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Alphonse X,
dit l'Astronome, le Sage ou, plutôt, le Savant (el
Sabio), IVe comme roi de Castille
et de Léon (1252-1284), né le 23 novembre 1221. Fils de Ferdinand
III et de Béatrice de Souabe ,
il eut souvent à combattre ses propres sujets et même les
membres de sa famille. II mourut à Séville le 4 avril 1284,
après avoir été détrôné par son
fils Don Sanche. Son premier acte fut de répudier sa femme Violante
d'Aragon ,
sous prétexte de stérilité. Il demanda la main de
Christine de Danemark, mais, pendant le voyage de cette princesse, il se
réconcilia avec Violante qui lui donna une fille. Christine dut
se retirer dans un monastère et y mourut quelques années
après. En octobre 1254, le prince Édouard d'Angleterre, fils
d'Henri III, se rendit en Castille
pour apaiser Alphonse X qui réclamait la Guyenne ,
et Alphonse lui donna la main de sa soeur Éléonore. Il fit
quelques conquêtes sur les Maures d'Andalousie ,
avec l'aide de l'émir de Grenade ,
son vassal, et leur enleva Jerez, Arcos, et Medina Sidonia. Une rivalité
d'amour amena une guerre entre lui et son frère D. Enrique, qui
fut obligé de chercher un asile jusqu'à Tunis; le wali de
Niebla, qui l'avait soutenu, fut dépouillé.
En 1261, l'émir de Grenade ,
proclamé roi par les Arabes de Murcie ,
essaya de secouer le joug castillan .
Alphonse X le défit à Alcala-la-Réal (1262), souleva
contre lui les walis de Malaga ,
de Gomares et de Guadix et lui accorda la paix moyennant un tribut annuel
de 250 000 marcs. Cette paix ne l'empêcha pas de surprendre Cadix
en 1269 et d'y faire un riche butin. D. Jayme, roi d'Aragon ,
avait voulu profiter des embarras du roi de Castille, pour s'emparer de
Murcie, Alphonse ne le laissa pas achever sa conquête; Murcie resta
gouvernée par un prince musulman à la nomination de roi de
Castille. Alphonse perdit toute sa popularité par son avidité
et son ambition.
Élu empereur le 1er
avril 1257 par quatre électeurs, il ne cessa jusqu'en 1275 d'intriguer
auprès des princes allemands partisans de Richard de Cornouailles
ou de Rodolphe de Habsbourg. Il fatigua de
ses réclamations les papes Alexandre
IV, Urbain IV, Clément IV et Grégoire
X, sans même obtenir de ce dernier la jouissance du titre de
Rex
electus Romanorum. Tous ses trésors étaient employés
à payer ses partisans d'Allemagne,: chaque jour plus rares. Le nombre
des mécontents grossissait en Castille ;
en 1270, D. Philippe (Felipe), frère du roi, et D. Nuño Gonzalès
de Haro se mirent à leur tête et tinrent à Lara et
à Valencia des assemblées séditieuses. Au lieu de
punir les rebelles, Alphonse convoqua à Burgos
les Cortès de Castille (1272), fit droit à toutes leurs réclamations
et ne put les amener à se soumettre; ils se retirèrent en
armes à travers les Castilles, pillant et brûlant tout sur
leur passage.
L'émir de Grenade
les reçut à bras ouverts. En 1274, pendant un voyage du roi
à Beaucaire auprès du pape Grégoire
X, l'infant D. Fernando de la Cerda, héritier présomptif
de Castille ,
mourut à Ciudad Real ,
au moment de marcher contre Mohammed II, roi de Grenade, appuyé
par le sultan du Maroc .
La Castille dut son salut au courage de D. Sancho, second fils du roi,
et l'année suivante les Cortès de Ségovie le déclarèrent
héritier du trône, au préjudice des fils de D. Fernando.
Les infants de la Cerda s'enfuirent en Aragon
avec leur mère doña Blanche, la reine Violante quitta elle-même
un instant la Castille; Alphonse exaspéré fit étrangler
sans jugement son frère D. Fadrique qui avait favorisé la
fuite de la reine. L'anarchie la plus complète régna en Espagne,
les Maures brûlèrent une flotte castillane à Tarifa
(1278); les Français s'emparèrent de Pampelune et enlevèrent
la Navarre à l'influence de la Castille.
En 1281, le roi de France proposa de terminer
cette longue querelle en donnant Jaén aux infants de la Cerda. Alphonse
X accepta la proposition et voulut la faire ratifier par les Cortès
de Séville, mais D. Sancho et ses partisans refusèrent d'obéir.
Sancho se fit proclamer infant héritier, et régent du royaume.
Alphonse appela à son secours le roi du Maroc
et désigna pour ses héritiers les infants de la Cerda, ou,
à leur défaut, le roi de France. L' énergie qu'il
déploya dans cette dernière lutte allait sans doute lui rendre
l'avantage; déjà le grand-maître de Santiago avait
fait sa soumission, et le pape Martin IV enjoignait a tous les barons de
lui redevenir fiables, quand il apprit que D. Sancho, son fils rebelle,
venait de tomber malade; il le crut mort, et du chagrin qu'il ressentit
il mourut lui-même à Séville, le 4 avril 1284, à
l'âge de cinquante-huit ans.
Alphonse X est connu dans l'histoire des
sciences pour les tables astronomiques
qui portent son nom. Il s'était occupé de science dès
sa jeunesse, et avait publié l'année même de son avènement
les fameuses Tables Alphonsines dressées par une assemblée
d'astronomes chrétiens, juifs et maures qui travaillaient à
Tolède sous sa direction, et qu'il avait réunis dès
1248. Ces tables donnent les mouvements des astres d'une manière
plus exacte (surtout pour ce qui concerne les mouvements du Soleil
et la longueur de l'année )
que les Tables antérieures, d'Arzachel,
sur lesquelles elles se basent. Elles furent imprimées pour la première
fois a Venise ,
en 1483.
On a prétendu que le résultat
de ce travail lui coûta 40 000 ducats. Les collaborateurs d'Alphonse
ne se distinguèrent par aucune idée capitale ou digne de
remarque; ils suivirent de point en point le système de Ptolémée.
Et l'on raconte aussi que le roi Alphonse X, fatigué de la complication
de cercles et d'épicycles
qui figuraient dans les conceptions de Ptolémée, s'écria
:
Si
Dieu m'eût consulté au moment de la création, je lui
eusse donné de bons avis.
Outre ses Tables astronomiques ,
Alphonse X a laissé un grand nombre d'oeuvres rédigées
ou inspirées par lui. Le premier, il essaya de codifier les lois
espagnoles et publia dans ce but l'Especulo (1252) et le Fuero
real (1254). Dans le Code fameux des Siete partidas, les juristes
(letrados) qui travaillaient sous ses ordres mirent à contribution
les lois romaines, les décrétales, les fueros locaux
de la Castille ,
et le Fuero juzgo de Ferdinand III; ils firent ainsi un code complet
de droit ecclésiastique, monarchique, civil et pénal, qui
mit près de deux siècles à se faire accepter par les
juges du royaume.
On a encore d'Alphonse X : El libro
del tesoro, traduit en langue franco-romane par Brunetto
Latini de Florence; un autre Libro del tesoro, qui traite de
la pierre philosophale ( Davila,
Ecclesiae
Hispalensis theatrum, t. Il p. 5); El libro de las querelas,
en vers dodécasyllabes; El libro de la vida y hechos de Alexandro
Magno; divers traités d'astronomie et des sphères
armillaires traduits de l'arabe d'Albatenius,
Ali ben Rachel, Avicenne et Averroès.
Enfin, par ses ordres, a été publiée une Chronique
générale d'Espagne. (Arago / Lebon / Desdevises
du Dezert). |
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