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Histoire de l'Europe
L'histoire de l'Espagne
[géographie de l'Espagne]
Aperçu

L'Espagne antique
Les Ibères

L'Espagne médiévale
Le royaume wisigothique
Al-Andalus, l'Espagne musulmane
Les royaumes chrétiens et la Reconquista
L'Aragon
La Castille

Le Siècle d'Or

Le XVIIe siècle

Le XVIIIe siècle
Les premiers Bourbons
Le règne de Charles III
La montée des périls

Le XIXe siècle 

L'Espagne depuis 1898

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Les Ibères et les Celtes pénétrèrent en Espagne à une époque aussi incertaine que celle où les Phéniciens y abordèrent. Ces derniers y fondèrent Gadès (Cadix) qui fut l'entrepôt de toutes les colonies qu'ils créèrent dans la Bétique, pour en exploiter les mines d'or et d'argent. Les Grecs visitèrent les côtes orientales, où ils ne fondèrent qu'un petit nombre d'établissements permanents. Les Carthaginois, peuple issu des Phéniciens, étendirent leur domination sur la majeure par partie du pays; mais ils en furent dépossédés par les Romains, qui en achevèrent la conquête par la prise de Gadès, en 206 av. J. C., et en restèrent maîtres jusqu'au Ve siècle de notre ère, faisant de l'Espagne une province du nom d'Hispania .

Quand l'Empire romain tomba, l'Espagne connut un sort analogue à celui des autres pays soumis à la domination romaine. Tandis que, du Rhin aux Pyrénées, la domination gallo-romaine avait été remplacée par celle de trois populations germaniques : les Francs, les Burgondes, et les Wisigoths; au Sud des Pyrénées, la puissance romaine fut remplacée par celle des Suèves, des Vandales et des Alains, qui l'envahirent en 409. Le royaume que les Suèves y fondèrent dans la Galice, la Lusitanie et la Bétique, fut détruit par Léovigilde, roi des Wisigoths, en 585. Les Vandales ne firent qu'un court séjour dans la Bétique, et passèrent en Afrique. Les Alains, dont une partie avait suivi les Vandales en Afrique, succombèrent en 418 sous les coups de Wallia, roi des Wisigoths.

Présents en Espagne dès 415, pour y rétablir l'autorité romaine, les Wisigoths se rendirent maîtres du pays sous leurs rois Théodoric II, 453-466, et Euric, 466-484. Ce dernier est, l'auteur de la collection de lois appelée Forum Judicum, que le roi Ferdinand fit traduire en castillan, sous le nom de Fuero Juzgo. Les Wisigoths étaient arrivés en Espagne ariens; mais la conversion au Catholicisme de leur roi Récarède, en 587, détermina celle de toute la nation. Les célèbres conciles de Tolède et les enseignements de saint Léandre et de son frère saint Isidore, évêques de Séville, ont puissamment contribué à installer dans le pays cette foi chrétienne. La monarchie des Wisigoths, dont le siège fut établi à Toulouse en 419, transféré à Narbonne en 508, et à Tolède en 512, était élective (L'Espagne au Moyen Âge).

Vers la fin du Ve siècle, l'Espagne presque tout entière, sauf la partie Nord-Ouest, était déjà au pouvoir des Wisigoths. Vers la fin du  siècle suivant, la conquête était complète. Les nouveaux maîtres du pays, qui fondèrent ainsi en Espagne, une sorte d'empire unitaire, adoptèrent la langue romane. Ce fut l'ère de splendeur de l'empire des Wisigoths. Mais leur puissance se disloqua ensuite pour faire place au morcellement de la féodalité; après quoi, l'on vit paraître de nouveau un autre État unitaire. Cependant, ce développement fut interrompu par la domination des Arabes, venus d'Afrique à partir de 712. Vainqueurs de Rodrigue (Roderic), dernier roi de la monarchie wisigothique, à la bataille de Jerez de la Frontera, les Arabes achevèrent en trois ans la conquête de l'Espagne, qui devint une province de l'empire des califes Omeyyades (L'Espagne musulmane).

La domination arabe allait jeter un vif éclat, fit fleurir les arts et les sciences, se distingua même par sa tolérance religieuse, mais elle devait être vite contestée. Les anciens maîtres du pays, les Wisigoths chrétiens, qui avaient été refoulés dans les montagnes des Asturies, au Nord, par les musulmans, s'y maintinrent dans une sorte d'indépendance. Les chefs wisigoths et les populations qui les avaient suivis proclamèrent don Pélage (Pelayo) roi en 718. Ce premier roi des Asturies, mort en 737, inaugura par une première victoire une longue période, appelée la Reconquista, qui allait durer sept siècles, et au cours de laquelle les Arabes  allaient être refoulés vers le Sud (Les royaumes chrétiens au Moyen âge). 

La Reconquista.
Pelage eut pour successeur son fils Favila. Alphonse Ier, auquel on donna le surnom de Catholique, était fils du duc des Cantabres et gendre de Pélage. Il profita des divisions qui paralysaient les forces des Arabes pour reconquérir la plus grande partie de la Galice, une partie du Portugal et de la Navarre, le royaume de Léon et la Castille. Abderrahman Ier fonda en Espagne en 756 un empire omeyyade, indépendant des califes Abbassides d'Orient, et dont la capitale était Cordoue. Il prit le titre d'Emir-al-Mouménin, c'est-à-dire chef des croyants. Froila, fils et successeur d'Alphonse Ier, défit en 760 les Arabes, et bâtit avec le produit du butin qu'il leur enleva la ville d'Oviedo, dont il fit sa capitale. Mais il se rendit odieux par le meurtre de son frère, et fut assassiné par les grands du royaumes, qui placèrent sur le trône d'Oviedo son cousin germain Aurèle. Bermude Ier, frère d'Aurèle, quoique diacre, porta la couronne de 788 à 791; mais il la restitua à Alphonse Il, dit le Chaste, fils de Froila, qui remporta une grande victoire sur les troupes du calife Hescham en 794. Ce calife, qui fit au christianisme une guerre impitoyable, obligea tous ses sujets chrétiens à parler et à écrire la langue arabe à l'exclusion de la leur. Son fils et successeur, Al-Hakkam, passa sa vie, dans ses voluptueux jardins de Cordoue (L'Espagne musulmane). 

Abderrahman II, fils d'Al-Hakkam, ne se plaisait qu'à nuire aux chrétiens, suivant l'expression plutôt partisane d'un historien espagnol. Ramire Ier et Ordoño Ier, son fils, dignes successeurs d'Alphonse le Chaste, se signalèrent par leur piété et par leurs exploits contre les Arabes et contre les Vikings. Après un règne glorieux, Alphonse III, dit le Grand, forcé d'abdiquer par les prétentions à la couronne de son fils aîné Garcia, partagea ses États, et donna la Galice avec ses conquêtes au Portugal à son deuxième fils Ordoño. L'exemple de ce partage, imité par ses successeurs, devint funeste à l'Espagne. Ordoño Il transporta en 914 le siège du gouvernement d'Oviedo à Léon, et depuis cette époque les souverains espagnols sont appelés rois de Léon. Son frère Froila II fut un tyran. Alphonse IV, fils d'Ordoño II, monté sur le trône en 924, le céda à son frère Ramire II en 927; et se retira dans le monastère de Sahagun. Il voulut reprendre la couronne en 928; mais son frère lui fit crever les yeux, et l'enferma dans une prison, où il mourut en 932. Ramire II remporta en 938 contre le calife Abderrahman III une victoire éclatante, que les Espagnols attribuèrent à l'intercession de saint Jacques, et le nom de cet apôtre devint dès lors leur cri de guerre. Ordoño III, fils de Ramire II, battit les Arabes, et leur prit Lisbonne en 953

Sanche Ier, autre fils de Ramire II, s'empara du trône devenu vacant par la mort d'Ordoño III. Il lui fut disputé par Ordoño le Mauvais, fils d'Alphonse IV. Ramire III, fils et successeur de Sanche Ier, perdit une bataille contre les grands du royaume révoltés, et mourut en 982. Sous Bermude II, fils d'Ordoño III. Almanzor, régent de l'empire de Cordoue, porta la dévastation dans les États chrétiens de la péninsule, prit et rasa de fond en comble la ville de Léon en 996. Mais Bermude, Garcia Il, roi de Navarre, État fondé en 831, et le comte de Castille, oubliant les dissensions qui avaient favorisé les succès des Arabes, s'unirent contre Almanzor, et le défirent dans les champs de Calatañazor en 998. Alphonse V, fils de Bermude II, rebâtit la ville de Léon, et fut blessé mortellement au siège de Viseu en 1027. Bermude III succéda à son père Alphonse V, et maria sa soeur avec Ferdinand Ier, second fils de Sanche III, dit le Grand, roi de Navarre, à qui son père donna la Castille, qui fut érigée en royaume en 1033. Sanche III laissa en mourant, en 1035, le royaume de Navarre à Garcia, l'aîné de ses fils, l'État de Sobrarbe à Gonzalo, le troisième, et l'Aragon à Ramire, son fils naturel.

L'État de Sobrarbe se fondit bientôt dans le royaume d'Aragon, dont l'origine date de ce partage. Bermude III fut tué en 1037, dans une bataille contre Ferdinand Ier, à qui il voulait reprendre les places qu'il lui avait données avec la main de sa soeur. En lui s'éteignit la postérité masculine de l'étage. Ferdinand Ier fut son héritier, et réunit les couronnes de Léon et de Castille. Depuis l'usurpation du trône de Cordoue par Mahmoud al-Mahadi en 1000, plusieurs ambitieux aspirèrent à la souveraineté de l'empire arabe, dont une sanglante anarchie hâta la ruine. Un prince de la famille des Omeyyades, Hescham III, occupa une dernière fois le trône des califes de 1027 à 1038, et périt massacré par ses sujets. Ainsi finit le califat des Omeyyades en Espagne, et du démembrement de l'empire de Cordoue se formèrent autant de principautés (émirats) indépendantes et rivales qu'il comptait de villes importantes (Saragosse, Valence, Tolède, Séville, etc.). 

Ferdinand Ier divisa ses États entre ses trois fils et ses deux filles; mais Sanche le Fort, qui avait eu en partage la Castille, voulut dépouiller ses frères et ses soeurs de leur héritage, et fut tué, par trahison, en 1072, devant Zamora, domaine de sa soeur Urraca. Garcia, qui avait reçu la Galice et le Portugal, fut enfermé en 1075 dans le château de Lima par son frère Alphonse VI, roi de Léon, qui réunit les trois couronnes. Les forces de l'Islam s'accrurent en 1086 par l'arrivée en Espagne des Almoravides, venus du Maroc, d'où les avaient appelés les Arabes de la péninsule. Le mariage de l'infante Urraca, fille unique d'Alphonse VI, avec le comte Raymond, de la maison française de Bourgogne, fit passer la couronne de Castille et de Léon dans cette maison par l'avènement au trône, en 1126, d'Alphonse VIII, né de cette union. Après les coups portés à l'islam par Alphonse le Batailleur, roi d'Aragon, Alphonse VIII soutint  contre les Arabes les couleurs de la chrétienté. L'ordre religieux d'Alcantara prit naissance sous son règne, et celui de Calatrava sous celui de Sanche, son fils. Cette chevalerie religieuse, bâtie sur les débris de l'ordre des Templiers s'investit puissamment dans la poursuite de la Reconquista (Les royaumes chrétiens au Moyen âge). 

Vers ce même temps, Alphonse Henriquez conquit le titre de roi de Portugal par une victoire remportée sur les musulmans en 1139. Mais le partage des États d'Alphonse VIII entre ses deux fils, Sanche III, roi de Castille, et Ferdinand II, roi de Léon, affaiblit la puissance des chrétiens. Ferdinand II enleva plusieurs places aux musulmans, et repeupla les villes de son royaume que la guerre avait laissées désertes. Il apaisa aussi les troubles de la Castille, qu'il gouverna comme tuteur de son neveu Alphonse IX, fils de Sanche III, et mourut en 1188. Son fils et successeur, Alphonse IX, fut excommunié par le pape Innocent III pour avoir épousé sans dispense sa cousine Bérengère, fille d'Alphonse IX, roi de Castille. II remporta en 1230 une grande victoire sur les Arabes, et mourut cette même année. Alphonse IX, roi de Castille, un des plus grands princes qui aient régné en Espagne, fut battu par les Almohades à Alarcos en 1193. Mais il gagna sur eux, dans la Sierra Morena, en 1212, la bataille de Las Navas de Tolosa, ainsi appelée du nom des plaines (navas en espagnol) où elle se donna. 

De cette sanglante journée date la décadence de la puissance musulmane en Espagne. Alphonse IX eut pour successeur son fils Henri Ier, mort en 1217, et Ferdinand, fils de Bérengère de Castille et d'Alphonse IX, roi de Léon, fut reconnu alors roi de Castille, et devint roi de Léon à la mort de son père, en 1230. Ces deux royaumes furent ainsi réunis pour ne plus se séparer Sanche IV, deuxième fils d'Alphonse X, s'empara du trône en 1284, au détriment des infants de La Cerda, fils de son frère aîné, Ferdinand, mort en 1275, et cette usurpation, qu'on prétendit fonder sur le droit des Goths, fut pour l'Espagne, une source de longues discordes. A la faveur de ces troubles, les rois musulmans de Grenade, soutenus par leur coreligionnaires d'Afrique, reprirent plusieurs places aux chrétiens. Mais Alphonse XI, par une victoire remportée avec l'aide d'Alphonse IV, roi du Portugal, sur les bords du Salado en 1340, porta le dernier coup à leur puissance. Les rois musulmans d'Afrique cessèrent désormais de venir au secours de ceux de la Péninsule, et le royaume de Grenade, le dernier État musulman en Espagne, ne subsista jusque vers la fin du siècle suivant qu'à la faveur des divisions qui paralysaient les forces chrétiennes. Le mariage d'Isabelle, parvenue au trône de Castille en 1474, avec Ferdinand le Catholique, héritier du royaume d'Aragon en 1479, constitua la monarchie espagnole par la réunion de ces deux couronnes. Ce couple royal mit fin au règne des Arabes en Espagne. Grenade fut reconquise en 1492. C'est cette même année que les caravelles de Christophe Colomb atteignent l'Amérique, ouvrant la voie à ce qui va devenir l'empire colonial espagnol (Les Grandes découvertes).

Une Espagne trop catholique.
Dans l'esprit fanatique de l'époque, la destruction de la puissance musulmane ne pouvait être consommée que par l'expulsion des Juifs (La Diaspora juive), qui furent  les victimes d'un déchaînement de haine. Cette mesure d'expulsion fut exécutée dans cette même année 1492. L'Inquisition, que Ferdinand et Isabelle établirent à Séville en 1481, eut officiellement pour but de combattre l'apostasie, devenue fréquente chez les Juifs convertis. Philippe II, dont les vues étaient essentiellement catholiques, allait se servir de l'institution, plus politique que religieuse, de Ferdinand et d'Isabelle, pour couronner l'oeuvre de son père Charles-Quint, et pour achever de fonder la monarchie absolue en Espagne (L'Espagne pendant la Renaissance). 
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Escurial : Tombeaux des rois d'Espagne.
Tombeaux de rois d'Espagne, à l'Escurial, près de Madrid.
Source : The World Factbook.

L'acquisition du royaume des Deux-Siciles et de la Navarre espagnole par Ferdinand le Catholique, la découverte et la conquête du Mexique, du Pérou et des autres possessions espagnoles en Amérique du Sud sous Chartes-Quint, et la réunion du Portugal à l'Espagne sous Philippe II, avaient fait de la monarchie espagnole la première puissance de l'Europe. Mais cette monarchie, arrimée au catholicisme le plus réactionnaire et intolérant, n'avait cessé d'accumuler des fautes de tout genre, Après l'expulsion des Juifs (1492) eut lieu, sous Philippe III, celle des Maures (1609); une foule d'Espagnols, écrasés à la fois par la misère et la chape de plomb que le régime faisait peser sur eux, émigraient en masse et allaient chercher fortune en Amérique ou dans les autres colonies; enfin, les guerres continuelles devaient précipiter bientôt la ruine du pays qui se vit enlever successivement, en 1609, sept des 18 provinces des Pays-Bas, en 1640, le Portugal, en 1659, le Roussillon et la Franche-Comté, de 1674  à 1679. En trois-quarts de siècle, l'Espagne perdit ainsi sa population, son industrie et sa vigueur. Ce déclin fut consommé lorsque la branche de la maison de Habsbourg-Autriche, qui gouvernait l'Espagne depuis 1516, s'éteignit à la mort de Charles II, en 1700

Les  Bourbons d'Espagne.
La maison de Habsbourg-Autriche fut remplacée par la maison de Bourbon, et Philippe V, premier roi de cette dynastie, fut forcé de renoncer, par les traités qui terminèrent la guerre de la Succession, à toutes les possessions européennes de l'Espagne hors de la Péninsule (L'Espagne au XVIIIe siècle). Ses deux successeurs: Ferdinand VI et Charles III, s'efforcèrent comme lui de relever l'Espagne de son abaissement. Mais le dernier s'entoura de ministres nourris des idées des Lumières, qui se heurtèrent rapidement au conservatisme ambiant. La monarchie espagnole était arrivée au dernier terme de sa décadence lorsque Napoléon Ier profita des dissensions entre Charles IV et son fils Ferdinand pour placer sur le trône d'Espagne, en 1808, son frère Joseph. Mais la nation se souleva avec énergie contre la domination étrangère. Ses efforts furent dirigés par une ,junte centrale et une régence, établies d'abord à Séville, puis à Cadix, où fut promulguée, en 1812, une constitution rédigée par des Cortès extraordinaires sur le modèle de la constitution française de 1791
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Cortès de Cadix (1812).
Le serment des Cortès de Cadix, en 1812.

L'issue de la campagne de Russie aida les Espagnols, secourus par les Anglais, à repousser les Français de leur territoire. Ferdinand VII, rendu à son pays en 1814, était incapable d'en guérir les plaies (L'Espagne au XIXe siècle). Une expédition vainement destinée à replacer les colonies révoltées d'Amérique sous l'autorité de la métropole s'insurgea en 1820 à Cadix, et la constitution de 1812 fut imposée au roi. Remis en liberté en 1825 par une armée française, il changea en 1830 par un auto acordato, conforme d'ailleurs à l'ancienne constitution castillane, l'ordre de succession établi en 1713 par Philippe V, et suivant lequel les femmes n'étaient appelées à régner qu'à défaut de toute postérité mâle. Sa fille Isabelle, qu'il avait fait reconnaître pour son héritière par les Cortès en 1853, lui succéda cette même année, sous la tutelle de sa mère, Marie-Christine. Mais don Carlos, frère de Ferdinand VII, soutenu par le parti opposé aux idées du libéralisme moderne, fit valoir ses prétentions à la couronne, et une longue et cruelle guerre civile désola l'Espagne. 

Une constitution, promulguée en 1834, sous le nom de Statut royal (Estatuto real), établit le gouvernement constitutionnel, avec deux chambres, le sénat et le congrès, sans satisfaire les exigences révolutionnaires. Une quadruple alliance des cours de Paris, Londres, Madrid et Lisbonne ne réussit pas à calmer les agitations de la Péninsule. Les ministères se succédèrent sans remédier à l'anarchie. Le pays tout entier était en proie à la division des Carlistes, des Modérés et des Exaltés ou Progressistes. Une insurrection militaire força, à la Granja, en 1836, la régente Marie-Christine d'accepter la constitution de 1812. Des Cortès constituantes s'assemblèrent, et proclamèrent en 1837 une constitution qui modifiait celle de 1812 dans le sens de la constitution française de 1850. Une convention conclue à Bergara, en 1839, par la trahison du général carliste Maroto, avec l'armée d'Isabelle, mit don Carlos dans l'impossibilité de continuer une lutte que Cabrera essaya vainement de prolonger. Mais un mouvement progressiste éclata en 1840 contre le parti modéré; Marie-Christine fut obligée de se réfugier en France, et les Cortès attribuèrent la régence à Espartero en 1841. La confiscation de biens de l'Église, commencée sous Marie-Christine fut poursuivie, et le pape protesta en 1842. Une manifestation générale (pronunciamento) força Espartero de s'enfuir en Angleterre en 1843. Les Cortès déclarèrent la reine Isabelle Il majeure, et reproduisirent en 1845 la constitution  de 1837 révisée. 

Le règne d'Isabelle II.
Une insurrection militaire, dite des Vicalvaristes, parce qu'elle eut lieu à Vicalvaro, et à la tête de laquelle figura le général O'Donnell, imposa à la reine en 1854 un ministère formé par un accord passager du maréchal Espartero, chef des partis révolutionnaires, et du général O'Donnell, chef du parti constitutionnel. Des Cortès constituantes votèrent en 1855 une nouvelle constitution, basée sur la souveraineté du peuple et violatrice du concordat conclu avec le Saint-siège en 1851. Le pouvoir royal fut annulé et la monarchie menacée dans son existence. Espartero se retira du ministère en 1856, et le général O'Donnell resta maître du pouvoir après une lutte sanglante à Madrid et à Barcelone.

Isabelle II rétablit la constitution de 1845 et le concordat de 1851, dont, une convention conclue avec le saint-siège en 1859 garantit l'exécution. L'Espagne, dont les Marocains contestaient continuellement les présides en Afrique, déclara en 1859 au Maroc une guerre qui fut très populaire chez une nation que son histoire avait rendue sensible à la propagande contre l'Islam. Commandée par le général, puis maréchal O'Donnell, l'expédition espagnole remporta sur les Marocains deux victoires signalées, dont la dernière, la prise de Tétouan, fut suivie de la prise de cette ville en 1860. L'empereur de Maroc demanda alors la paix, qui lui fut accordée à la condition d'une cession de territoire, du paiement d'une indemnité de guerre et de l'établissement à Fès d'une maison de missionnaires espagnols. 

Une tentative de renversement du gouvernement de la reine Isabelle Il en faveur du comte de Montémolin, fils aîné de don Carlos, faite en 1860 par le général Ortega, capitaine général des Îles Baléares, échoua complètement. Le comte de Montémolin et son frère, don Ferdinand, furent arrêtes près de Tortosa. Ils furent ensuite compris dans une amnistie générale accordée par la reine Isabelle II, et furent transportés hors d'Espagne. Ils renoncèrent à leurs prétentions au trône; mais leur frère, l'infant don Jean, déclara qu'il n'y renonçait pas. Le comte de Montémolin et l'infant don Ferdinand moururent presque subitement, le premier à la fin de 1860, et le second au commencement de 1861.

L'Espagne a uni ses armes à celles de la France dans une expédition dirigée, en 1858 et années suivantes, contre l'empire d'Annam dans la Cochinchine et le Cambodge, pour tirer vengeance du sang des missionnaires catholiques répandu par le souverain de cet empire. Le but de cette expédition fut atteint en 1862 par le traité de paix imposé à l'empereur d'Annam. L'Espagne avait résolu, par une convention signée à Londres en 1860, d'intervenir, avec la France et la Grande-Bretagne, pour mettre un terme à l'anarchie au Mexique; mais, au début de l'entreprise, elle renonça, avec la Grande-Bretagne, à en poursuivre l'exécution, dont la France resta seule chargée.

Le règne d'Isabelle continua d'être troublé par de nombreuses révoltes ou insurrections militaires. En 1868, une révolution éclata, dirigée par des chefs militaires revenus d'exil. Isabelle, sentant sa cause perdue, se réfugia en France (septembre), d'où elle lança une protestation contre la révolution. A Madrid, Serrano maître de la situation, fut désigné, par la junte de la capitale, comme chef du gouvernement provisoire. Le 1er juin 1869, les Cortès constituantes votèrent la nouvelle Constitution, qui conservait la monarchie constitutionnelle. Le 15 juin, ces mêmes Cortès nommèrent Serrano régent du royaume, en attendant qu'un candidat fût désigné pour occuper le trône. Alors commencèrent, en vue de trouver ce candidat, les négociations difficiles dont un des épisodes fut la candidature du prince Léopold de Hohenzollern, d'où devait sortir la guerre franco-allemande (1870-1871). 
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Ancienne carte d'Espagne.
Carte de l'Espagne et de ses anciennes provinces (Tomas Lopez, fin du XVIIIe s.).

De la Ire République à la Guerre de 1898.
Au mois de juin 1870, Isabelle avait formellement abdiqué ses droits en faveur de son fils Alphonse; mais Alphonse ne fut pas accepté. Finalement, le duc d'Aoste, Amédée, second fils de Victor-Emmanuel, accepta la couronne et fut proclamé roi par les Cortès, le 16 novembre 1870. Mais il ne devait régner que peu de temps. Il ne trouva d'appui nulle part, et, découragé, il abdiqua, le 11 février 1873.

C'est alors que la république (Ire république) fut proclamée par les Cortès. Elle ne dura que du 11 février 1873 au 21 décembre 1874. Les républicains, dont le plus en vue était Emilio Castelar, ne surent pas créer un gouvernement stable et viable. Le pays était presque tombé en état d'anarchie, lorsque, le 29 décembre 1874, le général Martinez Campos fit un pronunciamiento, et proclama roi d'Espagne le fils d'Isabelle, Alponse XII. Ce fut la seconde Restauration des Bourbons.

Alponse XII mourut le 25 novembre 1885, après un règne relativement réparateur. Sous lui on organisa, en Espagne, un semblant de régime parlementaire. Il se forma donc deux grands partis : celui des conservateurs, dirigé par Canovas, et celui des libéraux, ayant Sagasta pour chef. Les débuts du règne furent troublés par une nouvelle guerre carliste (1875-1876), qui fut réprimée assez facilement. Quand Alphonse XII (28 ans) mourut, la reine, Marie-Christine, était enceinte. Elle prit la régence. Le 17 mai 1886, elle mit au monde un fils, qui fut immédiatement proclamé roi sous le nom d'Alphonse XIII. L'Espagne assista à une décadence du régime parlementaire, que Canevas et Sagasta avaient eu tant de peine à organiser. A l'extérieur, ce fut une catastrophe nationale que l'Espagne a subit. La guerre contre les États-Unis (mai-août 1898) lui fit perdre le reste de son empire colonial (Cuba, Porto Rico, les Philippines, Guam), auquel elle a renoncé par le traité de Paris du 10 décembre 1898 (L'Espagne au XIXe siècle).

L'Espagne contemporaine.
La crise suscitée par la défaite de 1898 s'est prolongée pendant les premières décennies du XXe siècle, qui sont aussi celles du règne d'Alphonse XIII, monté sur le trône en 1902. Et si le pays décide de rester neutre pendant la Première Guerre mondiale, il n'en demeure pas moins miné par l'instabilité gouvernementale chronique et les difficultés économiques. Des mouvements sociaux éclatent un peu partout, mais principalement en Catalogne(1917) et dans les régions les plus industrialisées. Ils sont durement réprimés. Le Maroc, devenu protectorat de l'Espagne en 1912 se soulève en 1921 (Guerre du Rif) et ajoute à la crise du régime. En 1923, Alphonse XIII, laisse le général Miguel Primo de Rivera instaurer une dictature, mais l'enlisement de l'Espagne au Maroc, et sont impopularité croissante l'obliquent à quitter le pouvoir en 1930. Il est remplacé quelques mois par un autre dictateur, le général Berenger, qui ne réussit pas mieux. L'année suivante, la république est proclamée et le roi doit s'exiler.

Les élections donnent la majorité la gauche, qui tente de moderniser l'Espagne en la transformant en une démocratie parlementaire laïque. L'autonomie de certaines régions est proposée, en même temps qu'une grande réforme agraire. Ces mesures se heurtent à une vive opposition des partis conservateurs. Ceux-ci parviennent à s'allier pour remporter les législatives de 1933. Le gouvernement qui accède alors au pouvoir est rapidement confronté à une insurrection dans le pays minier des Asturies, qui sera matée par le général Francisco Franco. En février 1936, la gauche, qui s'est radicalisée, revient au pouvoir. En juillet la grogne au sein de l'armée aboutit à un soulèvement d'une grande partie de l'Armée. Franco qui en est l'un des chefs en prend la direction complète en octobre 1936. La guerre civile durera jusqu'en 1939 et se terminera par une victoire des franquistes.

Très éprouvée par cette guerre, l'Espagne reste neutre lors du Second conflit mondial, et connaît une après-guerre encore très difficile. Le régime répressif imposé par Franco ajouté à l'effondrement de l'économie plonge le pays dans un désarroi dont il ne commence à sortir qu'au bénéfice de la Guerre froide. Les États-Unis prennent pied en Espagne en 1953 et commencent à apporter une assistance économique. L'Espagne entre à l'ONU en 1955 et retrouve une existence diplomatique. Franco parvient ainsi à se maintenir au pouvoir jusqu'à sa mort en 1975. La monarchie des Bourbons est alors restaurée. Le roi Juan Carlos qui monte sur le trône organise rapidement un retour à la démocratie. Un nouvelle constitution est adoptée en 1978. Les grognements, au début des années 1980, de l'arrière-garde franquiste, restée puissante dans l'Armée, n'empêcheront pas la démocratie de s'ancrer solidement. Les socialistes du PSOE, dirigé par Felipe Gonzalez dominent la vie politique entre 1982 et 1996. Cette année-là, c'est la droite modérée du Parti Populaire (PP) de Jose Maria Aznar qui remporte les élections et conserve le pouvoir pendant huit ans (deux législatures). L'un des conséquences des attentats du 11 mars 2004 , perpétrés par un groupe islamiste, et qui ont fait 200 morts à Madrid, a été la défaite surprise du PP quelques jours plus tard, et le retour au gouvernement du PSOE, dirigé désormais par José Luis Rodriguez Zapatero  (L'Espagne depuis 1898).

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