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Madrigal,
petite pièce de poésie, ingénieuse et galante, qui
consiste seulement en quelques pensées tendres exprimées
avec délicatesse et précision. On ne sait d'où
nous est venu ce genre de poésie, et l'étymologie du mot
est même incertaine; d'après le cardinal Bembo,
il dériverait de mandra, bergerie, d'où les Italiens auraient
tiré mandriale, berger; madriale ou madrigale signifierait
alors chant à l'usage des bergers, poésie pastorale. Selon
Ferrari; le mot serait d'origine espagnole, et viendrait de madrugar,
se lever de bon matin : madrigal voudrait dire chant du matin, comme sérénade,
chant du soir. Huet pense que le madrigal pourrait bien nous venir des
Martegaux, montagnards provençaux, auxquels on attribue une espèce
de poésie appelée de leur nom martegal, comme la danse appelée
gavotte nous est venue des Gavots, montagnards du pays de Gap. Selon Ménage
enfin, il ne serait pas impossible que le madrigal vint d'une ville d'Espagne
ainsi nommée, comme notre Vaudeville
a pris le sien du Val de Vire, qui fut son berceau. Le madrigal n'est soumis
à aucune règle particulière, quant au rythme et à
l'ordonnance; ce qui le distingue, c'est. le naturel et la facilité;
et le talent consiste à rendre une seule idée le mieux et
le plus brièvement possible. Marot en offre
de nombreux modèles, très connus; en voici un qui l'est moins,
adressé à une jeune femme :
Ce
ruisseau sous tes pas cache au sein de la terre
Son
cours silencieux et ses flots oubliés :
Que
ma vie inconnue, obscure et solitaire
Ainsi
passe à tes pieds:
Aux
portes du couchant le ciel se décolore,
Le
jour n'éclaire plus notre aimable entretien;
Mais
est-il un sourire aux lèvres de l'Aurore
Plus
charmant que le tien? (Chateaubriand.)
Du reste, notre littérature excelle
dans ce genre, et, parmi les poètes qui s'y sont le plus distingués,
tels que Mellin de Saint-Gelais, le marquis de la Sablière, Fontenelle,
La Monnoye, Dorat, Boufflers; etc., Voltaire
est sans contredit celui qui tient le premier rang. II faut éviter
que le madrigal ne tourne à la fadeur et à l'afféterie
: c'est le défaut qu'on reproche à Demoustier
dans ses Lettres à Émilie sur la mythologie. Dorat
et son école voulurent imposer au XVIIIe
siècle leurs madrigaux prétentieux et musqués; mais
le goût public en fit promptement justice. G. |
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