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Le mot château,
venu du latin castellum en passant par le vieux français
castel et chastel, désignait, surtout au Moyen âge ,
une habitation fortifiée assez souvent placée sur une éminence,
sur la frontière d'un État ou dans une position qui permettait
de commander le passage d'un fleuve ou d'une voie de communication. C'était
alors le véritable château fort, dont on peut retrouver
des types divers remontant à l'antiquité la plus reculée;
mais, à partir de la Renaissance ,
on donne ce même nom de château, non plus à des manoirs
féodaux capables de soutenir un siège, mais à de vastes
et luxueuses habitations bâties pour les souverains, les princes
ou de riches propriétaires; que ces habitations se trouvent dans
l'intérieur des villes ou dans la campagne, et même qu'elles
s'élèvent seulement à l'emplacement d'anciens châteaux
féodaux. Cependant, on appelle également palais ces châteaux
modernes, lorsqu'il s'agit de demeures souveraines ou princières
et on les appelle plus particulièrement châteaux de plaisance,
lorsqu'il s'agit de riches habitations de campagne. Quoi qu'il en soit,
les châteaux modernes sont surtout caractérisés par
l'importance et l'architecture de leurs masses, mais sans que ces masses
reproduisent autrement qu'en apparence les moyens défensifs (tours
ou fossés) qui distinguent les châteaux forts du Moyen âge.
L'architecture des châteaux comprend
trois périodes bien distinctes : l'Antiquité, le Moyen âge,
la Renaissance et les temps modernes.
Antiquité.
Les bas-reliefs
égyptiens ( L'art dans l'Égypte
ancienne )
des hypogées
de Tell el-Amarna
(Lepsius, Monuments. d'Égypte)
ont conservé la disposition d'une importante demeure seigneuriale
remontant au règne d'Aménophis
IV (XIVe siècle av. J.-C., Nouvel
Empire )
dans laquelle des pavillons d'habitation, des jardins et des pièces
d'eau sont entourés d'une enceinte fortifiée défendue,
à l'approche des portes, par des ouvrages avancés. De même,
le plan que Goudéa, ce pontife-roi chaldéen
des temps les plus reculés, trace avec son style sur la tablette
placée sur ses genoux (musée du Louvre), indique bien, lui
aussi, une enceinte fortifiée présentant une analogie réelle
avec celle que les fouilles de Botta et Place ont
reconnue entourer le palais construit bien postérieurement par le
roi Sargon (VIIIe siècle avant notre
ère) à Khorsabad, non loin de l'ancienne Ninive .
Pour l'Asie antérieure et la Grèce, on lit dans les poèmes
d'Homère que les palais de Priam
à Troie ,
d'Erechthée
à Athènes et d'Ulysse
à Ithaque
étaient fortifiés par des murailles et des tours élevées.
Dans l'empire romain, si les grandes villas,
établies sous les Césars et au moment d'une paix générale
dans les régions centrales du bassin méditerranéen,
ne décèlent aucune trace de fossés ou de clôtures
défensives, on a reconnu cependant, dans les fouilles de la villa
Hadrienne ,
que cette résidence impériale présentait, à
l'ouest de son enceinte, une caserne, une tour et d'épaisses murailles,
et enfin, à Split ,
le palais de Dioclétien, grand comme
une ville et, à Terracine, les ruines du palais du roi goth Théodoric
montrent encore leurs enceintes garnies de tours et dont certaines parties
sont remarquablement conservées.
Moyen
âge.
Avec la chute de l'empire romain, la plupart
des grands édifices, châteaux, amphithéâtres,
tombeaux même, laissés par les dominateurs du monde ancien,
furent utilisés par les conquérants qui se substituèrent
à eux et s'en servirent pour la défense de leurs nouveaux
états; mais dans tout le Nord-Ouest de l'Europe, dans les Gaules,
dans la Grande-Bretagne, dans la Scandinavie
et dans toute la Germanie ainsi que dans la région du Danube, pays
où les forêts couvraient de vastes étendues de terrain,
les nouveaux maîtres de ces provinces entourèrent leurs habitations
de fossés et de palissades dans lesquelles le bois jouait le plus
grand rôle et souvent aussi, comme au camp d'Hastedon, près
de Namur ,
de murailles dans lesquelles les pièces de bois et les fascines
alternaient avec les assises de maçonnerie. Au centre de ces demeures,
fortifiées parfois en terre, commença, dès les premiers
temps de la féodalité, à s'élever des châteaux
à motte; c'est-à-dire que sur une motte plus haute, ses
demeures se dotent d'une tour principale, ronde ou carrée, de masse
imposante et dominant. l'ensemble, appelée donjon.
Les châteaux à motte sont la première forme prise par
les châteaux forts.
Autour de ce donjon,
dernier refuge des assiégés et comprenant assez souvent un
puits d'une grande profondeur, vinrent se grouper la chapelle, des salles
où se tenaient les hommes d'armes et toutes les dépendances
nécessaires à la vie en commun pendant la durée d'un
long siège. On se contentera d'indiquer ici, d'après Viollet-Le-Duc
(Dictionnaire de l'Architecture, t. III), comme exemples significatifs,
les principales dispositions du château de Coucy
et du Louvre
au temps de Charles V.
Le château de Coucy ,
construit de 1220 à 1230 par Enguerrand III, le plus puissant de
ces sires de Coucy qui causèrent tant d'inquiétudes aux rois
capétiens ,
est un édifice conçu d'un seul jet et pouvant servir de type.
Bâti sur un plateau irrégulier d'environ 10 000 m² dont
les constructions ont suivi le contour au-dessus d'escarpements assez raides
dominant la vallée, le château de Coucy offre, dans son premier
étage que nous reproduisons ci-dessous, outre son énorme
donjon B et quatre fortes tours d'angle; en A, les logis placés
au-dessus de l'entrée M, puis une longue galerie fortifiée
et occupée, tant au rez-de-chaussée qu'aux étages
supérieurs, par des bâtiments de service; en E, la salle des
neuf Preuses, dont les figures étaient sculptées en ronde-bosse
sur le manteau de la cheminée et
dans laquelle un petit réduit, sorte de boudoir, F, avait été
aménagé dans l'épaisseur de la courtine; en D, la
grande salle du Tribunal ou des Preux, parce qu'on y voyait dans des niches
les statues de neuf Preux (ces deux salles E et D s'élevant au-dessus
de magasins voûtés et desservies par le petit escalier
d'angle en tour ronde); en R, la chapelle, orientée et largement
éclairée et de plain pied avec la grande salle; enfin eu
G, N et H, un chemin de ronde reliant les portes I et K aux ouvrages extérieurs
et aux bâtiments, avec, en L, un poste d'hommes d'armes assurant
la défense.
Plan
du premier étage du château de Coucy.
Mais, à partir de la fin des croisades
et du règne de saint Louis (Louis IX),
la féodalité, quoique toujours puissante, commença
à voir décroître son influence, l'autorité royale
s'affirma davantage, les moeurs s'adoucirent et, si on continua à
bâtir des forteresses, ces forteresses elles-mêmes réunissaient,
comme le Louvre reconstruit et réparé par Raymond du Temple
pour Charles V, les recherches d'une habitation
royale ou seigneuriale, aux précautions nécessitées
par la défense extérieure.
C'est ainsi que Charles V, en conservant
les portes, les tours et le donjon du Louvre
bâtis sous Philippe-Auguste au
commencement du XIIIe siècle, apporta
à l'ensemble de cette forteresse des modifications, des aménagements
et des adjonctions qui en firent un type par excellence de cette seconde
période des châteaux du Moyen âge .
Dans ce Louvre rajeuni, dont nous donnons ci-dessous, toujours d'après
Viollet-Le-Duc
le plan du rez de-chaussée et, plus bas, une vue cavalière,
on trouve, le long de l'enceinte du Paris
de Philippe Auguste.
Plan
du rez-de-chaussée du château du Louvre au temps de Charles
V.
S, S, H, L, I et en face de l'église
Saint-Germain-l'Auxerrois ,
un fossé dans lequel étaient les basses-cours R, R, R adossées
à la muraille et en dehors du fossé intérieur U, U,
U, U régnant tout autour du château. Une porte dans la façade
de ce côté était garnie d'un pont-levis et défendue
par deux tours et, du même côté, mais près de
la Seine, était ouverte la porte H, conduisant an châtelet
N construit en avant du fossé et défendant la porte K, elle
aussi flanquée de deux tours. La porte de la ville L, un véritable
châtelet aussi, donnait issue, entre deux murs garnis de tours, à
la porte K, celle du côté de la berge, au point où
se trouve aujourd'hui le balcon de la galerie d'Apollon. En P, Q, T était
le service, de l'artillerie et en V la ménagerie royale. Deux autres
portes, dont l'une J s'ouvrait à l'Ouest et l'autre s'ouvrait du
côté Nord complétaient les quatre entrées réelles
du château sur le fossé. En W et en O, étaient plantés
des jardins avec treilles. En A, à la partie centrale, était
le donjon massif de Philippe-Auguste,
entouré de son fossé particulier B et dont l'entrée
C était protégée, ainsi qu'une fontaine F, par un
corps de garde G; mais Charles V avait joint le donjon à l'aile
nord par une galerie de communication à deux étages D que
desservait l'escalier à vis E, chef-d'oeuvre de Raymond du Temple
et décoré de niches abritant les statues des rois de France.
Un jeu de paume en g, les appartements de la reine à l'est en e,
h, k, la salle des gardes en m, la chapelle à deux étages
en a et les appartements du roi et les services de la défense complétaient
la distribution d'ensemble.
Vue
cavalière du Louvre au temps de Charles V.
Mais l'invention de l'artillerie et la
disparition successive de la féodalité guerroyant contre
le pouvoir royal, modifièrent du tout au tout les dispositions rappelant
dans les châteaux surtout les nécessités de la défense
et, dès la première Renaissance ,
on vit les demeures seigneuriales ne plus conserver de tours et de fossés
que par tradition, ouvrir largement leurs baies au dehors, se débarrasser
des châtelets qui obstruaient leurs entrées et des créneaux
avec chemins de ronde qui alourdissaient leurs murailles; enfin on vit
en France, comme en Italie, en Allemagne et en Angleterre, les châteaux
revêtir peu à peu cette parure de luxe architectural que donna
au monde la Renaissance.
Renaissance
et temps modernes.
L'Italie avait toujours, dans la disposition
des châteaux fortifiés, conservé une certaine symétrie,
dernier souvenir de l'Antiquité, et à peu près inconnue
au reste du monde pendant le Moyen âge .
C'est ainsi qu'au XIIIe siècle,
l'empereur Frédéric II faisait élever à Castel-Monte,
dans la Pouille, une forteresse octogonale flanquée de huit tourelles
et avec cour centrale, que plus tard, Vignole
construisait aux environs de Viterbe ,
le château de Caprarole
pour le cardinal Farnèse, neveu du pape Paul III, château
offrant à l'extérieur une masse polygonale dont les angles
sont renforcés de tours carrées, avec, à l'intérieur,
une cour circulaire entourée d'un portique,
et qu'enfin tous les grands architectes de la Renaissance italienne préparaient,
grâce à leurs études des monuments de l'Antiquité,
un renouvellement de l'architecture privée dont devaient, au cours
des guerres d'Italie, s'inspirer surtout les souverains français
de la maison de Valois. On le vit bientôt, au reste, en France, par
la construction du château de Gaillon élevé vers 1502
pour le cardinal Georges d'Amboise ,
et par la construction, au bois de Boulogne ,
du château de Madrid, aujourd'hui démoli et élevé
par ordre de François Ier.
Depuis cette époque, de nombreux
châteaux, véritables demeures royales ou princières,
furent construits en France, et leur énumération serait trop
longue; il suffira de citer : Anet ,
Azay-le-Rideau ,
Blois ,
Chambord ,
Chantilly ,
Ecouen, le Louvre
de Henri Il, les Tuileries
de Catherine de Médicis, et plus
près de nous, sous les Bourbons, Rueil,
Vaux, Richelieu, Versailles ,
Maisons, et enfin Compiègne et le petit Trianon, châteaux
dont une partie a été détruite, et dont d'autres ont
reçu des adjonctions et aussi subi des modifications successives;
mais dont les bâtiments encore existants montrent bien tout le charme
et aussi toute la différence caractéristique entre le château
féodal et fortifié du Moyen âge ,
et l'habitation seigneuriale de plaisance dont tous les artistes s'inspireront
longtemps, reconnaissant la grande influence exercée depuis la Renaissance ,
non seulement en France, mais dans l'Europe entière, par les oeuvres
charmantes qu'a vu produire le XVIe siècle.
(Charles
Lucas). |
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