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Émilie du Châtelet

Gabrielle-Émilie Le Tonnelier de Breteuil, plus connue dans les lettres sous le nom de la marquise du Châtelet et pour son amitié avec Voltaire, est une mathématicienne et physicienne née à Paris le 17 décembre 1706, et morte à Lunéville le 10 septembre 1749. 
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Marquise du Chatelet.
La marquise du Châtelet (1706-1749).

Émilie était la fille du baron de Breteuil, introducteur des ambassadeurs à la cour de Louis XIV. Dès sa plus tendre jeunesse, elle annonça un esprit vif et pénétrant, avide de tous les genres d'instruction. Elle montra aussi très tôt des penchants aux plaisirs qui prêtèrent ample matière à la chronique scandaleuse du XVIIIe siècle. Avant son mariage (12 juin 1725) avec le marquis du Chastelet-Lomont, lieutenant général des armées du roi et d'une des plus anciennes maisons de Lorraine, elle avait été la maîtresse du marquis de Guébriant et du duc de Richelieu. Après son mariage, elle fut attachée à la reine en qualité de dame de tabouret. La vie qu'elle menait alors dans un monde très dissipé et très frivole ne la fit pas pour autant renoncer aux études sérieuses qui l'avaient jusqu'alors occupée. 

Elle avait entrepris l'étude de plusieurs langues étrangères, de la littérature classique et, avant même son mariage, elle avait aussi écrit des observations grammaticales et littéraires sur les principaux écrivains français, observations qui étaient remarquables par une sagacité d'esprit peu commune. Son appétence pour les différentes parties de la littérature ancienne et moderne ne suffisait pas encore à l'activité de son esprit. Elle aborda aussi la métaphysique et les hautes sciences; elle étudia les mathématiques et la physique générale, et commenta Leibniz et Newton dans un temps où les écrits de ces grands philosophes n'étaient encore connus que d'un petit nombre de savants. Ce fut elle qui fit la première traduction en français des Principia de Newton (qui n'a paru qu'après sa mort en 1756). Ajoutons qu'elle fut de plus excellente musicienne.

En 1733, avait commencé sa liaison avec Voltaire, pour lequel la belle Emilie, comme il l'appela, quitta son mari et sa situation à la cour. Cette liaison dura longtemps. Ils se retirèrent d'abord à Montjeu, près d'Autun; puis, la publication des Lettres philosophiques ayant soulevé contre l'auteur de violentes colères parmi les hommes religieux, ils allèrent se réfugier à Cirey (Cirey-sur-Blaise, dans la Haute-Marne)

Pour plaire à la savante marquise, Voltaire étudia lui aussi Newton, Leibniz, et l'Académie des sciences ayant proposé pour sujet de concours la question suivante : De la nature et de la propagation du feu, Voltaire et son amie se mirent sur les rangs : ils furent battus par Euler. Ils se querellaient aussi souvent, mais ne tardaient pas à se raccommoder. 

Ce fut pour la marquise du Châtelet que Voltaire écrivit la jolie pièce de vers dont le premier quatrain est si connu :

Si vous voulez que j'aime encore, 
Rendez-moi l'âge des amours; 
Au crépuscule de mes jours,
Rejoignez, s'il se peut, l'aurore.
Voltaire vieillissait donc, et la marquise finit par lui donner (1747) pour remplaçant un galant capitaine de cavalerie, qui était aussi poète, Saint-Lambert, l'auteur des Saisons. La marquise du Châtelet mourut des suites d'une couche tardive. 

Les premières années

Tout ce qu'on sait de la jeunesse d'Émilie de Breteuil, c'est qu'elle fut studieuse, et que le baron de Breteuil ne négligea rien pour développer l'intelligence précoce de sa fille. Elle apprit de bonne heure le latin, l'anglais et l'italien, et parvint bientôt à lire aisément les grands écrivains dans ces trois langues. Le témoignage de Voltaire est des plus précis.
« Dès sa tendre jeunesse elle avait nourri son esprit de la lecture des bons auteurs en plus d'une langue. Elle avait commencé une traduction de l'Énéide, dont j'ai vu plusieurs morceaux remplis de l'âme de son auteur; elle apprit ensuite l'italien et l'anglais. Le Tasse et Milton lui étaient familiers comme Virgile. Elle fit moins de progrès dans l'espagnol, parce qu'on lui dit qu'il n'y a guère dans cette langue qu'un livre et que ce livre est frivole. » (Eloge historique de la marquise du Châtelet).
Et ailleurs :
« Son père, le baron de Breteuil, lui avait fait apprendre le latin, qu'elle possédait comme madame Dacier; elle savait par coeur les plus beaux endroits d'Horace, de Virgile et de Lucrèce. Tous les ouvrages philosophiques de Cicéron lui étaient familiers. Son goût dominant était pour les mathématiques et pour la métaphysique. On a rarement uni tant de justesse d'esprit et plus de goût avec plus d'ardeur de s'instruire; elle n'aimait pas moins le monde et tous les amusements de son âge et de son sexe. » (Mémoires, Oeuvres).
Il faut croire qu'à ces études, mademoiselle de Breteuil ajouta celle de la musique, dans laquelle elle devait exceller. Ce ne fut pas, en effet, seulement dans les pièces de Voltaire que plus tard elle fit très bien sa partie, c'est aussi dans les opéras de Lulli et de Rameau. Toutefois il semble que de bonne heure un goût prononcé la porta surtout vers les sciences. Un de ses biographes raconte cette anecdote
« Un assez grand compas de bois, à grosse tête, mais dégarni de ses pointes, tomba sous la main de quelqu'un de la maison. On s'avisa d'habiller ce compas en poupée et de le faire servir de jouet pour la petite Émilie. L'enfant, l'ayant examiné pendant quelque temps, commença par le dépouiller, avec une sorte d'indignation ou d'impatience, des draperies importunes dont on l'avait affublé ; et après l'avoir retourné plusieurs fois entre ses mains débiles, elle vint à en découvrir l'usage; et, comme par instinct, on la vit tracer, avec cet instrument dégradé, une figure informe, mais dans laquelle cependant on n'eut pas de peine à reconnaître un cercle. »
Fut-elle ensuite encouragée dans cette voie, comme le prétend madame de Genlis, par les conseils d'un certain Marcel de Mézières, voisin de campagne des Breteuil, et grand mathématicien? On peut le croire par, la mention qu'elle fait elle-même de ce Mézières dans une de ses lettres, et par les regrets qu'elle exprime à l'ocasion de sa mort.

Émilie fut mariée le 12 juin 1725 au marquis Florent-Claude du Châtelet-Lomont, gouverneur de Semur, colonel d'un régiment d'infanterie, d'une vieille famille lorraine, mais dont la fortune, quoique considérable, paraît avoir été quelque peu embarrassée, et auquel elle apporta une dot assez modeste, si l'on en juge par la comparaison qu'elle en fait elle-même avec celle que Voltaire donna à ses  nièces. Le marquis du Châtelet, avait trente ans; elle en avait dix-neuf. Ce mariage, duquel naîtront trois enfants, fut ce qu'étaient un grand nombre de mariages de cette époque, une de ces unions libres que ne venaient pas gêner les scrupules de la foi conjugale. 

Une aventure avec le marquis de Guébriant, une autre avec le duc de Richelieu, à la famille de qui elle se trouvait alliée par son mari, ont laissé leur trace dans la chronique galante de l'époque. La première même avait failli tourner au tragique; et le récit que nous en fait Raynal, nous montre madame du Châtelet emportée par le mouvement impétueux de ce caractère extrême, que nous voyons plus d'une fois reparaître dans sa correspondance au sujet de Voltaire.

« Le caractère propre de madame du Châtelet, raconte Raynal, était d'être extrême en tout. Un seul trait va vous la peindre. Elle avait vécu assez longtemps avec le marquis de Guébriant, qui forma une autre inclination. La dame, au désespoir de se voir négligée, fit prier son infidèle de passer chez elle. Après un entretien assez aisé de part et d'autre, madame du Châtelet pria M. de Guébriant de lui donner un bouillon qui était sur la table, et, après l'avoir pris, elle le congédia en lui remettant une lettre. Dès que le marquis eut descendu l'escalier, il lut le papier qu'on lui avait remis; madame du Châtelet lui disait qu'elle mourait empoisonnée de sa main. Par une présence d'esprit assez rare, il alla chercher dans le lieu le plus proche du contre-poison qu'il fit prendre à sa maîtresse. L'effet de ce remède fut si efficace qu'il n'est resté que le souvenir d'une action si extraordinaire. » (Maurepas, Mémoires, 1792).

La marquise et les savants

Très éprise du monde et de ses plaisirs, madame du Châtelet n'aimait pas moins la compagnie des savants, et avant même que sa liaison avec Voltaire lui ait fait abandonner presque entièrement le monde et la société pour l'étude et ses austères plaisirs; elle s'entourait déjà des plus illustres d'entre eux. Nous citerons en première ligne Maupertuis et Clairaut,  deux mathématiciens de valeur, dévoués aux doctrines de Newton, et dont il est si souvent parlé dans ses lettres.

Célèbre par sa théorie sur la forme de Terre, et par des écrits où le premier il vulgarisa en France les découvertes de Newton, Maupertuis, alors âgé de trente-deux ans, semble avoir été en relation scientifique avec elle dès l'année 1730. Entouré du prestige d'une gloire scientifique qui n'avait encore éprouvé aucun échec, Maupertuis possédait en outre toutes les qualités de l'homme du monde. Clairaut, né en 1713, et beaucoup plus jeune que Maupertuis, n'eut pas moins d'influence que celui-ci sur le développement du génie scientifique de madame du Châtelet. Après Clairaut et Maupertuis, il faut citer Koenig et Bernoulli, introduits auprès de madame du Châtelet par Maupertuis; le premier, caractère difficile, dont elle eût à se plaindre, le second esprit plus calme, nature plus polie, qui ne lui laissa que les regrets de son trop court passage au château de Cirey, où Emilie du Châtelet avait sa demeure ordinaire. Ajoutons encore parmi les hôtes du château, le père Jacquier et l'italien Algarotti, auteur du Newtonisme pour les dames, qui essaye d'imiter l'élégant badinage de Fontenelle. La marquise appelait volontiers sa cour de savants les Émiliens. 

Au milieu de cet univers si masculin, elle attirait la lumière et aimait qu'il en fut ainsi.

« Mais elle joignit à ce goût pour la gloire, dit Voltaire, une simplicité qui ne l'accompagne pas toujours. Jamais personne ne fut si savante, et jamais personne ne mérita moins qu'on dit d'elle : c'est une femme savante. Elle ne parlait jamais de science qu'à ceux avec qui elle croyait pouvoir s'instruire, et jamais elle n'en parla pour se faire remarquer. Elle a vécu longtemps dans des sociétés où l'on ignorait ce qu'elle était , et elle ne prenait pas garde à cette ignorance. Les dames qui jouaient avec elle chez la reine, étaient bien loin de se douter qu'elles fussent à côté du commentateur de Newton. On la prenait pour une personne ordinaire; seulement on s'étonnait quelquefois de la rapidité et de la justesse avec laquelle on la voyait faire des comptes et terminer les différends. Dès qu'il y avait quelque combinaison à faire, la philosophe ne pouvait plus se cacher. Je l'ai vue un jour diviser neuf chiffres par neuf autres chiffres, de tête et sans aucun secours, en présence d'un géomètre étonné qui ne pouvait la suivre. »
On notera encore que madame du Châtelet fut membre de l'Académie fondée à Lunéville par le roi Stanislas et correspondante de l'Académie des sciences de Bologne.

La science à Cirey.
La pièce principale de l'appartement occupé à Cirey par madame du Châtelet était une longue galerie servant de laboratoire de physique. L'abbé Moussinot y recevait et y rangeait des ballots d'instruments, machines pneumatiques, télescopes, etc. Pendant ce temps, un jeune homme, nommé Cousin, faisait à Paris des expériences pour le compte de Cirey.

Quelques citations nous indiqueront quelle était la vie habituelle au château.

 « L'un [Voltaire] fait des vers, dit Hénault, l'autre des triangles. »
 Le valet de chambre, Longchamps constate que 
« Madame du Châtelet passait une grande partie de la matinée au milieu de ses livres et de ses écritures. » 
Madame Denis : 
« Non seulement Émilie travaillait le jour, mais elle passait les nuits à son secrétaire et n'entrait dans son lit qu'à cinq ou six heures du matin. » 
Enfin Madame de Graffigny
« Elle tourne la tête à Voltaire avec la géométrie, elle n'aime que cela. » 
Pourtant, la Marquise faisait quelquefois une longue course aux environs, sur l'Hirondelle, sa jument favorite.

Le soir était consacré à la conversation, comme nous l'apprennent les petits vers de Voltaire :

Mais je vois venir, le soir,
Du plus haut de son aphélie
Notre astronomique Émilie,
Avec un vieux tablier noir,
Et la main d'encre encor salie;
Elle a laissé là son compas 
Et ses calculs et sa lunette.
Citons maintenant les principaux travaux scientifiques que l'on doit à Emilie du Châtelet-:

Le Mémoire sur le feu.
En 1738, l'Académie des sciences avait proposé « Le feu », comme sujet d'un de ses concours. Voltaire avait composé un mémoire, mais la marquise n'en fut pas satisfaite et résolut d'étudier à son tour la question, secrètement. Aucun des deux mémoires n'obtint le prix, parce qu'il y avait un troisième concurrent qui s'appelait Euler

« Le numéro 6, dit le rapport, est d'une dame du plus haut rang, il est rempli de vues et de faits. »
« Le travail d'Émilie, dit à son tour Arago, n'est pas seulement un élégant tableau de toutes les propriétés connues alors des physiciens; on y remarquait encore divers projets d'expériences, une entre autres qu'Herschel a fécondée. »
Le Mémoire sur le feu est imprimé dans les Collections de l'Académie : la marquise y soutient que la chaleur et la lumière ont la même cause.

Les Institutions de physique.
Le second ouvrage s'appelle Institutions de physique dont le discours préliminaire, dit Voltaire, est un chef-d'oeuvre de raison et d'éloquence; jugement qui sera confirmé par tous ceux qui auront lu cet ouvrage. Les Institutions étaient composées dès 1738; mais elle en avait retardé la publication pour y joindre une analyse de la Philosophie de Leibniz. Le livre est dédié par Madame du Châtelet à son fils. 

« J'ai toujours pensé que le devoir le plus sacré des hommes était de donner à leurs enfants une éducation qui les empêchât dans un âge plus avancé de regretter leur jeunesse, qui est le seul temps où l'on puisse véritablement s'instruire; vous êtes, mon cher fils, dans cet âge heureux où l'esprit commence à penser et dans lequel le coeur n'a pas encore des passions assez vives pour le troubler. » 
La marquise s'appuyait sur la philosophie de Leibniz et dissertait sur les notions de temps, d'espace et de force. Faut-il mesurer la force par le produit de la masse et de la vitesse ou par le produit de la masse et du carré de la vitesse? Cette discussion entre la quantité de mouvement et la force vive (une grandeur proportionnelle à l'énergie cinétique), divisait les bons esprits d'un côté, Descartes, Newton et en sous-ordre Voltaire; de l'autre, toute l'école de Leibniz et madame du Châtelet qui eut une célèbre dispute avec Mairan. Certains effets dépendent de la première expression, mais les plus importants dépendent, de la seconde, en particulier le travail mécanique. L'avenir devait donner raison à la marquise, qui, la première, établit expérimentalement la formule de l'énergie cinétique.

La traduction des Principia de Newton.
On appelait philosophie naturelle au XVIIe et au XVIIIe siècles, l'étude physique, mécanique et mathématique de la nature. Dans le livre de Newton, intitulé Principes de la philosophie naturelle, resplendissent les deux plus grandes découvertes du génie humain : le principe de l'attraction universelle qui règle l'équilibre et le mouvement des astres, et le principe des fluxions ou du calcul infinitésimal. Le livre des Principes  (Principia), comme on dit pour abréger, n'a que cinq cents pages, d'une synthèse géométrique très serrée. Pour traduire ce livre du latin, comme l'a fait madame du Châtelet, il fallait le comprendre à fond pour le faire comprendre aux autres. Elle avait commencé à traduire le livre de Newton à partir de 1745, mais cette traduction n'a paru qu'en 1759, après la mort de la marquise. 

Mademoiselle Delaunay, une scientifique aussi, une scientifique spirituelle, raille dans ses mémoires la savante Émilie, alors à la petite cour de Sceaux :

« Elle fait actuellement la revue de ses Principes : c'est un exercice qu'elle réitère chaque année, sans quoi ils pourraient s'échapper et même s'en aller si loin qu'elle n'en retrouverait pas un seul. Je crois bien que sa tête est pour eux une maison de force et non pas le lieu de leur naissance. » 
Solutions analytiques des principaux problèmes du système du monde.
Elle avait joint à sa traduction un commentaire qui n'a pas été assez remarqué. Il est probable que Newton a fait d'abord sa théorie à l'aide du calcul infinitésimal dont il est l'inventeur avec Leibniz, mais qu'il l'a transposée pour la présenter sous la forme consacrée par les Anciens. La marquise a reconstitué, d'après les idées de Clairaut, le travail primitif de Newton et l'a intitulé : Solutions analytiques des principaux problèmes du système du monde. Elle composait chaque chapitre, dont elle faisait tous les calculs, puis le soumettait à la révision de Clairaut.

Emilie et le monde

Au milieu de tant de travaux, que le savant le plus laborieux eût à peine entrepris, madame du Châtelet trouvait du temps non seulement pour remplir tous les devoirs de la société, mais encore pour en rechercher avec avidité tous les amusements; et c'est-là un des traits les plus singuliers de son caractère. La toilette l'occupait comme une jeune fille; elle se passionnait pour le jeu, les spectacles, les soupers, les visites, les bals et les divertissements de toute espèce. Pas un des plaisirs du monde le plus frivole n'était trop frivole pour elle.

Toute sorte d'amusements avaient de l'intérêt pour elle, et elle était trop franche pour dédaigner de paraître s'en amuser. Elle dit, dans ses Réflexions sur le Bonheur

« Je ris plus que personne aux marionnettes, et j'avoue qu'une boîte, une porcelaine, un meuble nouveau, sont pour moi une vraie jouissance ».
Mais ce goût vif pour la dissipation et les plaisirs du monde tenait bien plus à la mobilité de son esprit qu'à la frivolité réelle de son caractère; et il ne faut pas prendre à la lettre cette plaisanterie de Voltaire :
Son esprit est très philosophe ; 
Mais son coeur aime les pompons.
Elle a sans doute aimé les pompons autant que femme au monde; mais quand ils étaient loin, elle n'en concevait nul regret; et on l'a vue passer des années entières dans la solitude de Cirey, s'y livrer sans distraction aux sciences les plus abstraites, et se féliciter du bonheur qu'elle y goûtait au sein de l'étude et de l'amitié.
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Réflexions sur le bonheur (1779)

Les Réflexions sur le Bonheur de la marquise du Châtelet sont un texte écrit entre 1744 et 1746 et publié en 1779. Un écrivain du XVIIIe siècle a dit de ce morceau, que c'est peut-être le seul des ouvrages sur cette question qui ait été écrit sans prétention et avec une entière franchise. Mme du Châtelet, qui était persuadée que les passions sont nécessaires au bonheur, cherche le dédommagement de leur perte dans des ressources qui n'ont été que faiblement appréciées par les âmes délicates et passionnées. Elle regarde bien la vertu comme le principal moyen de bonheur  mais elle y ajoute des moyens secondaires , et ce qu'elle appelle des adresses de détail, qui ont pu paraître un peu trop matérielles. Tels sont, entre autres, les préceptes qu'elle donne pour se bien porter. La santé, sans doute, est le complément du bonheur; mais il y a, à cet égard, des adresses de détail qu'elle auroit dû laisser à la franchise du médecin. Le récit de ces soins donnés à sa propre personne , ne serait pas de bon goût dans la conversation, et l'est bien moins encore dans un écrit, n'eût-il été destiné qu'à quelques amis intimes.

Ce naturel, cette simplicité, cette franchise de caractère qui distinguaient madame du Châtelet, lui donnaient dans la société une physionomie toute particulière. Jamais, disait-on d'elle,femme ne porta dans le monde moins de prétentions, n'y montra même plus de candeur et de bonhomie. Des gens qui lui étaient fort inférieurs à tous égards, s'amusaient quelquefois à la railler sans qu'elle y prît garde; et si elle était enfin avertie, elle en riait très volontiers. Mais le droit qu'elle donnait sur elle-même, elle ne l'exerça jamais sur les autres. Malgré toute la sagacité de son esprit, on ne la vit jamais relever un ridicule. Sa bonté ne lui permettait d'offenser personne même dans les petites choses; et si par hasard, comme on en voit encore quelques exemples, ce qui n'était en sa présence qu'un léger persifflage, se tournait loin d'elle en une méchanceté réelle, elle déclarait, quand on venait le lui redire, qu'elle voulait l'ignorer. 

« On lui montra un jour une brochure où l'auteur, qui n'était pas à portée de la connaître, avait osé mal parler d'elle; elle dit que, si cet auteur avait perdu son temps à écrire ces inutilités, elle ne voulait pas perdre le sien à les lire; et le lendemain, ayant su qu'on avait enfermé l'auteur de ce libelle, elle écrivit en sa faveur sans qu'il l'ait jamais su. » (Oeuvres de Voltaire).
«  Elle rend de bons offices à ses amis, dira Voltaire à M. de la Condamine, avec la même vivacité qu'elle a appris les langues et la géométrie ; et quand elle a rendu tous les services imaginables, elle croit n'avoir rien fait; comme avec son esprit et ses lumières, elle croit ne savoir rien, et elle ignore si elle a de l'esprit. »

L'amie de Voltaire

Mais c'est peut-être moins encore à ses ouvrages, à son mérite et à ses qualités personnelles, à la place qu'elle occupe dans l'histoire des sciences, qu'à sa liaison avec Voltaire, que madarne du Châtelet a dû sa grande célébrité. 

C'était vers le milieu de l'année 1733 que s'était formée la grande liaison de Voltaire et de madame du Châtelet, alors âgée de vingt-huit ans, et dont il avait autrefois rencontré le père soit dans ses visites en Touraine, au château de Sully, soit chez les d'Argenson et chez ce jeune président de Maisons, dont la perte lui fut si sensible. 

Faisant allusion aux bruits qui avaient couru sur sa liaison avec M. de Guébriant et avec le duc de Richelieu, Voltaire l'appelait alors « une femme très aimable et très calomniée, » et il lui dédiait, pour cette raison sans doute, son Épître contre la calomnie, dans laquelle, en médisant beaucoup de J.-B. Rousseau, on peut dire qu'il ne prêchait pas assez d'exemple. Plus tard, à propos des médisances qui courront à propos de la liaison entre Mme du Châtelet et Voltaire, il écrira à son ami M. d'Argental-:

« Tout ce qui me trouble à présent, c'est que tous ceux qui peuvent savoir la vivacité des démarches de Mme du Châstelet, et qui n'ont pas un coeur aussi tendre et aussi vertueux que vous, ne rendent pas à l'extrême amitié et aux sentiments respectables dont elle m'honore, toute la justice que sa conduite mérite. C'est dans ce cas surtout que j'attends de votre générosité que vous fermerez la bouche à ceux qui pourraient, devant vous, calomnier une amitié si vraie et si peu commune ».
Quoi qu'il en soit , cette liaison si honorable pour Voltaire lui fut encore plus utile. Le premier service qu'il dut à madame du Châtelet, ce fut de rester en France, d'où il avait résolu de s'éloigner pour toujours. Il avait formé ce dessein après son voyage d'Angleterre, et lorsqu'il connaissait à peine madame du Châtelet. 
« Quand je donnai permission à Thiriot, dit-il, d'imprimer ces maudites Lettres (philosophiques), je m'étais arrangé pour sortir de France, et aller jouir dans un pays libre du plus grand avantage que je connaisse et du plus beau droit de l'humanité, qui est de ne dépendre que des lois, et non du caprice des hommes. J'étais déterminé à cette idée : l'amitié seule m'a fait entièrement changer de résolution, et m'a rendu ce pays-ci plus cher que je ne l'esperais. »
Si Voltaire, en effet, jeune encore, et quand son talent n'était pas pleinement formé, eût exécuté cette résolution, qui pourrait douter qu'un long séjour dans les pays étrangers n'eût enfin altéré son goût, égaré son génie, et ne nous eût ainsi privés de ses principaux chefs-d'oeuvres qui sont postérieurs à ces temps-là? Le commerce de Mme du Châtelet ennoblit et agrandit ses idées : jaloux de plaire à cette illustre amie, dont le génie, dit-il lui-même, était d'une trempe si vigoureuse, il donna à ses ouvrages un caractère de noblesse, de force et d'élévation qui ne se retrouve pas, à beaucoup près, au même degré dans ceux qu'il a publiés avant ou après cette époque. 
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Le château de Cirey au XVIIIe siècle.
Le château de Cirey au XVIIIe siècle.

Voltaire à Cirey.
Madame du Châtelet était à Montjeu, assistant aux fêtes d'un mariage en compagnie de Voltaire (celui du duc de Richelieu avec mademoiselle de Guise), lorsque le philosophe apprit qu'il était menacé (6 mai 1734). Conseillé, pressé par ses hôtes, il prit le parti de s'enfuir, et courut se cacher sur les confins de la Lorraine, dans le désert de Cirey, terre que madame du Châtelet avait mise à sa disposition et d'où, ne se trouvant pas encore assez en sûreté, il passa bien vite à Bâle (23 mai). Pendant ce temps, ses amis, madame du Deffand, la duchesse d'Aiguillon, et jusqu'à la princesse de Conti, s'employaient en sa faveur. L'orage un peu calmé, il put revenir à Cirey, où commença pour lui une des périodes les plus calmes, les plus heureuses et les plus fécondes de sa vie (juin 1734). 

« Il était réellement sous le charme, dit Sainte-Beuve; il admirait madame du Châtelet, il la proclamait sublime, il la trouvait belle, il se plaît à donner son adresse chez elle. » (Causeries du lundi)
Voltaire cependant ne se fixa pas tout d'abord définitivement à Cirey : la retraite continue ne date que de 1736 et dès ce moment  la vie de madame du Châtelet et celle de Voltaire se mêlent inextricablement; jusque-là ce sont des refuges rapides, des apparitions. Mais il avait l'heureuse faculté de pouvoir travailler partout, et à peine est-il arrivé, toujours courant depuis Autun, dans cette habitation où rien n'est préparé pour le recevoir, qu'il continue Alzire.

Il écrit encore pour madame du Châtelet un Traité de métaphysique, d'autant plus précieux qu'il n'était pas destiné à être imprimé et qu'il contient les opinions de son auteur sur Dieu et sur l'âme. Tout en se livrant à ces graves méditations philosophiques, il augmente, dans ses heures de gaieté souvent libertine, le nombre des chants de la Pucelle, qui, commencée peut-être dès 1730, en comptait déjà huit au commencement de 1735. 

Madame du Châtelet rivalise avec lui d'activité. 

« Elle est devenue, écrivait-il, architecte et jardinière. Elle fait mettre des fenêtres où j'avais mis des portes, et transforme les cheminées en escaliers. Elle change des guenilles en tapisseries, elle trouve le secret de meubler Cirey avec rien. »
Mais ce n'était plus cependant l'hospitalité de son ancienne amie, madame de Fontaine-Martel, qui ne se payait qu'en reconnaissance; Voltaire, qui avait dès lors près de 80,000 livres de rente, y contribuait largement : aussi madame du Deffand pouvait-elle, sans calomnie sinon sans médisance, décocher ce trait à l'adresse d'Émilie :
« C'est à lui qu'elle devra de vivre dans les siècles à venir, et en attendant elle lui doit ce qui fait vivre dans le siècle présent. »
Voltaire, qui avait toujours aimé le luxe, voulut s'en entourer. Son appartement et celui de madame du Châtelet étaient ornés avec toute l'élégance coquette du XVIIIe siècle. Voltaire habitait une petite aile du château. 
« C'était, dit madame de Graffigny, des encoignures de laque admirable, des porcelaines, des marabouts, une pendule soutenue par des marabouts d'une forme singulière, des choses infinies dans ce goût-là, chères, recherchées, et surtout d'une propreté à baiser le parquet, une cassette ouverte où il y a une vaisselle d'argent. »  (Vie privée de Voltaire et de madame du Châtelet, 1820)
Venait ensuite une galerie ornée de statues, du Cupidon avec la célèbre épigraphe, d'instruments de physique et d'astronomie. Vers cette époque, Voltaire écrivait : 
« Ne me dites point que je travaille trop; ces travaux sont bien peu de chose pour un homme qui n'a point d'autre occupation... » ou encore, en parlant des Muses : « Je les aime toutes les neuf, et il faut avoir le plus de bonnes fortunes qu'on peut. »
Sa vie était en parfait accord avec ces maximes. 

Sous l'heureuse influence de madame du Châtelet, ces premières années de séjour de Voltaire à Cirey ont été consacrées presque exclusivement aux sciences. On peut même dire que Voltaire était, pour les sciences, l'élève de Madame du Châtelet et, il faut l'avouer, un élève assez médiocre. Toujours en désaccord, sur la philosophie de Leibniz, sur la théorie du feu et sur la force vive, ils ne se réconcilièrent qu'en Newton, qu'ils ont ensemble popularisé en France. Quelque part, Voltaire s'étonne, à propos de la réfraction de la lumière, de ce que le sinus, qui est la mesure de l'angle (sic), ne lui soit pas proportionnel; ailleurs, il refuse d'admettre qu'on puisse mener d'autres lignes, entre une circonférence et le cercle tangent. Voilà l'homme qui voulait être, dit-on, Secrétaire perpétuel de l'Académie des sciences, malgré Clairaut lui disant : 

« Laissez les sciences à ceux qui ne peuvent pas être poètes! » 
D'ailleurs, bien consciente des véritables aspirations de son ami, madame du Châtelet l'encourageait elle aussi à suivre ses goûts littéraires-:
« Il aurait bien tort d'abandonner les vers, écrivait-elle : il ne les a jamais faits si facilement, et sa plume peut à peine suivre le torrent de ses idées. » 
Quant à Voltaire il sut très bien, au final,rester fidèle aux vers, aux épîtres, aux tragédies, à l'histoire, à tout son passé enfin, et il écrivait : 
« Nous sommes bien loin d'abandonner ici la poésie pour les mathématiques. Ce n'est pas dans cette heureuse solitude qu'on est assez barbare pour mépriser aucun art. » 
Madame du Châtelet exerça aussi une heureuse influence sur le talent de Voltaire en en modérant les écarts et en lui inspirant un respect de lui-même qu'il oublia trop souvent ensuite. Non seulement en effet elle s'efforçait de lui faire mettre plus de prudence et de réserve dans ses écrits et dans sa conduite, et tenait, par exemple, sous sa garde personnelle le manuscrit de la Pucelle, dont tant qu'elle vécut le roi de Prusse lui-même ne put obtenir aucune copie, mais encore elle contint plus d'une fois son humeur satirique et cette violence de bile qui le portait à épuiser les traits du sarcasme sur ses ennemis. 
« Il faut à tout moment le sauver de lui-même, s'écriait madame du Châtelet, et j'emploie plus de politique pour le conduire que tout le Vatican n'en emploie pour retenir la chrétienté dans ses fers. » 
C'est auprès de Mme du Châtelet, c'est à Cirey qu'il a composé le Siècle de Louis XIV, Mérope, Mahomet, et tant d'autres ouvrages dont les beautés sont avouées de tous les partis. Ce fut alors qu'il montra le plus de sagesse dans ses écrits; qu'il s'exprima avec le plus d'égards sur des opinions que tous les honnêtes gens, quels que soient leurs sentiments personnels, doivent respecter; qu'il sut enfin le mieux réprimer cette fougue de caractère qui, depuis, l'a quelquefois emporté si loin au delà des justes bornes.

On ne doutera pas de cette influence de madame du Châtelet en lisant les lettres qu'elle adressait à ses amis :

« Il faut à tout moment le sauver de lui-même, dit-elle dans une de ses lettres à d'Argental, toutes mes lettres sont des sermons; mais on est en garde contre eux; on dit que j'ai peur de mon ombre [...]. Je passerai toute ma vie à combattre contre lui pour lui-même... »
Elle dit ailleurs en parlant du Mémoire sur la Satire :
« Je lui fais refondre son mémoire; j'y trouve encore trop d'injures; il m'a promis de les ôter toutes. »
Si l'on songe que ce mémoire de Voltaire, où règne en effet un ton de noblesse, de
sagesse et de modération qu'on ne retrouve guère dans ses autres écrits polémiques, était dirigé contre Desfontaines, qui l'attaquait journellement non pas seulement dans ses ouvrages, mais encore dans son honneur et dans sa probité, après qu'il avait été tiré par ses soins d'une prison infâme et qu'il en avait ensuite reçu plusieurs bienfaits, on ne pourra s'étonner assez de cet empire de madame du Châtelet. Certes, il y a loin de ce Mémoire sur la Satire, à ces virulentes diatribes qu'il a publiées depuis contre des hommes dont quelques-uns s'étaient bornés à censurer ses vers, dont quelques autres, tels que  Larcher, dignes de l'estime générale par leur science et leur vertu, avaient seulement différé d'opinion avec lui sur des faits historiques. Serait-il donc déraisonnable d'affirmer que si Voltaire, comme il en avait l'espoir et le désir, eût achevé sa vie sous les yeux de madame du Châtelet, il ne serait pas tombé, à une époque plus reculée, dans ces écarts affligeants qui ont tant nui à sa mémoire, et qui ont pu affaiblir l'effet des importantes vérités répandues dans ses écrits?

Mais cette liaison, quelques avantages qu'en ait retirés Voltaire, quelque douceur et quelque charme qu'elle ait répandus sur sa vie, s'il faut en croire des traditions qui paraissent certaines, n'était pas sans orages, et on n'en sera pas fort surpris, pour peu qu'on réfléchisse à cet esprit ardent et mobile, à cette âme vive et passionnée qui distinguait madamee du Châtelet, et à la prodigieuse irritabilité de Voltaire, à la fougue de son caractère, à la violence de ses emportements. Il s'élevait assez fréquemment entre eux de vives querelles où les mots les plus amers, les réparties les plus sanglantes n'étaient pas épargnées. 

Le château de Cirey retentissait de leurs éclats, et celui qui se trouvait, pour la première fois, témoin de ces tempêtes, demeurait persuadé que ces deux amis ne se reverraient plus, et que leur affection était éteinte pour toujours. Mais bientôt on les revoyait, non sans étonnement, revenir l'un à l'autre comme par un besoin invincible, convenir franchement de leurs torts mutuels, et reprendre le ton et le langage de la plus vive amitié. Le retour fréquent de pareilles scènes n'a jamais altéré leur attachement.

Une liaison vulgaire qui résisterait à de tels orages, serait peut-être inexplicable. Mais cette constance est en quelque sorte de nécessité entre des personnes aussi supérieures que Voltaire et Mme du Châtelet. Pour des esprits de cette trempe, le besoin de communiquer ses idées à un esprit de même force, et d'en recevoir des idées analogues, l'habitude de s'entendre mutuellement, vite et à demi-mot , et de parcourir ainsi en peu de temps un vaste champ de pensées, est encore plus vif, plus impérieux que ne l'est dans les liaisons vulgaires le besoin et l'habitude de se communiquer et de partager des sentiments et des affections communes. 

Si quelque cause vient à rompre ces liaisons, on peut espérer encore de retrouver dans un autre coeur la félicité qu'on a laissé échapper; car, pour le bonheur de l'espèce humaine les âmes tendres sont encore moins rares que les esprits supérieurs. Mais ces derniers, lorsqu'un heureux concours de circonstances les a rapprochés, lorsqu'un lien puissant les a unis, sentent profondément qu'une telle félicité ne se retrouve pas dans la vie; qu'une fois séparés, ils devront demeurer à jamais seuls, et qu'il vaut encore mieux supporter quelques querelles passagères, que de s'exposer â l'horreur d'un isolement sans espoir, après avoir goûté les inexprimables jouissances d'un pareil rapprochement.

Voilà pourquoi sans doute, pendant tout le cours d'une si longue liaison, malgré des torts réciproques, malgré mille circonstances de fortune, d'ambition, de gloire ou d'affaires qui semblaient devoir les séparer, et particulièrement malgré toutes les séductions du roi de Prusse, Voltaire et Emilie du Châtelet n'ont jamais pu vivre longtemps l'un sans l'autre.

Ensemble et séparés.
Souvent, on la voit dans le sillage de Voltaire, à Paris, à Fontainebleau, à Lunéville auprès du roi Stanislas Leszczynski, etc.

Mais il faut bien dire que l'un et l'autre mêlaient à leur science et à leur esprit quelques travers qui firent quelquefois sourire à leur dépens. Peignant un jour l'arrivée de madame du Châtelet et de Voltaire à Anet, la spirituelle mais méchante madame de Staal-de Launay disait : 

« Ils apparaissent sur le minuit comme deux spectres, avec une odeur de corps embaumés ». 
Tout le jour en effet était consacré à l'étude; de là les mécomptes de la société frivole de la duchesse du Maine.
«  Madame du Châtelet, ajoute la même charitable personne, est d'hier à son troisième logement... elle persiste à ne se montrer qu'à la nuit close. Voltaire a fait des vers galants, qui réparent un peu le mauvais effet de leur conduite inusitée.» 
En un mot, la pétulance de là verve de Voltaire, comme la tournure d'esprit hardie et un peu virile de sa compagne, étonnèrent cette cour vouée au bel esprit, tout ce petit monde ingénieux et apprêté auquel Sainte-Aulaire et La Motte avaient donné le ton.

Plusieurs fois sollicité par le roi de Prusse, Frédéric, Voltaire finit par céder à ses appels, et se laisse un temps griser par l'accueil qu'il reçoit. Tel est son enchantement qu'il semble avoir oublié complètement Cirey et madame du Châtelet. A peine a-t-il quitté Berlin (30 août-12 octobre 1743), qu'il court les petites principautés voisines. 

« Il est ivre absolument, il est fou des cours d'Allemagne », écrit madame du Châtelet avec dépit. 
Ce ne fut en effet qu'au mois de novembre que Voltaire la rejoignit à Lille et qu'il partit avec madame du Châtelet pour Paris. Chaque jour un peu plus lasse de ses courses à l'étranger et redoutant sans cesse un nouveau voyage, peut-être un long séjour en Prusse, mais connaissant bien le goût qu'avait Voltaire pour la vie à la cour des grands le poussait de ce côté, à condition qu'il ne s'éloigne plus autant. Elle se vante dans une de ses lettres, de lui avoir rouvert le chemin des faveurs et des académies. Laissant de côté les travaux sérieux et de longue haleine, Voltaire se fait poète de cour. Ils n'en finiront pas moins de plus en plus absents l'un à l'autre. Quand Saint-Lambert se montra, elle abandonna facilement Voltaire pour lui. 
 
La Correspondance

On doit à Mme du Châtelet un certain nombre de lettres, dont  Eugène Asse a donné une excellente édition (Paris, 1878, in 12). Ces lettres font connaître le côté sentimental de la vie de Mme du Châtelet. Toujours représentée comme l'égérie de Voltaire, le docteur, chez elle, avait fait tort à la femme, et ses lettres prouvent que la femme méritait aussi d'être mise en relief. Ardente, dévouée, dans la situation irrégulière où elle vit, Mme du Châtelet s'oublie elle-même pour s'occuper constamment de Voltaire, de sa gloire, de ses intérêts, lui sacrifiant avec joie son temps, son esprit, son devoir et sa fortune. 

Pendant dix années de durée, l'amour de Mme du Châtelet pour Voltaire resta aussi tendre, aussi profond qu'aux premiers jours; mais lui n'était plus pour elle qu'un ami tiède. Aussi, pendant cinq années, la correspondance montre l'amour de la marquise passant par des phases successives et se transformant enfin en amitié. Mais c'est toujours le sentiment qui domine, et, dans la peinture de ce sentiment, son style reste constamment chaste. Une sensibilité délicate l'entraîne, et la contraint à la fois. Quant au style, il est ferme et simple, et parfois touchant. 

Saint-Lambert.
Le 15 septembre 1748, Voltaire était de retour à la cour de Stanislas où il retrouve madama du Châtelet. Mais elle était alors bien changée à son égard, et, par comparaison, peut-être trouva-t-il moins cruels les petits désagréments littéraires qu'il venait d'essuyer. L'année précédente, en effet, à Lunéville et dans la société de la marquise de Boufflers, madame du Châtelet avait rencontré Saint-Lambert, âgé alors de trente ans, et à qui une Épître à Chloé avait fait quelque réputation. Une intimité d'un caractère très tendre n'avait pas tardé à s'établir entre eux. Saint-Lambert, de dix ans plus jeune qu'elle, s'empara de son coeur. Il s'en empara par vanité; seule, Mme du Châtelet prit au sérieux cet amour; seule, elle en fut véritablement émue : elle aima avec l'ardeur désespérée d'une dernière passion. Cette ardeur éclate à chaque ligne de sa Correspondance.

Lorsque Voltaire ne put plus douter de la vérité, et que sa douleur et sa colère se furent exhalées dans un premier éclat, il resta cependant l'ami de celle qui pendant quatorze ans avait fait à un autre titre le bonheur de sa vie, et pardonna à Saint-Lambert, en lui disant avec une résignation à demi comique et à demi touchante : 

« Mon enfant, j'ai tout oublié, et c'est moi qui ai eu tort. Vous êtes dans l'âge heureux où l'on aime, où l'on plaît, jouissez de ces instants trop courts : un vieillard, un malade comme je suis n'est plus fait pour les plaisirs. » 
Pour être juste envers tout le monde, il faut ajouter que Voltaire eut bien aussi quelque tort envers madame du Châtelet, et que ses longues absences en Prusse et dans
les petites cours d'Allemagne, ses préoccupations d'écrivain plus que d'amant, la firent beaucoup souffrir avant de la détacher de lui. 
« Que de choses à lui reprocher! écrivait-elle en 1743, et que son coeur est loin du mien! Avoir à me plaindre de lui est une sorte de supplice que je ne connaissais pas. »
Pour Voltaire la blessure fut cruelle sans doute, mais les lettres étaient la grande, la seule passion de Voltaire; et comme elles avaient peut-être un peu contribué à son malheur, elles l'aidèrent aussi à s'en consoler. Il sembla en effet redoubler alors d'activité intellectuelle. Au milieu même des représentations de Zaïre et de Mérope que le roi de Pologne donne en son honneur, il aspire à de nouveaux succès sur la scène. Après avoir, sous l'aiguillon du Catilina de Crébillon, ébauché à grands traits cette Rome sauvée, où il se peindra si bien lui-même dans ce beau vers placé dans la bouche de Cicéron :
Romains, j'aime la gloire et ne veux pas m'en taire,
Il entreprend dans Oreste de lutter avec la sévérité du drame antique. Nanine est achevée, et pendant que cette comédie, dont le sujet emprunté à Paméla de Richardson, est représentée avec succès à Paris (16 juin 1749), il compose pour le théâtre de Lunéville son badinage de la Femme qui a raison. Puis à côté de ces oeuvres de poésie et d'imagination, c'étaient encore d'autres travaux, que la postérité a un peu oubliés.

La mort d'Emilie du Châtelet

C'est  à la veille de Catilina et d'Oreste, pour lesquels Voltaire se préparait à « rappeler à madame de Pompadour l'exemple d'Henriette d'Angleterre faisant travailler Racine et Corneille à Bérénice », que vint le frapper le coup le plus cruel qu'il ait jamais ressenti. 

Mme du Châtelet, alors âgée de quarante-trois ans, se trouva enceinte. Cet événement jeta en elle les pressentiments les  plus sinistres, que toute la force et la supériorité de sa raison ne purent jamais vaincre. Elle se persuada qu'elle ne survivrait pas à ses couches , et, dans cette idée, elle travailla avec plus d'ardeur que jamais à son dernier ouvrage sur Newton.

« L'opiniâtreté de ce travail, dit Voltaire , des veilles continuelles dans un temps où le repos l'aurait sauvée, amenèrent enfin cette mort qu'elle avait prévue. Elle sentit sa fin approcher, et, par un mélange singulier de sentiments qui semblaient se combattre, on la vit regretter la vie et regarder la mort avec intrépidité. La douleur d'une séparation éternelle affligeait sensiblement son âme, et la philosophie dont cette âme était remplie, lui laissait tout son courage. Un homme qui s'arrache tristement à sa famille désolée, et qui fait tranquillement ses préparatifs d'un long voyage, n'est que le faible portrait de sa douleur et de sa fermeté; de sorte que ceux qui furent les témoins de ses derniers moments, sentaient doublement sa perte par leur propre affliction et par ses regrets, et admiraient en même temps la force de son esprit, qui mêlait à des regrets si touchants une constance si inébranlable. »
Madame du Châtelet, après être accouchée d'une fille dans la nuit du 3 au 4 septembre 1749, mourut presque subitement à Lunéville, dans la soirée du 10 septembre, pendant que Voltaire et monsieur du Châtelet soupaient chez madame de Boufflers. En apprenant la fatale nouvelle, il alla tomber au pied de l'escalier près de la guérite d'une sentinelle; et quand il recouvra un peu de calme, ce fut pour écrire à son ami d'Argental ces lignes où l'on sent de véritables larmes :
« Je n'ai point perdu une maîtresse; j'ai perdu la moitié de moi-même, une âme pour qui la mienne était faite, une amie de vingt ans que j'avais vue naître. Le père le plus tendre n'aime pas autrement sa fille unique. J'aime à en retrouver partout l'idée; j'aime à parler à son mari, à son fils. Enfin les douleurs ne se ressemblent point, et voilà comme la mienne est faite. » 
Emilie du Châtelet fut inhumée dans la nouvelle église paroissiale de Lunéville. La Révolution ne respecta pas les restes de l'amie de Voltaire, et, par une triste coïncidence, au moment même où, à Paris, on faisait à celui-ci d'illustres funérailles au Panthéon, la sépulture de madame du Châtelet était ouverte et profanée. 

Revenu à Cirey, où sa fortune, confondue depuis longtemps avec celle de son amie, nécessitait sa présence, Voltaire tint, à l'égard de MM. du Châtelet une conduite aussi digne que désintéressée, mais où parfois prenaient place quelques intermèdes presque comiques. Ainsi, un jour le marquis voulant ouvrir le chaton d'une bague que portait habituellement madame du Châtelet, Voltaire, qui savait que ce bijou contenait son portrait, tâcha vainement de l'en dissuader. Mais le mari, indocile, fut peut-être moins surpris que l'amant en voyant apparaître le portrait de Saint-Lambert. 

« Croyez-moi, Monsieur, dit Voltaire, ne nous vantons de ceci ni l'un ni l'autre. »
 Rentré chez lui, et seul avec son secrétaire Longchamp, il ajouta : 
« J'en avais ôté le duc de Richelieu, Saint-Lambert m'en a chassé : ainsi vont les choses de ce monde. »
Marmontel, dans ses Mémoires, a raconté également comment Voltaire, de retour à Paris, et encore tout plein de sa douleur, en entretenait ses amis avec une vivacité très sincère, et passait presque sans transition de cette émotion aux propos et souvent aux plaisanteries les plus contraires.

La mort de madame du Châtelet ne brisa pas seulement le coeur de Voltaire, elle ruina aussi l'existence paisible et sûre qu'il s'était faite à Cirey. Elle le livra encore une fois à ses vivacités imprudentes et à de nouvelles aventures, qui eurent une grande influence sur le caractère, de plus en plus agressif et passionné de ses écrits. (E. Asse / NLI /  R. S. / Hochet).

Ce que l'on disait encore d'elle

En lisant les lettres de madame du Châtelet comme en étudiant sa vie, et en recueillant les témoignages que ses contemporains ont portés sur elle, l'image que l'on s'en fait est celle d'un esprit vigoureux, plein de vivacité, s'abandonnant à son premier mouvement, et allant souvent aux extrêmes. Quant à sa beauté, si elle en eut, ce fut surtout celle que donne l'intelligence se reflétant sur le visage qu'elle anime. Madame de Graffigny écrivait de Cirey même :
« Son caquet est étonnant...; elle parle extrêmement vite, et comme je parle, quand je fais la française... Elle parle comme un ange...; elle a une robe d'indienne et un grand tablier de taffetas noir; ses cheveux noirs sont très longs, ils sont relevés par derrière jusqu'au haut de la tête, et bouclés comme ceux des petits enfants; cela lui sied fort bien... Elle parle si bien que l'ennui n'a pas le temps de prendre audience. »  (Vie privée de Voltaire et de madame du Châtelet).
Madame Denis, cette nièce de Voltaire qu'on ne saurait accuser de faiblesse pour madame du Châtelet, écrivait à Thiériot le 10 mai 1738, à la suite d'un court séjour à Cirey :
« Madame du Châtelet est fort engraissée, d'une figure aimable, et se porte à merveille... Mon oncle vous est toujours attaché..., je suis désespérée, je le crois perdu pour tous ses amis; il est lié de façon qu'il me paraît presque impossible qu'il puisse briser ses chaînes. Ils sont dans une solitude effrayante pour l'humanité... Voilà la vie que mène le plus grand génie de notre siècle; à la vérité, vis-à-vis d'une femme de beaucoup d'esprit, fort jolie, et qui emploie tout l'art imaginable pour le séduire. Il n'y a point de pompons qu'elle n'arrange, ni de passages des meilleurs philosophes qu'elle ne cite pour lui plaire. Rien n'y est épargné. Il en paraît plus enchanté que jamais.-» 
Longchamp, qui fut quelque temps à son service, l'a peinte ainsi :
« Madame du Châtelet passait une grande partie de la matinée au milieu de ses livres et de ses cartons, et elle ne voulait pas y être interrompue. Au sortir de l'étude il semblait que ce n'était plus la même femme. Son air sérieux faisait place à la gaieté, et elle se livrait avec la plus grande ardeur à tous les plaisirs de la société. On l'aurait prise pour la femme du monde la plus frivole quoiqu'elle ait alors quarante ans. Elle était encore la première à mettre en train, à égayer, par son enjouement et ses saillies, des dames de la société qui, pour la plupart, étaient beaucoup plus jeunes qu'elle. » (Longchamp, Mémoires sur Voltaire, 1825).
Parmi ceux qui rendirent hommages aux talents et aux qualités de madame de Châtelet, on aime à rencontrer Maupertuis, celui à l'amitié duquel elle avait attaché tant de prix. Il écrivait après sa mort :
« La société perd une femme d'une figure noble et agréable, et qui mérite d'autant plus d'être regrettée qu'avec beaucoup d'esprit, elle n'en faisait aucun mauvais usage. Ni tracasserie, ni médisance, ni méchanceté; caractère de femme d'un prix infini, surtout aujourd'hui. Quelle merveille d'ailleurs d'avoir su allier les qualités aimables de son sexe avec les connaissances sublimes que nous croyons uniquement faites pour le nôtre. Ce phénomène surprenant rendra sa mémoire éternellement respectable. Un mauvais plaisant ajouterait que le public, par cette perte, se voit privé de nouvelles scènes, dont la liaison de ces deux personnes les plus singulières dans leur espèce qu'il n'y ait jamais eues, avait continué de le régaler. » (lsographie des hommes célèbres, 1830, t, Il. Fragment d'une lettre de Maupertuis).
Mais celui qui a le mieux parlé de madame du Châtelet est Voltaire, qui, dans une préface destinée à l'édition posthume de sa traduction des Principes mathématiques de Newton, a dit :
« Elle joignait à ce goût pour la gloire une simplicité qui ne l'accompagne pas toujours, mais qui est souvent le fruit des études sérieuses. Jamais femme ne fut si savante qu'elle, et jamais personne ne mérita moins qu'on dit d'elle : C'est une femme savante. Elle ne parlait jamais de science qu'à ceux avec qui elle croyait pouvoir s'instruire, et jamais elle n'en parla pour se faire remarquer. On ne la vit point rassembler de ces cercles où il se fait une guerre d'esprit, où l'on établit une espèce de tribunal, où l'on juge son siècle par lequel en récompense on est jugé très sévèrement. Elle a vécu longtemps dans des sociétés où l'on ignorait ce qu'elle était, et elle ne prenait pas garde à cette ignorance... Née avec une éloquence singulière, cette éloquence ne se manifestait que quand elle avait des objets dignes d'elle; ces lettres où il ne s'agit que de montrer de l'esprit, ces petites finesses, ces tours délicats que l'on donne à des pensées ordinaires, n'entraient pas dans l'immensité de ses talents. Le mot propre, la précision, la justesse et la force, étaient les caractères de son éloquence. Elle eut plutôt écrit comme Pascal et Nicole que comme madame de Sévigné : mais cette fermeté sévère et cette trempe vigoureuse de son esprit ne la rendaient pas inaccessible aux beautés de sentiment. Les charmes de la poésie et de l'éloquence la pénétraient, et jamais oreille ne fut plus sensible à l'harmonie. Elle savait par coeur les meilleurs vers, et ne pouvait souffrir les médiocres... Parmi tant de travaux, qui croirait qu'elle trouva du temps non seulement pour remplir tous les devoirs de la société, mais pour en rechercher avec avidité tous les amusements? Elle se livrait au plus grand monde comme à l'étude. Tout ce qui occupe la société était de son ressort, hors la médisance. Jamais on ne l'entendait relever un ridicule. Elle n'avait ni le temps ni la volonté de s'en apercevoir, et quand on lui disait que quelque personne ne lui avait pas rendu justice, elle répondait qu'elle voulait l'ignorer. » (Eloge historique de la marquise du Châtelet).
Mais à côté de l'éloge, il faut, pour être impartial, placer la critique. C'est la plume venimeuse autant qu'injuste de madame du Deffand qui nous la fournit :
« Représentez-vous une femme grande et sèche, le teint échauffé, le visage aigu, le nez pointu, voilà le visage de la belle Émilie; figure dont elle est si contente, qu'elle n'épargne rien pour la faire valoir : frisures, pompons, pierreries, verreries, tout est à profusion; mais comme elle veut paraître belle en dépit de la nature et qu'elle veut être magnifique en dépit de la fortune, elle est obligée, pour se donner le superflu, de se passer du nécessaire, comme chemises et autres bagatelles.

Elle est née avec assez d'esprit; le désir de paraître en avoir davantage lui a fait préférer l'étude des sciences les plus abstraites aux connaissances agréables; elle croit par cette singularité parvenir à une plus grande réputation, et à une supériorité décidée sur toutes les femmes.

Elle ne s'est pas bornée à cette ambition; elle a voulu être princesse : elle l'est devenue non par la grâce de Dieu ni par celle du roi, mais par la sienne. Ce ridicule lui a passé comme les autres; on s'est accoutumé à la regarder comme une princesse de théâtre, et on a presque oublié qu'elle est femme de condition.

Madame travaille avec tant de soin à paraître ce qu'elle n'est pas, qu'on ne sait plus ce qu'elle est en effet; ses défauts mêmes ne lui sont peut-être pas naturels, ils pourraient tenir à ses prétentions; son peu d'égard à l'état de princesse, sa sécheresse à celui de savante et son étourderie à celui de jolie femme.

Quelque célèbre que soit madame du Châtelet, elle ne serait pas satisfaite si elle n'était pas célébrée, et c'est encore à quoi elle est parvenue, en devenant l'amie déclarée de M. de Voltaire; c'est lui qui donne de l'éclat à sa vie, et c'est à lui qu'elle devra l'immortalité. » (Correspondance de la marquise du Deffant).



En bibliothèque - La marquise du Châtelet a écrit : Institutions de Physique (Paris, 1740, in-8); Analyse de la philosophie de Leibniz (1740); Réponse à la lettre de Mairan sur la question des forces vives (Bruxelles, 1741, in-8); Dissertation sur la nature et la propagation du feu (Paris, 1744, in-8); Doutes sur les religions révélées adressés à Voltaire (Paris, 1792, in-8); Opuscules philosophiques et littéraires (1796); Principes mathématiques de la philosophie naturelle, traduction de Newton (édition sous la direction de Clairaut, Paris, 1756, 1766); De l'Existence de Dieu (impr. à la suite de l'éd. de ses lettres de 1806). Réflexions sur le bonheur, dans Opuscules philosophiques (1796); Lettres, publiées par E. Asse en 1878. Elle avait rédigé, sous le titre d'Emiliana, des mémoires qui ont été perdus.

Voltaire, Éloge historique  Mme la marquise du Châtelet, dans Oeuvres, t. XXXIX, p. 418. - Mme de Graffigny, Vie privée de Voltaire et de Mme du Châtelet, Paris, 1820. - Mme du Deffand, Correspondance, Paris, 1865, t. II, 762. - Correspondance littéraire, philosophique et critique par Grimm, Diderot, Raynal, Meister, etc, éd. Tourneux, Paris, 1877-1882, t. I, 365-66, 368; IV,113, XI, 436; XII, 151, in-8. - Albanès, Voltaire et Mme du Châtelet, Paris, 1863, in-12. - Louise Collet, Mme du Châtelet, Paris, 1854, in-4. - Capefigue, La Marquise du Châtelet et les amies des philosophes du XVIIIe siècle; Pau, 1868, in-12. - Desnoiresterres, Voltaire à Cirey; Paris, 1871. - E. Asse, Notice sur la marquise du Châtetet, en tête de l'édition de ses lettres; Paris, 1878, in-12. Clarke, Voltaire and Mme du Châtelet, dans Nineteenth Century, de 1878, X. - De Lescure, Les Femmes philosophes, dans Correspondant de 1878, t. CXIII. - Sainte-Beuve, Causeries du Lundi, t. II, 209-225; 266-285.

En librairie - Gilbert Mercier, Madame Voltaire, Fallois, 2001. - Gilbert Mercier et Philippe Delestre,  Bébé, le nain de Stanislas (ou les amours mouvementés d'Emilie du Châtelet et de Voltaire, à la cour de Lorraine), Pierron. 

Élisabeth Badinter, Émilie, Émilie L'ambition féminine au XVIIIème siècle, 1983; sous la direction d'É. Badinter Danielle Muzerelle, Madame Du Châtelet : La femme des Lumières, 2006; É. Badinter et  Jacqueline Duhême (illustrations), Les passions d'Émilie: La marquise du Châtelet, une femme d'exception , 2006.

Isaac Newton, Principes mathématiques de la philosophie naturelle (t. 1 et 2), traduction de la Marquise du Châtelet, 1759, rééd. Gabay, 1990.

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