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Fondation
et empire
Ertogrul et Osman.
Autant qu'on puisse
le savoir, la tribu oghouze de Kaï avait quitté l'Asie centrale
à la suite des migrations de la famille de Seldjouk, et de proche
en proche, emmenant avec elle ses troupeaux, était venue vagabonder
sur les plateaux de l'Asie Mineure, sous la conduite se son chef, Ertogrul.
Celui-ci était le troisième des quatre fils de Suleïman
Chah qui s'était établi dans l'Azerbaïdjan, puis dans
l'Arménie. Refoulé de nouveau, Suleïman avait périt
noyé dans l'Euphrate près d'Alep .
Une partie des Kaï s'était alors décidée à
retourner dans ses terres d'origine, mais Ertogrul, à la tête
d'un petit groupe de quatre cents familles, entra au service des Seldjoukides
de Roum, dont le souverain était Ala-ed-din
Kaï-Kobad ler.
Ce sultan, dont la capitale était lconium (Konya), récompensa
l'intervention décisive du chef turk
dans un combat qu'il soutenait contre des troupes
mongoles, en lui conférant le pays du Karadjadagh, près
d'Angora. Un fief sur les bords du Sakaria, qui allait devenir le berceau
de la puissance ottomane, auquel s'ajoutaient les pâturages d'été
du mont Toumanidj (au Sud de Brousse ).
Ertoghrul se trouvait pour ainsi dire commander l'avant-garde des Seldjoukides
sur les frontières de l'Empire romain de Byzance.
De fait, Ertogrul s'agrandit aux dépens des Grecs et grâce
à la faveur des Seldjoukides auxquels il resta fidèle. Il
résidait à Soegud (Thebasion), où l'on montre son
tombeau, et possédait les montagnes de Doumandjy et d'Ermeni jusqu'aux
environs de Koutaieh.
La chute progressive
des Seldjoukides de Roum, amenée pendant la durée du XIIIe
siècle
par les exactions des Mongols, relâcha
les liens de vassalité qui leur rattachaient les divers petits États
qui se formaient lentement sur les territoires qu'ils avaient possédés.
Ertoghrul, secondé par son fils Osman (Othman), né à
Soukout en Bithynie ,
en 1239,
accrurent peu à peu, au moyen de villes et de châteaux forts
qu'ils enlevaient aux Grecs, le territoire primitivement concédé
à l'établissement des Kaï. Le premier mourut en 1288;
peu de jours avant sa mort, Osman s'était emparé de Karadja-Hissar
(Karahissar), succès qui lui valut, de la part du sultan Ala-ed-din
III, le titre de prince avec ses insignes caractéristiques, un drapeau,
une timbale et une queue de cheval (tough); cette investiture prélude
à la proclamation d'indépendance des Osmanlis dix ans plus
tard, qui sera aussi la date de la fondation de l'Empire ottoman (1289).
Osman prit le surnom
de al-Ghazi, qui désignait les combattants pour l'Islam,
et aussi à son tour le titre de Sultan, en le justifiant par les
victoires qui lui assujettissent tout l'Ouest de l'Asie mineure. Il
s'empare de Nicée en 1304,
de la province de Marmara en 1307;
Modreni, Bilédjik, Yarhissar, Aïné-gueul
tombèrent successivement entre ses mains. La conquête des
châteaux de la vallée du Sakaria, la prise d'Edrenos (1317),
effrayèrent l'empereur Andronic, qui
envoya à la garnison de Brousse
(Bursa) l'ordre de capituler devant Orkhan, fils d'Osman.
Orkhan.
Orkhan, à
la mort de son père (1326)
auquel il succède, fit de Brousse sa capitale. Orkhan prit son frère
Ala-ed-din comme ministre; sous son règne, Nicomédie, Nicée,
Guemlik furent enlevées aux Grecs, la province de Karassi aux descendants
du chef turkmène qui y avait fondé un petit État;
Ala-ed-din établit des règlements sur les monnaies, le costume
et l'organisation de l'armée; il fit frapper la première
monnaie ottomane (1328),
remplaça le bonnet de feutre rouge que portaient les Turkmènes
par un bonnet de feutre blanc en forme de chou palmiste, et institua une
infanterie permanente et soldée, recrutée au moyen d'enfants
chrétiens
enlevés à leurs familles et élevés dans les
principes de l'islam ,
milice qui reçut le nom de yénitchéri (= nouvelle
troupe) destinée à devenir célèbre sous la
forme de celui de janissaires.
Les
janissaires formeront en Turquie une milice analogue à celle
des prétoriens de Rome ou des strélitz moscovites. Véritable
armée permanente dont la création précéda de
cent quinze ans le premier essai de ce genre qui fut fait dans, les États
européens, elle dura cinq siècles, de 1334 à
1826.
Son histoire est intimement liée à
celle de l'empire Ottoman; après avoir été la terreur
de l'ennemi du dehors et avoir conduit l'empire ottoman à l'apogée
de sa puissance, ce corps d'élite, devenu une non-valeur militaire
et la pierre d'achoppement de toutes les réformes, finit par être
la terreur des sultans eux-mêmes et une perpétuelle menace
de ruine pour le pays .
C'est à la création
de cette troupe qu'il faut attribuer les conquêtes rapides qu'à
partir de ce moment les Ottomans vont faire en Europe et en Asie. La cavalerie
feudataire et soldée, et surtout les akyndjis, cavaliers
irréguliers sans solde ni fief, qui poussaient des raids à
grande distance et dévastaient le pays, éclairaient la marche
de cette infanterie et lui facilitaient le gain des batailles rangées
et la prise des places fortes.
Orkhan fit la paix
avec l'empereur grec (1333),
épousa une princesse grecque, fille de Cantacuzène
(1347);
néanmoins des expéditions turques ravageaient constamment
les côtes européennes de la Méditerranée et
de la Propontide, lorsque Suleïman Pacha, fils d'Orkhan, en s'emparant
en 1357
définitivement de Gallipoli (auj. Gelibolu, détroit des Dardanelles ),
donna aux Ottomans une base d'opérations contre la péninsule
des Balkans. Orkhan, qui, mourut en 1360,
eut un règne encore remarquable en ceci qu'il donna une importance
considérable aux ordres religieux de derviches, notamment en faisant
entrer les janissaires dans celui d'Hadji-Bektach. En cela il imitait les
Seldjoukides de Konya, protecteurs des derviches tourneurs venus de Perse
(Iran ).
Mourad Ier.
Mourad
Ier,
né en 1326,
était le second fils et successeur (1360)
d'Orkhan (son frère aîné Suleïman Pacha étant
mort avant son père). Surnommé Khodavendguiar (= Seigneur),
il reprit à son compte les projets de son frère, et continua
ses conquêtes. Il envoya de Gallipoli son général Lala-Chahin
s'emparer d'Andrinople
(auj. Edirne); prise suivie de celle de Philippopolis (auj. Plovdic, en
Bulgarie), puis, sous la conduite d'Evrénos, de Gomuldjina. . Il
transféra sa résidence en Thrace (1365).
La paix conclue avec l'empereur grec permit à Mourad de compléter
l'organisation de l'Empire; la croisade
prêchée par le pape Urbain V vint misérablement échouer
dans les flots de la Maritza. La même année, la république
de Raguse se mit sous la protection du sultan, et, moyennant un tribut
annuel, assura la liberté de son commerce. C'est à cette
occasion que le souverain ottoman, qui ne savait pas écrire, imprima
pour la première fois, dit-on, en tête de l'acte, l'empreinte
de sa main droite trempée dans l'encre, ce qui fut l'origine du
toughra
(chiffre impérial) qui s'est composé plus tard des lettres
formant le nom du sultan régnant, entrelacées par l'art de
la calligraphie
orientale.
Ville par ville,
la Roumélie
tout entière, jusqu'aux Balkans, tombait au pouvoir de Mourad. Il
fit réorganiser l'armée par son général, Timour-tach,
instituant les fiefs militaires des Spahi (timar et ziarnet),
et ajoutant à l'organisation des troupes une sorte de train des
équipages formé de soldats chrétiens nommés
woïnaks.
Timour-tach
commanda également les conquêtes de la Macédoine
et de l'Albanie .
Monastir ,
Pirlépé et Istip, tombèrent chacune à son tour,
tandis que Sofia
se rendait, après un long siège, à Indjé-Balaban.
Les possessions ottomanes
s'agrandissaient également en Asie Mineure, soit par le mariage
de Bayézid, fils de Mourad, avec la fille du prince de Kermian qui
régnait à Kutahia, soit par une guerre heureuse contre le
prince de Karamanie. Enfin, par la défaite d'Ali Bey de Konya,
Mourad devint maître effectif de l'Asie Mineure entière (1386).
Il se retourna alors contre Lazare de Serbie et Sisman, kral des Bulgares,
son propre beau-père, qui avaient détruit une de ses armées.
Sisman assiégé dans Nicopoli se soumit, céda Silistrie ;
une nouvelle révolte eut pour résultat l'annexion de ses
États. Le kral de Serbie, appuyé par les Bosniaques, Albanais
et Valaques, fut vaincu dans la terrible bataille de Kossovo, le 15 juin
1389,
qui mit fin à l'empire serbe; mais Mourad, vainqueur, fut poignardé
par un des blessés, Miloch Obilitch. On l'ensevelit à Brousse
(Bursa). Son successeur sera Bayézid Ier.
Bayézid
Ier.
Bayézid (Bayezîd
ou Bajazet) Ier, était né
en 1347 et sera surnommé Yildirim (= Foudre) à cause
de sa valeur fougueuse. Il était le fils de Sultan Mourad Khan Ier,
auquel il succéda dès 1389.
L'un des premiers actes de Bayezîd fut de faire étrangler
avec une corde d'arc son frère cadet Yakoûb dont il redoutait
l'influence et la popularité, puis il continua la guerre entreprise
par son père contre la Serbie qui dut se résigner à
lui payer un tribut et à lui fournir un contingent. Ensuite il intervient
dans les affaires de Byzance, fait et défait des empereurs en profitant
des luttes intestines qui préparent la chute de l'empire d'Orient.
Il réduit ainsi Jean et Emmanuel Paléologue à s'emparer
eux-mêmes, pour la lui remettre, de la ville d'Ala-Chéhir
(Philadelphie), puis se voit céder sans combat les petites principautés
d'Aïdin, de Mentéché et de Saroukhan. Il occupe une
partie de la Karamanie, puis cette province tout entière à
la suite de la révolte d'Ala-ed-din qui fut défait à
la bataille d'Ak-tchaï. Bayezîd s'empare également
des villes de Tokat
et de Sivas qui appartenaient à Borhan-ad-Din (Kazi-Bourhanuddin)
et de celles de Samsun, Djanik et Osmandjik qui appartenaient au prince
de Sinope, Keuturum Bayezîd. Celui-ci suivit bientôt les fils
des princes de Mentechèh et d'Aidin qui s'étaient réfugiés
à la cour de Timour-Leng (Tamerlan ).
En 1395,
Bayezîd s'empare de Thessalonique, puis de la Bulgarie et triomphe
l'année suivante sous les murs de Nicopolis d'une armée rassemblée
par Sigismond, roi de Hongrie, comprenant des troupes levées par
le voïvode de Valachie ,
par les États de Styrie ,
un contingent de six mille hommes envoyé par le roi de France Charles
VI et commandé par le jeune comte de Nevers ,
fils du duc de Bourgogne
(le futur Jean sans Peur).
Cette victoire aura cependant coûté à Bayezîd
soixante mille de ses soldats : pour les venger, il fait égorger
ses prisonniers.
Après d'autres
succès en Grèce et en Asie Mineure, Bayezîd, qui envisage
désormais le siège de Constantinople,
se repose dans sa résidence favorite de Brousse quand il apprend
l'invasion du terrible Timour. Le sultan marcha au-devant de son ennemi,
désireux de venger la mort de son fils Ertogroul; la rencontre eut
lieu dans les environs d'Angora (auj. Ankara, ex. Ancyre ).
Bayezîd, abandonné par les auxiliaires d'Asie Mineure, qui
retrouvaient leurs princes réfugiés auprès du conquérant
tatar, voit massacrer sous ses yeux ses braves janissaires et doit se résigner
à fuir, mais il est reconnu, arrêté (20 juillet 1402)
et livré à Timour. Après huit mois d'une captivité
aussi adoucie que possible, Bayezîd meurt de honte et de chagrin
et sera enterré à Brousse dans la mosquée
de Tchekirguèh.
Les enfants de
Bayézid.
La capture du chef
de la maison d'Osman avait failli ruiner l'Empire naissant. Trois de ses
fils avaient pu échapper au désastre de la bataille d'Angora.
Suleïman, l'aîné, fut sauvé par les Serbes d'Etienne
qui couvrirent sa retraite. Il s'enfuit vers Brousse avec le grand vizir
Ali pacha et l'agha des janissaires Hasan, échappa avec peine à
la poursuite des troupes de Tamerlan ,
conclut un traité d'alliance avec Manuel Paléologue, empereur
grec, et épousa la fille de son frère Théodore, puis
s'installa à Andrinople
où il se livra à la débauche. Timour fit mine de le
reconnaître comme sultan des possessions ottomanes en Europe, en
même temps qu'il soutenait secrètement ses frères
Moussa et Mehmet en Asie, et rétablissait sur leurs trônes
les princes dépossédés. Le retour du conquérant
en Asie centrale laissa le champ libre aux compétitions des fils
de Bayézid.
Suleïman eut
d'abord l'avantage. Il passa en Asie, s'empara de Brousse (Bursa), de Pergame
et d'Ephèse, avant d'être ramené
en Europe par l'entente intervenue entre Mehmet et son autre frère
Moussa, un temps prisonnier de Timour. Il battit les troupes de Moussa
sous les murs de Constantinople et
fut reconnu pour la seconde fois comme sultan (1406).
Il envahit la Carniole
(1408)
et conclut avec Venise un traité, le
premier en date marquant le commencement des relations diplomatiques des
deux États, par lequel la république s'engageait à
lui payer un tribut annuel de 1600 ducats pour les possessions qu'elle
avait en Albanie (1409).
Suleïman ravagea ensuite la Bosnie, mais, surpris dans Andrinople
par une incursion subite de Mousa, il vit ses troupes l'abandonner à
cause de sa mollesse et de son peu d'énergie, et fut tué
pendant qu'il fuyait, à la suite d'une altercation (1410).
Le principal titre de gloire de Suleïman restera l'encouragement qu'il
accorda aux poètes Suleïman-Tchélébi, Ahmed-Daï,
ainsi qu'au médecin Hadji-pacha d'Aldin.
Moussa, resté
seul maître des possessions européennes, défit Sigismond,
et mit le siège devant Constantinople;
mais, la fortune l'abandonna tout à coup, et, dans une bataille
livrée à son compétiteur Mehmet, il est trahi, blessé,
puis étranglé par l'ordre de son frère, qui reste
seul maître de l'Empire (1413).
Mehmet (Mohammed) Ier (né en 1375),
qui avait vaincu avec l'aide des Grecs, leur restitua tout ce qui leur
avait été enlevé. Surtout, il s'occupa immédiatement
de réorganiser l'empire que les victoires de Timour
avaient ébranlé jusque dans ses fondements et eut tout d'abord
à
lutter contre des révoltés qui profitaient des embarras du
sultan pour se déclarer indépendants. Il battit Kava-Djouneid
qui s'était emparé d'Ephèse,
Smyrne
et Pergame ,
puis lui pardonna; il vainquit ensuite le prince de Karamanie qui avait
mis le siège devant Brousse (1415).
Il fut moins heureux en Europe, sa flotte fut détruite à
Gallipoli (1416)
par les Vénitiens, avec qui il conclut un nouveau traité,
et ses armées battues eu Hongrie par Sigismond (1416-19).
A la même époque, Bedr-eddin, qui avait été
kazi-asker de Mousa, à la tête de derviches fanatisés ,
se révolta contre Mehmet. Cette insurrection communiste faillit
mettre en péril l'existence même de l'islam. Bedreddin prêchait
l'égalité des biens et des doctrines tout à fait opposées
à celles du Coran. Il réunit de nombreux adhérents
et par deux fois battit les armées envoyées contre lui. Finalement,
le grand vizir Bayezid-Pacha noya dans le sang à Kara-Bornou cette
insurrection dont les chefs furent mis à mort (1416-17).
Un nouveau danger
ne tarda pas à mettre en péril le pouvoir du sultan. Son
frère Mustapha était disparu dans la déroute qui avait
suivi la bataille d'Angora gagnés par Timour sur Bayezîd en
1402.
Tout à coup Mustapha ou, suivant d'autres; un imposteur vint réclamer
le trône. Il fut battu à Salonique, et grâce à
l'intervention de l'empereur grec Manuel, Mehmet fit grâce aux révoltés
et servit une pension à son frère (1419).
En 1421,
Mehmet fut frappé d'une attaque d'apoplexie à Andrinople .
Sa mort fut cachée durant quarante et un jours pendant lesquels
son fils Mourad (Amurat) put arriver à Brousse.
Mourad II.
Mourad
II, né en 1401, s'était d'abord vu nommé par son
père Mehmet Ier gouverneur d'Amasie.
Dès qu'il lui succéda en 1421,
il traita avec le roi de Hongrie et le prince de Caramanie ,
mais rompit avec l'empereur grec Manuel qui relaxa Mustapha, fils de Bayezîd,
héritier légitime. Ce dernier eut d'abord l'avantage en Europe,
mais se brouilla avec l'empereur grec en manquant à sa promesse
de lui rendre Gallipoli, tandis que Mourad s'alliait aux Génois
de Phocée
et obtenait l'appui du grand cheik Bokhari. Mustapha, tombé malade,
fut abandonné par ses troupes; cerné par la flotte génoise,
il fut pris qu'il se sauvait en Valachie
et supplicié. Mourad voulut se venger de l'empereur grec et marcha
sur Constantinople. Il assiégea
la ville à la tête de cinquante mille hommes. Les murailles
ne purent être entamées par les mines et l'artillerie des
Turcs; un grand assaut tenté le 24 août 1422, surtout du côté
de la porte Saint-Romain (Top Kapou) échoua, après qu'une
une terreur panique ait dispersé ses troupes sous les murs même
de la ville (24 août
1422).
Un autre prétendant
du nom de Mustapha, frère de Mourad, s'empara de Nicée,
mais succomba bientôt. Le prince de Sinope et Kastamouni furent aussi
soumis, et l'empereur grec Jean, successeur de Manuel, céda une
partie des villes du Strymon et du littoral de la mer Noire. En 1430,
Mourad enleva Salonique aux Vénitiens, qui la détenaient
depuis que la ville s'était révoltée contre Andronic
Paléologue. Assiégée par Hamza, lieutenant de Mourad,
Salonique fut prise d'assaut et dévastée, et réunie
définitivement à l'Empire. Il occupa ensuite Janina (1431),
ravagea la Hongrie, occupa la Serbie, humilia Drakul, voïvode de Valachie ,
prit Semendria, mais il échoua devant Belgrade .
Son lieutenant Mezid Bey fut battu devant Hermonnstadt par Hunyade
(1441),
qui détruisit ensuite l'armée de Chehab-Uddin à la
bataille du Vasag (1442)
et, dans sa célèbre campagne de 1443,
vainquit Mourad II à Nissa (3 novembre),
le rejeta au Sud des Balkans. La trêve de Szegedin (12 juillet 1444)
fit perdre au sultan ses conquêtes.
Affligé par
la mort de son fils Ala-ed-din, Mourad abdiqua et se retira à Magnésie.
Mais les Hongrois rompirent alors la trêve de dix ans à l'instigation
du légat du pape, profitant du jeune âge de son successeur
Mehmet II, qui n'avait que quatorze ans. Ils envahissent la Bulgarie avec
l'aide des Valaques et vont camper près de Varna.Rappelé
par ses ministres, Mourad sort de son exil volontaire et reparaît
à la tête de l'armée pour remporter sur les alliés
une éclatante victoire où périt le roi de Hongrie,
Wladislas (10 novembre 1444).
Il retourna à Magnésie, fut rappelé encore une fois
par une révolte des janissaires que sa seule présence suffit
à faire rentrer dans l'ordre et reprit le pouvoir. Il soumit alors
la Morée (1446)
et marcha en Albanie contre contre Georges Castriota, appelé communément
Scander-Beg.
Ce dernier soulève l'Epire
et s'empare de Croïa, qu'il défendit ensuite avec vigueur.
Les Ottomans seront ainsi repoussés deux ans de suite. Enfin, il
défit Hunyade,
qui avait imprudemment perdu lors de la bataile des trois jours à
Kosovo (18-20 octobre
1448).
Un derviche, qu'il avait rencontré aux environs d'Andrinople
et qui lui avait prédit sa mort prochaine, avait fait une telle
impression sur l'esprit du sultan qu'atteint de langueur, il mourut au
bout de trois jours (5 février 1451).
La
prise de Constantinople
Dès le début
de son règne, Méhémet II
(Mehmet, Mohammed ou Mahomet II) (1451-84)
résolut de mettre le siège devant Constantinople,
ville dont la prise avait été promise aux musulmans
par le Coran
et considérée longtemps parmi eux comme un des signes précurseurs
du Jugement dernier ;
l'entreprise que les Arabes avaient tentée, que les Seldjoukides
avaient rêvée, que les premiers sultans ottomans avaient été
sur le point de réussir, il était donné à Mehmet
Il de la réaliser. La prise de Constantinople par les Turcs
représentera un jalon important dans l'histoire ottomane, mais elle
le sera peut-être encore davantage pour les Chrétiens ,
chez qui elle causa un immense traumatisme. Au point que beaucoup plus
tard, les historiens du XIXe
siècle en feront fréquemment la limite
de l'histoire du Moyen âge et de l'histoire moderne de l'Europe.
Les détails de ce grand événement nous sont bien connus.
Les préparatifs.
Méhémet
II, que son grand vizir Chalil-pacha, bien disposé pour
les Grecs, avait quelque temps détourné de cette entreprise,
prit à la fin de 1451 une attitude
hostile. Il commença par construire sur le Bosphore
au lieu dit Asomata, une forteresse, Bogaz Kessen, aujourd'hui Rouméli
Hissar, destinée à commander le passage.
Quand elle fut achevée, il préleva de lourds péages
sur les navires. En septembre 1452,
à la tête de cinquante mille hommes, fanatisée par
la présence du derviche Ak-Chems-ed-din, Mehmet vint reconnaître
les approches de Constantinople.
L'empereur Constantin XI Paléologue
prépara de son mieux la résistance, fit entrer dans la ville
de grands approvisionnements, y accueillit une foule de fugitifs, employa
l'hiver de 1452-1453à
restaurer et mettre en état les fortifications. En même temps
il offrait les quelques cités qui lui restaient avec les titres
de ducs au margrave Jean de Carretto, à Hunyade,
au roi Alphonse de Naples ;
Venise
absorbée par la guerre que lui faisait Sforza, Gênes même
ne pouvaient envoyer grand secours. Le pape Nicolas Ier
et les Latins subordonnaient leur concours à la question de l'union
des Grecs et de l'Eglise romaine. L'empereur aux abois cédait et
en novembre 1452 le cardinal
Isidore, évêque de Sabino, légat du pape, arriva à
Constantinople;
le 12 décembre, il célébra la messe à Sainte-Sophie
en présence de la cour, du Sénat et du haut clergé,
selon les rites de l'Eglise catholique romaine. Mais le peuple fanatisé
par les moines s'écriait qu'il préférait vivre sous
le turban que sous la tiare papale. Le secours promis par le pape arriva
trop tard. Constantin XI ne pouvait donc compter que sur ses troupes et
sur les colonies latines de Constantinople; la colonie vénitienne
avec son baile Girolamo Minotto retint et mit à sa disposition cinq
grands navires; les Génois de Péra (auj. Beyoglu) s'armèrent
aussi; la colonie génoise de Chios
envoya sept cents hommes et deux navires sous le vaillant JeanGuillaume
Longo Giustiniani assisté de l'ingénieur J. Grant. En revanche,
une fraction des gens de Péra s'entendaient avec les Turcs. Au commencement
de l'année 1453, l'empereur
Constantin XI disposait d'environ neuf mille hommes dont trois mille Latins,
et de vingt six navires dont dix grecs; avec ces forces si minimes il fallait
défendre 20 km remparts.
De son côté Méhémet
II avait rassemblé ses troupes à Andrinople .
L'ingénieur valaque Orban lui avait fondu des canons dont l'un pesait
trois cents quintaux et lançait des boulets de pierre de douze quintaux.
Les petites places des environs de Constantinople
s'étaient rendues sans coup férir à Karadja-bey. A
la fin du mois de mars les avant-postes des Turcs parurent devant Constantinople;
le 5 avril 1453,
Mehmet
II arriva; il amenait cent soixante-cinq mille hommes dont quinze mille
janissaires et plus de quatre-vingt mille hommes de troupes regulières;
son artillerie comprenait trois canons monstres et quatorze batteries de
bouches à feu; une foule de derviches, de mollahs, d'imams
accompagnait l'armée, excitant le courage des soldats.
Le siège.
La flotte, commandée par le kapoudan-pacha,
renégat bulgare du nom de Balta-Oglou-Suleïman-beg, comptait
douze grandes galères, quatre-vingts navires à deux ponts,
vingt-cinq bâtiments plus petits, quelques bricks, en tout cent quarante-cinq
voiles. Le 6 avril, le sultan amena son armée à un mille
de Constantinople; lui-même
établit son quartier au milieu des janissaires sur la colline de
Maltepe, en face des portes de Saint-Romain (Top Kapousi / Topkapi), de
Charsias (Soulou Koulé) et de Myriandros (Edirné Kapousi);
à droite de Maltepe à la mer de Marmara campaient les contingents
d'Anatolie; à gauche de Maltepe à la Corne d'Or les contingents
de Roumélie .
La moitié des troupes était placée en arrière
comme réserve; un corps commandé par Sanagos-pacha (beau-père
du sultan) et Karadja-bey occupait les collines de Péra, observant
les Génois de Galata. La moitié méridionale du rempart
du côté de la terre avait été solidement rétablie
sous Jean VIII; au Nord du Lycus les murailles étaient plus faibles;
d'Egri Kapou à l'Hebdomon les auxiliaires vénitiens ajoutèrent
(fin mars) un fossé de cent quatre pas aux défenses jugées
trop faibles. Le 2 avril, Bartolomeo Soligo ferma la Corne d'Or en y tendant
la fameuse chaîne; formée de blocs de bois reliés par
des ferrures et des chaînes de fer, alla allait de la Belle-Porte
(Bagtché Kapousi) aux murs de Galata, à peu près sur
le trajet du pont oriental bâti en 1845.
Derrière se rangèrent neuf
grands navires; l'artillerie et le feu grégeois des remparts rendaient
presque inexpugnable la défense du port. L'empereur prit position
au centre du mur de terre à la porte de Saint-Romain, en face du
sultan avec trois mille soldats dont cinq cents Génois et le vaillant
Giustiniani. Au Nord, la porte de Charsias, où passe le Lycus, était
défendue par le tout aussi courageux Théodore de Carustus
(catholique); la porte d'Andrinople
(Edirné Kapousi) par les trois frères Brochiardi; la région
de l'Hebdomon par le baile vénitien Girolamo Minotto et ses compatriotes;
les Blachernes par le cardinal Isidore avec les Romains et les Chiotes.
Du côté du Sud de la porte Saint-Romain au château du
Cyclobium ou de l'Heptapyrgion, les murs et les portes étaient gardées
par le Vénitien Dolfin (porte de Selymbria), le Grec catholique
Théophile Paléologue, le Génois Maurizio Cattaneo,
le Vénitien Fabruzi Cornaro, enfin le Vénitien Caterino Contarini
(de la porte Dorée au Cyclobium). La muraille maritime de la mer
de Marmara était gardée par des moines armés et les
Vénitiens de Jacques Gontarini. Au château de Boucoléon
était une troupe de Catalans sous les ordres de son consul Pedro
Juliano; à la pointe du Bosphore ,
le prince turc Orchan (petit-fils du sultan Soliman d'Andrinople à
propos duquel avait eu lieu la rupture entre Méhémet
II et Constantin XI) et son entourage. Les murailles de la Corne
d'Or étaient surveillées par des marins crétois, le
grand-duc Lucas Notaras, Grec orthodoxe, à la tête de cent
cavaliers et cinq cents arbalétriers, et deux capitaines génois;
le phare à l'entrée du pont était gardé par
les cinquante Vénitiens de Gabriele Trevisano. Au centre de la ville,
dans l'église des Saints-Apôtres, était postée
une réserve de sept cents hommes (en partie des moines armés)
sous Démétrios Cantacuzène
et Nicéphore Paléologue. Pendant ce temps, dans dans la ville
même les fanatiques adversaires de l'union entretenaient la discorde
et la méfiance contre les Hénotiques (unionistes).
-
Assaut
de Constantinople.
L'assaut.
Le 7 avril, Méhémet
II avança au pied des remparts. Le 11, il avait achevé
sa ligne de circonvallation et disposé ses machines de guerre et
son artillerie. Le 12, sa flotte entra dans le Bosphore
et vint mouiller à Diplocinium (baie de Beschik Tagh). Les premiers
efforts furent repoussés par l'empereur et Giustiniani; le canon
monstre éclata. Les assiégés revêtirent leurs
murs d'un mortier mou où les boulets ne firent pas grand ravage.
Le 20 avril, quatre navires conduits par Cattaneo battirent les Turcs près
du port de la Propontide (Vlanga Bostan). Le sultan destitua son kapoudan-pacha.
Les brèches ouvertes par l'artillerie dans les murs auprès
des portes de Charsias et de Saint-Romain étaient réparées
à mesure et un assaut tenté le 18 avril avait été
repoussé. Le fanatisme des assiégeants fut exalté
par le mollah cheikh Ak-Chems-ed-din-Effendi
qui retrouva dans le faubourg de Cosmidium le tombeau d'Abou-Eyoub-Ansari.
Mehmet
II s'aperçut qu'il épuiserait aisément la faible
garnison chrétienne en attaquant la ville par mer comme par terre.
Ne pouvant forcer la chaîne du port, il eut l'idée de transporter
ses navires dans le port par terre; protégés par l'artillerie
du rivage, ils résisteraient à la flotte chrétienne.
De la baie de Bechik Tagh au Nord de Galata par la vallée de Dolma
Bagtché et le Nord de Péra, puis par la vallée de
Kassim Pacha entre les faubourgs de Saint-Dmitri et de Yénichehr,
à l'aide de planches enduites d'huile, de graisse et de talc, on
établit une voie sur laquelle soixante-douze navires furent transportés
dans la Corne d'Or dans la nuit du 21 au 22 avril. Le capitaine vénitien
J. Coco tenta d'incendier la flotte turque, mais celle-ci fut avertie par
un traître (28 avril).
Mehmet Il fit
décapiter ses prisonniers; Constantin fit tuer en représailles
deux cents soixante prisonniers turcs. Les assiégés ne se
découragèrent pas, car des secours étaient annoncés
et une flotte vénitienne faisait voile vers Constantinople.
A partir du 7 mai les assauts se multiplièrent; à partir
du 16, les ouvrages de l'Hebdomon et des Blachernes furent attaqués
par la mine; l'ingénieur Grant déjoua ces attaques grâce
au feu grégeois. Le 19 mai, au Nord du port, les Ottomans achevèrent
la construction d'un pont flottant vers l'endroit où est le pont
intérieur actuel de Has Keui à Arvan Seraï Kapou). Les
remparts du côté de la terre étaient de plus en plus
ébranlés par l'artillerie turque et le moment approchait
de livrer un assaut décisif. Le sultan fit offrir une capitulation
à l'empereur qui refusa, et le 24 mai on décida de fixer
au 29 le jour du grand assaut. Chalilpacha en informa secrètement
les Grecs qui firent tous leurs préparatifs. A quatre heures du
soir, le 28, les feux de l'artillerie cessèrent; la flotte turque
enveloppait la ville depuis le fond de la Corne d'Or jusqu'au port de Théodose
(Vlanga Bostan). Constantin XI communia à Sainte-Sophie et de part
et d'autre on se prépara par des prières à la lutte
suprême.
A deux heures du matin le signal de l'attaque
fut donné; dans la ville le tocsin sonnait et les femmes priaient
dans les églises. Le premier assaut fut repoussé. Le second,
dirigé par les irréguliers contre la porte Saint-Romain où
se tenait l'empereur, fut également repoussé tandis que les
soldats de la flotte ne pouvaient rien gagner contre les murailles maritimes.
Méhémet
II fit alors donner les janissaires et soixante-dix mille Turcs
se précipitèrent sur tout le front de défense. Giustiniani,
blessé par un trait, n'eut pas l'énergie de rester sur le
rempart et courut à son vaisseau se faire panser. Ses soldats furent
ébranlés et Saganospacha redoublant d'efforts, une bande
de janissaires réussit à s'établir sur le rempart.
A ce moment une troupe turque s'aperçut qu'on avait oublié
de refermer la poterne de Xylokerkos (ou Kerkoposta) au Sud de l'Hebdomon,
ouverte le 27 mai pour une sortie. Elle s'en empara et cette nouvelle colonne,
gagnant le long des remparts, prit à revers l'empereur; une large
brèche ouverte entre les portes Saint-Romain et de Charsias donna
accès à la foule sans cesse croissante des assaillants. Constantinople
était prise. L'empereur se jeta au plus fort de la mêlée
et périt en brave.
Une partie de la garnison se réfugia
sur les vaisseaux; Giustiniani alla mourir à Chios ;
le prince Orchan fut tué; Diedo réussit à s'embarquer
de même; le cardinal Isidore, déguisé en esclave, des
milliers de personnes de tout âge et de tout sexe se réfugièrent
à Sainte-Sophie, confiants dans la prophétie qui promettait
l'apparition du Christ au moment suprême. Ils y furent égorgés
ou réduits en esclavage; soixante mille habitants étaient
prisonniers avec les chefs de l'aristocratie, le protovestiaire Phrantzès
et Lucas Notaras. Le pillage et les scènes de viol et de meurtre
se prolongèrent jusqu'à l'intervention de Mehemet.
Le vin de la victoire.
C'est à huit heures du matin que
les remparts avaient été forcés; à midi le
sultan apprit le succès. II entra avec ses ministres et sa cour
par la porte d'Andrinople
et se dirigea vers Sainte-Sophie; un mollah monta en chaire et proclama
la confession de foi islamique; l'empereur pria au pied de l'autel .
On retrouva le cadavre du dernier empereur byzantin qui fut honorablement
enseveli; sa tombe, dépourvue de toute inscription, sera près
de la mosquée Wefa; et une lampe y brûlera la nuit.
La tête de Constantin fut cependant exposée jusqu'au soir
à l'Augusteum pour que tous puissent se convaincre de sa mort :
Notaras fut alors chargé de l'administration provisoire de la cité
et racheta aux soldats les fonctionnaires et dignitaires prisonniers.
II est vrai que le surlendemain l'empereur
irrité pendant l'orgie qui célébrait sa victoire fit
tuer Notaras et beaucoup des principaux chefs chrétiens, le consul
catalan Juliano Minotto le Vénitien, des nobles grecs. Les garçons
et les filles furent réservés pour les plaisirs du vainqueur.
Dès le 29 mai 1453, les Génois
de Galata avaient remis leurs clefs au sultan; ils durent raser leurs murailles,
mais conservèrent leurs principaux privilèges. Dès
le quatrième jour l'ordre était rétabli dans Constantinople
et le sultan organisait le gouvernement de la ville et du pays grec en
le confiant au patriarche et au clergé orthodoxe. Il semblait que
le souverain seul eût changé et qu'on s'efforçât
d'atténuer l'apparence de la révolution qui venait de se
produire.
-
Nouveaux
horizons
Après avoir
installé le patriarche Gennadios à la tête des chrétiens
qui survivaient au désastre, et avoir fait venir d'Asie Mineure
des colons pour repeupler la ville devenue presque déserte, non
à la suite du siège, mais par la lente et misérable
agonie de l'Empire grec, Mehmet se vengea du premier ministre Khalil Pacha,
soupçonné de s'être laissé gagner par les présents
de l'ennemi, et auquel il ne pouvait pardonner d'avoir fait revenir deux
fois de Magnésie son père Mourad, en le faisant mettre à
mort puis il tenta vainement de s'emparer de Belgrade, défendue
par Hunyade (1455),
annexa la Serbie (1459),
fit la paix avec Scander-Beg
(1461),
enleva Erzeroum à Hassan le Long, de la dynastie des Turkmènes
du Mouton-Blanc, et Trébizonde à l'empereur David Comnène
(1461);
il vainquit le féroce voïvode de Valachie ,
Wlad, que les Turcs surnommaient « l'Empaleur », et ses propres
sujets Drakul « le Diable » (dont s'emparera la légende
de Dracula...), et installa à sa place son frère Radul; il
enleva à la famille génoise des Gatelusio l'île de
Mételin (1462),
conquit la Bosnie (1463)
et fit mettre à mort, malgré la capitulation de Kliues, le
roi de ce pays, ce qui n'empêcha pas Mathias Corvin d'envahir la
contrée et d'en attaquer les forteresses ; en même temps,
la guerre éclatait avec Venise qui
se vit enlever ses possessions de la Morée, tandis que la mort d'Ibrahim,
dernier prince de Karamanie, fournissait à Mehmet l'occasion de
mettre la main sur les territoires de Konya et de Laranda (1466).
Les incursions de
Hassan le Long en Asie Mineure obligèrent le sultan à marcher
en personne contre lui, et il ne tarda pas à battre le chef des
Turkmènes à Otlouk-Béli. En Europe, les Ottomans ravageaient
annuellement les territoires frontières de l'Empire d'Allemagne,
la Croatie, la Carniole ,
la Styrie ,
la Hongrie; une flotte enleva les colonies génoises de la mer Noire
et de la mer d'Azov ,
ainsi que la Crimée (1475),
dont le prince tatar, Menghéli-Ghiraï, fut nommé gouverneur
en Albanie. Croïa céda enfin à la famine, mais Scutari
résista victorieusement; la conclusion de la paix avec Venise
la fit seule tomber entre les mains des Ottomans. L'envahissement de la
Transylvanie se
termina par une défaite, que ne compensa pas la mort du voïvode
Etienne Bathory. Lépante (auj. Naupaktos, en Grèce), forteresse
vénitienne, assiégée par 30 000 Turcs pendant quatre
mois, en 1477,
résista. Mais la prise des îles de Zante et de Sainte-Maure
par Guédik Ahmed, gouverneur de Valona, fit concevoir l'idée
d'une expédition en Italie; Otrante fut emportée d'assaut
(11 août 1480),
Rhodes
assiégée inutilement; Mehemet partait pour une grande expédition
en Asie, dont il n'avait pas fait connaître objet, lorsqu'il mourut
subitement (3 mai 1481),
Il avait achevé la conquête de la Roumélie ,
commencé celle de l'Anatolie; aussi l'histoire lui a-t-elle décerné
le titre de Fâtih ou conquérant.
Bayézid
II.
Le fils de Mehmet
II, Bayézid (Bajazet) II , né en 1447,
devenu sultan en 1481,
eut à lutter, dès le début, contre les prétentions
de son frère puîné, Djem (connu en Occident sous le
nom de Zizim), qui s'empara de Brousse et s'y fit
proclamer sultan; la défaite de Yéni-Chéhir mit le
terme aux illusions de Djem, qui trouva un refuge auprès du sultan
d'Égypte, Kaït-baï, et recommença sa tentative
pour se faire battre près d'Angora (Ankara); sentant sa cause définitivement
perdue, il fut réduit à se mettre entre les mains du grand-maître
de Rhodes et mourut empoisonné en 1495
à Rome après avoir été quelque temps prisonnier
à Bourganeuf.
Une fois dégagé
de tout souci du côté de son frère, Bayézid
porta son attention sur l'Europe et y continua le système d'incursions
continuelles sur les États voisins pratiqué par son prédécesseur.
Il renouvela les capitulations avec Venise
et Raguse et conclut une trêve de cinq ans avec Mathias Corvin, roi
de Hongrie. En même temps, il entrait en Moldavie ,
tandis qu'une armée envahissait sans succès la Croatie, la
Carinthie
et la Carniole ;
il envoya une flotte au secours d'Abou-Abd-Allâh (Boabdil),
le dernier roi maure de Grenade et faillit
même intervenir dans les affaires d'Italie. Il résolut
dans le même temps d'abaisser la puissance des souverains Mamelouks,
maîtres de l'Égypte et de la Syrie, et se trouva engagé
ainsi dans une série de guerres qui n'eurent rien d'avantageux pour
lui, et qui se terminèrent au bout de cinq ans (1491)
par une paix désastreuse, à la suite de la conclusion d'un
traité par lequel Bayézid stipulait l'abandon de ses droits
sur certaines forteresses dont les Égyptiens s'étaient emparés.
La mort de Mathias
Corvin (1492),
qui avait plongé la Hongrie dans la guerre civile, inspira aux Ottomans
l'idée de s'emparer enfin de Belgrade, mais ils n'y réussirent
pas. Et même si l'Albanie fut conquise cette même année,
et si quelques succès furent enregistrés en croatie, Bayézid
échoua en ses diverses autres tentatives contre la Serbie,
la Styrie
inférieure, ce qui le décida à signer une trêve
de trois ans avec la Hongrie (1495).
Le tsar Ivan III, dès 1493,
avait entamé des relations diplomatiques et commerciales avec la
Porte; les Vénitiens envoyèrent, en 1498,
André Zanchani en ambassade à Constantinople;
le renouvellement du traité n'empêcha pas de nouveaux engagements
guerriers. Lépante se rendit après une défaite
de la flotte vénitienne (1499);
au cours d'un raid en Frioul ,
2000 cavaliers passèrent le Tagliamento et atteignirent Vicence.
Une ligue s'étant formée entre Venise,
le pape et la Hongrie, l'amiral vénitien Pesaro
battit l'escadre turque à Voïssa, brûla huit galères
dans le port de Prévésa et enleva Sainte-Maure Gonzalve de
Cordoue ravagea les côtes de l'Asie
Mineure, et l'amiral français Ravestein effectuait, dans l'île
de Metelin, une descente qui se termina par un désastre. On fit
la paix avec Venise et la Hongrie (1503).
Bayézid, las
de la guerre, s'appliqua à l'administration de son empire et, croyant
consolider son autorité, il partagea entre ses divers fils et petit-fils
le gouvernement des provinces. Ce fut le prétexte de troubles créés
par les compétitions entre ses fils Korkoud et Sélim; le
second, fort de l'affection des janissaires,
entreprit de conquérir le trône de vive force; Korkoud s'empara
de Saroukhan et s'appuya sur une bande de brigands venus de Perse et commandés
par Chéïtan-Kouly; celui-ci périt dans une bataille,
en même temps que le grand vizir Ali Pacha. Les janissaires exigèrent
l'abdication de Bayézid et son remplacement par Sélim. Quelques
jours après cette douloureuse abdication, le vieux sultan mourut
trois jous plus tard sur la route de Démotika (1512),
et les historiens pensent, en général, que le poison ne fut
pas étranger à cette mort rapide. (Cl. Huart
/ E. Blochet / A.-M. B.).
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En
librairie - Frédéric
Hitzel, L'empire ottoman, XVe - XVIIIe siècles, Les Belles
lettres, 2001. André Clot, Mehmed II, le conquérant de
Byzance, Perrin, 1990. - Jean-Marie Chevrier, Zizim ou l'épopée
tragique et dérisoire d'un prince ottoman, Albin Michel, 2000.
Stéphane
Yérasimos, Istanbul (1914-1923), Autrement, 1992. - Du même
avec H. Denker, Constantinople, de Byzance à Istanbul, Place
des victoires, 2000.
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