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| Thucydide,
historien grec du Ve siècle av.
J.-C. Thucydide était Athénien L'histoire de Thucydide s'arrête à la vingt et unième année de la guerre, en 408. Elle est divisée en huit livres, mais cette division n'est pas de l'auteur, et d'ailleurs elle n'est pas la seule que les anciens aient connue, car il y avait aussi des éditions en neuf livres, d'autres en treize. Il y a une grande différence entre l'ouvrage de Thucydide et ceux des historiens grecs qui l'avaient précédé, les logographes et Hérodote. Une vingtaine d'années seulement séparent la naissance de Thucydide de celle d'Hérodote, et pourtant il semble que leurs histoires appartiennent à des époques très distinctes. Celle d'Hérodote est un récit épique, celle de Thucydide une histoire philosophique. Des traditions rapportent qu'il fut élève du philosophe Anaxagore et des rhéteurs Prodicus et Antiphon; ce qui est sûr, c'est que pendant sa jeunesse les plus illustres des sophistes enseignèrent à Athènes avec un succès extraordinaire, qu'il fut le contemporain de Périclès, dont il étudia de très près le génie politique, et que ces diverses influences contribuèrent à développer en lui l'esprit critique, Ce qu'il veut faire, c'est une oeuvre utile et durable; aussi son choix s'est-il porté sur un événement contemporain, susceptible de fournir d'instructives leçons. Par là même il se sépare nettement des logographes qui avaient raconté l'histoire mythique des diverses cités grecques, et d'Hérodote chez qui le récit des guerres médiques est encombré de légendes. Pour Thucydide, la qualité fondamentale
de l'historien est l'exactitude qui entraîne avec elle l'impartialité,
et son premier devoir est la recherche de la vérité. Lui-même
a exposé sa méthode au début de son livre (I, 20,
21, 22), où il nous dit le soin qu'il a mis à recueillir
tous les documents, tous les témoignages, et à les comparer
entre eux, pour en tirer ce qu'ils contenaient de vérité.
Les expressions dont il se sert sont caractéristiques, soit qu'il
blâme les hommes d'accueillir sans critique les récits dés
événements passés, soit qu'il constate que pour la
plupart la recherche de la vérité est exempte de fatigue,
soit enfin qu'il dise avec combien de peine il a pu démêler
la vérité parmi les renseignements contradictoires qui lui
étaient fournis. Mais la méthode d'exposition de Thucydide
n'est pas moins remarquable que sa méthode de recherche. L'ouvrage
commence par un préambule célèbre où l'auteur
expose les raisons qui l'ont déterminé à écrire
de préférence la guerre du Péloponnèse Point de digressions sur les affaires intérieures
de Sparte et d'Athènes
ou des autres États de la Grèce, encore moins sur l'histoire
des événements antérieurs et sur celle des autres
peuples. Ni anecdotes ni récits oratoires; rien que ce qui est indispensable
pour l'exactitude et la clarté du récit. Il raconte les faits
de la guerre année par année, saison De ces réflexions, de ces peintures
morales et de l'ensemble de l'oeuvre, se dégage la philosophie
de Thucydide. Il ne voit pas dans les événements humains
le résultat d'une intervention divine, mais la conséquence
de lois générales qui gouvernent le monde. Quand il décrit
une éclipse de Soleil L'histoire de Thucydide n'est pas seulement une oeuvre soumise à des exigences scientifiques. Comme toutes les histoires écrites par les anciens, elle est aussi une oeuvre d'art. Sans doute, Thucydide cherche avant tout la vérité, mais il veut que cette vérité émeuve autant qu'elle instruit, et la composition de son livre est essentiellement dramatique. Schlegel a même pu comparer l'Histoire de Thucydide à une sublime tragédie historique. Il y a, en effet, soit dans l'ensemble, soit dans les différentes parties, un intérêt intense et croissant qui entraîne vers le dénouement. Les récits qui font connaître les événements, les descriptions qui en donnent l'impression pathétique, les harangues qui en font connaître les causes s'y succèdent dans des proportions harmonieusement calculées pour éclairer l'intelligence et toucher la sensibilité du lecteur. Jamais Thucydide ne sacrifie au désir d'émouvoir le souci de l'exactitude; mais chacune des parties principales de son histoire n'en est pas moins composée comme un drame avec ses péripéties et son dénouement. Les narrations n'y ont rien d'oratoire, et l'auteur n'y intervient pas; c'est la force même des expressions, la gravité du ton, le choix savant des détails qui font naître l'émotion. Ce pathétique de Thucydide, apparent dans de courts récits, se montre surtout dans les narrations des grands événements et dans les descriptions de batailles. L'ardeur des passions humaines et la tristesse de la guerre y apparaissent avec un saisissant relief. Quant aux harangues, Thucydide, comme Hérodote, en a usé volontiers. On n'en compte pas moins de trente-neuf en style direct dans les sept premiers livres de son histoire, et en cela il obéissait à une tradition littéraire dont les origines remontent jusqu'à l'épopée. Mais l'usage qu'il en fait est bien différent, et il se tient à égale distance de la méthode esthétique de son prédécesseur et de la méthode scientifique moderne. Lui-même a d'ailleurs expliqué (I, 22) la façon dont il les a composées : elles lui servent à amener la narration, mais surtout à faire connaître les humains, les partis, les peuples. Il est rare, en effet, que Thucydide se livre à des considérations personnelles sur la conduite de ses personnages ou qu'il en trace des portraits; à peine rencontre-t-on quelques mots sur Archidamos, Périclès, Cléon, Brasidas, Hermocrate, Phrynichos et Antiphon : il les fait agir ou parler, et c'est ainsi que nous les connaissons. D'ailleurs, il n'a garde de reproduire textuellement leurs paroles, c'eût été impossible le plus souvent, ou même de leur donner un langage très voisin de la réalité : l'art antique, attaché à l'harmonie de la forme, n'eût jamais admis dans une composition littéraire les différences de dialecte et de style que des discours originaux y auraient apportées. La forme de ces harangues est donc toujours à peu près la même, et c'est par les idées seulement qu'elles diffèrent : Thucydide fait parler ses orateurs selon la vraisemblance, d'après leur rôle, leur situation, leur caractère, et en donnant toute leur force aux raisons qu'ils ont dû soutenir. Il arrive même parfois que l'orateur n'est pas désigné. C'est alors pour ainsi dire « à la situation même » que l'auteur donne la parole, préoccupé qu'il est, dans une circonstance où la personnalité de l'orateur est indifférente, de reproduire simplement les traits principaux d'une scène historique. D'ailleurs, Thucydide ne fait guère parler ses orateurs, anonymes ou non, que dans les circonstances graves où il s'agit de prendre une résolution : les choses se passaient ainsi dans la vie publique des Grecs. Et alors il a soin d'opposer les discours deux à deux, nous fournissant les arguments contraires des politiques en présence, et peut-être entraîné à ce parallélisme par son goût pour l'antithèse. Seul, dans l'Histoire de Thucydide, Périclès n'a pas de contradicteur; et que ce soit parce qu'il représentait plus particulièrement les idées de l'auteur, ou que Thucydide ait voulu montrer l'influence prépondérante de cette éloquence qui dirigea pendant quarante ans les affaires d'Athènes, toujours est-il qu'il lui a donné une place exceptionnelle. L'Histoire de Thucydide est écrite en dialecte attique; elle diffère par là de celle d'Hérodote dont le fond est le nouvel ionien, et des écrits des logographes. Sa langue et son style ont une ressemblance souvent notée avec ceux d'Antiphon, dont il fit lui-même un grand éloge, et les anciens ont fréquemment associé leurs noms en les citant comme les maîtres du style ancien et sévère. Thucydide est remarquable par la propriété des termes et la richesse du vocabulaire. Il choisit ses mots de façon à rendre toutes les nuances de la pensée, et emploie au besoin des locutions archaïques ou poétiques; il affectionne les termes abstraits, et use fréquemment d'adjectifs neutres, de participes et de verbes employés substantivement. Sa phrase admet une certaine liberté de construction; et comme il aime la vigueur et la concision tout autant que l'exactitude, il s'écarte parfois, pour y atteindre, des règles grammaticales, change de sujet sans l'annoncer, supplée une expression nécessaire, mais qui se trouve impliquée dans une autre, abandonne une construction commencée, et va ainsi jusqu'à l'anacoluthe; ce qui rend une lecture rapide assez malaisée et justifie le reproche d'obscurité qu'on lui a adressé dès l'Antiquité. Mais ce qu'il y a de plus frappant dans son style, et qui trahit l'influence des sophistes c'est l'antithèse, qui d'ailleurs n'est pour lui qu'un instrument de précision. Les mots, les membres de phrasé sont opposés ou juxtaposés en une symétrie savante et cherchée, destinée à mettre en relief les différentes parties de la pensée. La structure des phrases n'a pas le laisser aller d'Hérodote, mais ce n'est pas davantage la période d'Isocrate ou de Démosthène. Les propositions y sont laborieusement accouplées les unes aux autres, et les idées secondaires accumulées autour de l'idée principale, mais plutôt par la force de la pensée que par la rigueur de la syntaxe. Nulle part, même dans les harangues, le style n'est oratoire ou passionné : il y règne une harmonie grave et sévère, presque toujours égale. L'Histoire de Thucydide fut à
peine publiée qu'on la considéra comme un chef-d'oeuvre.
Xénophon
dans ses Helléniques
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