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Souabe (Schwaben).
- Région historique de l'Allemagne ,
comprise entre le Rhin qui la sépare à l'Ouest de l'Alsace,
au Sud de la Suisse
formée en partie à ses dépens, le Lech qui la sépare
de la Bavière
à l'Est, et confinant au Nord à la Franconie
qui occupe le bassin du Main. Elle formait l'un des grands-duchés
de l'Allemagne, celui qui donna son nom au pays tout entier, car on l'appelait
aussi Alamanie (ou Alamannie), du nom du peuple qui l'habitait. Les principaux
cantons étaient le Brisgau ,
le Baar (Haut-Danube), le Klettgau et le Hegau, au Nord de Schaffhouse,
l'Aargau (Argovie), le Thurgau (Thurgovie), l'Algau (au Nord du Vorarlberg),
l'lllergau, le Ries (pays de Nordlingen), le Jagstgau, le Kochergau, le
Kraichgau, etc.
Cette région fut occupée
par les Celtes, puis au Ier siècle
av. J.-C. par les Suèves. Les Romains
la conquirent jusqu'au Danube et en firent leur province de Rhétie ,
à laquelle s'ajoutaient vers l'an 100 de l'ère chrétienne
les Champs Deurmates, pays entre la Lahn et le Danube soumis au
tribut de la dîme; de Ratisbonne à Lorch s'étendait
un retranchement qui les protégeait. A la fin du IIIe
siècle, probablement après la mort de Probus,
les Alamans ou Alemans s'y établirent et absorbèrent la population
précédente. Se déplaçant vers l'Ouest, ils
eurent leur centre principal sur le Rhin, entre les Vosges et la Forêt-Noire,
mais Clovis les défit à Tolbiac
(Zulpich) en 496, leur enleva leurs provinces septentrionales. Subordonnés
désormais aux Francs, ils virent l'Alsace se détacher de
leur duché d'Alamannie au VIIe siècle.
Ils furent convertis au christianisme ,
des évêchés se fondèrent à Constance
et Augsbourg ,
des abbayes à Saint-Gall,
Reichenau, Murbach ,
etc. En 746, les Carolingiens
affermissent leur domination; Pépin
supprime les ducs nationaux et fait gouverner l'Alamannie par deux comtes.
Au IXe siècle, lors du démembrement
de l'empire carolingien, ces comtes se rendent indépendants. Conrad
Ier les fait exécuter (917), mais
Burkhard ler reprend le titre de duc et
se fait reconnaître par Henri ler
à l'avènement de celui-ci (919).
Après Burkhard Ier,
les ducs de Souabe sont Hermann Ier (926-949),
qui a épousé sa veuve; puis Ludolf, fils du roi Otton ler
et gendre d'Hermann; mais celui-ci se révolte contre son père
et est remplacé par Burkhard Il (954-973)), lequel meurt sans enfants.
Otton II rend le duché de Souabe au fils de Ludolf, Otton, lequel
meurt en 982 : vinrent alors un cousin de l'empereur, Conrad Ier
(982-997), puis son neveu Hermann II (997-1003), lequel régit aussi
l'Alsace; le fils de celui-ci, Hermann III, (1003-1013), a pour héritier
sa soeur Gisèle, épouse du margrave d'Autriche ,
laquelle exerce la régence au nom de son fils mineur Ernest (1015)
puis épouse Conrad, lequel devient plus tard empereur. Ernest II,
révolté contre son beau-père, perd la Souabe, que
Conrad Il attribue au second fils de Gisèle, Hermann IV (1030-1038),
mort sans enfants, puis à son propre fils Henri, lequel, devenu
empereur à son tour, inféode la Souabe au comte palatin du
Rhin, Otton (1045-1047), et, après sa mort, au margrave Otton de
Schweinfurt (1047-1057). Celui-ci, disparu à son tour sans héritiers,
le duché est donné au comte Rodolphe de Rheinfelden (1057-1080),
ce fut un choix malheureux, car celui-ci dispute l'empire à Henri
IV; il est battu et tué sur l'Elster. L'empereur lui avait enlevé
la Souabe pour la donner au comte Frédéric
Ier de Hohenstaufen (10791105). Celui-ci
eut à combattre, non seulement le fils de l'anticésar Berthold
de Rheinfelden, mais son gendre Berthold de Zaehringen, et il fut obligé
de faire des concessions (1096); les biens des Welfs durent être
cédés à la Bavière ,
le Brisgau
et l'avouerie de Zurich
aux Zaehringen.
Les ducs suivants furent Frédéric
II le Borgne (1105) et Frédéric III qui fut l'empereur Frédéric
Barberousse. Montés sur le trône, les Hohenstaufen,
les illustres empereurs souabes, conservèrent le duché de
Souabe dans leur famille; ils y placèrent d'abord le jeune Frédéric
IV de Rothenburg, fils de l'empereur Conrad III (1152-1169), puis quatre
fils de Barberousse, Frédéric V (1169-1191), Conrad III (1191-1196),
Philippe
(1196-1208), lequel à son tour prétendit à l'empire.
La lutte qu'il soutint hâta la dissolution du duché; pour
acheter des appuis, il distribua presque toutes ses terres. Son successeur
Frédéric VI (l'empereur Frédéric II) mit à
la tête du duché de Souabe son fils Henri (1219-1235), et,
après sa rébellion; Conrad, lequel devenu empereur, le transmit
à son fils Conrad V (1254-1268), le petit Conradin. Cet héroïque
enfant fut à la fois le dernier des Hohenstaufen et le dernier duc
de Souabe. Lorsqu'il partit à quatorze ans pour reconquérir
son royaume de Sicile, il engagea ce qui lui restait, avec la maréchaussée
de Souabe, l'avouerie d'Ulm, les landes de Leutkirch, au comte de Wurttemberg.
Celuici est donc, dans la tradition historique comme en fait, le successeur
des ducs de Souabe.
Les autres principautés importantes
étaient le margraviat de Bade ,
le comté palatin de Tubingue, les comtés de Teck et de Hohenzollern.
Les droits impériaux et les terres et revenus qui demeuraient furent
administrés au nom de l'empereur par des avoués de Haute
et Basse-Souabe; tous les personnages importants échappaient à
leur autorité, s'étant fait reconnaître l'immédiateté;
d'ailleurs, le Wurttemberg se fit concéder dès la fin du
XIIIe siècle l'avouerie de Basse-Souabe,
puis celle d'Alsace. L'anarchie produisit des troubles tels, que les villes,
pillées par les seigneurs, se coalisèrent et formèrent
en 1331 la ligue souabe, dirigée surtout contre le Wurttemberg;
la fortune de cet État en fut entravée pour des siècles.
L'extinction des Zaehringen (1218), qui
avaient créé un duché autonome dans la Souabe méridionale
( Suisse ),
eut pour effet de rendre nominalement à l'empire leurs possessions,
mais, en fait, de donner une quasi-indépendance à une foule
de seigneurs et de villes rattachés immédiatement au chef
lointain du Saint-Empire. Ce fut le cas des comtes de Habsbourg,
landgraves de l'Aargau, du Thurgau et de Zurich
et aussi des cantons forestiers auxquels Frédéric II, préoccupé
de s'assurer la route du Gothard que l'on venait d'ouvrir, confère
l'immédiateté.
Tandis que la Confédération
helvétique
arrête au Sud l'expansion des Habsbourg,
qui, maîtres de l'Autriche ,
reportent leurs ambitions au Nord du Rhin : ils acquièrent Fribourg
(1368), le Brisgau
(1369), favorisant une ligue des petits seigneurs souabes qu'on appelle
les Schlegler (1360) qui se placèrent sous leur protection;
le Wurttemberg, engagé dans une lutte sanglante, dut renoncer à
l'avouerie (1378); la ligue des villes s'allia également à
l'Autriche (1382); exemple suivi par plusieurs des redoutables fédérations
de chevaliers (les Martinets, les chevaliers du Lion, etc.). L'anarchie
empira, et l'empereur Wenceslas proclama sans grand effet la paix d'Eger
(1389) ; finalement la ligue des SchlegIer fut écrasée par
le Wurttemberg et dut se dissoudre (1395). Puis le Wurttemberg, Bade, Mayence
et dix-sept villes souabes forment contre l'empereur Robert, qui menace
les privilèges des villes, la confédération de Marbach
(1405). Les guerres privées ne discontinuent pas durant le XVe
siècle, malgré les efforts des faibles empereurs et la fondation
de la Société de Saint-Georges (1436) avec un programme de
pacification générale.
En 1487, sur convocation impériale,
les États généraux de Souabe s'assemblent à
Esslingen et concluent la grande Ligue souabe (14 février 1488)
pour la pacification. Le programme en avait été tracé
par, l'archevêque de Mayence, Berthold d'Henneberg, et le chef des
chevaliers de Saint-Georges; à ceux-ci et aux vingt-deux villes
souabes s'associent le duc du Tyrol ,
le comte de Wurttemberg, les margraves de Bade
et d'Ansbach ,
le duc de Bavière-Munich, les évêques d'Augsbourg
et de Constance; plus tard la Hesse, Trèves, le Palatinat ; un conseil
fédéral de trois collèges (princes, villes, prélats
et chevaliers), doit diriger la ligue et disposer d'une armée fédérale
de 12 000 piétons et 1200 cavaliers. Cette organisation eut de bons
effets, mais peu durables. Dans la nouvelle organisation donnée
au Saint-Empire en 1510, la Souabe forma l'un des dix cercles ( Allemagne ).
La ligue assura la prépondérance
de l'Autriche
dans l'Allemagne
du Sud en brisant le duc Ulrich III de Wurttemberg (1519); elle écrasa
la terrible révolte des paysans (qui avait commencé dans
l'Algau et le Hegau et succomba à lngolstadt le 4 juin 1525) et
combattit la Réforme. Ceci entraîna sa dislocation en 1534;
le pacte, renouvelable de huit en huit années, ne fut pas renouvelé,
et Charles-Quint fit de vains efforts pour
ressusciter la ligue souabe.
A partir de la Réforme, la Souabe
est divisée en deux camps : les protestants ,
à leur tête le Wurttemberg et les villes libres d'Ulm, Heilbronn,
Rutlingen, Esslingen; les catholiques ,
alliés à l'Autriche .
Après la défaite des confédérés de Smalkalde,
Charles-Quint
abolit dans les villes les constitutions démocratiques et rétablit
les vieilles institutions oligarchiques. Mais on n'a pu faire entrer la
chevalerie dans l'organisation des cercles où elle ne juge pas sa
place suffisante, et l'anarchie persiste. L'acceptation nominale de là
constitution des cercles (Ulm, 1563) ne la clôt pas. Après
la désastreuse guerre de Trente ans, les traités de 1648
consacrent le démembrement de la Souabe comme du reste de l'Allemagne
en États territoriaux. Il est consommé par la paix de Lunéville
(1801) et les remaniements consécutifs qui ne laissent subsister
des nombreuses principautés et villes libres que Bade ,
Wurttemberg, Bavière ,
Hesse-Darmstadt, Hohenzollern ,
Leichtenstein et Leyen, Leyen disparaît en 1814 et Hohenzollern en
1849. Quant à la Souabe, amputée en 1648 de la Suisse
et de l'Alsace, elle avait perdu même son existence nominale lors
de l'abolition du Saint-Empire romain germanique. Son nom n'est plus conservé
que par une province de Bavière. (A.-M. B.). |
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