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Guillaume le
Conquérant (Guillaume
le Bâtard, duc de Normandie ,
Guillaume
Ier d'Angleterre) est un roi
d'Angleterre
(1066-1087), né à Falaise le
14 octobre 1027, mort à Rouen le 9 septembre
1087, fils de Robert le Diable et d'Arlète, fille d'un humble tanneur
de Falaise, que le duc de Normandie avait rencontrée par hasard
un jour qu'elle lavait du linge dans un ruisseau et qu'il aima à
cause de sa douceur et de son incomparable beauté. Guillaume fut
élevé avec autant de soin que s'il eût été
fils légitime, et lorsque Robert partit en pèlerinage à
Jérusalem
(1033) il le fit reconnaître par ses barons comme son héritier.
Le duché de Normandie était un des plus turbulents de la
chrétienté; aussi à peine eut-on appris que Robert
le Diable était mort à Nicée
(1035) qu'une rébellion éclata. Les seigneurs déclaraient
« qu'un bâtard ne pouvait commander aux fils des Danois
». Le jeune duc, appuyé par le roi
de France ,
reconquit son duché, après une grande bataille de cavalerie
au Val des Dunes (1047). Il témoignait déjà d'une
indomptable énergie, d'un courage à toute épreuve
et de réelles qualités d'homme d'Etat : la largeur de vues
et la patience. Sa taille gigantesque, sa force prodigieuse lui valurent
des partisans passionnés. Il guerroya avec succès contre
ses voisins d'Anjou
et de Bretagne .
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Guillaume
le Conquérant (1027-1087).
Au siège d'Alençon,
les habitants s'étant permis de railler l'humilité de sa
naissance en criant du haut de leurs murs « La peau! la peau! »
et en battant des cuirs, il fit sur le champ couper les pieds et les mains
de ses prisonniers et ordonna à ses frondeurs de lancer dans la
ville les membres mutilés. Cette féroce vengeance le rendit
redoutable. En 1051, il vint en Angleterre visiter son cousin le roi Edouard
le Confesseur qui, entouré de longue date de conseillers normands,
lui promit, dit-on, sa succession. Une telle promesse, eût-elle été
réellement faite, était sans valeur, puisqu'elle devait être
ratifiée par une élection. D'autres préoccupations
allaient d'ailleurs assaillir Guillaume. De nouveau son duché était
en pleine révolte. Il lui fallut six années de rudes combats
et deux grandes victoires à Mortemer et à Varaville pour
réduire les mécontents. Mais en 1060, après avoir
soumis le Maine
et la Bretagne, il était un des plus puissants princes de France.
Il employa les loisirs de la paix à favoriser l'agriculture et l'enseignement.
C'est à cette époque que l'abbaye
du Bec brilla du plus vif éclat.
Cependant Guillaume avait épousé
Mathilde, fille de Baudouin V, comte de Flandre
(1053). C'était sa parente à un degré prohibé
par l'Eglise .
Le mariage fut dénoncé à Rome;
le pape Nicolas Il refusa de le sanctionner. Guillaume consulta, sur la
validité de son union, le prieur du Bec, le fameux Lanfranc,
qui donna raison au pape. Le duc furieux le bannit de ses Etats et vint
surveiller son départ. Lanfranc, monté sur un cheval boiteux
et usé, ne se hâtait pas assez et fut brutalement apostrophé;
il eut la hardiesse de répondre :
«
Donne-moi un meilleur cheval et je partirai plus vite! »
Guillaume ne put s'empêcher de rire
et depuis cette aventure Lanfranc devint son
conseiller le plus écouté et le dépositaire de ses
secrets. En 1059, le moine plaidait auprès du Saint-siège
et gagnait la cause du duc. Bien mieux, il rapporta de Rome l'assurance
que le pape encourageait les prétentions de Guillaume sur l'Angleterre .
Tout paraissait les favoriser. Le roi Edouard
n'avait pas d'enfants : il aimait les Normands et la Normandie ;
il pouvait désigner son parent à l'élection du grand
conseil national. Le duc de Normandie intriguait en Angleterre, gagnait
à son parti de puissants seigneurs. Harold,
le fils de Godwin était son ennemi le plus redoutable, car il jouissait
comme son père d'une immense popularité auprès des
Anglo-Saxons. Guillaume eut l'adresse de lui arracher la promesse de l'aider
à obtenir le royaume, de lui faire jurer la confirmation de cette
promesse devant le conseil des hauts barons de Normandie réuni à
Bayeux
et de le fiancer à sa fille Adelize (1065). Bientôt Edouard
mourut (15 janvier 1066) en prophétisant :
«
Le Seigneur a tendu son arc, le Seigneur a préparé son glaive;
il le brandit comme un guerrier : son courroux se manifestera par le fer
et la flamme. »
Il avait désigné Harold
pour son successeur et, le jour même de ses funérailles, Harold
était élu par les grands et les nobles et sacré par
l'archevêque Stigand.
Guillaume, désappointé, résolut
de recourir aux armes, mais il était prudent et il rumina longtemps
sa vengeance. Il expédia d'abord un émissaire à Harold
pour lui rappeler le serment prêté « sur de bons et
saints reliquaires ». Le roi anglais objecta que ce serment n'était
pas valable, car il y avait été contraint; qu'il avait promis
ce qui ne lui appartenait pas, que sa royauté n'était point
à lui et qu'il ne pouvait s'en démettre sans l'aveu du pays.
Alors le duc de Normandie
envoya partout des ambassadeurs : au Danemark ,
en Allemagne ,
en France ,
en Bretagne ,
en Anjou ,
en Flandre ,
à Rome pour dénoncer « l'injustice et le sacrilège
du Saxon ». Les négociations habilement conduites lui valurent
l'appui moral de tout le continent.
Le pape Alexandre
Il lança une bulle d'excommunication contre Harold et tous ses
partisans, permit au duc Guillaume d'entrer en Angleterre
à main armée « pour y établir son droit comme
héritier du royaume en vertu du testament du roi Edouard »,
lui adressa une bannière de l'Eglise romaine
et un anneau. C'étaient là les fruits de la mission antérieure
de Lanfranc. Mais il fallait l'appui effectif
et le consentement des barons normands. Guillaume les obtint après
des discussions épineuses et grâce aux ressources de sa fine
diplomatie. Le 27 septembre 1066, il s'embarquait enfin à la tête
d'une armée de 60 000 hommes. Cependant le roi Harold avait à
surmonter des obstacles aussi considérables. Son frère Tolstig
s'était révolté contre lui et avait obtenu l'alliance
du roi de Norvège
qui débarqua une armée dans le Yorkshire. Les Norvégiens
furent battus à Stamford Bridge; mais, pendant que Harold se hâtait
de retourner à Londres, les Normands
arrivaient sans encombre à Pevensey, puis campaient près
d'Hastings après avoir ravagé
toute la côte. Harold accourut à
Hastings et se retrancha fortement derrière un
rempart
de pieux et de claies d'osier. Le 14 octobre, au matin, s'engagea une bataille
épique. Les Normands furent repoussés à plusieurs
reprises : une panique les débanda; le bruit courait que Guillaume
était mort. Il fallut qu'il tombât à grands coups de
lance sur les fuyards en criant de sa voix de tonnerre :
«
Me voilà! regardez-moi! je vis encore et avec l'aide de Dieu je
vaincrai! »
Enfin, une retraite simulée attira
les Saxons hors de leurs retranchements. Les Normands y pénétrèrent
et un combat désespéré s'engagea autour de l'étendard
royal puis autour du corps de Harold tué
d'un coup de flèche. La nuit couvrit la déroute de l'armée
anglaise. Guillaume assura ses communications avec la Normandie
en prenant Rommey et Douvres, puis il marcha sur Londres où l'on
avait proclamé roi un tout jeune homme, l'oetheling Edgar. Mais
les Anglais étaient disposés à la soumission. La veuve
d'Edouard rendit Winchester. Les évêques
inclinaient pour la paix. Les puissants comtes de Mercie
et de Northumbrie ,
Eadwin et Morkere, demeuraient les seuls soutiens du trône. Guillaume,
traversant la Tamise à Wellingford, essaya de leur couper la retraite
vers leurs Etats, ce qui les obligea à y retourner en toute hâte.
Alors l'oetheling Edgar vint lui-même à la tête d'une
députation offrir la couronne au duc de Normandie. Le 25 décembre
1066, il était couronné à Westminster aux acclamations
de ses nouveaux sujets. Il s'attacha à gagner leur affection et
n'eut garde de rien changer à leurs lois et à leurs coutumes.
Nous dirons plus loin comment il répartit et organisa sa conquête.
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Sceau
de Guillaume Ier d'Angleterre.
Après avoir assuré le maintien
de l'ordre par une promenade militaire dans les provinces envahies, Guillaume
revint en Normandie
(1067). Il laissait l'Angleterre
à la garde de son frère Eudes, évêque de Bayeux,
et de son ministre William Fitz Osbern. Pendant qu'il triomphait sur le
continent, distribuant aux monastères
l'or et les objets précieux, Eudes, par ses exactions et ses tyrannies,
compromettait son oeuvre. Les habitants du Kent
se soulevèrent et appelèrent à leur secours Eustache,
comte de Boulogne, qui faillit s'emparer
de Douvres. Mais la garnison tint bon, les Boulonnais
se découragèrent et les chefs du mouvement s'exilèrent
d'eux-mêmes. Guillaume Le Conquérant repassa en hâte
le détroit en décembre. Il marcha sur la ville d'Exeter demeurée
le centre de la résistance aux Normands, s'en empara et se dirigea
sur York où s'étaient rassemblés nombre de mécontents
autour des comtes Eadwin et Morkere. York fut pris et reçut une
garnison de 3000 hommes. Il faut noter que ces deux expéditions
s'étaient faites à l'aide de contingents anglais. Mais bientôt
éclatait une immense révolte (1068). En même temps
que le roi du Danemark
envoyait une flotte, l'oetheling Edgar soulevait la Northumbrie .
Tout le Sud-Ouest prit part au mouvement (Devon ,
Somerset, Dorset ).
Exeter fut assiégé. La garnison normande d'York fut massacrée.
Guillaume fit face au péril avec sa promptitude et son habileté
ordinaires. Il commença par acheter la retraite de la flotte danoise,
puis il ravitailla Shrewsbury, pendant que William Fitz Osbern dégageait
Exeter.
Guillaume Le Conquérant pénétra
dans York et voulant détruire par un terrible exemple tout germe
de rébellion ultérieure, il fit saccager le pays, brûla
les villes et villages, massacra les habitants, détruisit les cultures,
si bien qu'une terrible famine se déclara qui fit périr plus
de cent mille personnes. Cette épouvantable vengeance accomplie,
Guillaume songea à réduire Chester.
L'entreprise était ardue; il fallait traverser les hauteurs qui
coupent en deux l'Angleterre
du Nord au Sud par des chemins à peine frayés. L'armée
épuisée par la conquête du Northumberland, sans provisions,
forcée de manger ses chevaux, éclata en murmures et fit mine
de se révolter. Elle fut domptée par l'incroyable énergie
de son chef qui supportait les privations et travaillait à l'ouverture
des chemins comme le dernier de ses soldats. Guillaume put entrer en vainqueur
à Chester. Tout le pays anglo-saxon était conquis; il fut
couvert de forteresses. Solidement établi, le Conquérant
réprima sans difficulté une dernière révolte
d'Eadwin et de Morkere en 1071, détruisit le camp du Refuge, dernier
asile des mécontents dans l'île d'Ely (1072), et comme l'oetheling
Edgar, réfugié en Ecosse, était l'instigateur de toutes
les intrigues qui troublaient sa sécurité, il passa la Tweed.
Le roi Malcom, effrayé, vint au camp du roi Guillaume et se déclara
son vassal et son homme-lige.
Cette série d'expéditions
heureuses devait assurer à l'Angleterre
plusieurs années de tranquillité. Guillaume Le Conquérant
revint en Normandie
et fit campagne dans le comté du Maine
qu'il soumit à sa suzeraineté (1073). Cependant les réformes
qu'il avait accomplies dans l'organisation intérieure de son royaume,
notamment la suppression des grands comtés qui fut le premier facteur
de l'unité nationale de l'Angleterre, avaient mécontenté
les grands seigneurs. Roger, fils de William Fitz Osbern, et le Breton
Ralph de Guader, comte de Norfolk, essayèrent, en 1075, de restaurer
ces comtés à leur profit. Cette rébellion fut rapidement
comprimée. Roger fut jeté en prison et Ralph dut repasser
la mer. Les barons intrigants eurent bientôt trouvé un nouveau
chef dans le propre frère du roi, Eudes, évêque de
Bayeux,
qui, sous le prétexte d'aspirer à la papauté, se mit
à lever une armée et à recueillir de l'argent. Guillaume
l'arrêta de sa main au milieu de sa cour et le fit emprisonner. Enfin,
en 1083, il eut à redouter une grande expédition méditée
par le roi Knut du Danemark
sur les côtes anglaises et il réunit même une armée.
Mais la flotte danoise fut dispersée par une révolte et Knut
massacré par ses soldats (juillet 1086). Ce péril écarté,
les frontières fortement protégées du côté
de l'Ecosse
par la construction d'une forteresse à Newcastle-sur-Tyne, du côté
du pays de Galles par l'établissement de trois grands barons sur
les marches, Guillaume le Conquérant fut attiré en 1087 en
Normandie par une révolte suscitée par son fils Robert Courteheuse
qu'appuyait ouvertement le roi de France .
Il voulut d'abord négocier, étant fort malade et obligé
même de garder le lit à Rouen
sur le conseil de ses médecins qui tentaient de réduire par
la diète son embonpoint excessif. Philippe
ler ne
put se tenir de le railler.
«
Sur ma foi, disait-il, le roi d'Angleterre est long à faire ses
couches ! »
Le propos fut rapporté à Guillaume
Le Conquérant qui, furieux, jura par la splendeur de Dieu
d'aller faire ses relevailles dans le pays de Philippe
et d'y apporter des milliers de lances en guise de cierges. Il tint parole,
pénétra en juillet dans le Vexin ,
foulant les moissons, arrachant les vignes et coupant les arbres fruitiers,
incendiant les villes et les villages. Il galopait dans la grande rue de
Mantes
livrée aux flammes, lorsque son cheval s'abattit dans les décombres.
Le Conquérant grièvement blessé fut ramené
en hâte à Rouen et soigné
au couvent de Saint-Gervais. Il occupa ses dernières heures à
distribuer ses trésors aux pauvres et aux églises
de ses domaines. Le 9 septembre, alors que la cloche sonnait prime, il
mourut dévotement les mains jointes en murmurant une prière.
L'armée
de Guillaume le Conquérant s'empare de Dinan, quelle assiégeait.
Conan
remet les clefs de la ville. A remarquer que les soldats mettent le feu
avec
des
torches au donjon, qui est de bois (Broderie de Bayeux).
Il se passa alors une scène incroyable.
Nobles et prêtres s'enfuirent, laissant le cadavre presque nu sur
le plancher. Les officiers pillèrent le mobilier, la vaisselle,
les vêtements et les bijoux et gagnèrent la campagne. Les
fils de Guillaume le Conquérant l'abandonnèrent également.
Guillaume
le Roux n'avait pas même attendu qu'il rendit le dernier soupir
pour s'embarquer pour l'Angleterre .
Henri
Beauclerc mettait en sûreté l'or que son père lui
avait légué. Les habitants de Rouen,
rapporte Orderic Vital, couraient çà
et là dans la ville, comme ivres, s'attendant à voir paraître
à leurs portes une multitude d'ennemis. Tous étaient conscients
de la force immense de Guillaume et il semblait qu'ils eussent tout perdu
avec leur protecteur. Personne ne songeait aux funérailles du roi.
Enfin un gentilhomme normand nommé Herlwin en prit l'initiative.
A ses frais, il fit transporter le corps vers l'abbaye
Saint-Etienne de Caen où il fut enfin
inhumé.
De son mariage avec Mathilde, Guillaume
avait eu quatre fils et cinq filles : Richard, mort en 1081, Robert Courteheuse,
qui fut duc de Normandie ;
Guillaume le Roux et Henri Beauclerc,
qui furent rois d'Angleterre ;
Aude, mariée à Etienne, comte de Blois;
Constance, mariée à Allain, duc de Bretagne ,
morte le 13 août 1090; Adelize, qui fut fiancée à Harold
et mourut avant son mariage; Adèle, qui épousa Etienne, comte
de Chartres, et Cécile, qui fut abbesse
de la Trinité de Caen, morte en 1127.
C'est une physionomie singulière
et attachante que celle de Guillaume le Conquérant. Elle est faite
de contrastes : une taille gigantesque, une voix de tonnerre, une force
colossale, une bravoure désespérée, des colères
furieuses, d'épouvantables vengeances, tous les attributs et les
instincts de la brute; le tempérament froid d'un politique, un profond
mépris des humains, les plus rares qualités de général,
de stratégiste et de diplomate, le sens du gouvernement, tous les
dons et toutes les aptitudes des grands hommes d'Etat modernes, alliées
à une piété sincère, à une tendresse
et à une douceur qui étonnent chez lui, dans ses relations
avec sa femme et ses enfants ou dans ses entretiens avec Anselme
d'Aoste .
C'était un homme de génie, et les vieilles chroniques l'avaient
déjà discerné lorsqu'elles disent :
«
Aucun chevalier sous le ciel n'est le pair de Guillaume. »
On le verra mieux par un court aperçu
du système qu'il suivit dans l'organisation de sa conquête.
Guillaume Le Conquérant appliqua
à l'Angleterre
la féodalité, mais non pas telle qu'elle était pratiquée
sur le continent, car il en corrigea certaines conséquences par
de larges emprunts aux procédés de l'ancienne royauté
anglaise. L'organisation militaire fut simple : les barons normands furent
substitués aux seigneurs anglais. Les grands propriétaires
fonciers étaient d'ailleurs presque tous tombés sur le champ
de bataille; d'autres furent exilés, d'autres enfin ne restèrent
en possession que d'une petite partie de leurs domaines. Guillaume le Conquérant
distribua tous ces fiefs à ses compagnons. Ainsi 200 manoirs du
Kent
et 200 situés dans d'autres comtés furent l'apanage de son
frère Eudes, William Fitz Osbern en eut presque autant, comme aussi
les Clare, les Mowbray. Le moindre soldat de fortune reçut sa part
des dépouilles. Mais, par contre, grands et petits s'obligèrent
à prendre le service du roi, au premier appel. Une armée
entière, toujours prête, se trouva ainsi campée sur
le sol. D'autre part, Guillaume voulant éviter les exigences impérieuses
et les intrigues des barons qui lui avaient causé tant d'embarras
en Normandie ,
eut soin de répartir les grands feudataires de manière à
rendre impossible une union entre eux contre la couronne. Par surcroît
de précaution, il exigea que ses sous-tenanciers en rendant hommage
aux tenanciers jurassent en même temps fidélité et
loyauté au roi. En fait, il était donc, comme l'a écrit
Green, le chef de la grande garnison qui occupait l'Angleterre.
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Guillaume
le Conquérant (Broderie de Bayeux).
Mais il était également le
roi élu du peuple anglais; aussi maintint-il la vieille organisation
judiciaire et administrative. Seulement, il supprima les quatre grands
comtés qui avaient toujours été un obstacle à
la formation de l'unité nationale. Le shire devint dès
lors l'unité la plus considérable du gouvernement local,
et comme dans chaque shire les shérifs étaient nommés
par le roi, le souverain concentrait entre ses mains tout le pouvoir exécutif.
De même il voulut avoir la haute main sur la justice. Les cours locales
des Hundred furent maintenues, mais la cour du roi eut le droit
d'appeler devant elle tout procès de n'importe quelle juridiction
secondaire. Quant aux finances, le Danegeld ou impôt foncier
perçu depuis Ethelred fut maintenu. Des
droits furent frappés sur tous les manoirs avec affectation spéciale
à la couronne. C'étaient là les grosses ressources.
Il faut y ajouter les revenus de l'ancien domaine de la couronne largement
accru par la conquête, les produits des taxes judiciaires imposées
par les juges des cours royales, ceux des taxes perçues pour garantie
ou renouvellement de tout privilège ou charte, enfin les droits
perçus sur les commerçants juifs
pour le libre exercice de leur commerce. Nous ne ferons que mentionner
ici le Domesday Book .
La manière dont Guillaume Le Conquérant
entendit l'organisation de l'Eglise
est extrêmement remarquable. Il s'attacha à la mettre dans
une forte dépendance du pouvoir royal et chercha à s'en faire
une garantie contre les barons. Le roi se réserva le choix des prélats,
et l'évêque dut lui prêter hommage ainsi que les barons.
Aucune excommunication ne put être lancée contre un tenant
royal, sans la permission du souverain; aucun synode ne put légiférer
sans son assentiment préalable et sans que ses décrets fussent
ensuite confirmés par lui. Aucune bulle ne put être reçue
dans le royaume sans son autorisation. Lorsque Grégoire
VII émit la prétention de faire prêter à
Guillaume le serment de féodalité à la cour de Rome,
le roi normand s'y opposa énergiquement en soutenant que ce serment
n'avait jamais été prêté par ses prédécesseurs,
que lui-même n'avait rien promis à cet égard et qu'il
ne le voulait pas prêter. Du reste, la plupart des prélats
anglais furent, comme l'avaient été les seigneurs, dépossédés
de leurs sièges et remplacés par des Normands. Lanfranc,
nommé archevêque de Canterbury,
fit beaucoup, avec l'appui du roi, pour rétablir la discipline.
Enfin Guillaume enleva à la connaissance des juges laïques
les délits commis par les clercs. C'était une innovation
considérable, car jusqu'alors les décrets en matière
spirituelle et temporelle avaient été rendus par les deux
pouvoirs réunis. Les princes, les comtes, les évêques
étaient élus par des cours plénières composées
de seigneurs laïques et des ecclésiastiques présidés
par le roi et qui étendaient leur juridiction sur tous les grands
tenanciers pour toute espèce de matières judiciaires. Les
statuts destinés à régler la juridiction des évêques
furent promulgués à Lillebonne en 1080. (René
Samuel).
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Tombe
de Guillaume le Conquérant, dans l'église Saint-Etienne
de
Caen. Source : The World Factbook.
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