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Le
Haut Moyen âge
Le Ve
siècle.
Dans le premier siècle du Moyen
âge, le Ve
depuis notre ère, la puissance romaine n'est plus qu'une fiction.
Les deux empires romains, irrévocablement séparés,
ne sont pas gouvernés plus de soixante ans par la famille de Théodose,
dont l'un des petits-fils qui règne en Occident, poignarde de sa
main le général Aëtius, le seul défenseur qui
restât à l'empire depuis la mort de Stilicon.
Rome, déjà prise deux fois par Alaric
et par Genséric, qui ont dédaigné
de la garder, voit à peine les empereurs que lui imposent successivement
des chefs de hordes barbares, jusqu'à ce qu'elle devienne le camp
des Hérules qui effacent le titre d'empire d'Occident. L'élève
des Grecs de Constantinople ,
Théodoric,
qui commence, en Italie, une courte série de rois ostrogoths, préfère
à Rome une ville obscure du nord, Ravenne.
C'est du Ve
siècle que datent encore plusieurs établissements
des peuples dits barbares en Europe. Les Burgondes ou Bourguignons viennent
de la Germanie s'établir sur la Saône et le Rhône, tandis
que les Wisigoths s'emparent des provinces situées entre les Pyrénées
et la Loire, et bientôt d'une partie de l'Espagne, où les
ont suivis les Vandales, qui se transportent ensuite avec Genséric
en Afrique. En Gaule, les peuples de l'Armorique ,
voisins de l'Océan, ont secoué le joug des Romains et ont
formé une confédération. Le pays au nord de la Loire
a subi les courses des Francs qui se fixent autour de Paris avec leur premier
roi chrétien Clovis. La Grande-Bretagne
a aussi son invasion germanique : les Saxons y viennent de la Chersonèse
des Cimbres.
Le VIe
siècle.
Après la chute, en Italie, de Romulus
Augustule, dernier empereur d'Occident, auquel succèdent en
quelques années deux barbares, l'Hérule Odoacre
et l'Ostrogoth Théodoric, l'Afrique
est enlevée aux Vandales ariens ,
et rentre sous la loi de Constantinople ,
l'Italie n'est arrachée que pour quinze ans par les généraux
byzantins
aux successeurs de Théodoric. Les Lombards commencent avec Alboin
un nouveau royaume d'Italie ,
qui se perpétuera jusqu'au temps de Charlemagne.
Rome n'appartient que de nom aux empereurs d'Orient. Par les progrès
du christianisme dans
les classes dirigeantes, par la docilité des chefs barbares qui
se font catholiques
en Gaule ,
en Espagne ,
déjà aussi en Grande-Bretagne, même par les dissensions
qui s'élèvent dans le sein de l'Église, les évêques
de Rome agrandissent leur autorité, et étendent les prérogatives
de leur primauté ecclésiastique.
La puissance des Ostrogoths est comme anéantie
en Italie, mais celle des Wisigoths est seule maîtresse du Sud-Ouest
de la France et de l'Espagne, depuis l'incorporation des Suèves;
ils la garderont, au milieu de discordes que perpétue le mode de
succession élective, jusqu'à l'invasion des Arabes au VIIIe
siècle.
La Gaule présentait un singulier
mélange d'anciens débris de la population gauloise que vinrent
renforcer des Celtes chassés de la Bretagne insulaire par les Germains,
de familles romaines, de Wisigoths qui vont être refoulés
dans la Septimanie, d'Ostrogoths et de Bourguignons qui ne gardent pas
longtemps leur indépendance, de Francs enfin à qui restera
la possession du pays. Clovis a fait beaucoup
de ruines et n'a point fondé un empire régulier comme Théodoric
l'avait tenté en Italie. Sa conversion sert puissamment à
ses conquêtes. Cinquante ans après lui, sur cette terre, morcelée
en plusieurs royaumes suivant l'usage germanique, on ne voit qu'un chaos
de batailles et d'assassinats que dominent les noms de Frédégonde
et de Brunehaut.
La Bretagne, contrairement aux autres pays
de l'Occident, a accepté et gardé en même temps dans
son sein deux peuples venus des terres germaniques, les Saxons, dont les
établissements au commencement du siècle étaient presque
complets dans le sud de l'île, les Angles, qui fondent trois royaumes
au nord-est et au centre. Le principal fait de l'histoire de l'heptarchie
au VIe siècle
, est l'introduction du christianisme catholique dans le royaume saxon
de Kent
par le moine Augustin, envoyé du pape Grégoire.
Le VIIe
siècle.
Le peu que les Grecs ont en Italie appartient
à des exarques indépendants. Les progrès des Lombards
sont ralentis par les dissensions qu'engendre l'oligarchie
militaire. Une heureuse position maritime, un gouvernement libre sous un
chef électif et à vie, appelé duc ou doge, placent
Venise
en dehors des prétentions des Lombards et des Grecs qui ont également
besoin de ses vaisseaux et de son industrie.
Les Francs sont ceux qui ont subi la révolution
intérieure la plus décisive. Le pouvoir passe, après
Dagobert,
des mains des rois fainéants ( Les
mérovingiens) aux maires du palais : d'intendants de la maison
du roi, ces maires deviennent ministres et généraux d'armées;
ils sont plus que les rois à la fin du siècle. Mais les luttes
civiles de la Neustrie
et de la Bourgogne
font tomber le pouvoir suprême aux mains d'un duc austrasien
de la maison d'Héristal.
Les progrès de la foi catholique
sur l'arianisme ,
l'accroissement des privilèges de l'Église qui, en Espagne,
s'élève même jusqu'à la puissance politique,
dominent l'histoire des Anglo-Saxons, des Wisigoths et des Lombards. Les
moines de l'Irlande auront des émules dans ceux de la GrandeBretagne;
et il ne sera pas rare que des rois germains préfèrent le
couvent au trône.
Le VIIIe
siècle.
Les Anglo-Saxons sont en proie aux guerres
civiles. La suprématie semble enlevée aux Saxons par les
Angles pendant le règne d'Offa. Les Lombards jettent un assez vif
éclat sous leurs rois Liutprand, Astolphe
et Didier. Lorsqu'ils ne se contentent pas d'attaquer
les Grecs; lorsqu'ils font trembler les pontifes romains, que les hérésies
et les violences des empereurs iconoclastes
ont placés à la tête de l'Italie orthodoxe et de la
république romaine, ces princes attirent contre eux les armes de
Pépin
le Bref et de Charlemagne.
Pépin le
Bref, maire du palais des trois royaumes, après la retraite
de Carloman, avait détrôné
le dernier roi fainéant. Vainqueur des Saxons, des Bavarois, des
Musulmans, des Lombards, du duc mérovingien d'Aquitaine ,
il avait tracé la voie des conquêtes et des améliorations
sociales à son fils Charlemagne. La puissance de Charlemagne s'étendra
sur presque tout l'Occident. La royauté lombarde est détruite.
Quoique le maître de l'Italie se réserve la dignité
de patrice et reçoive bientôt celle d'empereur, les évêques
de Rome trouveront l'affermissement de leur pouvoir temporel dans cette
révolution qui semblait devoir l'annuler complètement. Rome,
siège de l'Église, ne sera pas la résidence du nouvel
auguste; et les papes administreront le territoire romain comme délégués
de l'empereur d'Occident, en attendant qu'ils s'affranchissent de toute
tutelle étrangère.
Les conquêtes de Charlemagne
sont d'un effet moins solide, que le zèle qu'il a mis à soumettre
ses peuples par les lois et par la religion. Il fonde et retient dans sa
main, avec despotisme un gouvernement intérieur qui domine tous
les éléments confus de la société. Dans un
monde où les droits, les privilèges étaient à
la merci de la force et des circonstances, où l'on comptait autant
de législations particulières qu'il y avait de traditions
diverses, soumises ou tributaires, où l'aristocratie des bénéficiers
et le clergé n'avaient pas de pouvoirs circonscrits, il fut instauré
des assemblées nationales. Et les envoyés royaux chargés
de veiller à l'exécution des capitulaires
contribuèrent à la centralisation nouvelle.
Le IXe
siècle.
Quand s'ouvre le
IXe siècle, deux grands
règnes continuent, celui d'Haroun al-Rachid
et celui de Charlemagne. Pour Charlemagne,
il meurt tout entier en 814. Après
lui, l'histoire de la seconde dynastie des rois francs rappelle celle de
la première après Clovis. L'empire
d'Occident s'affaiblit par des partages dont Louis
le Débonnaire est la première cause et la victime. On
ne retrouve que de loin en loin des traces du gouvernement central et de
la restauration des études, qui sont les principaux titres de gloire
de Charlemagne. Dans chacun des royaumes, que forme le démembrement
consacré à Verdun, les entreprises de la noblesse et du clergé
sur l'autorité royale favorisent, en France au moins, la diffusion
des principes féodaux. Les grands ayant enfin, sous Charles
le Chauve, rendu héréditaire la possession des terres
et des offices qu'ils avaient reçus du roi, sont autant de petits
monarques exerçant tous les pouvoirs régaliens. La féodalité,
par l'établissement des arrière-fiefs, couvre le territoire
tout entier. Les vassaux ont pour sujets la masse de la population inférieure,
propriétaires roturiers, vilains et serfs attachés à
la maison ou à la glèbe. Les rois restent sans domaine et
sans autorité.
Les pirates scandinaves (Vikings)
s'élancent sur les côtes de la Manche et de l'Atlantique,
ravagent les provinces, assiègent Paris comme ils font de Nantes,
d'Orléans ,
de Bordeaux. Une famille féodale; issue de Robert le Fort, illustrée
par la résistance qu'elle oppose à ces Northmans,
donne un roi à la France.
En Italie et en Allemagne, les divisions
de principautés que Charlemagne avait
eu de la peine à faire rentrer sous sa domination, imposée
à tous, sont des cadres tout faits pour la féodalité
: les ducs de Spolète, de Bénévent ,
de Frioul ;
les ducs de Saxe, de Bavière ,
de Souabe ,
ne permettront pas au pouvoir royal de s'affermir. Entre le Rhin supérieur,
le Jura et les Alpes (Bourgogne transjurane); entre les Alpes, le Rhône
et la Méditerranée (Bourgogne cisjurane), seigneurs et évêques
seront plus indépendants que les deux nouveaux rois leurs suzerains.
Les Sarrasins, qui font de la Sicile leur
repaire, tiennent dans l'effroi les côtes de la Gaule et de l'Italie
dévastées. Les Hongrois ou Magyars recommenceront dans l'Allemagne
chrétienne les courses des Huns. ( Vikings,
Sarrasins, Magyars)
Un pays, au nord-ouest, sort de l'anarchie,
pendant que les autres s'y plongent. En Angleterre, l'heptarchie a fait
place au gouvernement d'un seul roi; celui de Wessex, qui s'impose à
toute la Bretagne. Les trente dernières années de ce siècle
appartiennent au règne d'Alfred le Grand
: les Anglais reconnaissent en lui le fondateur de leur puissance, de leur
marine, de leur liberté, de leurs meilleures institutions; il a
repoussé les Danois, établi l'université d'Oxford,
encouragé et cultivé les sciences et les arts, affermi l'usage
du jury.
Dans ces conditions, on n'est pas surpris
de l'accroissement de l'autorité pontificale; la cour de Rome humilie
Louis le Débonnaire, excommunie un de ses petits-fils et dispose
de la couronne impériale d'Occident. Il faut qu'Hincmar,
archevêque de Reims, prenne la défense des droits du pouvoir
temporel et de l'Église gallicane, et empêche l'institution
d'un légat du saint-siège pour la France.
Le Xe
siècle.
La maison des Carolingiens
s'éteint d'abord en Germanie, où la royauté, d'héréditaire,
devient élective; tandis qu'au contraire les dignités qui
n'avaient été que de simples commissions confiées
à des ducs, à des comtes, etc., restent là, comme
partout, héréditaires. Le chaos de l'Allemagne commence à
se débrouiller sous le premier prince saxon porté au trône
par élection on s'affranchit par une victoire du tribut payé
aux Hongrois; Henri l'Oiseleur fortifie
les villes, institue des milices et des jeux militaires, qui donnent la
première image des tournois; son fils, Othon le Grand, vainqueur
des Danois, des Bavarois rebelles, des Bohémiens insoumis, renouvelle
l'œuvre de Charlemagne en Italie.
La dynastie carolingienne
avait fini dans la péninsule italienne avec le roi Bérenger
Ier, qui
ne pouvait, défendre le territoire contre les Hongrois venus du
Nord et contre les Sarrasins venus du Midi. L'anarchie féodale était
au comble dans ce malheureux pays : deux courtisanes ambitieuses, Théodora
et Marozie , ont été à la
tête des factions et ont disposé même du siège
de saint Pierre. Un fils de Marozie a exercé seul l'autorité
civile à Rome. Un de ses petits fils s'est emparé du ministère
pontifical et l'a uni ainsi au pouvoir civil.
Tour à tour bienfaiteur des papes
et leur maître, Othon le Grand détrône le roi Bérenger
Il d'Ivrée, ceint la couronne des Lombards et se fait sacrer
à Rome en qualité de chef de l'empire. La dignité
impériale doit être inséparable dés royaumes
de Germanie et d'Italie. En échange des serments et de l'hommage
du pape, Othon fait à l'Église romaine de magnifiques promesses.
Les trois premiers Othon laissent poindre en Italie les institutions municipales
et quelques germes de liberté publique qui se développeront
contre les empereurs. Les privilèges accordés aux évêques
allemands, qui sont faits ducs et comtes avec des droits régaliens,
sont aussi des semences d'anarchie et de révolutions.
En France, la dynastie carolingienne
se flétrit de plus en plus. La Neustrie
est cédée aux Vikings
(Normands), à titre de vassaux de la couronne; les Hongrois pendant
près d'un demi-siècle dévastent la France à
l'est, et les Sarrasins au sud. Les chefs de la féodalité
se font rois : Hugues Capet, duc de France, le
possesseur d'une des sept grandes principautés, subdivisées
elles-mêmes, et presque à l'infini, en petites seigneuries,
prend la place du dernier carolingien, et commence une troisième
dynastie, en réunissant à son duché le titre de roi
et la faible puissance que le système féodal avait laissée
à cette dignité.
Le pape donne à son autorité
spirituelle une extension qui devient redoutable même pour les rois
: la politique a autant de part que les raisons canoniques à l'excommunication
et à l'interdit dont sont frappés Robert le Saint, fils de
Hugues
Capet, et le royaume de France. Il ne se tient au Xe
siècle aucun concile
général. Il y a peu d'hérésies nouvelles.
Sylvestre Il, sera le "pape de l'an mil". Plus connu dans le monde des
lettres et des sciences sous le nom Gerbert d'Aurillac ,
c'est lui qui conçut le premier l'idée des
croisades.
Le
temps des Croisades
Le XIe
siècle.
De nouvelles révolutions agitent
tout le nord de l'Europe : les Scandinaves s'abattent sur l'île Britannique
qui n'échappe aux assauts du Danois Knut le
Grand, récemment converti, que pour subir le joug despotique
de la royauté et de la féodalité normandes qu'apporte
en 1066 le Guillaume
le Conquérant. Ce triomphe durable d'un vassal des Capétiens
est le signal des longues rivalités de la France et de l'Angleterre.
Les Byzantins, ennemis du saint-siège,
perdent l'Italie méridionale, dont les nouveaux conquérants,
venus de la Normandie
française, font hommage au pape qu'ils ont vaincu : les coutumes
féodales et la langue de la France prennent possession de l'Italie
comme de l'Angleterre. La Sicile, disputée aux Sarrasins par les
Vikings ,
est maintenant le poste avancé de la chrétienté contre
l'islam .
L'amour du butin et un chimérique espoir de conquête poussent
les maîtres de la Pouille au delà de l'Adriatique contre les
sujets schismatiques de l'empire byzantin. Pendant des siècles,
les Normands, les Allemands, les Français, qui se succéderont
dans la possession de l'Italie du sud, se laisseront aller, avec le même
entraînement, à d'ambitieux projets d'agrandissement qui ne
se réaliseront pas.
La France, illustrée par les conquérants
de l'Angleterre, de la Pouille et de la Sicile, par les fondateurs du comté
de Portugal ,
qui sera ravi aux Maures, ne se signale pas alors par la vie de ses rois.
La maison capétienne
est une des moins puissantes entre les grandes maisons féodales,
la royauté reste comme un droit sans exercice.
La suprématie politique appartient
à l'Allemagne, tant que le saint-siège est occupé
par des princes faibles on indignes. Les désordres et les troubles
se renouvellent à Rome comme pendant le Xe
siècle, et cependant les empereurs, toujours menacés
par une noblesse turbulente en Germanie, ont de la peine à contenir
l'Italie du nord, où les seigneurs féodaux, les évêques,
les cités qui ressuscitent les anciennes institutions municipales,
arment séparément, et quelquefois s'unissent pour l'indépendance.
L'excès de l'anarchie ramène la paix, qu'affermit pour un
peu de temps une constitution publiée par Conrad, le premier empereur
de la maison franconienne
qui donnera quatre princes en cent ans. Le règne de son fils Henri
III le Noir est l'une des époques où les Romains et les
papes ont été le plus directement assujettis à la
puissance impériale.
Mais pendant les dix-sept années
qui suivent sa mort, les scandales de simonie, de cupidité, et de
violence, qui signalent le gouvernement des ministres de son jeune fils
Henri
IV, font un étrange contraste avec la grande oeuvre de réformation
universelle qu'accomplit le moine toscan Hildebrand, pour rendre à
l'Église sa moralité et son indépendance, lesquelles
serviront à fonder l'autorité temporelle de Rome. Hildebrand,
devenu Grégoire VII, suit sans fléchir
sa pensée dominante, pour soutenir et étendre les droits
du sacerdoce engagés surtout dans la triple question du célibat
des prêtres, de la simonie, et de l'investiture laïque; il menace
et la France et l'Angleterre, et les États du Nord, mais surtout
l'Allemagne. Pour la première fois un empereur est excommunié
et déposé, comme si le pape pouvait ôter des couronnes
qu'il ne peut pas donner. Telle est la force de ces anathèmes que,
même après la mort d'Hildebrand, que l'amitié et les
secours de la comtesse Mathilde et du Normand Robert Guiscard n'ont pu
maintenir à Rome, l'empereur est incapable de réprimer ni
les révoltes de ses sujets, ni les attentats de ses propres fils.
Alors que l'Europe
et l'Orient chrétien étaient en proie au schisme ou à
l'anarchie féodale; au milieu des passions religieuses et politiques
que réveillait la querelle du sacerdoce et du pouvoir temporel;
quand des peuples, nouvellement établis sur des terres qu'ils veulent
garder, bornent leur horizon au pays conquis, Pierre
l'Ermite, un pèlerin qui a vu le triste état des chrétiens
de la Palestine, et le pape Urbain II, Français comme lui, appliquent
encore une des pensées de Gerbert et de
Grégoire VII, en prêchant la croisade.
Pierre entraîne vers les lieux saints, contre les Turcs
seldjoukides et contre les Fatimides, six cent mille soldats, multitude
indisciplinée qui essuie de sanglants revers, surtout avant l'arrivée
de l'armée des chevaliers venus de la France ou de l'Italie normande.
Pour la masse de ce peuple fanatisé ,
il s'agit d'acquérir le ciel
en délivrant le tombeau du Christ
profané par les infidèles.
Le XIIe
siècle.
A partir du XIIe
siècle, les grands États de l'Europe sont moins
étrangers les uns aux autres. Les croisades
leur créent des intérêts communs. La querelle des investitures,
qui se continue sous le nouveau roi d'Allemagne, le parricide Henri V,
agite même l'Angleterre : le concile de Reims, tenu en France, prépare
la solution que l'Allemagne reçoit de l'assemblée de Worms,
que l'Église entière reçoit du premier concile général
de Latran, convoqué aux portes de Rome. Le schisme qui naît
de la double élection pontificale d'Innocent
II et d'Anaclet II partage toute l'Europe : il porte atteinte à
la fois à la puissance temporelle et à la puissance spirituelle
du saint-siège. Le Normand (Viking) de Sicile Roger Il devient un
roi puissant, redoutable même pour son suzerain, l'évêque
de Rome, par la réunion de la Pouille et de la Calabre
à la Sicile. Arnaud de Brescia, moine
austère et éloquent, mais animé de l'esprit révolutionnaire,
applique au gouvernement civil de Rome des maximes d'indépendance
qu'il tenait peut-être d'Abélard,
son maître en théologie et son ami. L'arbitre de la chrétienté,
celui dont la sagesse et la fermeté sont invoquées dans toutes
les questions religieuses et politiques, est un moine de France, saint
Bernard, issu d'une noble famille de Bourgogne.
Pacificateur de l'Italie et de l'Allemagne,
défenseur des droits des papes légitimes, mais jamais au
détriment des libertés particulières à chaque
nation, docteur ardent contre les hérétiques, sermonaire
savant et enthousiaste, habile à manier la langue vulgaire à
l'aide de laquelle il fait descendre les vérités de la foi
à l'oreille du peuple, prédicateur de la croisade, conseiller
des papes et des rois, saint Bernard
remplit de son nom trente années du XIIe
siècle. Vers le moment où il meurt, les deux grands
principes qui sont en rivalité dans le monde la puissance des rois
et celle de l'Église, viennent de se forger de nouvelles armes;
mais ces armes pacifiques ne suffiront pas aux passions avides de combat.
La renaissance du droit romain, enseigné par les jurisconsultes
de Bologne ,
avant qu'un manuscrit du Digeste de Justinienfût
trouvé dans le pillage d'Amalfi ,
favorisait l'extension de l'autorité des rois, surtout de celle
des empereurs. L'Église opposera au droit romain le droit canonique
: le recueil du moine Gratien « Concorde des canons discordants»
devient le texte d'une jurisprudence ecclésiastique fondée
sur les maximes de suprématie, que cherchait à appliquer
la cour de Rome.
L'honnête et modeste royauté
des Capétiens ,
Louis le Gros et Louis le Jeune, semble bien pâle à côté
de la vie turbulente et passionnée des rois d'Angleterre et de Germanie,
Henri
Il Plantagenet et Frédéric de Souabe .
Le pouvoir royal, sous Louis VI, s'est
fait aimer en protégeant les faibles : cependant l'établissement
des communes, prouvé par les chroniques et les chartes, n'est pas
l'oeuvre directe du roi; son intervention, souvent acquise à prix
d'argent, se borne à confirmer les privilèges que les transactions
avec les seigneurs ou que l'insurrection a valus aux bourgeois. La piété
de Louis le Jeune donne une nouvelle force morale
à la royauté sans ajouter beaucoup à sa force matérielle.
En Angleterre ,
la maison de Guillaume
le Conquérant se renouvelle; Henri Plantagenet,
le fils de Mathilde, qui elle-même n'avait pu garder le trône,
possède, au moment où il devient roi, la Normandie ,
le Maine ,
l'Anjou ,
le Poitou
et la Guyenne ;
il réunit ainsi les droits de son père, de sa mère
et de sa femme. La Bretagne ,
fief de France ,
et l'Irlande
n'auraient sans doute pas été ses seules acquisitions, s'il
n'avait entrepris de lutter contre l'Église, si sa force ne s'était
brisée contre la résistance inébranlable de l'archevêque
Thomas
Becket. Thomas, assassiné, devient un martyr: Henri
Il est réduit à s'humilier devant le tombeau du saint.
Ses enfants se révoltent, et il ne laisse en mourant, à l'Angleterre,
qu'un fils féroce et un fils lâche : Richard
Coeur de Lion et Jean sans Terre.
Le jeune roi de France, Philippe-Auguste,
protégé, par politique, les fils contre le père, comme
Louis
le Jeune a, par piété, protégé l'archevêque
contre le roi.
En Allemagne ,
les commencements de Frédéric Barberousse promettent un heureux
règne. Neveu et successeur de Conrad de Souabe ,
et par là chef des gibelins, il tient en même temps par les
liens du sang à la famille guelfe qui a donné un empereur,
Lothaire de Saxe; il semble destiné à éteindre ou
à suspendre les fureurs des deux factions. Lorsqu'il tente de replacer
l'Italie sous la domination impériale, il a contre lui le saint-siège,
qui n'a plus à craindre Arnaud de Brescia,
et les villes lombardes confédérées; le pape soutient
une cause nationale, en se mettant à la tête du parti de l'indépendance
italienne. Le règne d'Alexandre III est le plus long et le plus
célèbre pontificat du XIIe
siècle. Cependant les antipapes, que l'empereur lui oppose
pendant vingt-deux ans, affaiblissent l'autorité du chef de l'Église.
Les Italiens auraient dû saisir cette occasion de se réunir
en un seul corps de nation par les liens d'un gouvernement fédéral
: avec une constitution réglée selon les voeux des peuples
et l'importance politique de chacun, l'Italie serait demeurée libre.
Lorsque Frédéric, après une défaite de ses
armées, est forcé de consentir à la paix, la ligue
lombarde se dissipe d'elle-même, et les discordes intestines recommencent.
Les papes, les Vénitiens, les Vikings
n'ont pas les mêmes vues que les autres Italiens. Venise ,
dont les armes sont victorieuses en Syrie, dans l'archipel, en Calabre ,
dans le territoire de Padoue ,
et sur divers points de l'Italie, prétend rester maîtresse
de l'Adriatique, au détriment du roi d'Allemagne et des Normands;
elle reçoit dans ses murs Alexandre III, et offre sa médiation
pour la paix. Le mariage symbolique de Venise avec la mer est déjà
un fait accompli elle règne sur l'Adriatique et bientôt elle
régnera dans l'Archipel; à l'intérieur, l'aristocratie
se constitue, et presque tous les pouvoirs de l'assemblée générale
sont donnés à un grand conseil. Les Normands, qui règnent
sur les Deux-Siciles ,
au milieu des sanglantes intrigues de cour, ne laissent pas convertir en
domination réelle la suprématie nominale du saint-siège;
elle persévère dans les traditions chevaleresques qui entraînaient
ses princes contre les Grecs d'Orient, aussi bien que contre les Sarrasins
de l'Afrique.
Ce beau domaine féodal, peuplé
de Normands, de Byzantins et de Sarrasins, passe, par un mariage, à
la maison de Souabe ,
qui prétend ;aider aussi la Toscane, portion de l'héritage
de la comtesse Mathilde au nord des États de l'Église. Le
nouveau roi des Deux-Siciles, Henri VI, succède
comme empereur à Frédéric Barberousse qui a dépouillé
la maison Welf de ses fiefs de Bavière et de Saxe. Ses sept années
de règne sont horribles : peu de princes ont été plus
durs; il est surtout le fléau de la Sicile où il fait abhorrer
la maison de Souabe. Richard
Coeur de Lion, en regard d'un tel contemporain, paraît
moins cupide et moins cruel : ses prouesses de Palestine, lors de la Troisième
Croisade, et les lâchetés de son frère Jean sans
Terre font ombre à ses vices. Philippe
Auguste est le premier prince de l'Europe, à la fin du siècle,
en attendant le pape Innocent III. Depuis
Alexandre
III, qui, pour soustraire l'Église au schisme, a réglé
que l'élection d'un pape serait consommée par la réunion
des deux tiers des suffrages des cardinaux ,
la succession de cinq papes en dix-huit ans affaiblit la puissance de la
cour de Rome.
Le sud-ouest et le nord-est de l'Europe
ne sont plus tout à fait en dehors des destinées communes
de la chrétienté. La première partie du siècle
est employée, par les chrétiens de l'Espagne, à se
constituer à l'intérieur, tout en repoussant les Maures.
Saragosse
et Lisbonne ,
enlevées aux infidèles, cette dernière avec le concours
d'une armée de croisés, deviennent les capitales des royaumes
d'Aragon
et de Portugal
: ce sont des maisons d'origine bourguignonne qui occupent les trônes
de Portugal et de Castille ;
les comtes de Barcelone
deviennent rois d'Aragon. Le peuple des villes et des campagnes, appelé,
comme le clergé et la noblesse, à la guerre sainte sous,
l'étendard de la foi et de l'indépendance, commence à
participer, par ses députés, aux délibérations
des cortès, qui forment l'assemblée nationale en Aragon et
en Castille. Lorsque les Almohades, fondateurs d'un nouvel empire maure,
se jettent sur la péninsule, la création des ordres religieux
militaires entretient, le zèle des chevaliers : les États
chrétiens ne périront pas.
Le XIIIe
siècle.
Le XIIIe
siècle est celui où les institutions du Moyen
âge ont pris le plus de développement et d'activité,
en conservant leurs formes si diverses, dans l'ordre de la politique, de
la religion, des études ou des lettres : l'état des gouvernements,
des moeurs et des opinions se ressent de la variété des faits
et des mouvements qui s'accomplissent. Le siècle s'ouvre par le
pontificat d'Innocent III. L'Europe entière
éprouve l'influence de ce pontife; les États d'Italie le
reconnaissent pour protecteur; il excommunie et dépose l'empereur
Othon IV, de la maison des Welfs, qu'il avait d'abord reconnu; il ôte
la Grande-Bretagne à Jean sans Terre, la concède à
Philippe Auguste, la reprend à Philippe et la déclare un
fief du saint-siège. Il ordonne des croisades. Une de ces expéditions
ravit, contre son gré et malgré ses anathèmes, l'empire
grec aux princes byzantins; l'usurpation qui fait empereur de Constantinople
un comte de Flandre, et qui donne le quart de l'empire aux Vénitiens,
rend au saint-siège la suprématie sur les Grecs schismatiques.
Une autre croisade verse la noblesse et le clergé du nord de la
France sur les riches possessions des Albigeois, les hérétiques
du midi : l'hérésie sera extirpée par la destruction
des populations, autant que par les prédications ardentes des moines
dominicains.
Une troisième guerre religieuse arrache, par la victoire de Tolosa,
l'Espagne chrétienne aux Almohades d'Afrique. Innocent préside
des conciles, établit des monastères ,
compose des livres mystiques : sa vaste correspondance embrasse toutes
les affaires importantes qui ont occupé l'Europe depuis 1198
jusqu'en 1216. Le pape semble digne
de cette domination universelle, même par la culture et l'étendue
de son esprit. Il ranime dans l'Église le goût de l'étude
: s'instruire est l'un des actes d'obéissance qu'il exige de tous
les ecclésiastiques, séculiers ou réguliers. Presque
tous ses successeurs, jusqu'à la fin du siècle, avec moins
de talent et moins d'autorité que lui, suivent pourtant et maintiennent
la direction qu'il a imprimée au monde.
La suprématie politique ne fléchit
guère entre leurs mains; mais leurs prétentions semblent
empreintes d'iniquité, quand ils dépouillent les derniers
princes de la maison de Souabe
pour leur substituer, dans les Deux-Siciles, les indignes princes de la
maison d'Anjou .
Boniface
VIII, qui ferme le siècle, compromettra la puissance du saint-siège
par les efforts téméraires qu'il fera pour l'accroître.
La science, arme si nécessaire même ceux qui ont déjà
la force, ne manque pas à la cour de Rome : les Décrétales,
de Grégoire IX, complétées
par un sixième livre, le Sexte, de Boniface VIII , contribuent
à étendre la juridiction ecclésiastique. Les légats,
dans chaque royaume de la chrétienté, font respecter les
décisions du saint-siège, comme autrefois les proconsuls
romains celles du sénat.
La prise de Constantinople
par les Grecs de Nicée,
qui reconstituent un empire pour deux siècles, a peu de retentissement
en Europe : on ne s'intéresse pas au sort d'une petite maison féodale
de France, qui tombe du trône; les Vénitiens seuls en sentent
un cruel contrecoup, par la supériorité maritime que prennent
leurs rivaux, les Génois. La dernière croisade, pendant que
l'Orient est en feu, que les Mamelouks se font redouter des Français,
des Syriens et des Mongols, va toucher
la côte d'Afrique, et n'a d'autre résultat que de hâter
la mort de saint Louis (Louis IX). Les Mamelouks
achèvent de chasser de la Palestine les Templiers ,
les Chevaliers teutoniques et toute
la milice des chrétiens de l'Occident dont ils enlèvent les
dernières places.
Les États de l'Europe occidentale
subissent de grandes vicissitudes. Les Anglais expient un crime domestique
de leur roi Jean sans Terre, par la perte de tout ce qu'ils ont sur le
continent, à l'exception de la Guyenne .
Le règne de Philippe-Auguste est
une des époques de l'agrandissement du pouvoir royal en France et
de l'affaiblissement de la puissance des seigneurs : la victoire française
de Bouvines
frappe du même coup l'aristocratie rebelle, le roi d'Angleterre et
la maison des Welfs dans la personne d'Othon IV de Brunswick. La grande
charte ,
imposée par les barons anglais à Jean sans Terre, n'est pas
une constitution générale; mais le triomphe des nobles préparera
celui de toute la nation. En France, après le court règne
du fils de Philippe-Auguste, qui dans ses expéditions contre les
Albigeois consomme la ruine des comtes de Toulouse, la minorité
de Louis IX aurait pu exposer la royauté
aux mêmes périls que le gouvernement tyrannique des Plantagenets
avait attirés sur la royauté anglaise. La régence
de Blanche de Castille ,
et les qualités personnelles de saint Louis, assurent, sans despotisme
comme sans usurpation, la suprématie du pouvoir royal contre l'aristocratie,
l'indépendance du territoire contre les Anglais alliés de
seigneurs qui se sont révoltés. Ce règne, qui n'est
que trop plein de du fracas militaire du aux croisades, l'est aussi de
toute celle qu'un roi de France peut acquérir par les soins du gouvernement
et par la direction suprême des affaires.
Le roi d'Angleterre, son contemporain Henri
III, est aux prises avec l'aristocratie, qui veut réformer elle-même
le gouvernement. L'ambition du chef de la rébellion, le comte de
Leicester, est cause de la première convocation des députés
des communes au parlement. L'enfantement douloureux des libertés
constitutionnelles en Angleterre ne fut pas stérile pour la paix.
Édouard Ier, exalté par ses
triomphes dans le pays de Galles et en Écosse, fort de ses alliances
sur le continent, s'il n'eût été maintenu par la grande
charte et par les parlements, eût imité le despotisme de Philippe
le Bel. Ce petit-fils de saint Louis, roi
plus habile, mais moins honnête que son père, Philippe
le Hardi, qui a jeté maladroitement la France dans les affaires
de l'Espagne et de la Sicile, voit bien les intérêts réels
du royaume et de la royauté : il est célèbre par ses
guerres avec l'Angleterre et la Flandre, par son alliance avec l'Écosse,
par la substitution de la loi royale aux coutumes anarchiques de la féodalité,
et des légistes aux pairs-chevaliers. Il se rencontre avec un pape
despote comme lui : la lutte commence quand s'ouvre le XIVe
siècle.
L'Allemagne et l'Italie surtout sont remuées
bien plus profondément. La maison de Souabe ,
exclue d'abord du trône impérial par Innocent
III, y est rappelée par lui, au détriment du prince welf.
Frédéric Il est le bienfaiteur de ses sujets héréditaires
des Deux-Siciles; mais le reste de l'ltalie combat contre lui, Grégoire
IX et Innocent IV l'excommunient, le déposent,
ruinent sa puissance et créent des anti-Césars. Affranchis
de la domination germanique, les peuples lombards ne savent pas vivre en
peuples libres : les factions guelfe et gibeline ont encore leurs drapeaux
dans toutes les cités. La maison de Romano est la terreur de la
Lombardie orientale quand elle succombera, les Scaliger et les Carrare
exerceront les mêmes cruautés. Milan
passe des mains despotiques des Torriani à celles des Visconti;
Venise
se sauve de l'anarchie et du despotisme étranger en remettant ses
destinées à une formidable oligarchie;
la république de Gênes, agitée par des troubles intérieurs,
change perpétuellement les noms, les rapports, le système
des magistratures. La Toscane est partagée en plusieurs républiques,
quelquefois liguées, plus souvent rivales; Florence ,
riche par l'industrie, au milieu des violentes fureurs des guelfes et des
gibelins, essaye de constituer son gouvernement démocratique. La
terre des Deux-Siciles est le tombeau des fils et du petit-fils de Frédéric
Il.
Charles d'Anjou, appelé contre
eux par les papes, rend exécrable le nom de la France, surtout en
Sicile : les vêpres siciliennes donnent cette île aux Aragonais ;
les deux royaumes subsistent ainsi longtemps séparés et ennemis.
L'anarchie de l'Allemagne, depuis le milieu
du siècle, favorable à la puissance des seigneurs et à
l'affranchissement des villes, qui forment la ligue du Rhin et l'association
commerciale de la Hanse, ne cesse que par l'élévation au
trône impérial de Rodolphe de Habsbourg.
Le puissant roi de Bohème est terrassé; l'Autriche passe
aux mains du fils de Rodolphe, qui cependant ne lui succédera pas
dans le titre d'empereur. Rodolphe n'a obtenu que par d'importantes concessions
la faveur ou l'indulgence de la cour de Rome: il ne vient pas en Italie.
Le XIIIe
siècle est fécond pour l'Espagne chrétienne.
Depuis la défaite des Almohades à Tolosa, plus de cinquante
années sont employées par les rois de l'Aragon ,
par ceux de la Castille
et de Léon qui ne forment qu'un royaume depuis 1230,
à repousser les Maures vers les montagnes de Grenade .
La piété chevaleresque de Ferdinand III le Saint; le goût
des lettres, de l'astronomie et de la science des lois d'Alphonse
X le Savant; placent la Castille au premier rang ; l'extension de son
territoire arrête dans la péninsule les progrès de
deux autres États chrétiens, l'Aragon et le Portugal
mais déjà l'Aragon cherche fortune dans les îles de
la Méditerranée. La Navarre, presque réunie à
la France par des alliances de famille, est pour ainsi dire en dehors de
l'Espagne. L'invasion nouvelle des Mérinides d'Afrique n'entame
pas beaucoup le territoire chrétien c'est à la Castille,
le plus puissant des quatre États, à en supporter le poids.
L'Aragon et la Castille commencent à éprouver les luttes
intestines de l'aristocratie et de la royauté sous des princes dont
le règne ne manque cependant ni de force ni d'éclat, sous
Alphonse X qui a reçu des électeurs allemands le titre d'empereur,
sous Pierre III lui a enlevé la Sicile aux Français.
La
fin du Moyen âge
Le XVIe
siècle.
Ce siècle, qui sert comme de transition
entre le Moyen âge et l'âge moderne, voit se produire simultanément
en Europe bien des révolutions fécondes, auxquelles les peuples
devront leur indépendance ou leur organisation intérieure.
L'Écosse, la Flandre, et l'Helvétie combattent pour s'affranchir
de leurs maîtres ou de leurs voisins : Rome a son tribun Rienzi,
pendant que les papes s'obstinent à résider à Avignon .
La grande peste, dite de Florence
( Les
pestes au Moyen âge), suspend les affaires tumultueuses de l'Europe,
car tous les États sont en même temps atteints par le fléau.
Paris allume au coeur de la France, embrasée déjà
par la guerre qui doit durer plus de cent ans avec l'Angleterre, les passions
démagogiques : la Jacquerie menace de ruine les châteaux
et ébranle la société dans ses fondements ( La
Guerre de Cent Ans). L'empire d'Allemagne présente dans le même
temps un frappant contraste : sous la main du rusé et cupide Charles
IV, qui fait bon marché des droits sur l'Italie, parce qu'il
ne veut pas essayer de les reconquérir par la guerre, l'anarchie
féodale s'organise à force de diplômes et de cérémonies
(bulle d'or).
Le grand schisme met en question la puissance
temporelle, et porte atteinte à la puissance spirituelle des papes.
L'Angleterre, déjà remuée par l'audacieux Wiclef;
la France, dont les discordes avaient été comprimées
par Charles V le Sage; la Flandre, formidable
par ses corps de métiers, sont le théâtre d'un mouvement
révolutionnaire qui semble concerté entre les trois pays.
L'Italie a comme donné le signal par les troubles sanglants de Florence .
La grande lutte entre Venise
et Gènes, la dernière qui soit glorieuse pour les Génois,
puisqu'ils n'ont pas su constituer un gouvernement qui les mette à
l'abri de l'anarchie; les crimes de la maison Duras, vengeant la maison
de Hongrie des forfaits de Jeanne de Naples ;
en Lombardie, la chute sanglante des maisons de podestats au profit des
Visconti
de Milan et des oligarques de Venise, couronnent le XIVe
siècle pour l'Italie. La liberté et la vraie démocratie
ne sont nulle part sur cette terre, dont les héros sont maintenant
des condottieri.
L'Angleterre, dans ce siècle, renverse
deux de ses rois, et retrouve un gouvernement plus ferme sous les princes
que le parlement appelle au trône. Les Anglais ont chassé
un roi despote, les Allemands un empereur ivrogne et débauché;
la France garde en attendant mieux un pauvre roi fou. A l'une des extrémités
de l'Europe, en Espagne, les libertés constitutionnelles des différents
États chrétiens, et l'énergie guerrière des
populations, arrêtent le despotisme de rois souvent cruels, et sauvent
la péninsule des invasions africaines des Mérinides, mais
les Maures garderont Grenade
encore pendant près d'un siècle. En Orient, la décrépitude
de l'empire byzantin et les progrès des Turcs animés par
le fanatisme religieux et militaire, annoncent une révolution prochaine
: une croisade de chevaliers français et allemands ne peut que fournir
aux janissaires l'occasion d'une grande
victoire sur les bords du Danube.
La première
partie du XVIe siècle.
La première partie du XVe
siècle finit en 1453,
à la prise de Constantinople
par les Turcs ottomans ( D'osman
à Bayézid II). Le grand schisme domine l'histoire de
tous les états chrétiens. Les conciles de Pise, de Constance
et de Bâle nomment chacun à son tour un pape : le premier
pour remplacer deux pontifes rivaux; le second pour appliquer les principes
de réformes déjà posés et qui furent encore
laissés en oubli; le troisième pour couvrir les prétentions
démocratiques et révolutionnaires d'une fraction de l'Église
et tenir tête au pape légitime de Rome, qui s'appuie sur un
autre concile, le concile de Florence .
La condamnation des hérétiques de Bohême est l'oeuvre
des pères de Constance; ceux de Florence décrètent
la réconciliation des Églises latine et grecque, sans pouvoir
réveiller les sympathies de l'Occident en faveur des Grecs enveloppés
par les Turcs; la supériorité
des conciles généraux sur les papes, proclamée à
Constance et à Bâle, n'empêche pas Nicolas V, qui triomphe
avec le concile de Florence, de raffermir et de propager en Italie la puissance
du saint-siège.
L'Allemagne semble avoir fait le sacrifice
de ses anciens droits sur la péninsule : l'empereur Robert, choisi
par les électeurs ecclésiastiques; Sigismond, le second fils
de Charles IV; Frédéric
III, prince de la maison d'Autriche renouvelée, qui a régné
depuis sans interruption, hasardent de courtes apparitions en Italie. Rome
pourrait redevenir le centre de la nation italienne, soustraite à
la tutelle germanique. Les empereurs songent surtout à agrandir
et à faire prospérer leurs États héréditaires.
Leur pouvoir impérial est trop limité par la diète,
qui fait les lois, les traités, les alliances, les déclarations
de guerre, exerce la haute police, et se réserve même clés
attributions judiciaires; les membres immédiats du corps germanique
sont partagés en quatre classes : le collège des électeurs,
celui des princes, le corps des villes libres et impériales, le
corps de la noblesse immédiate.
Sous des empereurs faibles, sous des papes
rivaux, les factions guelfe et gibeline se sont presque éteintes
en Italie. A Milan, les Visconti, après
avoir longtemps lutté contre Venise
pour empêcher ses conquêtes en terre ferme, laissent aux Sforza,
famille d'aventuriers braves et heureux, un duché encore considérable
, nais difficile à garder. Les Médicis
s'étudient à calmer les agitations des florentins pour leur
faire goûter tous les fruits de la liberté, du culte des lois,
de l'industrie et des lettres; Pise et Livourne ,
au pouvoir de Florence ,
lui donnent les avantages des villes maritimes, sans l'exposer aux mêmes
périls. Naples, qui a vu se renouveler, sous les princes de la maison
de Duras, les anciennes luttes angevines, est enfin conquise par les Aragonais
de Sicile. Alphonse, roi d'Aragon et des grandes îles de la Méditerranée,
se rend digne de régner sur des Italiens, par la protection qu'à
l'exemple du pape et des Médicis il accorde aux beaux-arts.
Il domine à la fois les deux péninsules.
La Navarre passe par un mariage sous l'influence de son fils dont l'ambition
cause des luttes parricides. La Castille
ne connaît plus que les guerres, de la noblesse contre le roi. Les
Portugais
vont chercher sur la côte atlantique de l'Afrique des expéditions
saintes et des courses d'aventures qui leur préparent un siècle
de gloire et de prospérité commerciale.
Le siècle s'ouvre en France par
un lamentable spectacle : la démence du roi, les intrigues et les
perfidies de la reine Isabeau de Bavière,
les rivalités sanglantes des deux maisons d'Orléans et de
Bourgogne, toutes deux d'origine royale; des massacres rendus pour des
massacres au sein de Paris; l'assassinat pour l'assassinat. Henri
V de Lancastre qui n'étant pas, comme son père, obligé
de donner tous ses soins à s'affermir sur un trône usurpé,
avait recommencé la guerre de France. La bataille d'Azincourt
est complétée par le traité de Troyes ( La
Guerre de Cent Ans). Le peuple de France, accablé de tous les
fléaux, en proie aux soldats, aux seigneurs, aux impôts, à
la famine, aux maladies contagieuses, n'abandonne pas le légitime
successeur du roi Charles VII doit de recouvrer
le royaume autant à l'intervention de Jeanne
d'Arc, qu'à la bravoure de la petite noblesse, bientôt
même au duc de Bourgogne, chèrement racheté au parti
national, et à l'argent de Jacques Coeur,
qui fut ensuite exilé et dépouillé. La France sort
de ses ruines par la ferme énergie du roi, qui ne fait grâce
ni aux seigneurs traîtres ou cupides, ni au dauphin ambitieux. Au
moment où les Anglais quittent enfin le continent, ils s'agitent
dans leur île au sein des factions nées de l'opposition des
maisons de Lancastre et d'York qui, toutes deux, descendaient d'Édouard
III. (A19). |
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