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Histoire politique et sociale > Le Moyen âge > [L'Europe latine / L'Empire byzantin]
Le Moyen Âge
L'Europe au IXe siècle
Quand s'ouvre le IXe siècle, deux grands règnes continuent, celui d'Haroun-al-Raschid et celui de Charlemagne.

Mamon, un des fils d'Haroun, est le seul digne d'un tel père. Les mouvements des sectes religieuses, les rébellions des soldats turcs qui mettent le pouvoir des Abbassides à la merci de cette milice formée d'esclaves achetés dans le Turkestan, les efforts souvent heureux de gouverneurs de provinces pour se créer des principautés indépendantes, sont des signes sensibles de décadence. La guerre est faite péniblement même contre les empereurs grecs.

Pour Charlemagne, il meurt tout entier en 814. Après lui, l'histoire de la seconde dynastie des rois francs rappelle celle de la première après Clovis. L'empire d'Occident s'affaiblit par des partages dont Louis le Débonnaire est la première cause et la victime. On ne retrouve que de loin en loin des traces du gouvernement central et de la restauration des études, qui sont les principaux titres de gloire de Charlemagne. Dans chacun des royaumes, que forme le démembrement consacré à Verdun, les entreprises de la noblesse et du clergé sur l'autorité royale favorisent, en France au moins, la diffusion des principes féodaux. Les grands ayant enfin, sous Charles le Chauve, rendu héréditaire la possession des terres et des offices qu'ils avaient reçus du roi, sont autant de petits monarques exerçant tous les pouvoirs régaliens. La féodalité, par l'établissement des arrière-fiefs, couvre le territoire tout entier. Les vassaux ont pour sujets la masse de la population inférieure, propriétaires roturiers, vilains et serfs attachés à la maison ou à la glèbe. Les rois restent sans domaine et sans autorité.

Les pirates scandinaves (Vikings ou Normands) s'élancent impunément sur les côtes de la Manche et de l'océan Atlantique, ravagent les provinces, assiègent Paris comme ils font de Nantes, d'Orléans, de Bordeaux. Une famille féodale, issue de Robert le Fort, illustrée par la résistance qu'elle oppose aux Normands, donne un roi à la France.

En Italie et en Allemagne, les divisions de principautés ou de populations que Charlemagne avait eu de la peine à faire rentrer sous le niveau de l'obéissance, imposée à tous, sont des cadres tout faits pour la féodalité : les ducs de Spolète, de Bénévent, de Frioul; les ducs de Saxe, de Bavière, de Souabe, ne permettront pas au pouvoir royal de s'affermir. Entre le Rhin supérieur, le Jura et les Alpes (Bourgogne transjurane); entre les Alpes, le Rhône et la mer Méditerranée (Bourgogne cisjurane), seigneurs et évêques seront plus indépendants que les deux nouveaux rois leurs suzerains.

Les Sarrasins, qui font de la Sicile leur repaire, tiennent dans l'effroi les côtes de la Gaule et de l'Italie dévastées. Les Hongrois ou Magyars recommenceront dans l'Allemagne chrétienne les courses des Huns.

Un pays, au nord-ouest, sort de l'anarchie, pendant que les autres s'y plongent. En Angleterre, l'Heptarchie a fait place au gouvernement d'un seul roi, celui de Wessex, qui s'impose à toute la Bretagne. Les trente dernières années de ce siècle appartiennent au règne d'Alfred le Grand : les Anglais révèrent en lui le fondateur de leur puissance, de leur marine, de leur liberté, de leurs meilleures institutions; il a repoussé les Danois, établi l'université d'Oxford, encouragé et cultivé les sciences et les arts, affermi l'usage du jury.

L'Empire byzantin, pendant une grande partie du IXe siècle, ne présente rien de nouveau par les scandales, les crimes, les désastres auxquels ses annales ont habitué le lecteur : des empereurs jetés dans le cloître ou aveuglés; des ministres tirés du cachot pour être portés sur le trône; les courses impunies des Bulgares qui font un désert des régions du Danube, ou des Musulmans qui enlèvent la Sicile et la Crète. Les luttes sanglantes des partis religieux, iconoclaste ou manichéen, tour à tour soutenus et frappés par les princes, intéressent moins que la dissension nouvelle dont est l'objet le patriarche de Constantinople, Photius. Son premier tort est d'avoir pris la place de l'évêque injustement déposé, Ignace. Des disputes théologiques enveniment une question toute personnelle; les papes font sentir leur suprématie en intervenant dans le débat qui, résolu, tour à tour, pour et contre Photius, laisse un germe de haine profonde et irréconciliable entre l'Église grecque et l'Église romaine. Basile le Macédonien, fondateur d'une dynastie qui donna plusieurs princes lettrés, après avoir disgracié Photius, le rappelle. Son fils Léon le jette en prison, plus occupé, comme Basile lui-même, de faire compiler des volumes de lois (les Basiliques) que de défendre l'Empire contre les Bulgares ou les musulmans : il oppose à ces derniers l'alliance des Turcs.

Photius, auteur de tant de maux comme théologien et comme patriarche, est l'homme de lettres le plus distingué de son temps. La collection qu'il a intitulée Bibliothèque est un riche dépôt d'extraits et d'analyses des anciens livres perdus aujourd'hui pour nous : les Grecs n'ont pas alors de nom plus illustre.

Quand il restait si peu de puissance et de sagesse aux maîtres des deux grands empires de l'Occident et de l'Orient, quand les autres royaumes étaient si nouveaux, on n'est pas surpris de l'accroissement de l'autorité pontificale; la cour de Rome humilie Louis le Débonnaire, excommunie un de ses petits-fils et dispose de la couronne impériale d'Occident. Il faut qu'Hincmar, archevêque de Reims, prenne la défense des droits revendiqués par le pouvoir temporel et  l'Église gallicane, et empêche l'institution d'un légat du Saint-Siège pour la France.

Hincmar est associé, avec Raban Maur, aux discussions théologiques contre Gotescalc au sujet de la prédestination : il s'est rencontré à la cour de Charles le Chauve avec le philosophe Scot Érigène qui achevait alors sa carrière. Paschase Radbert présente au même prince son traité de l'Eucharistie, premier grand travail de philosophie chrétienne où le dogme de la présence réelle dans l'Eucharistie soit établi tel que l'Église catholique l'enseigne.

La littérature latine nous offre avec ces noms celui d'Anastase, bibliothécaire et historien des papes, celui d'Éginhard, écrivain déja actif avant le sacre de Charlemagne, plus véridique, mais moins brillant que le moin de Saint-Gall, romancier de cette épopée carolingienne, qui cependant écrit sous l'impression d'effroi causée par l'ébranlement de l'empire.

Le caractère du IXe siècle n'est donc pas l'inertie absolue, l'abandon général de tous les genres d'études. C'est au contraire une ignorance laborieuse, qui se nourrit assidûment de croyances obscures, d'épineuses controverses, et qui ne repousse que les lumières et le bon goût.

On voit naître ou grandir toutes les institutions qui plus ou moins développées, ou affaiblies, ou tempérées, devaient régir si longtemps la plus grande partie de l'Europe : les tournois, les épreuves judiciaires par l'eau, par le feu, par la croix et par le combat, les duels, la scolastique, les thèses, la rime, les jargons ou langues modernes, témoin les deux fameux serments de Strasbourg  (La littérature française au Moyen âge), en langue tudesque et en langue romane, l'an 842. La chanson de Roland, ou de Roncevaux, la plus ancienne des chansons de Geste, qui sont des épopées historiques en langue romane, était peut-être déjà composée au temps de Louis le Débonnaire.

De nouveaux peuples prenaient place en Europe : le christianisme, déjà porté au Danemark, s'introduisait en Suède par les soins de saint Anschaire. En Pologne, un simple paysan devient prince et fondateur d'une dynastie nouvelle : c'est Piast. Rurik, chef des Varègues, descend de la Suède par la Baltique, dans la Moscovie, habitée par les Slaves, aux dépens desquels il commence à fonder l'empire des Russes vikings (La Russie au Moyen âge).

Les Arabes gardent le premier rang dans la littérature : ils conservent et enrichissent le dépôt des sciences et de la philosophie, guidés dans cette voie par leurs califes abbassides. Leur prédilection pour Aristote fait que dès lors la doctrine péripatéticienne est, en Orient comme en Europe, le fond de la philosophie. Ils ont des médecins célèbres, mais qui copient surtout les médecins grecs : l'invention manque. L'originalité des Arabes est dans les arts; leurs mosquées et leurs  palais - qui dénotent au demeurant une influence byzantine - déploient partout une magnificence de sculpture vraiment féerique. L'Espagne s'embellit de monuments qui seront plus tard un juste sujet d'orgueil, pour les princes chrétiens vainqueurs de l'islam. Mais alors les  progrès des rois des Asturies sont bien lents, malgré les sanglantes discordes qui se renouvellent incessamment dans le royaume de Cordoue. (Ch. Dreyss).

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