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La Germanie

La Germanie, Germania (de gehr ou wehr-mann, homme de guerre?) était une vaste contrée de l'Europe ancienne, plus étendue que l'Allemagne actuelle. A la mort d'Auguste, elle avait pour bornes au Nord le sinus Codanus et la mer Germanique, à l'Ouest le cours du Rhin, au Sud les Alpes et le cour du Danube. Sa limite à l'Est était fort incertaine : elle paraît avoir été la Vistule et les Carpathes. On peut la diviser en deux parts : Germanie romaine et Germanie purement barbare. La première, au Sud-Ouest, était séparée de de la seconde par un long mur de retranchement qui s'étendait du Rhin au Danube, qui commençait près d'Aquae Mattiacae (Wiesbaden) et se terminait au confluent du Naab et du Danube (mur du Diable). 

Les Decumates agri, espèce de frontière militaire située en deçà de ce mur et correspondant à peu près au Brisgau actuel, formaient le district principal de la Germanie romaine; il faut y joindre les deux Germaniques, l'Helvétie, la Rhétie et la Vindélicie. Quant à la Germanie purement barbare, il est fort difficile de déterminer les noms et la position des peuples qui l'habitaient: toutefois, dans les deux premiers siècles de notre ère, la Germanie paraît avoir été partagée entre trois grandes nations principales : 1° les Hermions au Nord-Est, entre l'Elbe et la Vistule; 2° les Ingaevons au Nord et au Nord-Ouest; 3° les Istevons à l'Ouest. Toutes ces tribus formèrent à diverses époques de grandes confédérations, telles que celles des Sicambres, des Chérusques et des Cattes, qui plus tard devinrent les deux puissantes confédérations des Francs et des Allemands (Alemanni).

Les Quadi, les Marcomani, les Boii et les Hermunduni, émigrés de diverses tribus, habitaient au midi de la Germanie et dans la forêt Hercynienne, et formèrent plus tard de puissants empires.

Du temps de César et d'Auguste, ces peuples connaissaient l'agriculture; ils avaient des demeures fixes, bien qu'ils détestassent les villes; ils avaient des usages qui pour eux étaient en quelque sorte un code oral; ils se groupaient autour de chefs de leur choix pour de grandes expéditions; ils obéissaient pour la plupart à des rois héréditaires, mais ils n'en avaient pas moins une sorte d'aristocratie dans le conseil des grands et des vieillards, et une démocratie dans les malls ou diètes nationales où tous les hommes libres se rendaient, il faut bien distinguer chez eux la nation, qui comprenait, avec les guerriers, les femmes, les enfants, les vieillards, d'avec la bande, composée d'hommes armés qui s'associaient à la fortune d'un guerrier renommé et le suivaient dans une expédition. Les Germains croyaient aux sorts, aux oracles, aux prophéties : les femmes surtout leur semblaient aptes à prédire, et sous ce rapport ils témoignaient à quelques-unes d'entre elles une vénération qu'on a eu tort de croire générale (La religion nordique). 

L'histoire de la Germanie av. J.-C. est mal connue. Ses habitants, qui parlaient des langues indo-européennes, émigrèrent de l'Asie vers le VIIe siècle avant notre ère. L'invasion du Gaulois Sigovèse en Germanie vers 587 av. J.-C., celle des Cimbres et des Teutons en Gaule et en Italie, où ils furent exterminés par Marius, 103-101, la tentative du Suève Arioviste sur la Gaule, en sont presque les seuls grands traits connus, du moins du point de vue des récits historiques. Mais l'archéologie révèle une civilisation plus avancée que ce que les anciens historiens romains pouvaient laisser deviner, et aussi bien plus interconnectée avec celle du bassin méditerranéen que le terme de barbares appliqué au Germains pourrait laisser croire.

Les Romains, devenus maîtres de la Gaule l'an 50 J.-C, de la Rhétie en 15 av. J.-C., se trouvèrent en contact avec les Germains au delà du Rhin et du Danube, et dès ce temps les hostilités commencèrent (Drusus et Germanicus). Au Ier siècle de notre ère, les Chérusques et les Marcomans étaient de tous les peuples germains les plus puissants; ils avaient formé chacun une confédération de tous leurs voisins. L'an 9 de J.-C., Arminius,à la tête de la ligue des Chérusques, battit Varus et rendit pour quelques années la liberté à la Germanie. Dans les siècles suivants, la ligue des Marcomans, plus connue sous les noms de Ligne des Suèves et de Ligue des Alamans, devint de plus en plus redoutable. Vers 244 se réorganisa aussi la ligue chérusque, sous le nom de Ligue des Francs. 

Les attaques perpétuelles des uns et des autres pendant 160 ans (244-403) affaiblirent immensément l'empire romain : la grande invasion de 408, opérée d'abord malgré l'opposition des Francs, porta la décadence de l'empire d'Occident au plus haut point, et bientôt Wisigoths, Burgondes, Suèves, s'établirent en Gaule et en Espagne. Les Francs parurent à leur tour et portèrent les derniers coups, de 420 à 486. Les Vandales étaient en Afrique depuis 429; les Hérules, en 476, les Ostrogoths, en 493, les Lombards; en 568, devinrent les maîtres de l'Italie; de 455 à 584 les Jutes les Saxons et les Angles occupèrent presque toute la Bretagne romaine (Angleterre). L'empire d'Occident devint donc presque exclusivement la proie des peuples germains. Plusieurs d'entre eux disparurent : les Ostrogoths et les Vandales sous les coups de l'empire grec, les Suèves sous ceux des Wisigoths, ceux-ce sous ceux des Arabes; les Jutes, Angles et Saxons, furent soumis par les Vikings (ou Normands); les Lombards par les Francs. Finalement les Francs étendirent leur hégémonie sur l'ancien empire d'occident, comme sur toute la Germanie. 

On distinguait alors dans cette vaste contrée quatre nations germaines : les Francs, les Alemans (ou les Suèves), les Saxons, les Bavarois. Sous les successeurs de Charlemagne, la Germanie forma quelque temps un royaume particulier. Après la chute des Carolingiens en Germanie, le nom de Germanie fit place à celui d'Allemagne; mais pendant longtemps ces deux noms furent pris l'un pour l'autre.

Royaume de Germanie. - On donne ce nom à un des royaumes nés du démembrement de l'empire de Charlemagne. Par le traité de Verdun en 843, Louis, dit le Germanique, petit-fils de Charlemagne, avait obtenu en partage toutes celles des provinces situées au delà du Rhin qui avaient fait partie de la monarchie des Francs, et en deçà du Rhin les villes de Spire, de Worms et de Mayence; il en forma le royaume dit de Germanie. Ce royaume était défendu à l'Est par les Marches de Carinthie, de Bohème, d'Autriche, entre l'Ens et la Leitha, et par celles des Sorabes, entre l'Elbe et l'Oder. Au Sud-Est se trouvaient les Marches de Liburnie, de Frioul et d'Istrie. En 870, le royaume de Germanie fut agrandi, par le traité de Mersen, de la Lorraine allemande, située à l'Est de la Meuse, avec les villes de Bâle, Strasbourg, Metz, Cologne, Trèves, Aix-la-Chapelle et Utrecht

Les provinces frontières du royaume de Germanie étaient gouvernées par des ducs et des margraves; celles de l'intérieur, par des comtes; mais pendant le règne de Louis l'Enfant, la Franconie orientale, la Lorraine, la Souabe, la Bavière et la Thuringe étaient devenues des souverainetés héréditaires, et ne reconnaissaient que nominalement l'autorité du roi de Germanie. Ce titre subsista cependant même après la mort de Louis l'Enfant (911), mais il cessa dès lors d'appartenir à la dynastie Carolingienne, Louis l'Enfant étant mort sans laisser de postérité. 

Après ce Prince, Conrad de Franconie usurpa le trône sans pouvoir le rendre héréditaire dans sa famille. Henri l'Oiseleur, de Saxe, s'en saisit en 919 et le transmit à ses descendants. Ce dernier prince agrandit encore le royaume de Germanie par ses victoires sur les Hongrois et les Vikings, et par la création de nouveaux margraviats, tels que ceux de Sleswig, de Saxe septentrionale, de Misnie et de Haute et Basse-Lusace. Henri Oiseleur, déjà roi de Germanie, fut proclamé empereur en 933, Cependant le titre de roi de Germanie ne fut remplacé définitivement par celui d'empereur qu'en 962 sous son fils Othon le Grand, qui, ayant conquis l'Italie septentrionale, se fit couronner à Rome par le pape Jean XII. 

A partir de cette époque, le titre de roi de Germanie ne fut plus donné qu'aux empereurs élus, mais non encore couronnés à Rome; puis il fut affecté aux fils des empereurs. Les empereurs faisaient décerner ce titre à leurs fils par les électeurs de l'empire, pour assurer la transmission héréditaire de cette couronne dans leur famille. Les rois de Germanie altaient ensuite recevoir en Italie la couronne de fer et le titre de rois de Lombardie; mais ils ne devenaient empereurs qu'après leur couronnement à Rome. Toutefois, à la fin du XIIIe siècle, lorsque les empereurs d'Allemagne se furent affranchis de l'espèce de suprématie que la cour de Rome affectait envers eux, les titres de rois de Germanie et d'empereur se confondirent peu à peu. Enfin, lorsque la maison d'Autriche se fut affermie sur le trône, dans la seconde moitié du XVe siècle, elle introduisit la coutume nouvelle de faire décerner à l'héritier présomptif le titre de roi des Romains, qui fit disparaître définitivement celui de roi de Germanie.

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Dictionnaire Territoires et lieux d'Histoire
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