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Arnaud de Brescia

Arnaud de Brescia a été un réformateur supplicié à Rome, en 1155, à cause de la part qu'il avait prise aux soulèvements du peuple pour se donner un gouvernement indépendant de la papauté. La date de sa naissance est inconnue. En transcrivant son nom, nous avons suivi l'orthographe adoptée par la plupart des auteurs français; mais il n'est pas inutile de connaître les diverses manières dont ce nom est écrit dans les principaux ouvrages où il est mentionné : Arnauld, Arnaut de Bresse, Arnold de Bresce, Arnaldo, Arnaldus, Arnalphus, Arnolphus Brixiensis.

Arnaud de Brescia est souvent cité parmi les précurseurs de la Réforme; mais cette qualification ne peut être admise qu'avec quelques réserves. Il n'eut jamais en vue qu'une part, la seconde part de l'oeuvre de ceux que l'histoire appelle les réformateurs; car il ne paraît avoir touché ni aux dogmes ni aux rites de l'Église. Otton de Freisingen dit bien qu'il enseignait des erreurs sur la sainte Cène et sur le baptême des enfants; mais cette accusation n'est confirmée par aucun témoignage sérieux. 

Ému des désordres, des corruptions et des conflits produits par les richesses de l'Église et par l'immixtion du clergé dans les affaires du siècle, visant la pauvreté apostolique, dont le mirage paraît avoir séduit beaucoup de ses contemporains, Arnaud prêchait une réforme morale, consistant en l'abandon complet par l'Église de tous ses biens et de tous ses pouvoirs temporels. Il fut un agitateur religieux, plutôt qu'un hérétique proprement dit. Aussi Baronius nous paraît-il avoir caractérisé judicieusement l'opposition qu'il fit au clergé de son temps, en l'appelant le patriarche des hérétiques politiques.

L'oeuvre d'Arnaud est mieux connue que sa personne, les documents faisant défaut pour établir une histoire suivie de sa vie; plusieurs écrivains y ont suppléé par des imaginations fantastiques. Il est probable qu'il naquit à Brescia et il est certain qu'il y remplit, en sa jeunesse, non l'office de prêtre, comme on l'a dit, mais les fonctions d'un des ordres mineurs, celui de lecteur. De là, il se rendit en France, où il devint un des fervents disciples d'Abélard. Quand il revint à Brescia, il y répandit ses idées sur le régime nécessaire à l'Église; et un parti nombreux se forma contre l'évêque Manfred. Celui-ci accusa Arnaud devant le concile de Latran (1139); mais il n'est point prouvé que le concile ait condamné ses doctrines. On sait seulement que Innocent II lui imposa le silence et le bannit. Saint Bernard dit qu'il s'en alla en France, appelé par Abélard qui devait comparaître devant le concile de Sens (1140). Abélard ne se défendit pas; il appela du concile au pape. Le pape ordonna d'enfermer séparément Abélard et Arnaud, chacun dans un monastère. Arnaud se réfugia en Suisse, auprès de l'évêque Hermann de Constance; mais les lettres de saint Bernard ayant intimidé son protecteur, il dut chercher un asile ailleurs. Il le trouva chez le légat du pape, Guy de Castellis, et y fut encore poursuivi par l'animosité de saint Bernard.

En 1145, on trouve Arnaud à Rome, au milieu d'un mouvement singulièrement favorable à ses sentiments et vraisemblablement suscité par la propagation de ses idées. Un peu avant la mort d'Innocent II (1143), les Romains s'étaient révoltés contre lui et avaient constitué un sénat. Ils voulaient rétablir l'Empire tel qu'il existait, alors que l'empereur et le Sénat gouvernaient le monde. Ils invitèrent Conrad III à prendre le rôle des anciens empereurs, à ne plus permettre qu'il y eût de pape sans son consentement, ni que les prêtres s'occupassent de gérer les affaires temporelles. Le pape Lucius II, qui voulut combattre ce mouvement, fut tué, en menant ses troupes à l'assaut du Capitole (1145). Le peuple somma son successeur, Eugène III, de se contenter du pouvoir spirituel, sans autres revenus que les dîmes et les oblations volontaires. Le pape quitta Rome, y revint, en sortit de nouveau, y revint encore, avec l'assistance du roi Roger et du parti modéré, mais finalement dut abandonner la ville, pour aller mourir à Tivoli (1153). Son successeur, Anastase IV, ne régna qu'une année. A l'avènement d'Adrien IV, les Romains lui demandèrent de reconnaître le régime nouvellement établi. Le pape exigea d'abord qu'on chassât Arnaud; le Sénat refusa. Un cardinal ayant été tué dans une émeute, Rome, pour la première fois en son histoire, fut frappée d'interdit. Cette mesure terrifia le peuple et le réduisit Arnaud fut obligé de s'enfuir. Il trouva un refuge chez des barons de la Campanie; mais Frédéric Barberousse les contraignit de le livrer. Ramené à Rome, il fut mis à mort (1155), devant la porte del popolo, de grand matin, pour que le peuple n'eût point connaissance de cette exécution. Les récits varient sur le mode de son supplice : suivant les uns, Arnaud aurait été crucifié; suivant les autres, brûlé vif, à petit feu; suivant d'autres, pendu, puis brûlé. Cette dernière version est la plus vraisemblabIe, à cause de la rapidité et de la clandestinité désirables. Toutes les traditions s'accordent à dire que son corps fut brûlé et les cendres jetées au Tibre, de peur que ses partisans ne recueillissent ses restes, comma les reliques d'un martyr.

L'effet qu'Arnaud de Brescia produisit sur ses contemporains atteste son ardeur et son éloquence. Quoiqu'il ne reste sur lui que les témoignages de ses adversaires, la sincérité et la pureté de ses moeurs n'ont jamais été contestées. Il était d'un désintéressement complet et d'une merveilleuse austérité, pratiquant lui-même ce qu'il réclamait de l'Église. Saint Bernard a écrit de lui :

Il plût à Dieu que sa doctrine fût aussi saine que sa vie! Il ne mange ni ne boit; comme le diable, il n'a soif que du sang des âmes.
Nicollini a fait un drame, dont Arnaud de Brescia est le principal personnage. Tantardini lui a élevé une statue, et son nom est resté populaire en Italie. Mais son oeuvre, comme toutes les entreprises précoces de réforme religieuse, qui n'ont pas été préparées dans les esprits et qui commencent par les choses extérieures, ne devait laisser aucun résultat durable. Son parti ne lui survécut que dans quelques disciples qui disparurent sans avoir de successeurs. En 1184, Lucius III condamna les arnoldistes, mais sans mentionner leurs doctrines. Ils sont encore nommés dans la loi que Frédéric II fit, en 1224, sur les hérétiques; mais vraisemblablement ils le sont pour mémoire, afin de ne rien oublier; car aucun fait relaté par les contemporains n'indique leur existence. (E.-H. Vollet).
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Dictionnaire biographique
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