Mithridate I, satrape du
Pont de 402 à 363 av. J. -C. , était ami de Cyrus
le Jeune;
Mithridate II, 337- 302, se soumit
à Alexandre et, après la
mort du conquérant, s'empara de la Paphlagonie
et de la Cappadoce
;
on le regarde comme le vrai fondateur du royaume du Pont;
Mithridate III, 302-266;
Mithridate IV, 266-222;
Mithridate V, 222-186, maria
sa fille à Antiochus le Grand, roi
de Syrie;
Mithridate VI, 157-123, allié
des Romains, les soutint dans la guerre contre
Aristonic
et recul en récompense une partie de la Phrygie;
Mithridate VII, surnommé.
Eupator,
et dit Mithridate le Grand, fut le plus célèbre
de tous. C'était l'un des plus terribles ennemis des Romains,
était fils de Mithridate VI, et naquit vers 131 av. J.-C. Il perdit
son père à l'âge de 11 ans (120), et resta pendant
sa jeunesse en butte à mille intrigues de la part des prétendants
à la couronne. Craignant pour sa vie, il se retira plusieurs années
dans la solitude, se livrant à là chasse ou à l'étude,
et acquit, avec une force et une adresse extraordinaires, une connaissance
profonde des poisons et de leurs antidotes.
De retour dans ses États après
une absence d'environ sept ans, il conquit le Bosphore Cimmérien
,
après en avoir chassé les Scythes, partagea la Paphlagonie
avec Nicomède, roi de Bithynie
,
et s'empara bientôt après de la Bithynie elle-même,
de la Cappadoce
,
ainsi que de plusieurs autres provinces. Les Romains,
appelés au secours des Cappadociens, le forcèrent à
renoncer à ces conquêtes (99); se sentant trop faible pour
leur résister, il se soumit, mais dès ce moment il voua aux
Romains une haine mortelle. Il détacha plusieurs peuples de leur
alliance s'unit contre eux à Tigrane, roi d'Arménie, rassembla
en silence une armée nombreuse, fondit à l'improviste sur
les provinces qu'il convoitait, subjugua avec rapidité la Cappadoce
et presque toute l'Asie Mineure, et, pour déclaration de guerre,
fit égorger à la fois dans toutes les villes de l'Asie tous
les Romains qui s'y trouvaient (88) : il en périt, dit-on, cent
mille.
Mithridate fit ensuite passer en Grèce
son lieutenant Archélaüs, qui fut
accueilli comme un libérateur. Celui-ci avait déjà
battu plusieurs généraux romains lorsque Sylla
fut envoyé contre lui; ce général reprit Athènes
(87), battit les lieutenants de Mithridate à Chéronée
et à Orchomène, reprit sur lui l'Asie Mineure, et lui tua
en divers combats plus de 200 000 hommes. Mithridate ayant de plus perdu
sa flotte entière par une défaite et une tempête, étant
d'ailleurs inquiet sur la fidélité de ses sujets, demanda
la paix (85); il ne l'obtint qu'à des conditions très onéreuses
: il lui fallut livrer ses vaisseaux et restituer toutes ses conquêtes.
Pendant les deux années suivantes il fit la guerre aux peuples rebelles
de la Colchide
et du Bosphore
.
Comme il ne retirait pas assez vite ses garnisons de la Cappadoce
,
Muréna, lieutenant de Sylla, l'attaqua, et ils se livrèrent
quelques combats peu importants (82). Sept ans après (75), le royaume
de Bithynie
ayant été réduit en province romaine, Mithridate,
qui prétendait avoir des droits sur cette contrée, reprit
l'offensive, en fit de nouveau la conquête, tailla en pièces
à Chalcédoine
l'armée de Cotta, et mit le siège
devant Cyzique
;
mais Lucullus l'assiégea lui-même dans son camp, et le força
à s'éloigner. Une de ses flottes fut détruite dans
deux combats près de Ténédos et de Lemnos.
Il se retira alors dans ses États
héréditaires; Lucullus l'y poursuivit, et après quelques
échecs le battit complètement (69). Mithridate s'enfuit en
Arménie
auprès de Tigrane, son gendre, mais il en revint bientôt à
la tête d'une armée considérable. Il fut encore vaincu
deux fois, et il était sans ressources quand Lucullus fut rappelé
par les Romains. A la faveur de cette absence
il reconquit tout son royaume (67); mais deux ans après Pompée
le vainquit près de l'Euphrate, dans un combat nocturne. Mithridate
s'enfuit alors dans le royaume du Bosphore
où régnait Macharès, un de ses fils, et voulut engager
ses soldats à aller porter la guerre au sein même de l'Italie
;
mais ceux-ci, effrayés d'une telle entreprise, se révoltèrent
et proclamèrent roi Pharnace, son fils. Alors Mithridate, voyant
qu'il fallait mourir, essaya de s'empoisonner; mais, n'ayant pu y parvenir,
parce que le poison n'avait plus d'action sur lui, il se fit tuer par un
soldat gaulois (63).
Mithridate était actif, intrépide,
infatigable et fécond en ressources; ill eût peut-être
à jamais chassé les Romains
de l'Asie et de la Grèce
s'il n'eût eu à combattre des généraux tels
que Sylla, Lucullus et Pompée. Mais sa
férocité, sa perfidie et son caractère défiant
ternirent ses grandes qualités. Ce prince avait une mémoire
prodigieuse; il savait, paraît-il, 22 langues (c'est à cause
de cela que quelques savants modernes ont donné le nom de Mithridate
à divers recueils polyglottes). Il avait épousé plusieurs
femmes : la plus célèbre est Monime, jeune Grecque d'une
grande beauté; après sa défaite par Lucullus, se croyant
perdu, il lui envoya l'ordre de se donner la mort (69). Ces derniers événements
ont fourni à Racine le sujet de sa belle
tragédie de Mithridate.