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Causes
et première période
Depuis que la Normandie ,
en 1066,
l'Aquitaine
ou Guyenne ,
le Maine ,
la Touraine
et l'Anjou ,
en 1154,
appartenaient aux rois d'Angleterre, les rois de France avaient toujours
essayé de leur enlever ces possessions. Philippe-Auguste
s'était emparé de celles du Nord (1203-1206),
mais l'Angleterre avait encore une grande partie de la Guyenne quand Édouard
III monta sur le trône (1327).
Petit-fils de Philippe le Bel par sa mère,
Édouard III aurait pu, sans la loi salique ,
aspirer à la couronne de France, mais il laissa Philippe
VI de Valois, petit-fils du roi Philippe
III, prendre cette couronne (1328),
et il lui rendit même hommage en 1329
et 1334
pour la Guyenne et le Ponthieu. Bientôt l'intervention de Philippe
VI dans les affaires de Flandre et d'Écosse irrita Édouard
III. Excité par Robert d'Artois ,
ennemi de Philippe VI, et par les Flamands, que leurs intérêts
commerciaux attachaient à l'Angleterre, Édouard prit le titre
de roi de France, réclama la couronne usurpée par Philippe
de Valois, et la guerre de Cent ans commença (1337).
La France semblait plus forte que l'Angleterre, mais celle-ci l'emporta
longtemps par la supériorité de son organisation militaire.
Les Flamands, avec
leur chef Jacques Artevelte, s'étant révoltés contre
leur comte, Louis de Male, vassal fidèle de Philippe
VI, le roi d'Angleterre débarqua en Flandre et s'avança
jusqu'à l'Oise, pendant que les Français attaquaient la Guyenne
et les côtes anglaises, mais le principal événement
fut la défaite de la flotte française près de l'Écluse
(24 juin 1340).
Une trêve de deux ans fut ensuite conclue près de Tournai,
le 25 septembre 1340.
Dès l'année suivante, les hostilités recommencèrent,
quand Philippe VI et Édouard III intervinrent dans la guerre de
la succession de Bretagne, le premier pour son neveu Charles
de Blois ,
l'autre pour Jean de Montfort. En 1341,
ce prince fut pris dans Nantes, mais sa femme, Jeanne de Flandre ,
résista et fut secourue par Édouard III, qui, d'ailleurs,
échoua aux sièges de Rennes ,
de Nantes
et de Vannes (1342).
Cette guerre de Bretagne fut interrompue par la trêve de Malestroit
(19 janvier 1343),
mais elle se ralluma bientôt, par la faute de Philippe VI, qui fit
exécuter sans jugement le sire de Clisson et dix autres chevaliers
ou écuyers bretons (1343).
Charles de Blois chasse la comtesse de Montfort, qui va demander secours
à Édouard III. Cette nouvelle phase de la guerre est signalée,
en Bretagne, par le retour de J. de Montfort, qui s'est évadé
et qui meurt peu après; en Flandre, par un soulèvement populaire
contre J. Artevelde, qui est tué; en Guyenne par une invasion des
Français, battus à Auberoche (1345).
C'est alors qu'Édouard III, sur les conseils d'un seigneur normand,
Geoffroy d'Harcourt, débarque dans le Cotentin ,
ravale la Normandie ,
entre en Picardie ,
gagne la grande victoire de Crécy
(26 août
1346),
et assiège Calais .
Les Écossais,
alliés de la France, sont battus à Nevil's Cross (17 octobre);
Charles
de Blois
est défait et pris par les Anglais à la Roche-Derrien (20
juin 1347),
et Calais
capitule, après un siège de onze mois, le 3 août
1347.
La trêve de Calais
(28 septembre 1347),
plusieurs fois renouvelée, suspendit les hostilités pendant
quelques années, sans qu'on pût arriver à faire la
paix. En 1355,
Édouard III envahit l'Artois ,
tandis que son fils, le prince Noir, pillait le Languedoc ,
et que son allié,
Charles le Mauvais,
roi de Navarre ,
attaquait la Normandie .
La guerre continuait aussi en Bretagne ,
où le jeune
Bertrand Du Guesclin se
signalait déjà parmi les partisans de
Charles
de Blois.
-
En 1356,
le roi Jean II jeta en prison le roi de Navarre,
puis il repoussa le duc de Lancastre, qui avait envahi la Normandie, mais
il fut vaincu et pris par le prince Noir à la bataille de Poitiers
(19 septembre) Cette nouvelle défaite de la noblesse française
souleva l'indignation du peuple et amena une crise terrible. Les États
généraux, dirigés par Etienne
Marcel, exigèrent des réformes et voulurent s'emparer
du gouvernement; les Jacques, ou paysans insurgés, commirent d'atroces
cruautés.
La
Jacquerie. « Le mot Jacquerie, dit Siméon Luce, qui est
devenu en quelque sorte le nom générique des insurrections
de paysans, ne doit s'appliquer qu'au terrible soulèvement du peuple
des campagnes qui désola une partie de la France en 1338.
» L'étymologie de ce mot est assurée :
«
Les nobles, dit la chronique de Jean de Venette
à l'année
1356,
commencèrent alors, pour tourner en dérision la simplicité
des paysans et des pauvres gens, à leur donner le nom de Jacques
Bonhomme. On désigna dès lors les paysans sous le nom de
Jacques. »
Avant
1358,
bien des insurrections analogues à la « Jacquerie »
avaient eu lieu dans les mêmes régions, mais le mouvement
de 1358
est particulièrement célèbre, parce qu'il a été
très violent, et parce qu'il s'est produit dans des circonstances
fort graves.
Le
14 mai 1358,
le régent ferma la session des États généraux
de Compiègne en promulguant une ordonnance aux termes de laquelle
les officiers royaux étaient chargés de faire réparer
les châteaux forts
et d'y mettre des garnisons. Selon S. Luce, cette mesure fut
«
l'occasion directe, immédiate, de la Jacquerie. Ces forteresses,
dit-il, qui, loin de protéger les paysans, étaient le repaire
de leurs plus mortels ennemis (les nobles, les brigands), on voulait les
rendre plus redoutables encore aux dépens de ceux mêmes qu'elles
devaient servir à mieux opprimer. » (Histoire de la Jacquerie;
Paris, 1859,
in-8, p. 56.).
Il ajoute
:
«
C'est Etienne Marcel qui fit croire aux habitants
du plat pays que la disposition de l'ordonnance était dirigée
contre eux, que ces châteaux à mettre en état de défense
étaient destinés surtout à seconder un redoublement
de l'oppression seigneuriale. »
Flammermont
(Revue historique, 1879,
IX, p. 123) a combattu cette opinion. Il semble bien que l'ordonnance sur
les forteresses (dont on a de nombreuses rééditions, antérieures
et postérieures à 1358)
n'est point l'accident qui détermina « l'explosion de la haine
accumulée depuis des siècles dans le coeur des paysans contre
les seigneurs, les nobles et les gens de guerre », et qu'Etienne
Marcel ne contribua pas à exciter l'insurrection. Il n'y eut
pas complot; les « Jacques » se soulevèrent d'eux-mêmes,
à la fin de mai 1358,
parce que les gens de guerre qui occupaient la plupart des châteaux
de l'Ile-de-France
et du Beauvaisis
foulaient horriblement le pays.
«
C'est une rixe entre brigands et paysans qui fut la cause immédiate
de la Jacquerie. »
Cette
rixe éclata, le 28 mai, au bourg de Saint-Leu; les campagnards eurent
le dessus. Prévoyant un retour offensif de l'ennemi, ils ne se débandèrent
pas après cette victoire; au contraire, ils formèrent une
espèce d'armée où se développèrent bientôt,
avec la conscience de sa force, des instincts de vengeance et de destruction.
«
Lorsque quelqu'un dit qu'il fallait rester unis, appeler aux armes tous
les paysans, parcourir la campagne et massacrer les nobles, tous s'écrièrent
: « Il dist voir. Honi soit celi par qui il demorra que tout li
gentil home ne soient destruit. » (Froissart.).
Les Jacques,
qui se recrutèrent d'abord à Saint-Leu, à Serens,
à Nointel, à Cramoisi et aux environs, choisirent pour chef
un paysan de Mello, appelé Guillaume Karle, vigoureux, beau parleur,
qui avait été soldat; on cite encore, parmi les capitaines
: Hue de Salleville, Jean Deshayes, Germain de Réveillon. Tous ces
personnages prétendirent, plus tard, que les Jacques, confiants
dans leur expérience militaire, les avaient forcés, sous
peine de mort, à accepter le commandement. Quelques jours après
l'échauffourée de Saint-Leu, Guillaume Karle disposait de
cinq à six mille hommes; les vallées de l'Oise, de la Brèche
et du Thérain étaient en feu. Les Jacques commirent alors
d'affreuses cruautés, sans rencontrer de résistance.
Si
les « bonnes villes » avaient appuyé ce mouvement; qui
s'annonçait formidable, peut-être aurait-il abouti à
des résultats vraiment grands. Guillaume Karle comprenait très
bien que, sans elles, la cohue des Jacques serait, un jour ou l'autre,
dispersée. Mais Compiègne le repoussa; Senlis et Amiens
refusèrent de lui ouvrir leurs portes; les Senlisiens se décidèrent
à grand-peine à l'aider à détruire quelques
repaires, comme le château de Sottemont, qui les gênaient eux-mêmes.
Pendant le siège du château d'Ermenonville arrivèrent,
il est vrai, dans le camp des Jacques, trois cents hommes d'armes parisiens
qu'Etienne Marcel, sollicité de bonne heure
par Karle de l'appuyer matériellement et moralement, s'était
décidé à lui envoyer, tant pour le renforcer que pour
l'aider à contenir ses bandes indisciplinées.
Marcel,
au fort de sa lutte contre le régent et la noblesse, avait accueilli
avec joie la nouvelle de l'insurrection; tandis que Jean Vaillant, prévôt
des monnaies, conduisait à Ermenonville le contingent précité
de trois cents hommes, deux autres capitaines parisiens, Pierre Gilles
et Pierre des Barres, aidaient les paysans de Montmorency à détruire
les châteaux d'entre Seine et Oise, qui empêchaient le ravitaillement
de Paris .
Mais bientôt les Jacques firent horreur aux soldats de Marcel, comme
aux gens de Compiègne, d'Amiens et de Senlis; il parut impossible
aux Parisiens d'utiliser, en les encadrant, les brutes exaspérées
dont Guillaume Karle était le chef.
Quand
on apprit à Ermenonville que Charles
le Mauvais, à la requête des gentilshommes du Beauvaisis
qui s'étaient enfuis dans le pays de Bray ,
marchait avec des troupes anglo-navarraises contre les Jacques établis
à Mello, Jean Vaillant se replia sur Meaux (7 juin), tandis que
Karle se hâtait de rejoindre ses partisans menacés. La bataille
décisive eut lieu (10 juin)
«
sur le plateau qui s'étend au-dessus de Mello, du côté
de Clermont-en-Beauvaisis
».
Karle,
attiré dans le camp navarrais sous prétexte de conclure une
trêve, fut traîtreusement fait prisonnier avant l'action, et
les Jacques furent écrasés; ceux qui se réfugièrent
à Clermont furent livrés par les bourgeois.
«
Ainsi finit la Jacquerie, dit Flammermont, non loin du lieu où elle
avait éclaté quatorze jours auparavant. »
La
répression qui suivit la bataille de Mello fut terrible; quand le
roi de Navarre eut quitté le pays, les nobles, qu'il aurait peut-être
voulu empêcher, moyennant le châtiment des principaux coupables
et le paiement d'indemnités, d'exercer des représailles,
se vengèrent.
«
Les Jacques avaient détruit les châteaux, les nobles incendièrent
les chaumières. »
Ils firent
la chasse à l'homme, et, dès la Saint-Jean (24 juin),
«
le nombre des victimes dépassait vingt mille ».
Etienne
Marcel, dans une lettre qu'il écrivit vers ce temps-là aux
villes de Flandre, décrit d'effrayants excès :
«
Pendant plus de deux ans la réaction fut abominable, et lés
nobles
et les brigands des grandes compagnies commirent autant et plus d'excès
que n'en avaient commis les Jacques. » (Flammermon.).
On a de
Prosper
Mérimée un drame intitulé
la Jacquerie, scènes
féodales (Paris, 1828,
in-8).
Charles
le Mauvais s'évada et vint à Paris
disputer le pouvoir au jeune dauphin Charles, régent du royaume.
Innocent
VI avait fait conclure, à Bordeaux, une trêve de deux
ans (23 mars 1357),
mais Édouard III n'en songeait pas moins à se partager la
France avec le roi de Navarre, et il signait avec Jean
II le traité de Londres
(24 mars 1359),
qui lui enlevait la plus grande partie de son royaume. Le dauphin aima
mieux combattre que d'accepter une pareille convention. Édouard
revint en France, s'avança jusqu'à Paris, puis jusqu'à
Chartres ,
en perdant inutilement beaucoup de monde, et consentit à signer,
le 8 mai 1360,
le traité de Brétigny ,
moins ruineux pour la France que celui de Londres.
Deuxième
période
Charles
V (1364-1380)
profita des contestations auxquelles donna lieu le traité de Brétigny
pour en différer l'exécution. D'ailleurs, les Anglais et
les Français avaient encore l'occasion de se combattre, soit en
Normandie, où les Anglo-Navarrais furent défaits par Du Guesclin
à Cocherel
(16 mai 1364),
soit en Bretagne, où Charles de Blois
fut vaincu et tué à Auray
(28 septembre 1364)
par Jean IV, fils de Jean de Montfort, soit en Castille ,
où Du Guesclin renversa Pierre
le Cruel, défendu par le prince Noir et mit sur le trône
Henri
de Trastamare, allié de la France (1366-69).
Charles V déclara
la guerre à Édouard III, en soutenant contre lui les seigneurs
gascons, sous prétexte qu'il avait manqué à ses engagements
et outrepassé ses droits (avril 1369).
Les populations du Midi se révoltaient contre la domination anglaise.
Du
Guesclin, nommé connétable de France, battit R. Knolles
à Pontvallain (1370);
le prince Noir, après avoir saccagé Limoges ,
revint malade en Angleterre; Charles V fit la
paix avec Charles le Mauvais (1371);
une flotte anglaise fut détruite, près de la Rochelle, par
une flotte castillane
(1372),
et Jean IV fut chassé par les Bretons pour s'être allié
avec Édouard III (1373).
Battus encore par Du Guesclin à Chizé (21 mars 1373),
les Anglais perdirent toutes les possessions qui leur restaient entre la
Loire et la Gironde; le duc de Lancastre traversa la France, de Calais
à Bordeaux, sans pouvoir livrer bataille, en perdant peu à
peu son armée (1373);
le duc d'Anjou conquit une partie de la Guyenne
et reçut la soumission des seigneurs gascons (1374).
Alors Édouard III conclut la trêve de Bruges
(27 juin 1375),
qui fut prolongée jusqu'au 24 juin 1377.
Le vieux roi d'Angleterre,
après avoir perdu son fils, le prince Noir (17 juillet 1376),
mourut le 21 juin 1377,
laissant le trône à son petit-fils, Richard II, âgé
de dix ans. Aussitôt, le roi de France recommença la guerre,
sur mer, en Artois et
en Guyenne
contre les Anglais, en Normandie et en Navarre
contre Charles le Mauvais, redevenu leur
allié (1377-78).
Le duc de Lancastre essaya vainement de rétablir Jean IV en Bretagne
et de reprendre Saint-Malo (1378);
Charles
V fit condamner Jean IV et voulut réunir son duché à
la France, mais les Bretons, jaloux de leur indépendance, rappelèrent
leur duc et le soutinrent, avec l'aide des Anglais. Du Guesclin lui-même
ne voulait pas combattre ses compatriotes. D'ailleurs, il mourut le 13
juillet 1380.
Le règne de Charles V, après tant de succès, se termina
au milieu de ces revers (16 septembre 1380),
tandis que le comte de Buckingham conduisait une armée anglaise
de Calais
en Bretagne.
Troisième
période (1380-1429)
Pendant la plus grande
partie du règne de Charles VI, la guerre
fut beaucoup moins active, à cause des troubles qui eurent lieu
en Angleterre et en France. En 1381,
le duc de Bretagne fut obligé de faire la paix avec Charles VI (janvier).
En 1383,
les Anglais vinrent attaquer le comte de Flandre, mais ils furent repoussés,
et une trêve fut signée à Leulinghen le 26 janvier
1384.
Quelques jours auparavant, était mort le comte de Flandre, Louis
de Male (9 janvier). Ses vastes domaines passèrent à son
gendre, Philippe le Hardi, déjà
duc de Bourgogne, fils du roi Jean le Bon.
Après d'inutiles
et coûteux préparatifs pour un débarquement en Angleterre,
une nouvelle trêve fut conclue le 18 août 1388,
et elle fut renouvelée en 1389,
en 1394,
en 1396.
Richard II était occupé à lutter contre ses oncles;
le duc de Bourgogne disputait le pouvoir au connétable Olivier de
Clisson et il était parvenu à le ressaisir, depuis que Charles
VI était tombé en démence (1392).
Des négociations, entamées pour amener un rapprochement entre
la France et l'Angleterre, aboutirent à la trêve de Paris,
conclue pour vingt-huit ans, le 9 mars 1396,
et Richard II épousa Isabelle de France, fille de Charles VI, le
26 septembre suivant. Trois ans plus tard (août 1399),
Richard II fut renversé par H. de Lancastre, qui régna sous
le nom de Henri IV (1400-1413).
Cette révolution, suivie de la mort violente de Richard II (février
1400),
ranima les hostilités entre la France et l'Angleterre, sans que
la trêve fût formellement rompue. Elle fut même confirmée
en 1400
et en 1403,
et il y eut des pourparlers pour la paix.
Henri
IV était occupé à consolider son trône;
le duc d'Orléans ,
frère de Charles VI, soutenu par la
reine Isabeau de Bavière,
disputait le gouvernement au duc de Bourgogne,
Philippe
le Hardi (1403),
puis à son fils, Jean sans Peur,
qui le faisait assassiner en 1407,
et bientôt commençait une véritable guerre civile,
la lutte des Armagnacs
et des Bourguignons. Henri IV vit son alliance
recherchée par les uns et par les autres. Il envoya des secours
aux Armagnacs, en
1412,
mais il profita peu de ces discordes. Son fils, Henri
V, (1413-1422)
signa bien, le 25 septembre 1413,
une trêve, qui fut prorogée en 1414
et en 1415,
mais il réclama l'exécution du traité de Brétigny,
se rapprocha de Jean sans Peur, puis, après l'expiration de la trêve,
il débarqua en Normandie et remporta la grande victoire d'Azincourt
(25 octobre 1415).
Le duc de Bourgogne
reprit les armes contre le connétable Bernard d'Armagnac, beau-père
du jeune duc Charles d'Orléans,
captif en Angleterre, et contre le dauphin Charles, qui laissait le pouvoir
aux Armagnacs.
Pendant que Henri V s'emparait de Caen et
d'une partie de la Normandie, Jean sans
Peur s'alliait avec la reine Isabeau (1417);
les Bourguignons entraient, par surprise,
dans Paris (nuit du 28 au 29 mai), où ils massacraient les Armagnacs,
gardaient le vieux roi
Charles VI et établissaient
dans la capitale un gouvernement opposé à celui du dauphin,
qui se retirait à Poitiers. En 1419,
la prise de Rouen par Henri V et l'assassinat de Jean sans Peur par les
Armagnacs (10 septembre) rendirent la situation de la France encore plus
critique. Philippe le Bon, fils de Jean sans Peur, s'entendit avec le roi
d'Angleterre, avec la reine Isabeau
de Bavière, et fit conclure le traité
de Troyes (21 mai 1420)
qui donnait à Henri V la main de Catherine, fille de Charles VI,
avec les titres de régent et d'héritier du royaume de France.
Le dauphin Charles, encore soutenu par l'Écosse et par de fidèles
partisans, . devint le dernier espoir de salut. Henri V fit capituler Melun
(novembre 1420)
et retourna en Angleterre.
Son frère,
Thomas, duc de Clarence, fut vaincu et tué à Baugé
(22 mars 1421), mais les troupes du dauphin furent défaites par
le duc de Bourgogne à Mons-en-Vimeu (30 août). Henri V, revenu
en France, s'empara de Meaux (2 mai 1422), fit une entrée solennelle
à Paris (30 mai) et mourut au château
du Bois de Vincennes
le 31 août. Il laissait ses deux royaumes à son fils, Henri
VI, né le 6 décembre 1421,
qui eut pour régents ses oncles, le duc de Bedford
en France, le duc de Glocester en Angleterre. Charles VI mourut le 24 octobre
suivant
1422)
et son fils prit le nom de Charles VII (1422-1461).
Ce prince était jeune, faible, insouciant, et Bedford était
un homme habile. Sous sa direction habile les Anglais furent vainqueurs
à Cravant-sur-Yonne (31 juillet 1423)
et à Verneuil
(17 août 1424).
Alors Charles VII, sur les conseils de sa
belle-mère, Yolande d'Aragon ,
donna l'épée de connétable (7 mars 1425)
au comte de Richemont, frère du duc de Bretagne Jean V, et beau-frère
du duc de Bourgogne. Richemont voulut réorganiser l'armée
et réconcilier Philippe le Bon avec Charles VII, mais, mal secondé
par des troupes indisciplinées, battu devant Saint-James-de-Beuvron
(6 mars 1426),
abandonné par le duc de Bretagne, obligé de lutter sans cesse
contre les favoris du roi, il tomba bientôt en disgrâce (1427),
et son ennemi, G. de la Trémoille, devint maître du gouvernement.
Cependant, les Anglais, quoique vaincus devant Montargis par le bâtard
d'Orléans (5 septembre 1427),
faisaient des progrès continus et s'avançaient vers la Loire.
Le 12 octobre 1428,
ils commençaient le siège d'Orléans et, le 12 février
1429,
ils battaient, à Rouvray, une petite armée qui venait au
secours de la ville (Journée des harengs).
Quatrième
période (1429-1453).
C'est ici qu'intervient
Jeanne
d'Arc, amazone fanatique ,
mais dont la propagande à laquelle elle donna lieu vint ranimer
les courages abattus et préluder, par la délivrance d'Orléans
(8 mai 1429)
au relèvement de la France. Victorieuse à Patay (16 juin),
elle fit sacrer Charles VII à Reims
(17 juillet), mais, abandonnée par ce prince indolent, par l'égoïste
La Trémoille, elle échoua devant Paris, fut prise à
Compiègne (24 mai 1430),
livrée par le duc de Bourgogne aux Anglais et brûlée
à Rouen le 30 mai 1431.
Néanmoins, les spectaculaires exploits de la Pucelle avaient porté
un coup mortel à la fortune de l'Angleterre. La Trémoille
fut renversé par Yolande et le connétable de Richemont, qui
reprirent le pouvoir (juin 1433).
Tout en combattant les Anglais et en réprimant les excès
des gens de guerre, Richemont prépara un rapprochement entre le
duc de Bourgogne et le roi de France. Philippe
le Bon, que Glocester avait irrité, et que Bedford lui-même
n'avait pas toujours assez ménagé, fit enfin la paix avec
Charles VII par le traité d'Arras
(20 septembre 1435).
Avec l'alliance de
la Bourgogne, les Anglais, qui avaient refusé de faire la paix,
perdirent leur supériorité. Bedford venait de mourir (14
septembre); les populations de la Normandie s'insurgeaient. Le 13 avril
1436,
Richemont chassa les Anglais de Paris, avec, l'aide des Bourguignons et
des habitants révoltés. Il reprit ensuite Malesherbes, Nemours,
Montereau (1437),
Meaux (1439),
et, encouragé par les réclamations des États d'Orléans,
il entreprit la réforme de l'armée, malgré un échec
qu'il éprouva devant Avranches ,
à cause de l'indiscipline des gens de guerre (1439).
Une révolte
militaire et féodale, la Praguerie, eut lieu en 1440
et fut vigoureusement réprimée par Charles VII.
La
Praguerie est une révolte féodale contre Charles
VII (1440).
On l'appela ainsi en souvenir des troubles qui avaient désolé
récemment la Bohème et sa capitale. La Praguerie eut pour
causes : les progrès du pouvoir royal et les réformes militaires
qui inquiétaient la noblesse et les chefs de bandes; pour principal
instigateur, le duc de Bourbon; pour résultat, le triomphe de la
royauté. Depuis le traité d'Arras
(1435),
la puissance de Charles VII n'avait cessé de s'accroître.
Ce n'était plus le prince insouciant et faible qu'on appelait dérisoirement
le roi de Bourges .
Bien secondé par ses ministres et ses capitaines, il avait repris
sa capitale (1436);
il s'occupait de la guerre et du gouvernement; il voulait chasser les Anglais
de son royaume, y établir l'ordre, réorganiser l'administration,
l'armée, soumettre à l'autorité royale tous ceux qui
s'étaient habitués à s'en affranchir. Pour cela, il
lui fallait surtout une armée disciplinée, sûre, au
lieu des routiers pillards et vagabonds qui n'obéissaient qu'à
des chefs indépendants. Une réforme militaire avait été
commencée par plusieurs ordonnances, dont la principale, celle d'Orléans
(2 novembre 1439),
avait posé en principe que le roi seul avait le droit de lever des
troupes. Désormais nul ne pouvait être capitaine de gens d'armes
sans avoir été nommé par le roi. Tous ceux qui étaient
atteints par ces mesures, princes, seigneurs, chefs de bandes, cherchèrent
aussitôt à en empêcher l'exécution, et dès
lors « se machina une praguerie ».
Le
duc de Bourbon, Charles ler, prince remuant et ambitieux, se mit à
la tête des mécontents, tels que les ducs d'Alençon
et de Bretagne, le comte de Vendôme, le bâtard d'Orléans,
G. de La Trémoille, et les capitaines de routiers, comme Antoine
de Chabannes, etc. Il entraîna même le dauphin Louis, alors
âgé de seize ans, dont les mauvais instincts et l'ambition
précoce commençaient à s'éveiller. Les princes
voulaient chasser les conseillers de Charles VII, mettre le roi en tutelle,
donner le pouvoir au dauphin et gouverner en son nom. Envoyé par
son père dans le Poitou, pour y réprimer les désordres
des routiers, le dauphin était à Niort quand il céda
aux pernicieux conseils du duc d'Alençon, gouverneur de cette ville.
Après s'être concerté avec eux, Dunois
alla rejoindre, à Blois, le duc de Bourbon, le comte de Vendôme
et La Trémoille. La révolte commença dans le Poitou
(février 1410)
et gagna promptement d'autres provinces. Charles VII, stimulé par
le connétable de Richement, agit avec une décision et une
vigueur qui déconcertèrent les rebelles. Vaincus dans le
Poitou, ils n'eurent pas honte de faire appel aux Anglais qui combattaient
encore la France, puis ils continuèrent la lutte dans l'Auvergne
et le Bourbonnais .
Le
roi se mit à leur poursuite, avec Richement, Ch. d'Anjou, Xaintrailles,
Gaucourt, pendant que ses troupes contenaient les rebelles dans la Touraine,
le Berry, l'Ile-de-France. Chassés des places qu'ils occupaient
en Auvergne, Evaux. Ebreuil, Aigueperse, etc., les princes demandèrent
à traiter, mais, comme ils prétendaient faire leurs conditions,
au lieu de subir celles du vainqueur, Charles VII rompit les négociations,
soumit l'Auvergne, le Forez et réduisit les rebelles à implorer
sa clémence. Sollicité par le duc de Bourgogne et le comte
d'Eu, il consentit à recevoir le dauphin et le duc de Bouchon, qui
vinrent à Cusset demander pardon à genoux. Le roi se montra
généreux et accorda une amnistie complète, mais en
exigeant l'observation de l'ordonnance d'Orléans. La Praguerie se
termina ainsi vers le milieu de juillet 1440. Les princes recommencèrent
bien leurs menées (1441),
en se groupant autour de Ch. d'Orléans, revenu en France, mais ils
n'allèrent pas jusqu'à prendre les armes. Ils se réunirent
à Nevers
et exposèrent au roi leurs plaintes (février
1442).
Il répondit qu'il ferait droit à leurs réclamations,
si elles étaient fondées, en ajoutant que
«
se il povoit estre certainement adverti qu'ils voulsissent traictier ne
faire aucune chose contre lui, ne sadicte majesté il lairoit toutes
antres besongnes pour eulx courre sus » (Monstrelet).
En somme,
la royauté, que la Praguerie voulait affaiblir, sortait plus forte
de cette épreuve.
La Praguerie profita
peu aux Anglais. Ils prirent Harfleur (octobre 1440),
mais ils perdirent Creil et Pontoise, en dépit des efforts du duc
d'York (1441),
et le duc d'Orléans, sorti de sa longue captivité (novembre
1440),
essaya en vain, avec Philippe le Bon, de ranimer la Praguerie. En 1442,
Charles VII parut, avec une armée formidable, à la Journée
de Tartas (arr. de Saint-Sever), et enleva aux Anglais Saint-Sever, Dax,
Marmande ,
La Réole. En 1443,
le fameux Talbot dut lever le siège de
Dieppe ,
et le duc de Somerset fit en France une expédition infructueuse.
Sur les conseils de son ministre Suffolk, Henri
VI, découragé, conclut la trêve de Tours (28 mai
1444)
et épousa la belle Marguerite, fille de René d'Anjou (mars
1445).
Pendant la trêve de Tours, prolongée successivement jusqu'au
1er avril 1450,
le connétable licencia les bandes de routiers et d'écorcheurs
qui avaient fait tant de mal, et organisa les compagnies d'ordonnance,
qui furent les premiers éléments de l'armée permanente.
En 1448,
il fallut chasser du Mans
les Anglais qui ne voulaient pas rendre cette place à René
d'Anjou. Alors, ils surprirent la ville de Fougères, qui appartenait
au duc de Bretagne, François Ier,
allié de Charles VII (24 mars 1449).
Le roi de France, d'accord avec le duc, déclara la guerre à
Henri
VI (31 juillet 1449).
Pendant que le connétable, avec les Bretons, s'emparait du Cotentin
et de Fougères, Dunois commençait
la conquête de la Basse-Normandie et Charles VII entrait à
Rouen le 10 novembre 1449.
C'était l'époque où le duc d'York, par ses intrigues
contre Suffolk et Marguerite d'Anjou, préparait la terrible guerre
civile, ou guerre des Deux Roses, qui devait renverser Henri VI.
Th. Kyriel, envoyé
en France
avec une petite armée, levée à grand-peine, fut vaincu
à Formigny par le connétable et le comte de Clermont (15
avril 1400);
le duc de Somerset fut réduit à capituler dans Caen ,
et la prise de Cherbourg
acheva la conquête de la Normandie
(12 août 1450).
En même temps, la guerre se faisait en Guyenne ,
où les Anglais
étaient battus à Blanquefort (1er
novembre). L'année suivante, Dunois acheva
la conquête de la Guyenne, après avoir fait capituler Bordeaux
(12 juin) et Bayonne
(20 août 1450).
Bientôt cette province, mécontente de l'administration française,
s'insurgea, rappela les Anglais. Talbot amena
d'Angleterre 5 000 hommes, entra dans Bordeaux (22 octobre 1452)
et reprit une partie de la Guyenne, mais il fut vaincu et tué à
la bataille de Castillon
(17 juillet 1453),
par J. de Bueil, Jacq. de Chabannes et J. Bureau. Charles VII vint assister
au siège de Bordeaux. Cette ville capitula une seconde fois (9 octobre
1453)
et la Guyenne fut définitivement reconquise. Ces événements
marquent la fin de la Guerre de Cent ans. Elle fut ainsi terminée,
non par un traité, mais par le départ des Anglais. (E.
Cosneau / A. Giry / L.). |