Les gens

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Gerbert, devenu pape sous le nom de Sylvestre II. Né vers 930 à Aurillac en Auvergne, d'une famille obscure, mort en 1003, reçut une éducation solide à l'abbaye d'Aurillac, alla se perfectionner en Espagne près du savant Hatton, évêque de Vich, puis entra dans l'ordre des Bénédictins. Il s'attacha à l'empereur Othon I, qui lui confia l'éducation de son fils (Othon II) et lui donna l'abbaye de Bobbio; il revint plus tard en France, où Hugues Capet le nomma précepteur de son fils Robert et l'éleva à l'archevêché de Reims (992). Cette nomination ayant déplu au pape Jean XV, Gerbert retourna en Allemagne. Othon III, maître de l'Italie, lui donna l'archevêché de Ravenne (997), et le fit élire pape en 599 : c'était le premier pape français. Gerbert possédait des connaissances prodigieuses pour son siècle, ce qui le fit accuser de magie; il savait la géométrie, la mécanique, l'astronomie, et même la musique; on lui attribue (mais certainement à tort) l'introduction en Europe des chiffres dits arabes et l'invention de l'horloge à balancier.


Ses Lettres et Discours, publiés par Duchesne (1636), ont été traduits en latin par Barse (1849 Riom). M. Oléris a donné une excellente édition de ses œuvres d'après les manuscrits, avec biographie et notes (1867, in-4°) et une Vie de Gerbert (1867, in-12): C. F. Hock une Histoire de Silvestre II, trad. de d'allemand par J. M. Axinger (1859). Une statue lui a été élevée en 1857 par la ville d'Aurillac.

Dans sa lettre au frère Ada. Il y est question d'une sorte d'horloge (horologium) annuelle, où se trouve, à partir des équinoxes, indiquée la durée variable du jour, comparativement à la durée complémentaire de la nuit.
 

Le malentendu des tubes astronomiques

S'appuyant sur un passage de la Chronique de Ditmar (évêque de Mersebourg, mort en 1019), on a voulu faire passer Gerbert pour l'inventeur du télescope. Voici ce passage :

G. in Magdeburgo horologium fecit, illud recte constituens, considerata per fistulam quamdam stella nautarum duce.

Mais rien ne dit que ce tube, fistula, par lequel le constructeur de l'horloge regardait l'étoile polaire, "guide du navigateur," stella nautarum dux, fût une lunette d'approche ou tout instrument analogue. Il s'agissait évidemment d'un simple tube d'orientation. On sait que, pour s'orienter, les Anciens se servaient d'un tube en bois ou en métal; d'abord, parce que ce tube, exactement dirigé sur l'étoile polaire immobile, pouvait, pendant le mouvement diurne, rester en place pour indiquer toujours le point nord; ensuite, parce que par ce moyen on aperçoit plus nettement l'astre qu'on isole ainsi par une sorte de pointage. Voilà, selon nous tout le secret de ces tubes d'observation, dont avaient déjà parlé Aristote, Strabon, etc., et sur lesquels on a tant discuté [2].

[2] La preuve qu'on se servait depuis longtemps de simples tubes sans verre, c'est la comparaison qu'en fait Aristote (De generatione animalium, lib. XV). Il compare les tubes avec lesquels on regardait les astres à l'une des mains, à demi fermée avec les doigts, qu'on applique sur l'œil pour mieux voir, ou à l'effet d'un puits du fond duquel on voit les étoilesen plein jour. C'est ce qui donne aussi l'explication de ce dessin d'un manuscrit, cité par Mabillon, qui représente Ptolémée observant le ciel avec un tuyau. Quant au fameux passage de Strabon, où il serait question "de rayons visuels se brisant comme s'ils passaient par des tuyaux," il a été mal interprété par les commentateurs.

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