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L'histoire de l'Autriche
Primitivement habité par les Taurisques, peuple celtique, ce pays, qui forma plus tard l'archiduché d'Autrique, fit partie des provinces romaines appelées Norique et Pannonie supérieure lorsque les Romains la soumirent à leur domination, en 14 av. J.-C.,  puis l'intégrèrent à l'empire romain sous Tibère, vers l'an 33 de notre ère. Une partie du pays, à l'Est de l'Ens, avec la ville municipale romaine de Vindobona (Vienne), fut alors comprise dans la Pannonie, Successivement envahie, dans le cours des Ve et VIe siècles, par les Vandales, les Hérules, les Goths, les Huns, les Lombards et les Avars, cette contrée demeura occupée par ces derniers jusqu'en 799, où Charlemagne les repoussa au delà de la Raab et réunit à son empire la région à l'Est de l'Ens, sous le nom d'Avarie ou Marchia orientalis (Ostmark), ou Austria, nom qui s'est transformé en celui d'Ostreich.  En 928, Henri l'Oiseleur, voulant opposer une barrière aux incursions des Hongrois (Magyars), dont elle était devenue la proie depuis 900, érigea l'Autriche en margraviat. L'empereur Othon Ier le reconquit, après une victoire remportée près d'Augsbourg en 955, et en investit, en 983, Léopold Ier, comte de Babenberg, issu d'une des plus anciennes familles de l'Allemagne. Le margraviat d'Autriche resta héréditaire dans la maison de Babenberg, d'où sortit saint Léopold, margrave d'Autriche de 1096 à 1136.

L'empereur Frédéric Ier réunit la Marche au-dessus de l'Ens au margraviat d'Autriche, qu'il érigea en duché, en 1156, en faveur de Henri II Jasomirgott. Ce premier duc d'Autriche prit part à la deuxième croisade, éleva Vienne, dont il fit sa résidence, au rang de ville, et y commença la construction de l'église Saint-Etienne. Il mourut en 1177. Son fils, Léopold V, réunit la Styrie à l'Autriche, et fut excommunié pour avoir retenu prisonnier, à son retour de la Terre-Sainte, Richard Coeur-de-Lion, roi d'Angleterre, qui l'avait outragé au siège de Ptolémaïde. Léopold VI, fils de Léopold V, succéda en 1198 à son frère Frédéric le Catholique, et laissa le duché d'Autriche agrandi et florissant à son fils Frédéric Il. Ce prince, surnommé le Belliqueux, fut élu duc de Carnioleet roi de Hongrie. Mais il opprima ses sujets pour subvenir aux frais de ses guerres. Il fut tué dans une bataille qu'il perdit, en 1246, contre le roi de Hongrie, Bela IV. En lui s'éteignit la, ligne masculine de la maison de Babenberg. On appelle interrègne autrichien le temps qui s'écoula de 1246 à 1282

L'empereur Frédéric Il déclara l'Autriche et la Styrie fiefs vacants de l'empire, quoiqu'ils fussent héréditaires dans la ligne féminine. L'Autriche élut pour duc Ottokar II, fils du roi de Bohème, qui épousa Marguerite, soeur du dernier duc. Mais le nouveau duc s'aliéna ses sujets par sa hauteur, refusa de reconnaître Rodolphe de Habsbourg pour souverain de l'Allemagne, et fut mis au ban de l'empire. Après une lutte malheureuse, il fut obligé de céder à Rodolphe, en 1276, ses possessions autrichiennes, et il fut tué en voulant les reconquérir à la bataille de Marchfeld, en 1273. Rodolphe de Habsbourg, margrave d'Autriche, fut reconnu roi de Bohème et de Hongrie; mais des royaumes électifs ne pouvaient rester joints. La Bohème et la Hongrie eurent encore des rois indépendants.

Rodolphe de Habsbourg investit, en 1282, ses deux fils, Albert et Rodolphe, des duchés d'Autriche, de Styrie et de Carinthie. La puissance de l'Autriche fut l'oeuvre de la maison de Habsbourg, devenue maison d'Autriche. Albert, resté seul maître de l'Autriche de la Styrie et de la Carniole, par un traité conclu avec son frère en 1283, obtint la couronne d'Allemagne en 1298. Il fut assassiné en 1308 par son neveu, Jean de Souabe, dont il retenait l'héritage. Il laissa cinq fils, dont l'aîné, Frédéric, fut élu roi d'Allemagne en 1314, en concurrence avec Louis de Bavière, et refusa plus tard la couronne impériale que lui offrit le pape Jean XXII. Léopold, l'un des frères de Frédéric, échoua contre les Suisses à la bataille de Morgarten, en 1315, dans la tentative de reconquérir les villes forestières de l'Helvétie. Albert II le Sage survécut à ses quatre frères, et réunit, en 1330, toutes les possessions de sa famille. Le duc Albert V (Albert II le Magnanime), héritier des Etats d'Autriche en 1404, épousa la fille de l'empereur Sigismond de Luxembourg et succéda à son beau-père dans les royaumes de Hongrie et de Bohème en 1438. Il fut élu empereur la même année. De cette époque date la grandeur de la maison d'Autriche. 

La couronne impériale demeura dans cette maison et dans celle de Lorraine- Habsbourg, qui la continuera jusqu'à l'abolition de l'empire d'Allemagne, en 1806. Avec Ladislas, fils de l'empereur Albert Il, s'éteignit, en 1457, la ligne autrichienne de la maison de Habsbourg, dont l'héritage passa à la ligne de Styrie. La maison d'Autriche perdit momentanément les royaumes de Hongrie et de Bohème, et ses domaines en Helvétie lui furent enlevés par les Suisses, sous Frédéric III, élu empereur en 1440. Ce souverain, usant de l'autorité impériale en faveur de sa famille, conféra, en 1455, le titre d'archiduc à tous les membres de la maison de Habsbourg. Son fils, Maximilien ler, acquit à l'Autriche en 1477 toutes les possessions de la maison de Bourgogne par son mariage avec Marie, fille de Charles le Téméraire. Devenu empereur en 1493, il réunit le Tyrol à ses États. Le mariage de son fils Philippe le Beau avec Jeanne, héritière de Castille et d'Aragon, plaça la maison d'Autriche sur le trône d'Espagne.

Charles-Quint, fils aîné de Philippe, élu empereur en 1519, céda, en 1521 et 1540, à son frère Ferdinand ler ses Etats héréditaires d'Allemagne, à l'exception des Pays-Bas et de la Franche-Comté, formant le cercle de Bourgogne, qu'il réunit à l'Espagne en 1548. Ferdinand Ier, à la mort de Louis II, roi de Hongrie et de Bohème, dont il avait épousé la soeur Anne, entra en possession de ces royaumes (1516), auxquels étaient réunies la Moravie, la Silésie et la Lusace. Le sultan Soliman intervint dans la lutte que ce prince soutint pour se rendre maître de la Hongrie, et s'avança, en 1529, jusqu'aux portes de Vienne, qui dut son salut au comte de Salm. Ferdinand Ier, élu empereur en 1558, après l'abdication de son frère Charles-Quint fut le premier souverain austro-hongrois moderne. 

L'Autriche et la Hongrie.
La Réforme fit des progrès sous Maximilien Il et Rodolphe II, fils et petit-fils de Ferdinand ler. Mais, à la mort de Matthias, frère de Rodolphe II, Ferdinand, fils de l'archiduc Charles, duc de Styrie, et petit-fils de Ferdinand Ier, réunit, en 1619, tous les Etats de la maison d'Autriche et fut élu empereur. Il lutta contre le protestantisme de l'Autriche et de la Bohème. Il perdit la Lusace à la paix de Prague, en 1655. Ferdinand III marcha sur les traces de son père, et se voulut comme lui le champion du catholicisme dans la guerre de Trente Ans. Mais l'intervention de la Suède et de la France amena le traité de Westphalie, qui fut le triomphe de la cause protestante (1648). Par ce traité, l'Alsace, qui avait été apportée à l'Autriche par Rodolphe de Habsbourg, fut cédée à la France. Léopold Ier, qui remplaça son père, Ferdinand III, comme archiduc d'Autriche et comme empereur en 1658, vit les Hongroisrévoltés appeler les Turcs à leur secours. Vienne, assiégée par Kara-Mustapha, fut délivrée par Jean Sobieski, roi de Pologne. Léopold Ier soumit ensuite la Hongrie et y reunit la Transylvanie

Ce royaume s'agrandit aux dépens de la Turquie à la paix de Carlowitz, en 1699. Mais, lorsque la branche de la maison d'Autriche qui régnait en Espagne s'éteignit par la mort de Charles II en 1700, Léopold Ier échoua contre la politique de Louis XIV dans la tentative de placer cette couronne sur la tête de son frère Charles. Ce prince, qui succéda en Autriche et dans l'empire à son frère Joseph Ier, en 1711, sous le nom de Charles VI, fut forcé de consentir, en 1714, par les traités de Rastadt et de Bade, à la paix d'Utrecht, qui assurait le trône d'Espagne à Philippe V, petit-fils  de Louis XIV. Mais il reçut de la succession de Charles Il les Pays-Bas, le Milanais, Mantoue, Naples et la Sardaigne, qui fut échangée, en 1720, contre la Sicile. La grande puissance à laquelle l'Autriche était parvenue déclina dès le règne même de Charles VI, qui dut, en 1735 et 1738, céder Naples et la Sicile à l'infant d'Espagne don Carlos, et une partie du Milanais au roi de Sardaigne (L'histoire de l'Italie). Il ne reçut en dédommagement que Parme et Plaisance. En 1739, la paix de Belgrade lui enleva les fruits des victoires du prince Eugène, Belgrade, la Serbie, la partie autrichienne de la Valachie et la Bosnie, qui passèrent à la Turquie.

L'empereur Charles VI mourut en 1740, et en lui s'éteignit la ligne masculine de la maison de Habsbourg. Il avait déclaré, par une pragmatique sanction, sa fille Marie-Thérèse, mariée au duc François-Etienne de Lorraine, héritière de tous ses Etats. Mais cette succession lui fut vivement disputée. L'électeur de Bavière se fit couronner roi de Bohème à Prague, prit le titre d'archiduc d'Autriche et fut élu empereur en 1742. Les Hongrois restèrent fidèles à Marie-Thérèse, qui, par la paix de Breslau, fut forcée de céder à Frédéric II, roi de Prusse, la Silésie et le comté de Clatz, qu'il avait envahis. Mais l'électeur de Bavière, empereur sous le nom de Charles VII, mourut en 1745, et l'époux de Marie-Thérèse, qui régnait avec elle dans ses Etats héréditaires, fut élu empereur sous le nom de François Ier. Il devint ainsi le chef de la maison de Lorraine-Habsbourg. Cependant l'Autriche fut contrainte d'abandonner définitivement la Silésie à la Prusse, et, par la paix d'Aix-la-Chapelle, en 1748, elle céda le duché de Parme et de Plaisance à don Philippe, infant d'Espagne. Marie-Thérèse tenta vainement, par la guerre de Sept Ans, de reconquérir la Silésie. 

François Ier, mort en 1765, eut pour successeur en Autriche et sur le trône impérial Joseph Il, son fils aîné; et son deuxième fils, Léopold, fut la souche de la ligne collatérale de la nouvelle maison d'Autriche qui régna en Toscane. Son troisième fils, Ferdinand, marié, en 1771, à l'héritière de la maison d'Este, en recueillit la succession en 1797, et fut la tige de la branche d'Autriche-Este. L'Autriche acquit par le premier partage de la Pologne, en 1772, la Galicie et la Lodomérie, et la Porte lui céda la Bukovine en 1777. Le règne de Marie-Thérèse, malgré les guerres qui l'ensanglantèrent, avait été prospère pour l'Autriche. Bien différent fut celui de son fils Joseph II, qui porta son ardeur réformatrice jusque sur l'Eglise, et introduisit dans ses Etats le système administratif appelé Josephisme. Tout en favorisant le commerce et l'industrie, il mécontenta la Hongrie et provoqua la révolte des Pays-Bas. Son frère, Léopold Il, qui lui succéda en 1790, chercha, sans y parvenir, à réparer ses erreurs. 

La Francerévolutionnaire avait déclaré la guerre à l'Autriche, lorsque François Il succéda à son père Léopold II, en 1792. Au troisième partage de la Pologne, en 1795, l'Autriche s'agrandit de la Galicie occidentale. Par le traité de Campo-Formio, elle perdit, en 1797, la Lombardie et les Pays-Bas. Elle recommença avec la Russie la guerre contre la France en 1799, et conclut en 1801 la paix de Lunéville, par laquelle elle obtint les deux archevêchés de Trente et de Brixen; mais l'archiduc Ferdinand  fut forcé d'échanger la Toscane contre le duché de Salzbourg. Lorsque Napoléon Ier fut proclamé empereur des Français, François II réunit tous ses Etats héréditaires, en 1804, sous le nom d'empire d'Autriche. Il reprit, en 1805,  les armes contre la France;  mais, battu à Austerlitz avec les Russes, il signa la paix de Presbourg  (auj. Bratislava, en Slovaquie), par laquelle il perdit les provinces italiennes qui lui restaient, le Tyrol et plusieurs villes et territoires. Il ne fut dédommagé que par le duché de Salzbourg, et l'archiduc Ferdinand reçut le Wurzbourg. 
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Blason de l'Autriche-Hongrie.
Les Armes de l'Autriche-Hongrie.

A la formation de la Confédération du Rhin, François Il renonça, en 1806, à la dignité d'empereur d'Allemagne, dont sa famille était en possession non interrompue depuis 1438, et prit le titre d'empereur d'Autriche, sous le nom de François Ier. Il succomba encore une fois dans la guerre qu'il entreprit, en 1809, contre l'empereur Napoléon Ier, et fut dépouillé par la paix de Vienne du duché de Salzbourg, de la Carniole, de la Croatie, de l'Istrie, de Trieste, de la Galicie occidentale, de Cracovie et d'autres territoires. Il donna cependant sa fille en mariage à Napoléon, et s'allia avec lui contre la Russie. Mais, après le désastre des Français en Russie, en 1812, il s'unit avec la Prusse, la Russie, l'Angleterre et la Suède, contre la France. Par la paix conclue à Paris en 1814, l'Autriche obtint le royaume Lombard-Vénitien (L'histoire de l'Italie) et la Dalmatie, et recouvra ceux de ses pays héréditaires qui lui avaient été enlevés. La monarchie autrichienne se trouva, après le rétablissement de la paix, une des plus influentes des cinq grandes puissances européennes. Elle réprima la Révolution par une intervention armée dans les royaumes des Deux-Siciles et de Sardaigne, en 1820 et 1821, et les insurrections de 1831 et 1832 dans l'Etat pontifical.

François Ier, eut pour successeur, en 1835, son fils Ferdinand III. Sous son règne, le gouvernement ultra-réactionnaire de Metternich accumula partout des haines qui allaient se donner libre carrière en 1848-1849. Au bruit de la révolution française de février 1848, des mouvements insurrectionnels éclatèrent à Vienne, à Prague, à Pesth et à Milan. Une constitution, qui créait une diète composée d'un sénat et d'une chambre des députés, fut promulguée en avril 1848. Le royaume Lombard-Vénitien et la Hongrie prirent les armes contre la domination autrichienne. Ferdinand ler se retira à Inspruck, et déclara que la première diète serait une assemblée constituante. Cette assemblée fut ouverte, en juillet 1848, par l'archiduc Jean, substitut de l'empereur, qui revint à Vienne en août. Mais une nouvelle révolte l'obligea d'en sortir en octobre, et il se rendit à Olmutz. Le prince Windischgraetz, qui avait déjà réprimé le soulèvement de Prague, soumit aussi Vienne. Dès le mois d'août 1848, la Lombardie fut replacée sous le sceptre de l'Autriche, et Venise y rentra en 1849. Mais l'insurrection hongroise ne put être vaincue qu'avec le secours de la Russie, en 1849. Le 2 décembre 1848, l'empereur Ferdinand abdiqua, et l'abdication simultanée de son frère, l'archiduc François-Charles, appela au trône le jeune fils de ce prince, l'empereur François-Joseph ler.

La diète constituante, transférée à Kremsier, n'ayant pu achever la constitution, le nouvel empereur accorda lui-même une constitution, le 4 mars 1849. L'Autriche disputa vigoureusement à la Prusse, en 1849 et 1850, l'influence que cette puissance tentait de s'arroger en Allemagne. L'empereur François-Joseph Ier abrogea, en décembre 1851, la constitution octroyée en 1849. Dans la lutte soutenue en Orient, en 1854 et 1855, par la France et l'Angleterre contre les ambitions de la Russie (La Guerre de Crimée), l'Autriche, partagée entre sa reconnaissance envers l'empereur Nicolas et le danger auquel elle s'exposait en secondant les vues de ce dangereux allié, hésita avant d'incliner ouvertement du côté des cabinets de l'Occident. D'accord avec la France et l'Angleterre, elle occupa, en 1854, les Principautés danubiennes, qu'elle n'évacua qu'en 1857. L'empereur François-Joseph Ier, conclut, en 1855, avec le Saint-siège un concordat qui rendit à l'Église les privilèges dont Joseph II l'avait dépouillée. 

Voyant la Sardaigne se placer à la tête du mouvement révolutionnaire en Italie, l'Autriche cessa, en 1857, d'entretenir des relations diplomatiques avec la cour de Turin. La défiance réciproque amena enfin une rupture entre les deux gouvernements, en 1859. Les Autrichiens prirent l'initiative des hostilités; mais Napoléon III marcha à la tête d'une armée au secours du roi de Sardaigne, et les Autrichiens furent battus successivement à Montebello, à Palestro, à Turbigo, à Magenta, à Marignan et à Solferino. L'empereur d'Autriche accepta à Villafranca, en juillet, la paix qui lui fut proposée par Napoléon III, et qui fut sanctionnée, en octobre suivant, par un traité signé à Zurich. Il céda la Lombardie à la France, qui la céda à son tour au roi de Sardaigne.  La Prusse n'attendait que ce moment pour expulser l'Autriche de la Confédération germanique; elle commença par l'entraîner dans une expédition contre le Danemark, mais elle lui déclara la guerre. 

Vaincu à Sadowa, dépouillé de la présidence de la Confédération germanique, l'empereur convoqua un conseil de l'empire, composé des députés de toutes les parties, si diverses, de la monarchie, et promulgua ensuite un diplôme pour le règlement de l'organisation politique de l'empire (20 octobre 1860). Le droit électoral en Autriche reposait, comme en Angleterreà la même époque, sur la propriété et, non sur le nombre. Le statut de la constitution, publié en 1861, institua deux Chambres : la Chambre des seigneurs et la Chambre des députés. La représentation nationale prit le titre de Conseil de l'empire (Reichsrath). Les différents pays de la couronne eurent d'ailleurs, des diètes provinciales avec l'autonomie administrative. L'empereur ouvrit solennellement le conseil de l'empire en 1861. Mais la nécessité de concilier l'unité de l'empire avec l'autonomie des différents pays dont il se composait présentait de graves difficultés, et, dans cette même année 1861, la diète hongroise dut être dissoute, à cause de ses tendances à séparer la Hongrie de la monarchie autrichienne.

La double monarchie.
François-Joseph, aux prises avec les nationalités hétérogènes qui formaient son Empire, se résigna en 1867 au système dualiste qui assurait l'autonomie de la Hongrie, au sein de ce que l'on allait appeler désormais l'Empire Austro-Hongrois, mais qui avait le tort de sacrifier les Slaves, pourtant plus nombreux que les Allemands et les Hongrois. Aussi les Tchèques, en particulier, ne cessèrent-ils de protester contre un régime constitutionnel qui violait les droits historiques de la Bohème et de formels engagements. La politique intérieure de l'Autriche ne cessa donc d'être agitée et confuse. L'empereur François-Joseph, de formation allemande et de tempérament absolutiste, prit parti tantôt pour les Allemands, à la fois centralistes et libéraux, tantôt pour les minorités nationales slaves, à la fois fédéralistes et favorables à un régime aristocratique.

Au ministère libéral allemand Auersperg (1867-1871), qui fit voter l'établissement du mariage civil et l'organisation de l'enseignement par l'État, succéda le ministère fédéraliste Hohenwart, dont firent partie deux ministres tchèques. Il projeta la conclusion d'un compromis entre l'Autriche et la Bohème analogue au compromis austro-hongrois; mais il se heurta à l'opposition des Allemands et des Magyars aussi bien qu'aux répugnances de l'empereur, et il démissionna (octobre 1872). Auersperg, revenu au pouvoir, essaya, par un remaniement de la loi électorale, de réduire le nombre des représentants tchèques et polonais au Parlement; il s'attaqua, d'autre part, comme Bismarck, à l'influence du clergé. Les fédéralistes, soutenus par les catholiques et bénéficiant du mécontentement provoqué par les dépenses d'occupation de la Bosnie-Herzégovine, lui firent une vive opposition; il tomba en février 1879. L'occupation de ces pays, vue d'un bon oeil à Berlin, ne pouvait que déplaire à Budapest, puisqu'elle renforçait les éléments slaves.

L'empereur fit alors appel à un de ses familiers, le comte Taaffe, qui sut se maintenir au pouvoir pendant plus de quatorze ans (1879-1893). Il s'attaqua au problème tchèque, demeuré en suspens depuis 1871, époque à laquelle François-Joseph avait manifesté des velléités de se faire couronner roi à Prague. Un accord fut élaboré, dans l'automne de 1890, avec les représentants du groupe des «-Vieux-Tchèques », dirigé par Rieger; mais il fut repoussé par le parti des «-Jeunes-Tchèques-», qui avait pour chefs Gregr et Massaryk, et qui, en 1891, aux élections de la Diète de Prague, obtint la majorité. Taaffe, fatigué des attaques incessantes du parti centraliste allemand, songea à se procurer un Parlement plus souple par l'introduction du suffrage universel en Autriche. Les libéraux et les conservateurs allemands, qui formaient, avec les Polonais, la majorité gouvernementale au Reichsrat, s'insurgèrent contre ce projet, et François-Joseph, inquiet d'une politique slavophile désagréable a Budapest et à Berlin, se sépara de son ministre.

Les gouvernements qui succédèrent ensuite s'imaginèrent que la réforme électorale mettrait fin au conflit grandissant, né de l'opposition des nationalités. Le prince Windischgraetz, successeur de Taaffe (1893-1895), s'efforça donc d'étendre le droit de suffrage; il échoua comme son prédécesseur, devant l'opposition du Parlement. Le comte Badeni (1895-1897), un Polonais, fut plus heureux; il obtint du Reichsrat le vote de la loi du 14 juin 1896, qui créa une cinquième curie d'électeurs, celle du suffrage universel (un député par 300 000 habitants), et bientôt les autorités officielles durent employer la langue des parties en cause. Cette décision, pourtant équitable, souleva l'indignation des Allemands; ils organisèrent a Reichsrat une obstruction systématique, et le successeur de Badeni, le baron Gautsch, rapporta l'ordonnance du 6 avril 1897. Il proclama l'état de siège à Prague, où des troubles graves s'étaient produits : au Reichsrat, l'obstruction tchèque devint si vive que le compromis austro-hongrois ne put être renouvelé en temps utile.

Ce fut le début d'une crise qui devait durer dix ans, pendant lesquels aucun ministère ne parvint à conserver le pouvoir plus de quelques mois. Le conflit des nationalités atteignit son maximum d'irritation et d'acuité, non seulement entre Allemands et Tchèques, mais aussi entre Allemands et Slovènes, entre Polonais et Ruthènes. Après que Gautsch eut été renversé par la coalition des fédéralistes et des conservateurs, le comte Thun forma un nouveau ministère favorable aux fédéralistes; mais les centralistes allemands lui firent une telle opposition que le Reichsrat ne put délibérer, que les Délégations ne purent être réunies. Thun ayant été renversé en 1899, Clary, puis Witek, puis Koerber, puis Gautsch, constituèrent des cabinets à tendances centralistes; l'obstruction tchèque obligea l'empereur à rendre des ordonnances pour régler le budget et proroger le compromis austro-hongrois.

Le baron de Beck, devenu président du Conseil, proposa et obtint la suppression des curies et l'établissement du suffrage universel. Les lois du 26 janvier 1907 amenèrent un apaisement momentané; mais l'intolérance des Allemands ranima les querelles de nationalités et de langues;elles étaient plus ardentes que jamais lorsque François-Joseph précipita, en déchaînant la Grande Guerre, l'écroulement de l'édifice vermoulu dont sa personne, entourée de respect, était encore le soutien le plus solide.

Uniformes de l'armée austro-hongroise vers 1900.
Uniformes de l'armée austro-hongroise vers 1900.
A la veille de la Première Guerre mondiale, l'Autriche, État composite, qui aurait pu jouer en Europe un rôle pondérateur, était devenu un fauteur de provocations et de troubles. Le pangermanisme avait en Autriche des foyers secondaires, des «-filiales-», et, en Hongrie, il était l'allié énergique de l'impérialisme allemand. Le règne de François-Joseph fut constamment assombri par les désastres militaires, les luttes civiles, les drames domestiques, mais le souverain supporta ces épreuves avec une indifférence qu'explique son insensibilité et, très médiocrement intelligent, il ne régna que par des expédients sur des nations dont un monarque doué de quelque sens politique eût su se faire des sujets dévoués. 

Dépossédé des territoires lombards et vénitiens, exclu de la confédération germanique, obligé de capituler devant les Hongrois, à qui il sacrifia les Slaves, il avait accepté, sous l'influence des hommes d'État de Budapest, l'alliance ou plutôt la tutelle de ceux qui l'avaient vaincu et humilié. Les Hongrois étant pleinement d'accord avec les Allemands centralistes de la Cisleithanie et avec les Allemands d'Allemagne, c'est l'influence germanique qui avait prévalu de plus en plus à Vienne, qui avait tourné vers Salonique les regards de François-Joseph, qui avait assuré dans la Double monarchie la prépondérance des banques allemandes au détriment des établissements français de crédit. L'Autriche-Hongrie, glissant peu à peu vers l'Est, avait cherché dans la péninsule balkanique la compensation des pertes qu'elle avait subies en Occident .

L'annexion de la Bosnie et de l'Herzégovine, en 1908, contenait en germe les complications d'où sortit la guerre de 1914. Pour le comte d'Aerenthal et les partisans de sa politique d'agrandissement, les deux nouvelles provinces de la monarchie devaient, en effet, être le noyau d'une grande Serbie autrichienne; mais cette confiscation brutale d'une population émancipée du joug turc rompit l'équilibre des Balkans et finit par déchaîner une conflagration générale. 

« Voilà un siècle, avait écrit Albert Sorel, que l'on travaille à, résoudre la question d'Orient. Le jour où l'on croira l'avoir résolue, l'Europe verra se poser inévitablement la question d'Autriche ».
Par l'annexion de la Bosnie-Herzégovine, l'empereur-roi substituait, dans ses rapports avec le tsar de Russie, une politique conquérante à une politique transactionnelle, tandis que l'Allemagne, garantie contre un retour offensif des Habsbourg, préparait par la conception du Mitteleuropa sa domination sur l'Asie, et s'implantait à Istanbul. La chancellerie austro-hongroise prévoyait et mesurait si bien les dangers de ses manoeuvres que, dès le printemps de 1913, elle demanda à l'Italie si cette puissance prendrait les armes dans l'éventualité où les projets contre la Serbie déclencheraient une guerre générale.

Déjà désagrégé de fait pendant la guerre, l'empire austro-hongrois implosa le 27 octobre 1918. Le lendemain, la Tchécoslovaquie et la Yougoslavie proclamèrent leur indépendance. Le 1er novembre, la Hongrie fit sécession. La conférence de paix qui se tint l'année suivante n'eut qu'à prendre acte de cette dissolution. Le Traité de Saint-Germain-en-Laye, signé le 19 septembre 1919, entre l'Autriche et les pays vainqueurs, substitua à l'empire quatre États indépendants : Autriche et Hongrie, désormais séparées; État tchécoslovaque (république de Tchécoslovaquie), constitué par la Bohème, la Moravie et la Slovaquie; État serbo-croate-slovène (royaume de Yougoslavie), formé de la Serbie (agrandie du Monténégro), de la Bosnie, de la Croatie et de la Dalmatie. Par ailleurs, des portions de l'ancien empire furent rattachées à des pays voisins : la Roumanie annexa la Transylvanie hongroise (ainsi que la Bessarabie russe); la Pologne se vit attribuer la Galicie; L'Italie obtint le Sud du Tyrol (Trentin) et l'Istrie. Les Alliés craignant la renaissance d'un bloc germanique fort au centre de l'Europe interdirent par ailleurs à l'Autriche de se rattacher à l'Allemagne (Anschluss).

La république d'Autriche.
En octobre 1920, le nouvel État autrichien adopta une constitution républicaine instituant un système fédéraliste (9 länder, dotés d'une diète) et un régime parlementaire à une chambre, élue au suffrage universel. Pendant la période ainsi inaugurée, deux grand partis s'affrontèrent : les Noirs (chrétiens-sociaux, dont les bases sont principalement rurales) et les Rouges (socio-démocrates, implantés surtout dans les grandes villes). Les uns et les autres souhaitaient l'Anschluss, mais durent se résoudre à essayer de construire une république viable avec ce qui leur restait d'Autriche. Nommé en mai 1922,  le chancelier conservateur Ignaz Seipel s'attela prioritairement à cette tâche, mais se montra impuissant à réduire les groupes armées qui se constituèrent à l'intérieur du pays (les Heimwehren, à droite, et le Schutzbund, à gauche) et fit dériver son gouvernement vers l'autoritarisme, avant de démissionner en1929. Schöber lui succède. Mais il ne résistera aux répercussions de la crise financière mondiale que l'Autriche commença à ressentir à partir de 1931.

Le 20 mai 1932,  Engelbert Dollfuss, un ancien syndicaliste paysan accéda à son tour à la chancellerie et tenta de s'opposer à la fois aux hitlériens, de plus en plus actifs depuis que les nazis étaient parvenus au pouvoir à Berlin, et aux socialistes, désormais opposés à l'Anschluss, justement à cause de la nouvelle situation en Allemagne. En avril 1934, Dollfus renvoya le Parlement, pour instaurer une forme de dictature anti-socialiste et anti-nazie, très inspirée du régime fasciste mais en place en Italiepar Mussolini. Une nouvelle constitution est promulguée, par laquelle l'Autriche cesse d'être une république pour se définir comme un État chrétien allemand. Après des émeutes durement réprimées, le parti socialiste fut interdit; ensuite  l'emprisonnement de nombreux militants nazis suscita de la part de leur parti une tentative de coup d'État. Le 25 juillet 1934, Dollfuss fut assassiné par des nazis, mais leur putsch échoua sous la menace de Mussolini, qui avait concentré des troupes près de la frontière.

Kurt von Schuschnigg succéda comme chancelier à Engelbert Dollfuss. Après l'entente italo-allemande (Axe Rome-Berlin) scellée entre Mussolini et Hitler, il n'eut  plus d'autre choix, avant de connaître la prison, que de se soumettre à l'annexion de l'Autriche par l'Allemagne : le 12 mars 1938 la Wehrmacht pénétra en Autriche en  « en visite d'amitié ». A partir de cet instant, et jusqu'à la fin de la Seconde guerre mondiale, le pays disparut. Il ne fut plus, au sein du Reich, que l'Ostmark ( = la marche orientale) et son histoire se confondit avec celle de l'Allemagne. 

Vienne fut libérée en 1945 par les troupes soviétiques et le territoire de l'Autriche, comme celui de l'Allemagne fut rapidement partagé en quatre zones, occupées par des troupes soviétiques, britanniques, américaines et françaises. Des élections eurent lieu, qui portèrent à la présidence le socialiste Karl Renner et à la tête d'un gouvernement provisoire le chancelier Leopold Figl (27 avril). La constitution correspondait alors en principe à celle qui avait été en vigueur dans les années 1920
 L'Autriche avait bien voté dès 1946 des lois de dénazification. Mais contrairement à l'Allemagne, le pays n'a jamais accepté de faire son examen de conscience sur la période hitlérienne, estimant qu'il avait été victime des nazis, et non pas leur complice. En 1949, les anciens nazis avaient ainsi  été autorisés de nouveau à participer aux élections générales. La vie politique n'en fut cependant pas affectée véritablement. Elle resta dominée par l'ancienne opposition des socialistes (Socio-démocrates) et des catholiques du Parti populaire ( = Chrétiens-sociaux d'avant-guerre) qui allaient être en même temps forcés de former ensemble des gouvernements de coalition. 

L'Autriche resta occupée pendant dix ans, malgré les efforts de Flig d'abord, puis de Raab, son successeur, pour lui permettre de retrouver sa pleine indépendance. Un accord put finalement être obtenu, et signé à Vienne le 15 mai 1955. Aux termes de celui-ci, l'Autriche s'engageait à maintenir une stricte neutralité entre l'Est et l'Ouest et à ne plus offrir sur son sol aucune facilité militaire à une puissance étrangère. Elle renonçait également à permettre le retour au pouvoir des Habsbourg. En décembre, le pays adhérait aux Nations Unis. 

La seconde moitié vit la fin des gouvernements de coalition. Le Parti populaire gouverna seul entre 1966 et 1970. Vint ensuite le tour de la gauche, avec l'accession à la chancellerie du socialiste Bruno Kreisky. En 1983, il y eut un nouveau un gouvernement de coalition, dirigé par Fred Sinowatz et cette fois composé principalement de socialistes et de « libéraux » du FPÖ (Freiheitliche Partei Österreichs), représentant la droite non-catholique. En 1986, Franz Vranitzky remplaça comme chancelier Sinowatz. C'est aussi cette année-là qu'éclata le scandale sur le passé nazi de Kurt Waldeim, ancien secrétaire général de l'ONU, et qui n'en fut pas moins élu président de la république autrichienne, tandis que le leader d'extrême droite, Jorg Haïder, prenait la direction du FPÖ, ce qui conduisit Vranitzky à écarter ce partie du gouvernement. Waldheim conserva, lui, ses fonctions jusqu'au terme de son mandat, pour céder la place à Thomas Klestil en 1992. A ce moment, l'Autriche était déjà entrée dans une nouvelle époque.

La disparition de l'URSS, en 1991, avaient fini par vider de son sens la politique extérieure neutraliste de l'Autriche, qui n'avait désormais d'autre option que celle de chercher à se faire une place au sein de l'espace européen. En en 1994, la population se prononça par référendum pour l'adhésion de l'Autriche à l'Union européenne (UE). Cette adhésion fut effective en 1995. En 1997, Franz Vranitzky forma un nouveau gouvernement de coalition composé de socialistes et de membre du Parti populaire, mais l'année suivante il renonça à la chancellerie en même temps qu'à ses fonctions à la direction du parti Social-démocrate. Il fut remplacé à ces deux postes par Viktor Klima. En 1998, Klestil fut, pour sa part, réélu à la présidence (il allait rester à son poste jusqu'à l'élection de Heinz Fischer, élu président en avril 2004). Cette poursuite apparemment sans souci de la vie politique, animée par ses partis traditionnels, cachait  la montée en puissance du FPÖ, dont Jörg Haider avait fait un parti d'extrême droite, et qui obtint en 1999 27% des suffrages lors d'élections nationales, autant que le Parti populaire. Ce dernier engagea alors des négociations avec le Parti social-démocrate, vainqueur des élections avec une majorité relative, mais elles échouèrent et en janvier 2000, il se tourna vers le FPÖ pour trouver un accord de gouvernement.

La désapprobation de la communauté internationale (et une mise à l'écart diplomatique de l'Autriche par l'UE, qui n'allait durer que quelques mois)  n'empêcha pas ce gouvernement de coalition de se former le mois suivant. Wolfgang Schuessel, du parti populaire en fut le chancelier, Susanne Riess-Passer, du FPÖ, en fut la vice-chancelière. Pour calmer les esprits, Haider se maintint en retrait, et des lois destinées à dédommager les Juifs pour leurs biens confisqués par les Nazis furent votées. La coalition se rompit en septembre 2002, principalement à cause de dissensions au sein du FPÖ. Les élections qui se tinrent en novembre donnèrent la victoire au Parti populaire, tandis que le FPÖ s'affaissait. Mais une fois de plus, les tentatives d'accord avec les Sociaux-démocrates et les Verts échouèrent, et un nouveau gouvernement de coalition avec le FPÖ dut être formé. En avril 2005, Haider quitta ce parti pour en constituer un autre, l'Alliance pour le futur de l'Autriche. En mai 2005, le parlement autrichien a ratifié le traité de constitution européenne.

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