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Après
la proclamation de la république, en
septembre 1792,
la France
s'est trouvée engagée avec les monarchies
européennes dans une série de guerres qui se poursuivront
pendant le Consulat, et qui préfiguent celles de l'Empire. Les pages
générales consacrées à la Révolution
exposent les arrières-plans politiques de ces conflits jusqu'en
1799.
On se contentera ici d'indiquer la chronologie des opérations militaires.
Des développements supplémentaires seront consacrés,
dans les pages de la biographie de Napoléon
Bonaparte, à la Campagne d'Italie
et à la Campagne d'Egypte.
Campagne
de 1792
Les opération
dans le Nord et en Allemagne.
La réponse
à la déclaration de Pilnitz ,
l'Assemblée législative ordonna la formation de quatre armées
: armée du Nord avec Rochambeau, armée du Centre avec La
Fayette, armée du Rhin avec Luckner, armée des Alpes
avec Montesquiou. Le 20 avril 1792,
elle déclara la guerre au roi de Hongrie
et de Bohême ,
c'est-à-dire à l'Autriche ,
et Dumouriez, ministre des Affaires étrangères,
fit aussitôt envahir la Belgique .
Mais une panique arrêta l'invasion et il n'y eut plus, entre Dunkerque
et Bâle ,
que deux armées : celle du Nord avec La Fayette, à l'abri
des places frontières, et celle du Centre avec Luckner.
Les Autrichiens,
pourtant en force dans les Pays-Bas ,
ne savent pas profiter de ce désarroi. Ils attendent l'entrée
en campagne des Prussiens, commandés
par Brunswick, dont l'insolent manifeste exaspéra la Révolution.
Dumouriez, qui a remplacé La Fayette, voudrait reprendre aussitôt
l'offensive, mais les Prussiens sont inquiétants ; maîtres
de Longwy
et de Verdun,
ils ont franchi l'Argonne (15 septembre 1792)
et ils marchent sur Parispar
Châlons. Dumouriez accourt, tandis que les Autrichiens s'immobilisent
devant les places fortes du Nord, dont ils font le siège. Il concentre
ses forces disponibles vers Sainte-Menehould ,
et Brunswick, qui craint pour ses communications, vient l'attaquer à
Valmy
(20 septembre). Après avoir subi une canonnade, d'ailleurs peu meurtrière,
et une brillante charge d'infanterie, le général prussien
se retire vers la frontière, mollement poursuivi par Kellermann.
Custine,
successeur de Luckner, qui s'est emparé de Worms ,
Spire ,
Mayence ,
et qui aurait pu le mettre en danger en occupant Coblentz ,
préfère marcher sur la riche cité de Francfort-sur-le-Mein ,
où il s'établit à la fin d'octobre.
Débarrassé
des Prussiens, Dumouriez
ramène vers le Nord les troupes qu'il en a tirées pour repousser
l'invasion et se prépare à pénétrer en Belgique .
Le duc de Saxe-Teschen, qui assiégeait Lille ,
est effrayé par les groupements des forces françaises ; il
repasse la frontière et, jugeant la saison assez avancée,
il prend ses quartiers d'hiver dans les Pays-Bas .
Dumouriez le laisse s'y installer et, quand les troupes ennemies sont suffisamment
disséminées, il entre en Belgique avec le gros de ses forces.
Les Autrichiens surpris se concentrent
en toute hâte : Dumouriez leur livre, à Jemmapes
(6 novembre), une bataille qui les contraint à repasser la Meuse.
L'armée française occupe tranquillement le pays jusqu'à
ce fleuve; les Autrichiens y gardent cependant Maëstricht comme une
tête de pont, que Dumouriez fait assiéger par Miranda.
Théâtres
secondaires.
Tandis que Dumouriez
opère en Belgique, Kellermann, à qui a été
confiée la poursuite de Brunswick, a vu fondre son armée
par suite des désertions ou le départ des volontaires. Il
s'arrête dans la région de Sarrelouis et il est destitué
pour sa mollesse. Beurnonville, qui lui succède, fait sans succès
une démonstration vers Trèves
et prend ses quartiers d'hiver sur la Sarre.
A la frontière
du Sud-Est, Montesquiou a occupé sans résistance la Savoie ,
et son lieutenant Anselme le comté de Nice .
Campagne
de 1793
La guerre en Belgique.
En quelques mois,
la France ,
attaquée par des armées aguerries, a pu passer à l'offensive
; ses conquêtes sont importantes, et ses adversaires paraissent découragés.
Mais dès que la Convention
s'est déclarée en état de guerre avec l'Angleterre
( février 1793 ), celle-ci élargit la coalition, prodigue
les subsides : sauf sur les frontières de la Suisse ,
la France est entourée d'ennemis; heureusement, ils ne s'entendent
pas, et le duc de Saxe-Cobourg, leur généralissime, dans
le Nord, a peu d'autorité. Pendant qu'ils s'attardent à faire
des diversions et à soutenir les insurgés du Lyonnais et
du Midi, Dumouriez a projeté d'envahir
la Hollande
: le duc de Saxe-Cobourg le prévient, réussit à faire
lever le siège de Maëstricht, refoule Miranda et Valence jusqu'à
Louvain. Dumouriez était déjà sur le Biesboch : il
accourt, rallie les troupes de ses lieutenants et offre aux Autrichiens
la bataille de Nerwinden (18 mars). Battu, il rend la Convention responsable
de son échec, tente en vain un coup d'État et se réfugie
chez l'ennemi. Cependant Custine est ramené
de Francfort sur le Lauter; Mayence, assiégé par les Prussiens
de Kalkreuth, capitule le 21 juillet, après une magnifique défense
de Kléber et d'Aubert-Dubayet ; Lyon
et la Vendée se
soulèvent : la Corse ,
à l'instigation de Paoli, se donne aux Anglais,
qui sont aussi appelés à Toulon .
Après la défection
de Dumouriez et la mort de Dampierre, Custine, qui commande les forces
françaises, ne peut empêcher Cobourg de prendre Valenciennes ,
et le tribunal révolutionnaire
l'envoie à l'échafaud. La route de Paris
est ouverte. Mais le général autrichien divise ses forces
: il fait assiéger Dunkerque
par les Anglo-Hollandais du duc d'York, tandis qu'il va lui-même
prendre le Quesnoy et s'arrêter devant Maubeuge ,
au lieu de masquer cette place et de marcher sur Paris. Houchard, commandant
en chef de l'armée du Nord, délivre d'abord Dunkerque et
bat à Hondschoote (8 septembre) Freytag, qui couvre le siège,
mais il laisse partir le duc d'York sans l'inquiéter. Il entre à
Menin, qu'une panique lui fait perdre peu après, et, traduit devant
le tribunal révolutionnaire, il est exécuté.
Jourdan,
son successeur, fait surveiller le duc d'York et veut débloquer
Maubeuge. Cobourg l'attend à Wattignies, où Jourdan, conseillé
par Carnot, le bat après une lutte acharnée
(16 septembre). Maubeuge est délivrée, mais Jourdan ,accusé
de mollesse dans la poursuite des Autrichiens,
est destitué.
Les deux armées
prennent leurs quartiers d'hiver de part et d'autre de la Sambre.
La guerre en Alsace
et dans le Midi.
Après la
prise de Mayence, Wurmser a enlevé les lignes de Wissembourg
et refoulé les Français jusqu'à Strasbourg,
mais l'inertie de Brunswick dans le bassin de la Moselle l'a immobilisé
sur la Zorn. Sous l'impulsion de Saint-Just,
Pichegru
le ramène à la Sauer.
Hoche, qui
fait face aux Prussiens, échoue à
Kaiserlautern (28-30 novembre), trompe alors Brunswick, passe les Vosges
et menace d'enveloppement la droite des Autrichiens, qui reculent jusqu'à
Wissembourg. Le Geisberg, clef de leur position, est pris le 26 septembre
par les forces françaises réunies sous le commandement supérieur
de Hoche. Les coalisés sont en plein désarroi.
Wurmser doit repasser le Rhin à Philippsbourg, tandis que Brunswick
se retire à Mayence. Les Francais
établissent leurs quartiers d'hiver en Alsace
et dans la vallée de la Moselle. A la frontière des Alpes,
les troupes du roi de Sardaigne
montrent peu d'activité. Sur la Méditerranée, Dugommier
chasse les Anglais de Toulon (19 décembre), après un siège
où le capitaine Bonaparte se fait remarquer
par sa décision et son intelligente tactique. A la frontière
des Pyrénées, les Espagnols
ont envahi le Roussillon ,
mais le général Dagobert, malgré ses soixante-quinze
ans, arrête leur offensive, qui ne dépasse pas Saint-Elne
et la vallée du Tech.
Campagne
de 1794
Quoique contenus
pendant les campagne précédentes, les coalisés sont
toujours menaçants, surtout en Belgique
où ils ont leurs effectifs les plus considérables. Mais les
réformes militaires de la Convention
produisent déjà leurs effets, et les armées françaises,
mieux commandées, sont plus disciplinées et plus solides.
La guerre en Belgique
et en Allemagne.
Se conformant aux
principes de l'époque, Cobourg ne veut pas envahir la France
sans avoir d'abord pris Landrecies, qui gênerait ses communications.
Dès le printemps, il assiège cette place, que Pichegru,
chef de l'armée du Nord, veut secourir par une attaque de front
combinée avec une manoeuvre enveloppante de sa gauche, que commande
Moreau.
Celui-ci, malgré quelques succès de détail, ne peut
passer l'Escaut, défendu par Cobourg, et Pichegru échoue
devant la Sambre; Landrecies capitule le 30 avril.
Carnot fait alors
contenir les Anglo-Hollandais par l'armée du Nord et organise avec
Jourdan l'armée de Sambre-et-Meuse, qui réussit à
franchir la Sambre (18 juin), prend Charleroi
et bat Cobourg à Fleurus
(26 juin), où pour la première fois les ballons sont utilisés
par les Français pour l'observation. Les Autrichiens, suivis de
près par Jourdan, sont désormais séparés des
Anglo- Hollandais. Clerfayt, le successeur de Cobourg, recule jusqu'à
la Roër, qui est forcée à AIdenhoven (2 octobre), et
les Autrichiens traversent le Rhin à Coblentz
(23 octobre). Maëstricht assiégé par Kléber
capitule peu après, et Jourdan fait prendre
les quartiers d'hiver dans les provinces conquises.
Pendant ce temps,
les Anglo-Hollandais, refoulés par Pichegru au delà du Wahal,
abandonnent presque sans résistance l'île de Walcheren et
les ports de la côte belge. Les troupes françaises cantonnent
au bord du Wahal, prêtes à pénétrer en Hollande
aussitôt que gel, couvrant de glace les étangs, les canaux
et les cours d'eau, privé le pays de sa meilleure défense.
Les généraux
prussiens Kalkreuth et Mollendorf avaient reculé sans résister,
devant Moreau dans le bassin de la Moselle, devant Michaud dans la vallée
du Rhin. A la fin d'octobre, Moreau faisait sa
liaison sur le fleuve avec l'armée de Sambre-et-Meuse; Michaud réoccupait
sur la rive gauche toutes les villes, sauf Mayence, conquises et abandonnées
l'année précédente.
La guerre sur
les Alpes et les Pyrénées.
Sur les Alpes, le
général Dumas reprenait aux Sardes les cols du Petit-Saint-Bernard
et du Mont-Cenis. Dans les Pyrénées, Dugommier refoulait
les Espagnols par les victoires du Camp du Boulou (1er
mai) et de la Montagne-Noire (17 novembre), et son armée occupait
la Catalogne
septentrionale.
L'armée des
Pyrénées occidentales avait, elle aussi, franchi la frontière,
et elle se maintenait à Fontarabie, à Saint-Sébastien,
à Tolosa pendant tout l'hiver.
Campagne
de 1795
La guerre de Hollande.
Pichegru
n'a pas longtemps attendu le moment de pénétrer en Hollande ;
dès le 28 décembre 1794,
l'armée française franchit le Wahal sur les glaces. La discorde
entre le stathouder et Walmoden, com mandant les Anglo-Hanovriens, facilite
d'ailleurs ses opérations. Walmoden, au lieu de couvrir Amsterdam ,
se retire vers I'Yssel, puis sur l'Ems; le stathouder re nonce à
la lutte et s'embarque pour l'Angleterre .
Pichegru entre dans Amsterdam le 20 janvier et reçoit la soumission
des États généraux; toute la Hollande est occupée
sans résistance. Les États déposent le stathouder;
la «-République
batave » signe avec la France
le traité de La Haye
(16 mai).
La guerre en Allemagne.
Cette expédition
précipite les pourparlers engagés à Bâle
pour la paix. La Russie ,
la Prusse ,
l'Espagne ,
se retirent de la lutte. Les Autrichiens
restent seuls en Allemagne
contre l'armée de Pichegru et celle de
Jourdan
qui lui est subordonné. Leur général, Clerfayt, dispose
lui aussi de deux armées en cordon sur la rive droite du Rhin, avec
tête de pont à Mayence; l'une d'elles, sous Wurmser, est opposée
à Pichegru.
Afin de prendre Mayence,
qu'il fait assiéger, Pichegru veut éloigner les Autrichiens.
Il passe le fleuve à Mannheim et Jourdan le franchit à Dusseldorf .
Clerfayt recule jusqu'à Francfort ,
où il appelle Wurmser, et marche, toutes forces réunies,
contre Jourdan, qui s'est enfoncé seul dans la vallée de
la Nidda. Jourdan se retire en toute hâte sur la rive gauche du Rhin
et Mayence est débloquée. Pichegru, aventuré vers
Heidelberg, n'attend pas Clerfayt qui s'est retourné contre lui;
il repasse le Rhin et se retranche derrière le Queisch. Mais Autrichiens
et Français sont également épuisés par ces
marches et contre-marches : Clerfayt offre un armistice le 21 décembre,
et le Rhin sépare les quartiers d'hiver des armées en présence.
La guerre en Italie
et en Espagne.
Sur la frontière
du Sud-Est, les armées des Alpes et d'Italie
n'ont guère livré aux Sardes
que des escarmouches d'avant-postes. Au sud, l'armée des Pyrénées
orientales, avec Shérer, a fait capituler Rosas (3 février)
et consolidé son occupation de la Catalogne
septentrionale; l'armée des Pyrénées occidentales
a pénétré en Navarre
et Biscaye ,
où Vittoria
et Bilbao
se sont rendus le même jour à Moncey (17 juillet).
Telle était
la situation lorsque la paix de Bâle
vint arrêter les hostilités (22 juillet).
Campagne
de 1796-1797
Grâce aux traités
de Bâle
et de La Haye
(1795),
le Directoire à ses
débuts n'a plus à combattre que l'Angleterre ,
l'Autriche
et la Sardaigne .
Mais, quoique les Autrichiens aient placé en Allemagne
la plus grande partie de leurs forces avec l'archiduc Charles, le Sud-Est
est exposé à une invasion que pouvaient soutenir puissamment
les Anglais, auxquels leur protectorat sur la Corse ,
demandé par Paoli, offrait une base redoutable. Carnot,
qui conserve sous le nouveau gouvernement la direction de la guerre, organise
donc trois armées principales : Sambre-et-Meuse avec Jourdan,
Rhin-et-Moselle avec Moreau, Italie
avec Bonaparte. Jourdan et Moreau marcheront sur Vienne
par les vallées du Mein et du Danube; Bonaparte
s'avancera par le bassin du Pô. Une quatrième armée
avec Kellermann gardera le passage des Alpes.
La guerre en Allemagne.
Pour exécuter
le plan de Carnot, Jourdan
détourne de Moreau l'attention de l'archiduc
en commençant par sa gauche le passage du Rhin à Dusseldorf ;
il laisse un détachement devant Mayence, traverse le fleuve et progresse
dans la vallée de la Lahn. L'archiduc, dont les événements
d'Italie
ont fait diminuer les troupes de presque toute l'armée de Wurmser
expédiée contre Bonaparte, ne
peut que laisser devant Moreau le détachement de Latour, et marche
vers Jourdan. Il le bat à Wetzlar (15 juin) et l'oblige à
repasser le Rhin, qu'il fait garder par son lieutenant Wartenteben. Il
revient alors contre Moreau, qui a refoulé Latour jusqu'à
Rastadt, éprouve un échec à Ertlingen (9 juillet)
et se retire sur la rive droite du Danube, où il concentre toutes
ses forces. Moreau le suit, Jourdan reprend l'offensive dans le bassin
du Mein; mais les deux armées françaises, trop éloignées,
ne peuvent se soutenir réciproquement. L'archiduc en profite : il
contient Moreau avec Latour, fonce sur Jourdan, qu'il bat à Wurzbourg
(3 septembre) et qui doit se retirer rapidement sur la rive gauche du Rhin.
Moreau,qui s'est
avancé jusqu'à l'Isar, craint alors le retour offensif de
l'archiduc sur ses communications. Il revient vers le Rhin, talonné
par Latour, fait à travers la Forêt-Noire une retraite restée
classique, échappe à l'archiduc et ramène en Alsace
(26 octobre) les prisonniers et les canons enlevés aux Autrichiens;
mais l'objectif de la campagne était manqué.
Au printemps de 1797,
l'archiduc Charles est en Italie et Werneck le remplace; Hoche
a été substitué à Jourdan et les armées
françaises d'Allemagne
veulent égaler l'armée d'Italie. Le 18 août, Hoche
franchit le Rhin à Neuwied, où il inflige une sanglante défaite
à Werneck, incapable désormais de l'arrêter; le 22,
il est à Francfort .
Au sud, Moreau passe le Rhin à Khel, et son avant-garde arrive sans
coup férir à la Forêt-Noire. Mais l'armistice signé
le 18 août à Leoben arrête les hostilités.
La guerre en Italie.
L'échec des
négociations de paix avec la Sardaigne
avait ranimé les hostilités au Sud-Est. Mais, malgré
la victoire de Schérer à Loano (13 novembre 1795)
et l'occupation de la rivière de Gênes,
l'armée d'Italie
se trouvait dans une précaire situation matérielle et morale
quand Bonaparte en prit le commandement, le
28 mai 1796.
Ses 38.000 hommes étaient menacés par les 40.000 Autrichiens
de Beaulieu et les 20.000 Piémontais
de Colli, qui, heureusement pour les Français,
s'entendaient peu et que séparaient d'épais massifs de montagnes.
Par des feintes dont
son talent militaire est coutumier, Bonaparte aggrave encore ces causes
de faiblesse. Beaulieu est battu en détail, notamment à Montenotte
(12 avril), à Dego (15 avril), et doit s'éloigner vers le
nord-est. Colli, déjà contenu à Millesimo (14 avril),
reste seul pour supporter l'offensive de Bonaparte, qui se retourne contre
lui et lui fait éprouver à Mondovi (22 avril) une sérieuse
défaite. Turin
est découvert; le roi de Sardaigne
sollicite alors un armistice à Cherasco (28 avril), préliminaire
du traité de Paris
(3 juin), par lequel Nice
et la Savoie
seront cédés à la France ,
et il abandonne la coalition.
Pendant ce temps,
Beaulieu s'était retiré au nord du Pô pour protéger
Milan.
Bonaparte
l'attire vers Valence et va franchir le fleuve à Plaisance (7 mai).
Le général autrichien accourt trop tard pour s'a opposer;
l'Adda qu'il veut défendre est forcé à Lodi (10 mai),
et il recule derrière le Mincio. Mais, avant d'entreprendre contre
lui de nouvelles opérations, Bonaparte préfère organiser
les territoires conquis. Il entre à Milan (15 mai), donne un gouvernement
provisoire à la Lombardie ,
lève des contributions pour aider le Directoire
aux abois et met une garnison à Livourne. Il force ensuite Beaulieu
à se réfugier au Tyrol
après le combat de Borghetto et, tandis qu'il fait assiéger
Mantoue ,
il signe la convention de Brescia
avec le roi de Naples ,
l'armistice de Bologne
avec le pape, qui livre Ancône ,
et il négocie avec les ducs de Parme
et de Modène .
Mais Wurmser, qui
vient
d'Allemagne
avec son armée, a remplacé Beaulieu. II descend du Tyrol
en deux colonnes séparées parle lac de Garde, Kasdanovitch
à droite, Wurmser à gauche, pour débloquer Mantoue
et couper les communications de l'armée d'Italie. Bonaparte abandonne
Mantoue pour écraser d'abord Kasdanovitch à Lonato (30 juillet)
et à Salo (4 août); Wurmser, qui vient au secours de son lieutenant,
est complètement battu à Castiglione (5 août) et doit
ramener au Tyrol les débris de son armée. Bonaparte le suit,
après avoir laissé devant Mantoue un nouveau corps de siège.
Or, Wurmser a promptement
réorganisé ses forces. Il croit que son lieutenant Davidovitch
pourra contenir les Français tandis qu'il descen dra l'Adige pour
dégager Mantoue et cerner Bonaparte dans
le bassin du lac de Garde. Mais Davidovitch ne résiste pas; il est
battu à Roveredo (4 septembre), Vaubois occupe Trente, et Bonaparte
se lance à la poursuite de Wurmser, qu'il bouscule à Primolano,
puis à Bassano (8 septembre), et qui s'enferme dans Mantoue après
un nouvel échec au faubourg de Saint-Georges (15 septembre). L'armée
française est alors disposée de façon à couvrir
au loin le siège de la place confié à la division
Sérurier.
Alvinzy vient l'attaquer.
Ce général, qui a concentré une armée sur les
frontières de la République de Venise ,
dispose en outre des troupes de Davidovitch. Il vent rassembler ses forces
à Vérone, où Davidovitch doit le rejoindre. Mais Bonaparte
a l'avantage de la position centrale; il fait ralentir sur la Brenta la
marche d'Alvinzy et court au secours de Vaubois, déjà refoulé
par Davidovitch jusque vers Rivoli. Après avoir établi son
lieutenant sur de solides positions, il revient contre Alvinzy qui l'attend
au plateau de Caldiero. Il échoue à l'assaut du plateau,
mais par une habile manoeuvre il porte le lendemain la lutte sur un terrain
plus favorable. La bataille, illustrée par l'épisode du pont
d'Arcole (17 novembre), dure trois jours et se termine par la défaite
d'Alvinzy, qui recule vers Vicence. Davidovitch, effrayé, renonce
à forcer les positions de Vaubois et se réfugie au Tyrol .
Bonaparte profite alors du répit que lui laissent les Autrichiens
pour calmer l'effervescence croissante en Italie centrale. Il rend Livourne
au grand-duc de Toscane ,
fonde la République cispadane
avec les légations de Bologne et de Ferrare,
réunies aux duchés de Parme et de Modène, et fait
surveiller les troupes pontificales par un corps d'observation ; il marche
ensuite contre Alvinzy.
Celui-ci descend
du Tyrol et combine ses mouvements avec Provera, qui a concentré
des troupes autour de Padoue.
Il est arrêté sur le plateau de Rivoli par Joubert,
qui donne à Bonaparte le temps d'accourir. Alvinzy est battu (14
janvier 1797);
son armée
s'enfuit vers Trente, où Joubert la poursuit. Provera, qui est sur
le point de débloquer Mantoue, est à son tour cerné
à la Favorite et contraint de se rendre (16 janvier). Wurmser, désormais
sans espoir de secours, capitule le 2 février. Les troupes pontificales
sont battues à Castelle-Bolonese et le pape signe la traité
de Tolentino (19 février).
L'Autriche
confie alors le sort de la campagne à l'archiduc Charles à
son meilleur général, mais celui-ci n'a pas le temps de réunir
les forces éparses qui sont mises trop tard à sa disposition.
Il ne peut empêcher Bonaparte de franchir
le Tagliamento (16 mars); il échappe à grand-peine à
l'encerclement au col de Tarvis (23 mars) et, talonné, impuissant
à défendre les approches de Vienne ,
il s'arrête au col de Seemering, où il demande une suspension
d'armes que Bonaparte accorde en échange des préliminaires
de Leoben (18 avril). Tandis que se prépare le traité de
Campo-Formio ,
le vainqueur fait payer cher à Venise
sa duplicité : l'aide accordée aux troupes autrichiennes,
le massacre connu sous le nom de « Pâques véronaises
», sont châtiés par la destitution du Sénat et
la perte de l'indépendance.
Campagne d'Égypte.
Le traité
de Campo-Formio laissait l'Angleterre
seule contre la France
: Bonaparte proposa de la contraindre à la paix en s'emparant de
I'Egypte ,
d'où il pourrait préparer la ruine de la puissance anglaise
aux Indes .
Le Directoire, heureux de
se débarrasser d'un général dont la supériorité
l'inquiète, lui fournit tous les moyens d'aller guerroyer dans un
pays d'où il ne reviendra peut-être pas.
« L'aile gauche
de l'armée d'Angleterre » est constituée; sa destination
réelle est tenue secrète. Elle part le 19 mai 1798
de Toulon ;
des savants l'accompagnent. Elle échappe aux croisières anglaises,
enlève Malte
au passage, débarque le 1er juillet
près d'Alexandrie
et s'empare de la ville. Bonaparte marche aussitôt
sur Le Caire,
détruit aux Pyramides
(21 juillet) les Mamelouks des beys Mourad et Ibrahim, lieutenants du sultan,
et entre au Caire le 23. Il fonde l'Institut d'Égypte et réforme
l'administration, tandis que le général Desaix
poursuit Mourad dans la Haute-Égypte. Isolé de la France
par l'anéantissement de la flotte, que Nelson
incendie à Aboukir
(2 août), il organise sa conquête comme si elle était
définitive. Mais le sultan fait lever par Djezzar-pacha une armée
en Syrie pour chasser les envahisseurs, et Le Caire se révolte.
Bonaparte réprime le soulèvement et marche au-devant des
Turcs;
il prend El-Arioh, Gaza, Jaffa (février 1799), et Djezzar s'enferme
dans Saint-Jean d'Acre ,
que défend Philippeaux et que ravitaille l'escadre anglaise de Sidney
Smith. La ville résiste victorieusement, quoique Kléber
ait dispersé au mont Thabor (16 avril) une armée de secours.
Il faut rentrer en Égypte, car l'insurrection couve au Caire et
Sidney Smith a débarqué 18 000 janissaires à Aboukir.
Bonaparte les attaque avec 6000 hommes et les détruit (25 juillet).
Smith lui fait alors connaître, pour le décourager, les succès
de la coalition et les embarras intérieurs du Directoire.
Son retour en France lui parait opportun ; il s'embarque secrètement
le 22 août et laisse le commandement de l'armée à Kléber.
Or, l'Égypte
était menacée de toutes parts. Smith transportait un corps
turc à Damiette ,
le grand vizir arrivait de Syrie avec une puissante armée. Kléber
fait face au danger. Il inflige au grand vizir le désastre d'Héliopolis
(19 mars 1800),
tandis que son lieutenant écrase les Turcs débarqués
à Damiette. Le Caire révolté est repris, mais un fanatique
assassine Kléber le 14 juin.
Menou, qui le remplace,
veut repousser une nouvelle armée turque amenée par lord
Keith. Il est battu à Canope (24 mars 1801)
et cerné dans Alexandrie.
Le grand vizir avec de grandes forces envahit le delta; Mourad, revenu
de Haute-Égypte, assiège Le Caire dont le défenseur,
Belliard, capitule avec 14000 hommes (25 juin). La capitulation de Belliard
entraîne celle de Menou (20 septembre) et les débris de l'armée
d'Égypte sont transportés en France. Malte même, défendue
pendant deux ans par le général Vaubois, se rendait le 4
septembre aux Anglais.
Campagne
de 1799
Pendant que ses meilleures
troupes guerroyaient en Égypte ,
le Directoire contenait non
sans peine en Allemagne ,
en Suisse ,
en Italie
et en Hollande ,
la deuxième coalition organisée par l'Angleterre .
La guerre en Alemagne
et en Suisse.
Contre l'armée
de l'archiduc Charles rassemblée en Bavière
et les corps de Hotze et de Bellegarde dans le Vorarlberg et le Tyrol ,
que viendra renforcer l'armée russe de Korsakov, le Directoire ne
dispose effectivement que des armées du Danube avec Jourdan
et d'Helvétie avec
Masséna, sous
les ordres de Jourdan. Selon le plan imposé, Masséna marche
d'abord vers le Tyrol pour séparer les Autrichiens et faciliter
l'offensive de Jourdan, mais l'insurrection des cantons suisses fait échouer
ce projet. Masséna se replie vers Zurich.
D'autre part, an, qui s'avance entre le lac de Constance et le Danube,
est battu par l'archiduc à Pfullendorf (20 mars) et à Stokach
(25 mars), et doit reculer jusqu'à la Forêt-Noire. L'archiduc
se retourne alors contre Masséna, auquel il livre la bataille indécise
de Zurich (27 mars). Il est obligé d'attendre l'arrivée de
Korsakov pour recommencer la lutte, et Masséna, qui se retranche
sur l'Albis, fait occuper par Lecourbe le Saint-Gothard pour rétablir
ses communications avec l'armée d'Italie.
Or, cette armée
avait éprouvé revers sur revers. Mais les désaccords
entre ses adversaires les Autrichiens
de Mélas et les Russes de Souvarov
sont si graves que, malgré les triomphes de Souvarov, les alliés
envoient les Russes en Suisse et réservent aux Autrichiens l'Allemagne
et l'Italie .
Souvarov passe donc en Suisse, refoule péniblement Lecourbe jusqu'à
Altorf ,
et il compte prendre à revers Masséna, attaqué par
Korsakov, que l'archiduc fait soutenir par Hotze. Mais Masséna n'a
pas
attendu l'attaque.
Il a bousculé Korsakov à Zurich
après une bataille de trois jours (24-26 septembre), empêchant
sa jonction avec Hotze, que Soult rejetait dans le Vorarlberg.
Souvarov, isolé,
en danger d'être cerné, s'échappe à grand-peine
à travers les Alpes de Glaris. Il arrive à Coire, furieux
contre les Autrichiens qu'il rend responsables du désastre, et rentre
en Russie .
Le tsar le disgracie, mais se retire de la lutte; les Autrichiens qui avaient
conquis l'Italie s'arrêtent au pied des Alpes et des Apennins, car
ils craignent la descente de l'armée d'Helvétie sur leur
flanc droit ou leurs lignes de communication.
La guerre en Italie.
Des territoires
ou des alliances acquis par Bonaparte pendant
la campagne de 1796-1797,
il ne restait en effet plus rien. Dès le début des hostilités,
l'insurrection, soutenue par un corps russe, avait chassé de Naples
Macdonald, dont l'armée était revenue péniblement
vers le nord de l'Italie
pour se joindre à l'armée de Schérer. Or, celui-ci,
battu à Magnano (5 avril) en voulant passer l'Adige, s'était
retiré derrière l'Adda pour résister aux Autrichiens
de Mélas renforcés par les Russes
de Souvarov, qui dirigeait les opérations. Souvarov Justifie d'ailleurs
la réputation qu'il devait à ses victoires sur les Polonais
et les Turcs. Il bouscule Schérer
à Cassano (22 avril) et, tandis que Moreau,
successeur de Schérer, va s'établir entre le Pô et
le Tanaro pour attendre l'armée de Naples, il se jette sur Macdonald,
qu'il écrase sur les bords de la Trebbie après une bataille
de trois jours (7-9 juin). Joubert, qui remplace Moreau accusé d'inertie,
prend l'offensive; il est battu et tué à Novi (15 août),
et Moreau rassemble les débris des deux armées aux environs
de Gênes. Il ne peut secourir Tortone, et Coni, la dernière
place possédée par les Français au nord de l'Apennin,
est assiégée à son tour. C'est alors que Souvarov
passe en Suisse
avec ses Russes, Mélas continue le siège; il prend Coni après
avoir battu à Génola (14 novembre) Championnet, qui succède
à Moreau envoyé en Allemagne ,
et qui tentait de débloquer la ville L'armée d'Italie est
acculée à la rivière de Gênes, et l'armée
des grandes Alpes, en formation, se tient sur la défensive pour
garder les cols de la frontière.
La guerre en Hollande.
Les alliés
avaient espéré, un instant, obtenir en Hollande
des succès aussi grands. Le duc d'York, avec une armée de
45.000 Anglo-Russes, débarquait au Helder le 28 août. Brune,
commandant de l'armée de Hollande, battu à Zyp (10 septembre)
s'était retiré vers Kastricum tandis que les partisans du
stathouder agitaient la population. Mais il reçoit des renforts,
reprend l'offensive, bat le duc d'York à Kastricum et le refoule
jusqu'au Helder. Pour ne pas être jeté à la mer, le
duc signe la convention d'Alkmaar (18 octobre), qui interdit à l'Angleterre
la coopération de ses troupes sur le continent, et il se rembarque
après avoir rendu ses prisonniers.
Ainsi, au moment
où Bonaparte revient d'Egypte ,
et à la veille de Brumaire,
I'Italie
est perdue, sauf la rivière de Gênes;
mais les armées françaises ont victorieusement défendu
la Suisse ,
le Rhin, la Hollande, et le tsar, le plus puissant des coalisés
sur le continent a fait défection.
L'Autriche
est maintenant la seule adversaire de la France
sur terre. Elle a deux fortes armées, l'une en Allemagne
avec Kray, l'autre en Italie avec Mélas. Cette guerre se poursuivra
sous le consulat, tandis que sur mer et aux Antilles ,
les Français continueront de se confronter
aux Anglais.
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