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Des
origines à la fondation du royaume.
Dans l'Antiquité ,
la région actuellement appelée Portugal était composée
en partie par la Lusitanie
des Romains ,
avait eu des relations de commerce avec les Phéniciens, les Grecs
et les Carthaginois
avant de subir la domination romaine, en 140
av. J.- C. Les habitants, d'origine celtique
(Celtici, Lusitani, Gallaeci), opposèrent aux Romains une longue
résistance, illustrée par l'héroïsme de Viriathe.
Pendant cinq siècles et demi, la Lusitanie fit partie de l'empire
romain. En 409,
elle fut occupée par les Alains,
et plus tard par les Suèves.
Ces derniers y fondèrent, dans la Galice, un royaume qui fut détruit
par les Wisigoths (467-585).
Conquis en 712
par les Arabes, qui rattachèrent le pays à l'empire des Califes,
il allait leur être enlevé peu à peu par les souverains
de Léon et de Castille .
Les rois chrétiens des Asturies ,
qui avaient poussé leurs conquêtes au sud des montagnes, commencèrent
par chasser les Maures de la Galice et occupèrent Lisbonne
en 953.
Puis Henri de Bourgogne ,
petit-fils de Robert Ier, duc de Bourgogne,
fut fait, en 1094
ou 1095,
en récompense de ses services contre les Arabes, comte du pays situé
entre les embouchures du Douro (Duero)
et du Minho par Alphonse VI, roi de
Léon et de Castille, qui lui donna en mariage Térèsa,
sa fille naturelle. Il fixa sa résidence à Porto (Portus
Cale), d'où le pays prit le nom de Portugal, au témoignage
de Camoens, Lusiades ,
cant. VI
...
Real cidade dondeteve
Origem
(como he lama) o nome eterno
De
Portugal.
Alphonse
Henriquez, fils de Henri de Bourgogne, succéda à son
père sous la tutelle de sa mère en 1112,
comme comte de Portugal. Il remporta, en 1139,
sur les Maures, une grande victoire, et fut proclamé roi par ses
soldats sur le champ de bataille. Les cortès de la nation, assemblées
à Lamego en 1143,
confirmèrent cette élection, qui fut sanctionnée par
le pape. Le Portugal forma dès lors un royaume indépendant,
auquel Alphonse III donna, par la
conquête des Algarves sur les musulmans, l'étendue qu'il a
conservée. Le roi Denys créa la marine portugaise. La mort
du roi Ferdinand, en 1383,
fut suivie de grands troubles pour la succession à la couronne,
à laquelle prétendaient Jean Ier,
roi de Castille ,
mari de Béatrix, fille de Ferdinand et de Léonore Tellez,
Jean, fils du roi Pierre Ier et d'Inez
de Castro, et dom Jean, fils naturel de Pierre Ier,
et grand maître de l'ordre d'Avis .
Ce dernier fut élu par les cortès assemblées à
Coimbra
en 1383,
et gagna contre le roi de Castille la bataille d'Aljubarrota ,
qui lui assura le trône.
Expansion coloniale
et déclin.
Jean Ier
fit la conquête de Ceuta
en Afrique ,
et les Portugais, sous son règne, ouvrirent aux nations de l'Europe
la carrière des découvertes maritimes. Les navigateurs portugais,
sous la savante et habile direction de l'infant dom
Henri, découvrirent Madère
en 1420,
doublèrent les premiers le cap Bojador en 1434.
explorèrent toute la côte occidentale d'Afrique ( La
découverte de l'Afrique ),
et y fondèrent des établissements. Alphonse
V reçut le titre d'Africain par ses conquêtes en Afrique,
où il s'empara de Tanger en 1471.
Sous l'énergique Jean Il. Bartolomeo Diaz
s'avança jusqu'au cap de Bonne-Espérance, que Vasco
da Gama franchit en 1497,
lorsqu'il fraya à la navigation européenne, sous le règne
d'Emmanuel le Fortuné, une nouvelle route
maritime vers l'Inde .
Pendant ce même règne, qui est l'époque la plus brillante
de l'histoire du Portugal, Albuquerque donna
Goa pour capitale à I'empire portugais qu'il fonda en Inde,
et Alvarès Cabral découvrit le Brésil
en 1500
( La découverte de l'Amérique ).
Le Portugal était alors la puissante nation maritime dont Camoens
a immortalisé la grandeur dans les chants patriotiques de son épopée
des Lusiades .
( Les
Grandes découvertes ).
-
La
Tour de Belem, construite près de Lisbonne au dévut du XVIe
siècle pour célébrer
les
voyages de découverte de Vasco de Gama. Source
: The World factbook.
De la malheureuse
issue de l'expédition du roi Sébastien au Maroc ,
en 1578,
date la décadence du Portugal. Ce jeune prince tomba victime de
son ardeur chevaleresque sur le champ de bataille d'Alcaçar-Quivir,
et eut pour successeur son grand-oncle, le cardinal
Henri. Après la mort de ce vieillard, en 1580,
plusieurs prétendants firent valoir leurs droits au trône
du Portugal. Antoine, fils naturel de l'infant dom Louis, deuxième
fils du roi Emmanuel, se fit proclamer roi à
Lisbonne;
mais Philippe Il, roi
d'Espagne ,
réclama la couronne, comme fils d'Elisabeth, fille aînée
d'Emmanuel, et fit marcher le duc d'Albe contre
Antoine, qui fut défait à Alcantara. Antoine tenta vainement,
dans deux expéditions organisées, la première par
la France, et la seconde par l'Angleterre, de rentrer par mer au Portugal,
et mourut à Paris en 1595.
Philippe II, maître du Portugal, en 1580,
s'en fit reconnaître roi par les cortès, à Thomar,
en 1581.
Nouveaux départs.
Devenu une province
de l'Espagne
sous Philippe II, Philippe
III et Philippe IV, le Portugal
fut dépouillé de ses colonies par les Hollandais, et perdit
sa puissance maritime. Les rigueurs du comte de Olivarez,
ministre de Philippe IV, provoquèrent l'explosion du mécontentement
national. Un soulèvement, habilement dirigé par un gentilhomme
portugais, Pinto Ribeiro, renversa la domination espagnole, et Jean, duc
de Bragance, dont
la maison descendait d'Alphonse, fils naturel de Jean Ier,
fut proclamé roi du Portugal en 1640.
Un traité mit fin, en 1668,
à la guerre qui durait depuis 26 ans entre l'Espagne et le Portugal,
et assura l'indépendance de la couronne portugaise. Le Brésil
fut restitué au Portugal par un autre traité conclu avec
les Hollandais en 1669.
Mais un traité, négocié en 1703
par John Methuen, ambassadeur d'Angleterre, livra le commerce portugais
aux Anglais ( Le Portugal au XVIIIe
siècle ).
Plongé dans les voluptés, le roi Joseph abandonna pendant
27 ans le gouvernement du royaume à son ministre Pombal,
promoteur d'une politique énergique et éclairée, mais
qui se heurta au clergé (notamment avec l'expulsion des jésuites
en 1759)
et à la noblesse. Jean VI, qui succéda à sa mère,
Marie lre, en 1810,
gouvernait le royaume comme régent, à cause de la maladie
mentale de cette princesse, lorsque Napoléon
Ier
lui enjoignit, en 1807,
de rompre toutes les relations du Portugal avec l'Angleterre .
Une flotte anglaise bloquait en même temps le port de Lisbonne.
Jean établit une régence pour administrer le pays, et se
réfugia au Brésil avec sa famille.
Les Portugais, avec
le secours d'une armée anglaise, forcèrent les Français
en 1808
à évacuer le Portugal, qu'ils avaient envahi. Le pays resta
entièrement livré à l'influence anglaise. La révolution
qui éclata en Espagne
en 1820
fut imitée par le Portugal, et lorsque Jean VI y revint, en 1821,
il fut obligé d'accepter la constitution que les cortès venaient
de voter. Mais il l'abolit en 1824.
Il fut contraint, en 1825,
de reconnaître l'indépendance du Brésil, qui s'était
constitué en empire en 1822.
Dom Pedro, fils aîné de Jean VI et devenu son successeur en
1826,
donna une charte, carta de ley, au Portugal et abdiqua en faveur
de sa fille, doña Maria. II nomma son frère dom Miguel régent
du royaume et le fiança à sa fille. Mais ce prince abolit,
en 1828,
la charte donnée par son frère, et assembla les anciennes
cortès, qui le proclamèrent roi légitime, à
l'exclusion de sa nièce.
Dom Pedro, forcé
par une révolution de quitter le Brésil, revint au Portugal
en 1832,
s'empara de Porto, entra à Lisbonne
en 1855,
et, soutenu par la politique anglaise, replaça sa fille sur le trône,
d'où il renversa dom Miguel. Mais le parti des innovations révolutionnaires,
sur lequel s'était appuyé dom Pedro pour atteindre son but,
imposa une nouvelle constitution à doña Maria en septembre
1838,
à la place de la charte de 1826.
Cette charte fut rétablit en 1842.
Elle a été révisée par les cortès en
1852.
De 1850 à
la fin de la monarchie.
A la mort de doña
Maria (1853),
le trône passait à Pierre (Pedro) V, après une libérale
régence du prince Ferdinand de Saxe-Cobourg, puis à Louis
Ier (1861),
auquel a succédé enfin Carlos Ier.
Pendant ces trois derniers règnes, le Portugal n'a cessé
de poursuivre, à l'intérieur, une série de prudentes
réformes économiques : établissement d'un cadastre,
abolition de l'esclavage dans les colonies, vente des biens du clergé,
élargissement de liberté de la presse, acquisition de la
totalité de la presqu'île de Macao, achèvement
du réseau des chemins de fer, etc., enfin et surtout l'amélioration
des services et du régime financier.
Premières
difficultés coloniales.
Dès son avènement,
en 1889,
le roi Carlos Ier se trouva aux prises,
en Afrique ,
avec les prétentions de l'Angleterre .
Le Portugal rêvait de relier ses possessions africaines de l'Ouest
à celles de l'Est, Angola
à Mozambique ,
mais l'Angleterre, qui projetait de créer entre l'Égypte
et le Cap une série de stations, n'entendait pas voir sa route coupée
et elle réclama tout le pays des Makololos, où opérait
alors le major portugais Serpa Pinto. Le 11 janvier
1890,
le gouvernement anglais adressa un ultimatum au gouvernement portugais,
le sommant d'évacuer le territoire en litige. Le ministère
dut plier devant la force, mais des troubles éclatèrent et
le président du conseil, Luciano de Castro, dut se retirer.
Son successeur,
Serpa Pimentel, chef des conservateurs libéraux, proposa à
lord Salisbury de recourir à un arbitrage,
mais celui-ci refusa. Une convention du 20 août 1890,
qui reproduisait, à peu de chose près, les contenues dans
l'ultimatum du 11 janvier, ne fut pas ratifié par les chambres portugaises;
elle amena en outre la chute du ministère. Le général
de Abreu de Souza, qui devint président du conseil, en octobre 1890,
poursuivit les négociations qui aboutirent au traité du 11
juin 1891.
Les possessions du Portugal se trouvaient coupées, mais une partie
du territoire contesté fut laissé au Portugal, et en même
temps la navigation du Zambèze et du Chiré était proclamés
libre.
Le traité
approuvé, le gouvernement eut à songer aux difficultés
financières, qui devenaient de plus en plus pressantes. Le général
de Souza, désespérant d'en venir à bout, se retira
et fit place à un cabinet Dias Ferreira. Mais les économies
ne suffirent pas et un décret du 13 juin 1892
réduisit d'office à un tiers l'intérêt de la
dette extérieure. C'était une faillite véritable.
Les gouvernements étrangers protestèrent au nom de leurs
nationaux. L'établissement du monopole de l'alcool au profit d'un
syndicat de personnalités puissantes détermina une crise
: le roi ayant refusé la dissolution des Cortès, Diaz Ferreira
se retira et fut remplacé, le 23, février 1893,
par Hintze Ribeiro, qui réalisa quelques économies et présenta
un plan de réformes, mais les difficultés financières
persistantes nécessitèrent, au mois de décembre, un
remaniement ministériel, par suite duquel le président du
conseil prit le portefeuille des finances. Il ajourna, puis finit par dissoudre
les Cortès, qui étaient hostiles à ses projets. Il
obtint des élections favorables au gouvernement, en 1894,
puis, de nouveau en 1895,
après une révision de la loi électorale. Cependant
Hintze Ribeiro voyait la majorité lui échapper dans la Chambre
des pairs. Il demanda au roi la création d'un certain nombre de
pairs inamovibles; le roi ayant refusé, le cabinet donna sa démission
le 5 février 1897.
Il fit place à un cabinet libéral, présidé
par Luciano de Castro. Cependant, la situation financière du pays
avait fait surgir des difficultés avec la France
au sujet des travaux du port de Lisbonne,
où se trouvaient engagés les intérêts d'une
maison française. Le gouvernement français eut aussi à
protester contre un édit du 5 janvier 1894,
qui réglait la liquidation des compagnies de chemins de fer portugaises
dans des conditions préjudiciables aux actionnaires français.
Au point de vue colonial,
le Portugal dut s'imposer des sacrifices assez considérables pour
étouffer une insurrection très sérieuse, qui éclata,
en 1895,
parmi les Cafres du district de Lourenzo-Marquez (auj. Maputo), dans la
colonie africaine de Mozambique. Guidée par un chef entreprenant,
Gungunhana, la rébellion tint tête pendant longtemps aux forces
portugaises; le gouverneur de la colonie, Mousinho d'Albuquerque, obtint
cependant la soumission de Gungunhana. qui fut envoyé prisonnier
à Lisbonne.
La formation du cabinet
Luciano de Castro amena, comme conséquence, un renouvellement des
Cortès, qui furent dissoutes aussitôt après la formation
du nouveau gouvernement, qui se mit sérieusement à l'oeuvre
pour apporter un peu d'ordre dans les finances, et ne chercha pas à
dissimuler leur mauvais état. Les élections, le 2 mai 1897,
donnèrent la majorité au gouvernement progressiste. En 1898,
fut votée la conversion de la dette extérieure; le Portugal
ne faisait plus honneur qu'au tiers de sa dette. Les fêtes du quatrième
centenaire de Vasco de Gama firent oublier quelque
temps la détresse financière.
La situation se compliqua
par les divisions du parti progressiste qui amenèrent le ministère
à donner sa démission le 15 août; il fut reconstitué
par Luciano de Castro avec d'autres personnalités. De vains efforts
furent encore faits en 1899
pour combler le déficit du budget. En juin 1900,
éclata une crise ministérielle, provoquée, plutôt
par des questions personnelles que par des questions d'ordre politique.
Le ministère libéral donna sa démission et fut remplacé
par un cabinet conservateur, de nouveau présidé par Hintze
Ribeiro.
Un événement
important se produisit dans la politique extérieure du Portugal.
Depuis longtemps elle était fondée sur une alliance avec
l'Angleterre ,
mais ce lien s'était relâché, et, en
1895,
cette puissance avait traité le Portugal presque en ennemi. La venue
d'une escadre anglaise dans le Tage, en décembre 1900,
fut l'occasion de discours, qui témoignèrent que le pacte
ancien était renoué. En août 1901,
une modification fut apportée par décret sous réserve
de l'approbation des Cortès, à la loi électorale.
Elle consistait dans la substitution du scrutin de liste au scrutin uninominal
et dans l'introduction d'une représentation proportionnelle des
minorités. Le but de ces mesures, concertées entre le président
du conseil et le chef du parti progressiste, Luciano de Castro, était
d'empêcher la formation d'un troisième parti sous la direction
de João Franco, qui s'était séparé du parti
régénérateur ou conservateur. Les élections
générales, au mois d'octobre, assurèrent encore une
forte majorité au ministère.
Un remaniement du
cabinet eut lieu en février 1903,
mais sans qu'il cessât d'être présidé par Hintze
Ribeiro. Il eut à réprimer à Coimbra de graves désordres,
à la suite du refus des habitants de payer l'impôt municipal.
En mars 1904,
le ministre des finances, Texeira de Souza, se retira devant l'impopularité
et l'agitation provoquée par ses projets de nouveaux impôts;
il fut remplacé par Rodrigo Alfonso Pequito, député
de Lisbonne. Le ministère tout entier
démissionna le 18 octobre, à la suite du refus du roi d'ajourner
la Chambre, ainsi qu'il l'avait demandé.
Nouveau
ministère Luciano de Castro.
A son tour, ce fut
le chef des progressistes, Luciano de Castro, qui fut chargé de
constituer un cabinet. Mais, dès le mois de décembre, la
Chambre dut être dissoute, le cabinet progressiste ne pouvant gouverner
avec une assemblée composée, en majeure partie, d'adversaires
politiques. Les élections générales, en février
1905,
donnèrent une majorité ministérielle, mais le ministère
fut contraint de donner sa démission en décembre, n'ayant
pu trouver une majorité pour résoudre la question du renouvellement
du contrat de monopole des tabacs. Le ministère fut reconstitué
sous la même présidence avec le concours de nouveaux éléments,
nais il dut bientôt céder la place au cabinet régénérateur
de João Franco. Enfin, ce dernier ministère se retira lui-même
en mai 1906,
et fit procéder à de nouvelles élections.
Ces élections,
qui ont eu lieu au mois d'août 1906,
ont donné, comme il est d'usage, la majorité au cabinet au
pouvoir. Mais celui-ci paraît disposer d'une majorité plus
solide que les gouvernements précédents, soutenu qu'il est
par une fraction notable du parti conservateur, dont Luciano Castro est
le chef. La solution de l'affaire du monopole des tabacs. la réforme
de la comptabilité publique à laquelle est véritablement
lié, pense-t-on alors, l'avenir financier du Portugal, tels sont
les principaux points du programme que le ministère João
Franco proposa aux Cortès, le 29 septembre 1906.
Ce sera un échec, et le gouvernement dictatorial de João
Franco ne fit que précipiter la chute du régime. Le roi Carlos
Ier meurt dans un attentat le 1er
février 1908,
et Manuel II, qui n'a que 16 ans monte alors sur le trône. Mais le
5 octobre 1910,
la république est proclamée sans qu'aucune vraie résistance
ne lui soit opposée. Le roi Manuel II s'exile en Grande-Bretagne .
Le XXe
siècle.
Cette première
république aux aspirations démocratiques, et dans laquelle
domine l'influence du PRP (Parti républicain portugais) de Afonso
Costa, lance une grande politique de réformes. Une constitution
est promulguée en 1911,
qui instaure un régime parlementaire à deux chambres, et
prévoit notamment la séparation de l'Église et de
l'État. Mais le pays, à l'exception de la bourgeoisie urbaine,
d'ailleurs elle même assez divisée, dont le nouveau régime
a adopté plus ou moins les valeurs, reste très archaïque
dans ses mentalités, et même dans ses pratiques politiques.
Il s'ensuit de nombreux troubles et une forte instabilité des gouvernements
qui se succèdent à un rythme accéléré.
En 1915,
un coup de force, ouvre une période de dictatures (notamment celle
du Général Pimenta de Castro de janvier à mai 1915,
puis celle Sidónio Pais, de décembre 1917
au 14 décembre 1918,
date de son assassinat). En 1916,
le Portugal, d'abord neutre, s'engage dans la Première
Guerre mondiale aux côtés des Alliés, ou plus exactement
aux côtés de son ancien protecteur, la Grande-Bretagne .
L'effort de guerre ne fait cependant qu'accroître les difficultés
économiques intérieures et les désordres. La monarchie
avait même été proclamée au Nord du pays en
janvier 1919.
Après quelques combats contre les monarchistes, le régime
Parlementaire, de nouveau dominé par le PRP, sera cependant rétabli
le mois suivant, mais sans obtenir plus de succès que précédemment.
Plusieurs coups d'État sans lendemain ont encore lieu, jusqu'à
celui du 28 mai 1926,
mené par le général Gomes da Costa et qui va instaurer
une dictature militaire dont l'homme fort pendant quatre décennies
sera un universitaire, Antonio Oliveira de Salazar.
L'Estado
novo de Salazar.
Le coup d'État
de Gomes da Costa a débouché deux ans plus tard, en 1928,
par l'installation d'Oscar Carmona à la tête de l'État,
comme président. Il occupera se poste jusqu'en 1951.
Au début de ce mandat, Salazar n'est que ministre des finances.
Mais en 1932,
il devient président du Conseil, et ainsi dépositaire de
l'essentiel des pouvoirs. Il fait adopter l'année suivante une nouvelle
constitution, fondatrice de ce qu'il appellera l'Estado Novo ( =
le Nouvel Etat). Ce
sera au total, un régime de caractère fasciste, comparable
par son idéologie nationaliste et ses méthodes répressives
à ceux que mettront en place Mussolini en Italie
et Franco en Espagne .
L'Église retrouve ses privilèges, en même temps que
le catholicisme redevient religion d'État. Tous les partis (à
l'exception de celui de Salazar) sont interdits. Une police politique,
la PIDE (Police internationale de défense de l'État) se charge
d'étouffer dans le sang les oppositions, qui ne manqueront pas dès
les premières années du régime.
Malgré la
méfiance que lui inspire le général Franco, en Espagne ,
la communauté d'idées et de valeurs qu'ils partagnent conduit
Salazar à soutenir celui-ci pendant la guerre civile qui déchire
l'Espagne entre 1936
et 1939.
Le Portugal salazariste renonce en revanche à rallier Hitler
pendant la Seconde Guerre mondiale, et tout en affichant une position neutre,
finit, à l'approche de la défaite de l'Axe, par accorder
à la Grande-Bretagne
une aide modeste, contre la garantie de pouvoir conserver son empire colonial.
En 1949,
le Portugal tente de s'ancrer encore davantage dans le camp occidental
en adhérant à l'OTAN. Mais l'après guerre est aussi
l'époque de la décolonisation, concédée de
gré et le plus souvent de force par les autres puissances européennes,
mais à laquelle le Portugal reste obstinément rétive.
Une obstination qui va déboucher sur l'isolement international de
la dictature salazariste, dès les années 1960,
puis sur sa chute en 1974.
Des
guerres coloniales à la révolution des oeillets.
Les nouvelles difficultés
coloniales du Portugal commencent en Inde ,
indépendante du Royaume-Uni
depuis 1947,
et qui souhaite à partir de 1953
récupérer les enclaves portugaises de Goa, Diu
et Damao. Le refus du Portugal conduisent à la rupture des relations
diplomatiques entre les deux pays deux ans plus tard, puis à l'invasion
par les troupes indiennes, 17 décembre 1961,
des trois territoires. Cette même année, une rébellion
se déclare en Angola
sous l'impulsion de plusieurs mouvements indépendantistes, dont
le Mouvement populaire de libération de l'Angola (MPlA). Le soulèvement
dégénère rapidement en une guerre d'autant plus féroce
que la découverte de gisements pétrolifères
en septembre 1967
en démultiplie les enjeux. Au Mozambique, il n'y avait pas de pétrole,
mais un scénario très similaire se jouait depuis 1964,
à l'initiative du Front de libération du Mozambique (FRELIMO)
d'Eduardo Mondiale, et des mouvements indépendantistes agitaient
à la même époque la Guinée-Bissau ( L'Histoire
du Golfe de Guinée )
et Sao Tomé-et-Principe.
Le Portugal, chaque
jour un peu plus mis à l'écart par ses voisins occidentaux,
ne peut plus compter que sur un empire colonial en voie d'éclatement.
Aussi d'immenses ressources employées à ses guerres qui appauvrissent
chaque jour un peu plus le pays. Une partie de la population doit émigrer
pour tenter d'échapper à la famine. Salazar, frappé
par la maladie, doit se retirer en 1968
(il mourra en 1970),
pour céder la place à Marcelo Caetano, qui par un léger
dépoussiérage du régime (la PIDE est renommée
DGS ou Direction générale de la sécurité, et
des choses de ce genre), laisse croire à une évolution du
régime. Même sans Salazar, c'est encore la dictature salazariste.
C'est dans l'Armée, la mieux placée pour constater l'impasse
dans laquelle se trouve le Portugal outre-mer, que la contestation va d'abord
s'exprimer. Elle est timide chez les officiers généraux,
mais existe néanmoins, le général António Spínola,
commandant en chef en Guinée-Bissau, et le général
Costa Gomes, son homologue en Angola ,
sont rappelés en métropole en janvier 1974
et démis de leurs fonctions. Les positions des officiers de grades
intermédiaires (lieutenants, capitaines et commandants), sont plus
radicales.
Le 25 avril 1974
un peu après minuit, le Mouvement des forces armées (MFA),
dirigé par Otelo Saraiva de Carvalho, lance une offensive coordonnée
dans tout le pays pour s'emparer de plusieurs bâtiments stratégiques.
Les chars entrent dans Lisbonne, où
la population offre des fleurs aux soldats insurgés, d'où
le nom de «-Révolution
des oeillets », donné à ce soulèvement. Lors
du siège de la DGS, des coups de feu sont tirés par les assiégés,
faisant cinq victimes. Ce seront les seuls morts de ce coup d'État
qui marque la fin de l'ère salazariste. Caetano, réfugié
dans une caserne de gendarmerie, accepte après de courtes négociations
de renoncer à ses fonctions et, avant de s'exiler au Brésil,
de remettre le pouvoir au général Spinola, que les événements
n'enthousiasment guère, mais qui a le soutien des insurgés.
Une junte de salut national est formée le lendemain; la démocratisation
(tenue prochaine d'élections libres, libération des prisonniers
politiques, retour des exilés politiques, etc.), la décolonisation
et le développement sont promis à cette occasion.
Le
Portugal en Europe.
Le Portugal va connaître
encore bien des soubresauts et des tumultes jusqu'en 1976,
sur fond de décolonisation accélérée (à
l'exception de Macao, restituée à la Chine
en 1999,
et du Timor oriental, annexé par l'Indonésie, et indépendant
seulement en 2002,
toutes les colonies acquièrent leur indépendance) et de collectivisation
massive (suivie par la suite d'une reprivatisation) et de velléités
de coups de force. Une démocratie parlementaire
apaisée s'est installée ensuite. En 1976,
les élections législatives portent à la tête
du gouvernement un socialiste, Mário Soares, rentré d'exil
quelques jours après la Révolution des oeillets. Plusieurs
coalitions gouvernementales se succèdent dans les années
qui suivent. En 1986,
le Portugal, qui avait si longtemps tourné le dos à l'Europe ,
a été admis au sein de la Communauté économique
européenne (devenue depuis l'Union Européenne), tandis qu'une
alternance régulière entre coalitions de droite ou de centre-droit
(1986-1995
et
2002-2005)
et de gauche (1995-2002,
et depuis 2005),
et une modernisation enfin effective de l'économie, donnent au Portugal
l'image d'un pays d'Europe parmi les autres. |
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