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Les hégémonies mongoles
Il n'y eut, à vrai dire, d'histoire et de nationalité mongoles qu'à partir du kouriltaï de 1206, cette grande assemblée générale où  Temoutchin se fit reconnaître pour souverain absolu (gengis khan) par les tribus et clans mongols ainsi centralisés en nation. Ces tribus qui nomadisaient le long de la Keroulen et de l'Onon ne constituaient pas une personnalité historique bien définie. Entre les Ouïgours(sédentaires) ou Kiptchak (nomades du désert) du Sud et de I'Ouest, les Toungouses de l'Est, ils fraternisaient plutôt avec les premiers, tantôt à la solde de l'empire chinois, tantôt en lutte avec lui. Ils se confondent donc dans le grouillement des peuples turcs de l'Asie intérieure jusqu'à la fin du XIIe siècle. Jusque là, les empires fondés dans l'Asie intérieure n'avaient généralement pas réussi à soumettre directement les grands empires tels que la Chine, la Perse (Iran), ou l'Inde. Cet exploit allait donc réalisé que par les Mongols, et c'est ce qui leur donne leur immense importance distorique.

A la fin du XIIe siècle, voici quelle était à peu près la situation politique en Asie. La Chine était divisée entre la dynastie nationale des Song, dans le bassin du Yang-tse et les Kin, dynastie toungouse, qui dominaient de l'Amour au Hoaï, Les Song résistaient avec l'appui des aventuriers turcs et mongols embauchés dans l'intérieur. Depuis la chute de l'empire khitan, les États secondaires et les tribus nomades étaient indépendants. Sur le coude du Hoang-lia, l'État de Hie; entre Keroulen et Selenga, les tribus mongoles; au Nord autour du Baïkal, les Mergued (toungouse); à l'Ouest des Mongols, les  Kéraïtes, dont Karakoroum était la capitale; plus loin, dans le Pé-lou, maîtres des montagnes saintes de l'Altaï et du val de l'Irtych, les Naïmans; dans le Nan-lou, un  groupe de Ouïgours, vassaux des Kara-Khitans, qui étendaient leur pouvoir sur la Transoxiane (Turkestan), que leur disputaient les Turks iranisés ou arabisés de l'Asie antérieure, ralliés autour de Mohammed le Kharezmien (Le Kharezm), qui succédait au pouvoir effondré des Seldjoukides. C'était en Transoxiane que les seigneurs turcs possessionnés dans l'ancien empire arabe recrutaient leurs forces, parmi les Turks occidentaux, Kankli, Kalatch. Au Nord de la Transoxiane et du Caucase, étaient encore des Turks, les Kiptchaks, sur le Kouban et sur le Don. Au Nord de ceux-ci, sur la Kama, les Bulgares, une population voisine. Tous ces Turks conservaient confusément le souvenir de leur communauté d'origine et celui du grand empire du VIe siècle (celui des Tou-Kioue) qui avait, sous l'il-Khan Mokan, réuni tous les peuples turcs. Ce sentiment favorisa l'unification entreprise par le conquérant mongol.

Les clans mongols semblaient pourtant bien inégaux à une pareille tâche, faibles et divisés en face des monarchies des Kéraïtes, des Naïmans, des Khitans. Rien dans leur passé n'autorisait de semblables espoirs. Leur nom apparaît dans les auteurs chinois à partir de l'époque des Tiou-Kioue; il semble probable que les pasteurs de la lande mongole, établis de longue date sur l'emplacement où nous les trouvons, subirent sans résistance appréciable la domination des divers empires turcs Hioung-nou (Les Huns), Tiou-Kioue du VIe au VIIIe s, Ouïgours du VIIIe au IXe, Hakas ou Kirghis du IXe au Xe, Khitans du Xe au XIIe, alternant avec celle des Chinois et des Toungouses, Sien-pi, Jou-Jouen, Niou-tchen, etc. Toutefois, depuis que les grandes nations des Ouïgours se sont portées vers la Transoxiane où la destruction des empires iraniens sassanide et abbasside ouvre de brillants débouchés, les Mongols commencent une existence autonome, groupés autour des familles Niroun, descendants d'Alankava; coopérant à l'occasion avec les chefs turcs qui n'ont pas cherché fortune vers l'Ouest.

Au XIIe siècle, les clans mongols sont installés sur la Keroulen, l'Onon, l'Orkhon, vivant assez misérablement et s'embauchant volontiers au service des Chinois. Leur centre était la colline sacrée de Deligoun-Bouldak, aux sources de l'Onon, où ils plantaient l'étendard à neuf queues blanches, symbole du peuple mongol, et l'étendard à quatre queues noires, symbole des Niroun; parmi celles-ci, la plus notable était celle des Bordjiguène (les yeux pairs), descendants du plus jeune des trois fils de la Vierge Alankava, Puis venaient les Arlad, les Djouirat. Au milieu du XIIe siècle, se distingue un des Bordjiguène, Yésouguéi Bahatour (le Batailleur). Associé à un chef kéraïte, il guerroie à la solde des Song contre les Kin (Les Toungouses). On ne sait s'il eut part à la grande victoire de l'an 1147, à la suite de laquelle l'empereur Kin, Hi-tsong, dut céder une partie de ses territoires aux Mongols; mais en 1162, les Mandchous prirent leur revanche, et Mongols et Kéraïtes rentrent dans leur dépendance nominale. C'est probablement en cette année que naquit Temoutchin. Yésouguéi continua de se distinguer, et à sa mort 13 hordes ou clans mongols se groupaient sous son autorité. C'était le premier noyau de l'Etat mongol que son fils allait étendre de la mer du Japon à l'Adriatique.

 
Dates clés :
1206 - Accession au pouvoir de Temoudjin, le futur Gengis Khan.

1227 - Mort de Gengis Khan, partage de l'empire entre ses fils.

1279 - Dynastie mongole des Youen en Chine.

1255 - Houlagou assure la domination mongole sur la Perse.

1340 - Disparition de la dynastie houlagide.

1362 - Tamerlan inaugure le second empire mongol.

1368 - Fin de la dynastie Youen en Chine.

Les visages des la puissance mongole

L'Empire gengiskhanide.
L'histoire de la puissance mongole commence seulement avec Témoudjin, surnommé plus tard Gengis Khan. Il était le fils de Yissougaï Bahadour, l'un des principaux chefs mongols, guerrier renommé, et qui, bien que vassal de l'empire toungouse des Kin (Jin), exerçait sa puissance dans la région au Sud-Est du Baïkal, dans les monts Bourcan Kaldoun, aujourd'hui Kenteï, d'où sortent les rivières Onon, qui avec l'Ingoda forme la Chilka, Keroulen qui se jette dans le Dalaï Nor, et Toula, tributaire de la Selenga par l'Orkhon. Les possessions dont Témoudjin allait se trouver l'héritier avaient pour voisins les Merkites, les Kéraïtes sur les bords de l'Orkhon et de la Toula, au Sud des Merkites, et les Naïmans bornés au Nord par les Kirghiz, à l'Est par les Kéraïtes, au Sud par les Ouïgours et à l'Ouest par les Kankalis. Les Naïmans étaient proches de l'empire des Kara Kitaï (Khitans noirs) qui occupait les deux versants des Tian-Chan et s'étendait au Sud jusqu'au Tibet. Plus à l'Ouest, du Nord de la mer d'Aral à la mer d'Oman, de la Géorgie et de la Caspienne jusqu'aux frontièresdes Kara Khitaï, du Tibet et des Indes était situé l'immense empire du Kharezm; au Sud des tribus mongoles dans l'Asie orientale se trouvaient le Tangout qui les séparait du Tibet, et leurs suzerains, les Kin, possesseurs de la Chine septentrionale (Tartarie, Liao-toung, Chan-toung, Tche-li, Ho-nan, Chan-si, partie du Chen-si), tandis que les Soung étaient refoulés vers le midi et régnaient à Lin-ngan (Hang-tcheou). 

En peu d'années, Témoudjin, s'étant fait proclamer en 1206 souverain de tous les Mongols (autrement dit Gengis Khan, ou puissant Khan), agrandit prodigieusement ce faible héritage, et à sa mort, son immense puissance s'exerçait à l'Ouest, au delà de la mer Caspienne et de la mer Noire, jusqu'à la Bulgarie, la Serbie, la Hongrie et la Russie; à l'Est, jusqu'à la mer, y compris la Corée; au Sud, ses territoires étaient bornés par les débris de l'empire des Kin, le Tibet, l'empire de Delhi et ce qui restait de l'empire kharezmien. L'empire fut divisé entre ses quatre fils qui lui avaient servi de lieutenants dans ses conquêtes 

L'aîné, Djoutchi (Touchi-Khan), étant mort, fut remplacé dans la répartition par son fils Batou (Batu-Khan), qui occupa les pays à l'Ouest de la mer Caspienne, et eut le Kiptchak et la Russie méridionale; le second fils, Djagataï, eut l'Asie centrale et le Turkestan, c. -à-d. tout le pays qui s'étend depuis le Lob-nor jusqu'à Boukhara; Ogotaï (Oktaï-Khan) eut l'Asie orientale composée principalement de la Chine; enfin, Touli, obtint le Khoraçan et l'Asie jusqu'à l'Indus. Touli obtint surtout la prééminence dans cette succession de Gengis-Khan. Il fut désigné Khaqan des mongols. Tritre qui revint à sa mort  en 1232 à son fils Mangou (ou Mongke). Celui-ci, qui avait deux frères, Koubilaï et Houlâgou, les envoya à la conquête de la Chine et de la Perse, respectivement, où ils fondèrent de nouvelles dynasties.
Les khaqans mongols empereurs de Chine.
Dès le début du XIIe siècle, la dynastie toungouse des Kin régnait sur toute la partie septentrionale de la Chine jusqu'au Fleuve bleu et avait soumis à un tribut les souverains de la dynastie des Song qui occupaient les provinces au Sud de ce fleuve. Au moment de la montée en puissance de l'empire gengiskhanide, Les Song crurent pouvoir former une alliance avec les Mongols pour chasser les Kin. Cela fut effectivement réalisé. Mais les Mongols chassèrent aussi les Song et devinrent à leurs tour, avec Koubilaï Khan qui envahit la Chine en 1267, les nouveaux maîtres de l'Empire Céleste. Koubilaï fut le fondateur de la dynastie chinoise des Youen ou Youan. Né en 1214, petit-fils de Gengis-Khan, et successeur dès 1260 de son père Mangou-Khan, il régna d'abord sur la Mongolie et sur tous les États conquis par Gengis-Khan, puis s'empara en 1279 de la personne de l'empereur. 
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Gengis Khan enChine.
La prise d'une ville chinoise par Gengis Khan.
(Manuscrit persan de 1596).

La dynastie des Song qui subsistait depuis 319 ans, était ainsi renversée. Koubilaï conquit également le Tibet, le Pégu, la Cochinchine, et conservant au moins de façon nominale la prééminence sur les autres khanats mongols forma dès lors l'empire le plus vaste qu'on l'on ait jamais connu, embrassant toute l'Asie et partie de l'Europe et s'étendant depuis le Dniepr jusqu'au Japon. Le khaqan se déclara protecteur du Bouddhisme, fit fleurir les lettres, et encouragea l'agriculture, l'industrie et le commerce. Il mourut en 1294, après un règne de 24 ans. Marco Polo passa 17 ans à sa cour. Les princes de la dynastie Youen respectèrent les moeurs et les usages du peuple vaincu; cependant, ils ne purent maintenir longtemps leur domination, et, en 1256, sous le règne de Chun-ti (Oukhagatou Khagan), un Chinois nommé Tchou souleva la population contre les gouvernants mongols, qui finiront expulsés en 1268. Il monta sur le trône sous le nom de Taï tsou. Ses successeurs, qui formèrent la dynastie des Ming régnèrent jusqu'en 1644, jusqu'à leur éviction et leur remplacement par la dynastie mandchoue des Qing.

Houlagou et l'Ilkhanat de Perse.
La domination des Mongols sur la Perse commence avec Houlagou. Ce prince, fondateur de la dynastie des Houlagides était né en 1217; il était petit-fils de Gengis Khan par Toulouï (Touli), quatrième fils de ce dernier. Chargé par Mangou, le grand khan des Mongols, d'étendre au loin les frontières de l'empire (L'empire gengiskhanide), Houlagou partit de Karakoroum à la tête d'une nombreuse armée, se dirigeant vers l'Occident. Après avoir ravagé toute l'Asie centrale, il pénétra en Perse en 1255, renversa la dynastie des Ismaéliens et vint mettre le siège devant Bagdad, la capitale du calife abbâside. La ville fut emportée d'assaut et pillée, le dernier calife, Mostasim, fut étranglé par l'ordre du conquérant mongol (1258). Tout d'abord, Houlagou ne fut que le vassal et le lieutenant de Mangou, et les monnaies qu'il fit frapper portaient, à la fois, le nom de Mangou (Mounkke Kaân) et d'Houlagou, avec le simple titre de khân; mais, plus tard, il se rendit relativement indépendant et prit le titre turc de ilkhân, qui signifie « chef des peuples », auquel ses successeurs ajoutèrent celui de sultan. Houlagou fit d'autres guerres en Syrie et en Égypte, mais il protégea aussi les sciences, notamment l'astronome Nasr ed-Din, qui lui a dédié ses tables astronomiques. Houlagou mourut en 1265, et fut enterré avec toutes ses richesses dans l'île de Tala, au milieu du lac d'Ourmia. Ses successeurs, les Houlagides, régnèrent sur la Perse jusqu'au milieu du XIVe siècle..

La Horde d'Or et le Djagataï
Tandis que les fils de Touli devenaient les souverains des vieilles monarchies de la Chine et de la Perse où les vainqueurs s'assimilaient bientôt aux vaincus, les descendants des fils aînés de Gengis Khan fondaient des empires où se conservait mieux le caractère originel des Mongols, dans ces vastes plaines qui vont des Tian-chan aux monts Carpathes. Par delà le vide des steppes kirghiz et des déserts de sable, Batou devint le khan du Kiptchak au terme de ses conquêtes en Russie, et ses sanglantes incursions en Hongrie. Il fixa son quartier général sur l'Aktouba, bras du Volga inférieur; autour de sa tente ou résidence (orda) d'or s'éleva la grande ville de Saraï qui demeura la capitale de ses descendants, les Khans de la Horde d'or. Leur histoire se confond avec celle de la Russie assujettie durant plusieurs siècles à leur soupçonneuse tyrannie.

Le second et le plus remarquable des fils de Gengis, Djagataï, avait eu pour sa part l'ancien empire Kara-Khitan, avec pour annexe méridionale l'ancien apanage de Djelal-Eddin. C'était le pays de l'Irtych au Djihoun (Oxus, Amou-daria), la frontière avec le Kiptchak se trouvant vers Kayalith au Sud du lac Balkach et à l'Est du Kharezm, marquée pur de vastes déserts de sable. Cet empire comprenait en somme les bassins du Sir, de l'Amou, du Tarim et la citadelle montagneuse de l'Iran oriental avec Balkh, Ghazna, le Séistan. Sauf cette annexe, c'était la région que nous appelons encore Turkestan, le pays des Ouïgours, les Turks disciplinés (par opposition aux Kirghiz-Kazaks, vagabonds de la bande). Djagataï, qui était un administrateur énergique et habile, a exercé sur ces contrées une telle influence que longtemps elles ont conservé son nom et qu'aujourd'hui le dialecte turc qui s'y parle est appelé djagataï

L'empire turco-mongol de Tamerlan.
Le second empire mongol  a été fondé par Timour-Beg ou Timour-Leng (le Boiteux), connu en français sous le nom de Tamerlan (1336-1405). Cet empire et celui de ces successeurs, les Timourides, est sans doute plus encore que de l'empire gengiskahnide dont il se réclame un empire turc. C'est aussi un empire musulman, qui finalement ne continue que d'une manière bien indirecte celui de Gengis Khan. Timour était dévot musulman et féroce à l'égal des anciens Mongols. Il se peut que ses conseillers religieux aient rêvé de restaurer à son profit le califat, dont le centre eût été placé près des tombeaux des martyrs Hossein et Hassan, à Boukhara ou Samarcande; mais ce projet n'eut pas de suite. Timour a surtout détruit; il a achevé la ruine de l'empire de Djagataï qu'il a remplacé, il est vrai; mais il a détruit, sans le remplacer, celui du Kiptchak et par là préparé la grandeur de la Russie affranchie de ses dominateurs mongols; il a achevé la ruine des grandes cités perses et failli arrêter à ses débuts la fortune des Osmanlis; enfin, en inculquant le fanatisme musulman aux Turks de la Transoxiane, ces grands intermédiaires de l'Asie centrale, il les a brouillés à jamais avec leurs cousins de la Mongolie et des Marches de Chine; il a rompu la tradition chinoise et celle des vieux empires turcs pour lui substituer le régime de la religion d'Etat et de la théocratie; la pseudo-renaissance du XVe siècle fut en Transoxiane un véritable recul, une époque de scolastique et de rhétorique. Il faut pour compléter le tableau rappeler les fastueuses constructions de Timour et de ses successeurs, leurs grands travaux publics et la floraison de la littérature turque.
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Les hégémonies mongoles en 1259 (sauf Sud-Est de la Chine, conquis en 1279).

L'armée

Voici quelle était l'organisation de l'armée à l'époque des premiers empereurs, par exemple sous Koubilaï. Elle était fondée sur une division décimale corps d'armée de 100 000 hommes appelés tough (étendard), commandés par des princes, comprenant dix divisions de 10 000 hommes appelées touman ou toumen, divisées en dix régiments de 1000 hommes nommés mingg, subdivisés en compagnies de 100 hommes yuz, elles-mêmes fractionnées en dix pelotons de 10 hommes (on). Le chef d'une division de 40 000 hommes avait pour insigne une tablette d'or avec une tête de lion, le chef d'un régiment de 1000, une tablette semblable en argent doré, le chef de 100 hommes, une tablette en argent. Ces tablettes étalent nommées paizéh.

L'armée était divisée en aile gauche djakhoun ghar (litt. : main gauche), centre kol, et aile droite baraghoun ghar. C'est du mot djakhoun ghar que vient le nom de la Djoungarie (Dzoungarie). Cette armée n'avait pas de solde. L'empereur ne pouvait disposer des troupes qui formaient l'apanage de tel on tel prince du sang, et en cas d'interrègne ou de régence, ces troupes n'obéissaient qu'aux princes à qui elles appartenaient. Quand on avait à lever une armée, l'empereur ordonnait à chaque prince du sang de donner 1, 2 ou 3 hommes sur 10 hommes de ses troupes. Le recrutement se faisait comme aujourd'hui, c.-à-d. que 1 000 Mongols devaient désigner un certain nombre d'entre eux pour servir. De plus, quand on faisait grâce à un criminel, on l'envoyait à l'armée ou on l'employait à une ambassade périlleuse. L'intendance mongole était admirablement organisée et rien n'était laissé au hasard.

L'armement des Mongols était assez compliqué et très redoutable. Comme armes défensives, ils possédaient des casques, de petits boucliers ronds qui ne devaient guère leur servir qu'à parer les coups de sabre sur la tête et des cuirasses. Plan Carpin rapporte que ces cuirasses, qui couvraient entièrement les hommes et les chevaux, étaient composées de petites plaques de fer larges d'un doigt et longues d'une palme assemblées avec des courroies de cuir; le tout était si bien poli qu'on pouvait, paraît-il, se voir dedans. Ils avaient aussi d'autres cuirasses faites uniquement avec des courroies de cuir. Comme armes offensives, ils avaient des masses d'armes solidement emmanchées, deux ou trois arcs de très grandes dimensions, trois grands carquois pleins de flèches, une hache et un paquet de cordes pour traîner les machines de guerre ou fixer les tentes. Les gens riches avaient des sabres qui ne tranchaient que d'un seul côté, mais qui étaient alourdis vers la pointe de façon à rendre le coup plus dangereux (Carpin). Quelques-uns avaient des lances qui, à ce que dit Plan Carpin, ressemblaient assez à celles des Cosaques de l'Amour; leur fer portait en effet un croc avec lequel ils enlevaient les cavaliers de leur selle, on tout au moins les jetaient à terre en les tirant de côté. Suivant le même missionnaire, leurs flèches atteinaient presque 1 m de long, le fer en était très acéré et ils avaient toujours sur eux des limes pour les aiguiser. 

« Leurs armes, dit Marco Polo, sont arc et filet et espées et maces, mais des arcs s'aident plus que d'autre chose, car ils sont trop bon archiers, les meilleurs que l'on sache au monde. Et en leur dos portent armeures de cuir bouli qui sont moult fort. » 
Ils se servaient, comme les Cosaques, d'un fouet pour mener leurs chevaux, mais n'avaient pas d'étriers. Les Mongols avaient des catapultes en bois de bambou, que les Arabes appelaient mandjanik, dont quelques-unes lançaient des pierres énormes à de très grandes distances. Ces engins jouaient le rôle d'une véritable artillerie; en effet, ils avaient des balistes à feu qui lançaient des pots de fer pleins d'une composition détonante dont l'action s'étendait dans un rayon de 40 m; de plus, ils lançaient avec leurs catapultes de grosses pierres entourées de feutre, imbibées de pétrole et garnies de soufre. Ces projectiles, qu'ils enflammaient avant de les lancer, défonçaient les toits des maisons et les incendiaient. Les artificiers chinois qui servaient dans leurs rangs lançaient des javelots à feu, chargés d'une composition explosible qui anéantissait tout dans un rayon de 3 m. Ils mettaient le feu aux toits en y lançant des flèches garnies de matières inflammables.

En campagne, ils envoyaient à deux jours en avant, en arrière et sur les côtés, jeux cents batteurs d'estrade qui n'avaient d'antre mission que de reconnaître l'ennemi et de se rabattre sur l'armée pour l'en avertir. L'armée principale suivait, pillant tout sur son passage jusqu'au jour où elle livrait bataille. Marco Polo raconte que quand un détachement de cavalerie partait pour faire un raid de longue durée, les hommes ne s'embarrassaient pas de provisions. Ils avaient simplement deux bouteilles de cuir dans lesquelles ils mettaient leur lait, un petit pot de terre pour cuire la viande à l'occasion et une petite tente pour la pluie.

« Et, quand ils ont grand besoing, dit-il, si chevauchent bien dix journées sans nulle viande et sans faire feu, mais vivent du sang de leurs chevaux; car ils poignent la vaine de leurs chevaux et les font saigner encontre leur bouche et buvra tant que il sera saoul. »
Haïthoum dit que les Mongols étaient surtout dangereux en bataille rangée, à cause de leur extrême habileté à tirer de l'arc; ils battaient en retraite sans aucun désordre et en rangs très serrés; il était à peu près impossible de les suivre, car ils lançaient continuellement des flèches. Cette habileté n'a rien de surprenant quand l'on sait que les enfants mongols commençaient à monter à cheval et à tirer de petits arcs dès l'âge de trois ans. 

Les relations diplomatiques avec l'Occident

Les souverains mongols de Chine et les rois européens.
A plusieurs reprises, les souverains mongols, soit de Chine, soit de Perse, reçurent des ambassades des princes de l'Occident on leur en envoyèrent. La première en date de ces ambassades est celle des deux moines franciscains Jean de Plan Carpin et Benoît, qui avaient été envoyés en Tartarie, d'après une décision prise au concile de Lyon (1245) pour prêcher l'humanité aux Mongols et les convertir au christianisme. Ils partirent en 1246 et furent reçus par Batou, le chef de la Horde d'or, qui les envoya à la cour de Gouyouk. Ils assistèrent au couronnement de ce souverain et revinrent sans avoir atteint leur but.

Deux ans après la mort de Gouyouk, sa veuve, qui exerçait la régence, reçut trois ambassadeurs envoyés par saint Louis (Louis IX). En 1248, saint Louis, se trouvant à Nicosie dans l'île de Chypre, donna audience à deux individus qui se prétondirent envoyés à lui par le général Iltchikadaï, général des armées mongoles en Perse, et qui lui apportaient une lettre de son souverain lui annonçant qu'il était entré en Perse pour protéger les chrétiens. Cette lettre a tout l'air d'être un faux, mais le roi de France n'y prit point garde, comme on le voit. Le résultat de cette ambassade fut également nul. Cela ne découragea pas saint Louis, car, à la fin de décembre 1253, deux religieux arrivèrent à la cour de Mangou avec des lettres demandant qu'on leur permit de prêcher le christianisme en Tartarie : l'un de ces religieux était Guillaume de Rübrück (Rubruquis) qui a laissé une relation si intéressante de son voyage; ils s'étaient d'abord rendus à la cour de Batou qui les avait envoyés à la cour du khaqan Mangou. L'empereur se figura que le roi de France lui envoyait une ambassade pour se reconnaître son vassal, et rien de ce que put lui dire le bon religieux ne put le faire revenir sur cette opinion...

Rübrück resta près de cinq mois à la cour et s'en revint (1254) avec une lettre de Mangou à saint Louis écrite en caractères ouïgours. Vers cette même époque, Mangou reçut l'hommage de Haïthoum Ier, roi de la Petite-Arménie. En 1254, le pape Innocent IV envoya une lettre à Sartak, fils de Batou, pour le féliciter de s'être converti au christianisme. On n'a jamais su si cette conversion était réelle et si le pape n'avait pas été la dupe d'une fausse nouvelle. L'empereur Koubilaï protégea les chrétiens on plutôt les laissa libres d'exercer leur culte au même titre que les musulmans ou les bouddhistes. Il n'en fallut pas davantage pour qu'on se figurât à Rome et en Occident que ce prince s'était fait chrétien : deux Géorgiens étaient même venus trouver le pape Jean XXI en 1277, en se disant envoyés par le khan de Perse, Abaga, fils d'Houlagou, et lui avaient annoncé la conversion de Koubilaï; son successeur (1278) Nicolas III envoya au souverain mongol une ambassade composée de cinq franciscains, et lui demanda de les aider à propager le christianisme. En 1289, la même aventure arriva au pape Nicolas IV : deux Mongols se présentèrent à lui comme envoyés par Arghoun, khan de la Perse, et lui assurèrent que Koubilaï était très attaché à la religion chrétienne et qu'il priait le pape de lui envoyer des missionnaires. Nicolas IV envoya quatre franciscains sous la conduite du frère Jean de Monte-Corvino. La même année, Nicolas IV écrivit une lettre au prince Kaïdou, lui exposant les principaux dogmes de la religion chrétienne et l'invitant à se convertir au christianisme.

Jean de Monte-Corvino resta en Mongolie et y fit une propagande active que le gouvernement mongol ne chercha pas à entraver; pour récompenser ce zèle, le pape Clément V le nomma archevêque de Khanbalik (Pékin) et primat d'Orient (1307). En même temps, le souverain pontife envoyait une lettre à l'empereur Timour Khan pour l'exhorter à se convertir au christianisme. Cette démarche n'eut pas plus de résultats que les précédentes, et il est bien certain que jamais les empereurs mongols de Chine n'eurent le dessein d'embrasser la foi en Jésus-Christ.

Le khans de Perse et les souverains occidentaux.
Houlagou ne s'était pas plus converti au christianisme que son frère Koubilaï, mais cela n'empêcha pas un Hongrois, nommé Jean, de persuader à un pape qui est sans doute Alexandre IV, que ce prince avait embrassé la foi catholique, et qu'il priait le saint-père de lui envoyer quelqu'un qui l'instruisit dans sa nouvelle religion et lui administrât le baptême. Alexandre IV lui écrivit une lettre pour l'en féliciter : on ne sait quel accueil y fit le souverain mongol. Les relations d'Abaga avec la cour pontificale sont pins sérieuses et plus certaines. Le pape Clément IV lui annonce dans une lettre qu'il avait reçu son ambassadeur et ses lettres, mais qu'il n'avait pu en prendre connaissance, car personne dans ses États n'en connaissait la langue. Il est plus que douteux qu'Abaga eût embrassé le christianisme, car il n'était pas dans les habitudes politiques des princes mongols de faire de pareilles démonstrations, mais il est certain qu'entraîné dans une guerre hasardeuse avec l'Égypte, ce prince a dû songer à s'allier avec les princes chrétiens qui depuis si longtemps combattaient l'Islam en Syrie comme en Égypte. On rapporte qu'en 1274, Abaga engagea le roi d'Arménie à invoquer l'assistance du pape et des rois chrétiens de l'Occident contre les musulmans, et qu'il envoya lui-même deux ambassadeurs en Europe. Cela ne signifie nullement qu'il ait été chrétien.

Arghoun-Khan envoya plusieurs ambassades en Europe; la première en 1285, pour arrêter avec les souverains occidentaux les grandes lignes d'une expédition contre la Svrie. On possède une traduction latine de la lettre qu'il expédia au pape. En 1287, une seconde ambassade d'Arghoun arriva à Rome, toujours dans le même but; elle avait pour chef un moine, d'origine ouïgoure, nommé Rabban Sauma; ce personnage s'en retourna avec une lettre du pape Nicolas IV pour Arghoun. Arghoun trouva que les souverains chrétiens mettaient bien longtemps pour venir faire une démonstration navale sur les côtes d'Egvpte et débarquer une armée en Syrie, aussi, au cours des années 1289-90, il leur envoya un Génois, nommé Buscarel, peut-être officier dans la garde du khan. Buscarel remit au pape une lettre dont l'avait chargé son souverain, puis il se rendit à Paris auprès du roi Philippe le Bel à qui il remit également une lettre qui, par un heureux hasard, s'est conservée absolument intacte. Cette troisième ambassade n'eut guère de résultats, car le roi d'Angleterre, Edouard Ier, occupé en Écosse, ne put partir pour la Terre sainte. L'année suivante (1290-91), Arghoun envoya de nouveau un ambassadeur, nommé Khagan, au pape, et au roi d'Angleterre pour le presser de venir faire une expédition en Syrie.

Quoique Ghazan se fût converti à l'islam, il n'en chercha pas moins à décider les souverains chrétiens de l'Occident à débarquer sur les côtes de la Syrie, pendant qu'il la prendrait à revers ainsi que l'Égypte. En 1302-3, il envoya en ambassade auprès du roi d'Angleterre Edouard Ier le même Buscarel qui avait été envoyé quatorze ans plus tôt par Arghoun; Edouard Ier lui fit une réponse assez évasive, qui ne l'engageait à rien. En 1305, Euldjaïtou khan envoya au roi de France, Philippe le Bel, une lettre écrite en langue mongole et en caractères ouïgours pour lui apprendre que les épouvantables discordes qui avaient déchiré l'empire de Gengis Khan étaient apaisées, et que tous les princes étaient réconciliés.

« Maintenant Timour Khagan, Tchapar, Toctoga, Togba et nous, principaux descendants de Tchinguiz-Khaqan, nous tous, aisés et cadets, nous sommes réconciliés par l'inspiration et avec l'aide de Dieu; en sorte que depuis le pays des Nangkiyan (la Chine) à l'Orient, jusqu'au lac de Dala, nos peuples sont unis et les chemins sont ouverts. »
Cette lettre est conservée aux Archives nationales comme celle d'Arghoun à Philippe le Bel; on ne sait quelle fut la réponse du roi de Francs. En 1320, le sultan d'Égypte Melik Naser Mohammed ibn Kélaoun fit envahir la Cilicie par ses troupes qui la saccagèrent. Le pape Jean XXII adressa au sultan Abou-Saïd Mirza Behadour-Khan, qui régnait alors en Perse, une lettre datée d'Avignon (1er juillet 1322), pour lui rappeler que ses ancêtres avaient été les alliés des chrétiens et pour lui demander d'intervenir en Cilicie. Il l'exhortait en même temps à abjurer l'islam et à se convertir au christianisme. L'intervention du pape fut inutile, car les troupes mongoles arrivèrent après que le patriarche des Arméniens, Constantin, eut obtenu une trêve de quinze ans du sultan d'Égypte. Après Abou-Saïd, les relations diplomatiques entre les Mongols et les princes chrétiens sont définitivement abandonnées.

Des causes de la décadence de la puissance mongole

Les dernières années du long règne de Koubilaï marquent l'apogée de l'empire mongol, qui s'étendait alors depuis les rivages du Pacifique et de l'océan Indien jusqu'aux frontières de la Hongrie, mais l'on pouvait déjà prévoir l'heure où cet empire, le plus vaste qui ait jamais existé au monde, se désagrégerait et s'en irait par morceaux.

Avant Gengis Khan, il n'y avait pas eu, à proprement parler, d'État mongol, mais seulement des confédérations plus ou moins temporaires de tribus, à l'image de ce que fut la puissance khitane. Primitivement, les hommes d'une même tribu élisaient leur khan, et qu'il ne suffisait point d'être fils de chef pour le devenir à son tour. Dans ces conditions, l'héritage particulier du khan était tout naturellement divisé entre ses fils : la maison et les principaux ustensiles du ménage devenant la, propriété du plus jeune, celui qui avait le plus de besoins, et qui était le moins armé pour la lutte pour la vie. Dans ces successions, il n'était naturellement pas question de propriétés foncières, puisque les Mongols, toujours errants à travers l'habitat de leurs tribus, ne possédaient que pour quelques semaines, jamais pour une année entière, la terre sur laquelle ils posaient leurs tentes.

Quand les Mongols se furent habitués à choisir pour khan le fils du khan défunt, cette loi resta en vigueur, et cela sans aucun inconvénient, puisqu'il n'y avait à partager que des troupeaux et quelques ustensiles de ménage.

Les conditions étaient toutes différentes à la mort de Gengis Khan qui avait conquis une partie considérable de l'Asie. Chez les peuples de l'Occident, et depuis une époque bien antérieure à celle où les Mongols ont paru sur la scène du monde, l'unité absolue et intégrale du territoire est le dogme fondamental de toute monarchie; les biens de la couronne sont également indivisibles, et quand bien même un souverain aurait dépensé toute sa liste civile à les accroître, il n'en serait pas tenu compte à sa mort. Les Mongols n'ont jamais adopté cette idée que le territoire et les biens qui en dépendent sont le patrimoine de la monarchie et non celui du monarque, aussi ils assimilèrent les propriétés foncières qu'ils venaient d'acquérir aux propriétés mobilières qui étaient les seules qu'ils connussent auparavant.

Tel est sans doute le vice fondamental qui a causé la ruine de l'empire de Timour, aussi bien que celle de l'empire de Gengis.  Chacun des fils de Gengis Khan avait reçu, à sa mort, une partie de ses conquêtes, et il avait été convenu que le khaqan de Mongolie serait le souverain de tous les princes djenghiskhanides. Tant que le souvenir du conquérant fut encore vivant dans l'esprit de tous les Mongols et qu'il y eut encore de ses compagnons d'armes, pour raconter ses exploits et répéter les instructions qu'il donnait à ses guerriers, la grande confédération mongole offrit une unité parfaite. Il est certain que ni Djoudji, ni Djagataï ne songèrent jamais à se plaindre du pouvoir suprême qui avait été conféré à leur frère Ogotaï, et encore bien moins à s'insurger contre lui. Il en fut tout autrement quand les descendants de ces princes furent montés sur leurs trônes : les énormes distances qui séparaient leurs capitales les rendaient à peu près aussi étrangers les uns aux autres que s'ils n'avaient pas appartenu à la même famille; les moeurs ainsi que la religion des pays dans lesquels le hasard les avait appelés à régner, les séparaient encore davantage.

Béréké, descendant de Djoudji et khan du Kiptchak, ne tarda pas à se convertir à l'islam et à attaquer Abaga, le lieutenant du khaqan en Perse. Quelques années plus tard, Ghazan, descendant d'Abaga, passé définitivement à l'islam, se déclara indépendant du khaqan de Tartarie. Ces divergences, qui devaient se faire si profondes dans la suite, se manifestèrent déjà dans les kouriltaï (assemblées) où furent élus Mangou et Koubilaï. Dès les premiers jours de son règne, Koubilaï avait eu à lutter contre Arik-hoga, et Timour, son successeur, combattit de longues années contre Kaidou Khan et une coalition de princes descendants d'Ogotaï, qui cherchaient à reconquérir un trône dont ils avaient été illégalement écartés par une surprise d'élection. Après Timour Khan, le lien qui unissait les quatre empires oulous de Chine, de Perse, du Kiptchak et de Djagataï est complètement et définitivement rompu; l'empire mongol, invincible tant qu'ils avaient été réunis, se disloque et s'écroule de toutes parts; la Perse, la Russie et la Chine ne tardent pas à secouer le joug des descendants de Gengis, et l'empire djagatéen fut le dernier vestige de la puissance mongole. Gengis Khan avait bien prévu ce danger quand il avait fait venir ses fils auprès de son lit de mort, et leur avait montré que, s'il est facile de briser une flèche isolée, il est impossible à l'homme le plus robuste d'en rompre un faisceau; ce n'était pas à ses fils entre lesquels il venait de partager son empire, mais bien à lui-même qu'il aurait dû adresser cette leçon.

Les descendants du khaqan Gengis ne tardèrent pas à comprendre, chacun dans ses domaines, combien il aurait été dangereux de continuer indéfiniment ce morcellement de l'empire mongol, et la loi de prirnogéniture fut bientôt, à quelques rares exceptions près, reconnue aussi universellement en Chine que dans le Kiptchak ou en Perse. Mais cela ne fit que retarder la chute de l'empire, sans pouvoir la conjurer.

L'empire mongol eût été bien plus solide et bien plus redoutable, s'il avait été tout entier dans la main d'un seul souverain faisant gouverner en son nom les différentes contrées dont il se composait par des officiers de son armée. Il est certain que dans un empire aussi vaste, avec une administration aussi compliquée et aussi paperassière que la bureaucratie chinoise adoptée par les Mongols, la dilapidation et la concussion n'auraient pas été choses rares, mais ces inconvénients dont n'était d'ailleurs exempt aucun des ces quatre royaumes, n'auraient rien été, en comparaison de l'antagonisme qui finit par éclater entre les différentes branches de la famille de Gengis Khan, et qui précipita la ruine de l'empire si péniblement établi. (E. Blochet / E. Drouin).



En librairie - Jean-Paul Roux, Histoire de l'Empire mongol, Fayard, 1993. - Patrice Amarger, La domination du monde, Robert Laffont, 1995-99, trois vol. : I - Les fils de Gengis Khan, II - La fureur des Tartares, III - La Volonté du ciel.
 
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