvageot (1842-1908) : Architecte et restaurateur à Rouen,
PU Rennes, 2010.
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Cet
ouvrage propose de redécouvrir l'oeuvre d'un architecte quelque
peu oublié et qui a exercé une part importante de sa carrière
à Rouen. Formé en dehors de l'Ecole de beaux-arts, proche
de Viollet-le-Duc, Louis Sauvageot (1842-1908) est une figure à
la fois exemplaire, témoin de la vigueur de la pratique architecturale
en France à la fin du XIXe siècle, et atypique, car rien
ne laissait présager que ce jeune bourguignon issu d'une famille
de tonneliers finirait sa carrière comme inspecteur général
des Edifices diocésains puis des Monuments historiques. Son activité
prend son essor en 1871 lorsqu'il est nommé architecte en chef de
la ville de Rouen. Cumulant ensuite les fonctions d'architecte en chef
des Monuments historiques puis des Edifices diocésains dans la même
ville, il va dès lors exercer une véritable mainmise sur
la commande publique, aussi bien dans le domaine de la construction que
de la restauration et ce, pendant près de trente années.
De fait, Rouen met en oeuvre au début de la IIIe République
un complet renouvellement de ses équipements, rattrapant ainsi le
retard accumulé dans le domaine édilitaire. D'une manière
générale, les réalisations de Sauvageot se scindent
entre une production sérielle et utilitaire, dans laquelle figurent
en bonne place les écoles communales et d'autre part, des réalisations
prestigieuses comme l'église Saint-Hilaire, le musée-bibliothèque
et le théâtre des Arts. L'empreinte laissée sur les
édifices anciens de Rouen est tout aussi considérable et
Sauvageot va largement contribuer à modeler l'image du centre historique,
avec le complet soutien des institutions. Il faut dire que dès les
années 1880, un infléchissement de la politique de la ville
est perceptible, marqué par un intérêt ranimé
pour le centre ancien. Les chantiers de restauration de la cathédrale
et du Gros - Horloge notamment, marquent une étape importante et
il ne faudrait pas perdre de vue que le vieux Rouen doit en fait beaucoup
au XIXe siècle; car c'est bien une vision de la période médiévale
telle que l'imaginaient Sauvageot et ses comparses qui nous fait aujourd'hui
rêver. (couv.). |
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