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Hincmar,
archevêque de Reims,
né vers 806, mort à Épernay en décembre 882.
II appartenait à une grande famille de France, sans qu'on ait pu
déterminer exactement le lieu de sa naissance. Moine à Saint-Denis,
où il avait reçu les leçons d'Hilduin
qu'il suivit, en 830, dans son exil d'une année en Saxe et dont
il obtint le rappel, jouissant d'un grand crédit auprès de
Louis
le Pieux, il fut élu archevêque de Reims en 845 et devint
une sorte de premier ministre de Charles le Chauve;
après sa réconciliation, en 847, avec l'empereur
Lothaire
Ier
qui s'était d'abord opposé à son élection,
il joua le rôle d'un maire du palais et entreprit de diriger d'une
façon très autoritaire l'Église de France; c'est lui
qui, en 858, est à la tête de la résistance du clergé
contre la tentative de Louis le Germanique,
et la lettre adressée à cette date au roi de Germanie par
les évêques des provinces de Reims et de Rouen pour le conjurer
de se réconcilier avec son frère lui est attribuée
sans invraisemblance, reproduisant bien ses idées (éd. dans
Migne, Patrologie, t. CXXVI, col. 9).
Tout-puissant alors,
il dirige tous les conciles; c'est par lui que l'évêque Hincmar,
de Laon ,
est déposé en 871; il excommunie Carloman,
qui avait conspiré contre le roi son père, et contre le pape
qui protège l'évêque et le prince il revendique avec
succès les droits des métropolitains et des conciles provinciaux;
il proteste, lors de la nomination d'un primat des Gaules, l'archevêque
de Sens, et compose son De Jure metropolitanorum et une vie fabuleuse
de saint Rémy pour soutenir ses droits à la primatie. Il
aide
Louis le Bègue à se faire
couronner; mais, malgré ses efforts, son influence décline
à partir de cette époque (877). Il eut de grandes difficultés
avec Louis III au sujet des élections
épiscopales de Noyon
et de Beauvais;
cependant, après la mort de Louis III, comme il avait adressé
aux évêques une lettre sur l'organisation du palais et de
l'État qui débute par un traité des devoirs des rois,
Carloman s'efforça d'appliquer ses idées. Il rédigea
les canons du concile de Sainte-Macre en 881. Réfugié à
Epernay à cause des incursions des Vikings ,
il envoya de cette ville aux évêques un second avertissement
(Patrol., t. CXXV, col. 1007), composé presque entièrement
d'extraits de ses autres écrits, et mourut peu après. Il
avait été aussi abbé de plusieurs abbayes.
Dans sa conduite
politique Hincmar a fait preuve d'une certaine indécision, cherchant
à ménager à la fois les deux partis; on le constate
non seulement en 858, mais encore en 875 par son Epistola de fide Carolo
regi servanda. Dans ses écrits, tout en désirant raffermir
l'autorité royale, en voulant qu'on en revînt au gouvernement
de Charlemagne, en posant le principe du
droit divin, il s'est prononcé nettement en faveur de la subordination
de la royauté à l'Église et du gouvernement aristocratique.
Il a exposé ces vues dans son traité De Regis persona
et regio ministerio, sorte de manuel des devoirs des rois, fait d'après
les Pères, et où se trouve développée surtout
l'idée que le premier devoir du prince est de punir; ce traité
a été dédié très vraisemblablement à
Charles le Chauve, qui semblait à Hincmar trop clément. Son
ouvrage le plus complet en la matière est l'Epistola de ordine
palatii, où il a pris pour base de son sujet l'écrit
analogue de l'abbé Adalhard et s'est appuyé sur les traditions
qu'il tenait des conseillers de Louis le Pieux (éd. avec trad. fr.
par Prou, 1885, in-8, 58° fasc. de la Bibl. de l'Ecole des hautes études).
Son Instructio ad Ludovicum Balbum est le plus important de ses
opuscules politiques après le De Ordine; il y montre très
clairement qu'il voudrait un gouvernement où le roi ne fît
rien sans le consentement des nobles. On a de lui encore une lettre De
Institutione regis, adressée à Charles
le Chauve et qui a pour objet spécial l'éducation des
princes Louis et Carloman et n'offre que peu
d'intérêt. Hincmar est aussi l'auteur de la dernière
partie des Annales dites de saint Bertin, qui va de 861 à
882 (éd. Waitz, Hanovre, 1883, in-8; trad. fr. dans la collection
des Mém. publiée par Guizot, t. IV).
Parmi ses nombreux
autres écrits on doit citer son traité sur la prédestination
et ses ouvrages de polémique contre l'hérétique Gotteschalk,
puis l'ensemble de sa correspondance. Une partie du recueil des Fausses
Décrétales lui a été enfin attribuée,
mais probablement à tort. Si l'on tient compte de la haute personnalité
d'Hincmar, il faut reconnaître que sa connaissance de l'Antiquité
fut relativement imparfaite et que son style est pénible. Ses oeuvres
ont été éditées par Sirmond en 1645 (Paris,
2 vol. in-fol.) et rééditées par Migne d'une façon
plus complète en 1852 (t. CXXV et CXXVI de la Patrol. lat.).
(Marius
Barroux). |
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