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Les oracles grecs
Panorama des oracles grecs
En Grèce, le sacerdoce, qui fut le principal élément de force pour les oracles, ne fut pas toujours collectif; parfois même il manque tout à fait. Cependant, ce sont là des exceptions et, en principe, un oracle est desservi par un sacerdoce collectif. En passant en revue les oracles, il y a lieu d'étudier successivement les oracles des dieux, ceux des héros et ceux des morts.

Les oracles des dieux

Parmi les oracles des dieux, on peut suivre l'ordre adopté par Bouché-Leclercq : oracles titaniques ou primitifs; oracles de Zeus; oracles des autres dieux olympiens, parmi lesquels ceux d'Apollon sont incomparablement plus importants que les autres.

Oracles de la Terre.
La Terre, support commun de tous les êtres vivants, fut envisagée comme une des sources de la divination; les divinités prophétiques des premiers âges furent les divinités telluriques ou chtoniennes et, en premier lieu, celle qui personnifiait la Terre, Gê ou Gaïa. Elle prédit d'abord l'avenir aux dieux eux-mêmes, à Cronos, à Zeus. L'oracle d'Olympie lui appartint et fut établi près d'une fissure du sol; plus tard Zeus y supplanta sa grand-mère. De même l'oracle de Delphes auprès de la fameuse crevasse, celui de Dodone auraient été primitivement des oracles de Gê. A Patras, subsista un oracle iatromantique de Gê, Déméter et Perséphone.

Une autre déesse de la Terre, Thémis, avait conservé une place dans les oracles apolliniens de Delphes et d'lchnae (Thessalie). Les théologiens lui firent, à partir de la théogonie hésiodique, une place considérable qu'elle n'eut jamais dans le culte, et il n'y a pas grand compte à tenir de leurs affirmations d'après lesquelles Thémis aurait transmis ses facultés mantiques à Apollon.

Oracles des divinités des eaux.
La vertu fatidique de l'eau est un préjugé commun  les Hellènes l'ont eu et les divinités des eaux sont toutes plus on moins mantiques. On ne s'adressait guère aux divinités marines, peu bienveillantes d'ordinaire; Protée, Nérée, ne prédisent que forcés; on ne peut les lier à un oracle déterminé. Il en est tout autrement des divinités des eaux courantes, localisées à leur source. Les Naïades, les Nymphes, dispensent aux humains la faculté divinatoire, mais elles n'ont pas en d'oracles à elles, sauf peut-être au Cithéron.

Oracles des divinités du feu.
Les divinités du feu ont été rapprochées constamment par les Grecs des divinités des eaux. Hélios, qui voit tout, eût pu devenir un dieu mantique; mais nulle part son culte ne s'annexa d'oracle. Plus tard, lorsque prévalurent les superstitions orientales, il devint le divinateur par excellence, comme dieu de l'astrologie. On en peut dire autant de Phoebé, Séléné, Hécate, divinités lunaires. En Laconie, Ino eut deux petits oracles à Thalamae et Epidaure Limera. A Thalamae, on pratiquait l'oniromancie; le consultant venait dormir dans le temple. Les éphores y passaient la nuit de temps en temps. A Epidaure Limera, on jetait des gâteaux dans une fontaine le jour de la fête d'Ino; s'ils s'enfonçaient le présage était bon; on y pratiquait également l'oniromancie.

Oracles de Zeus. 
En sa qualité de dieu suprême, Zeus semble le dieu mantique par excellence; l'omniscience était un de ses attributs essentiels; elle ne lui fut d'ailleurs pas toujours reconnue, car les poèmes homériques et hésiodiques y contredisent. Quoi qu'il en soit, trois des grands oracles helléniques parlaient au nom de Zeus, l'oracle de Dodone, celui d'Olympie, celui de l'oasis d'Ammon.

Oracle de Dodone.
L'oracle de Dodone fut un des plus vénérés de la Grèce. Situé dans une humide vallée au pied du Tmaros, près du berceau mytthique des Hellènes, il reste fidèle au culte de Zeus, le grand dieu de ces populations primitives. On en attribuait l'institution à Deucalion; on y faisait défiler la plupart des héros légendaires. Zeus était adoré sous le vocable de Naios et on lui associait Dioné ou Dia Naia; le culte de celle-ci avait subi des influences asiatiques. On retrouvait à Dodone, côte à côte, la corporation des Selles, d'origine pré-hellénique, et celle des Péléiades (femmes vouées au culte de Dioné), d'origine asiatique. Les Selles, Helles, sont antérieurs et conservèrent la supériorité sur la corporation féminine; ils sont encore appelés Tomoures, à moins que, ce nom ne s'applique qu'à une fraction d'entre eux. Le plus ancien des rites divinatoires de Dodone et le plus particulier était l'observation du murmure de l'air dans les feuilles du grand ébène consacré à Zeus auprès de la source miraculeuse. L'oniromancie était aussi pratiquée, probablement par incubation, au pied du chêne. L'association aux Selles des Péléiades modifia le caractère de l'oracle. Les Péléiades furent chargées d'écouter la voix du chêne prophétique et d'annoncer au consultant la réponse divine. La divination intuitive s'introduit apparemment par une influence dionysiaque que favorisa le culte des Nymphes. La Péléiade devint une pythie, possédée par le dieu. La formule commençait par ces mots :

« L'esprit de Zeus indique... » et concluait par ceux-ci : «... sacrifier à Acheloüs ». 
La cléromancie fut aussi usitée à Dodone et par l'intermédiaire des Péléiades. On eut aussi un bassin de bronze dont on étudia les sons; mais c'est toujours l'action du vent qui est en jeu et, quel que soit le procédé, le principe de la divination de Dodone est l'étude des voix du dieu invisible et intangible des populations pré-helléniques.

L'origine de l'oracle de Dodone se perd dans la nuit des âges primitifs il fut adopté par les Hellènes; on cite les consultations demandées par Héraclès, par les Cabires, par les gens de Calydon. Les tribus helléniques, parties de la région de Dodone, lui reconnurent d'abord une certaine prééminence religieuse; ils délaissèrent cet oracle pour celui de Delphes, mais tout en lui conservant une grande vénération. Les ennemis de la race dorienne étaient particulièrement bien disposés pont, Dodone. Les Spartiates eux-mêmes en vinrent à le consulter fréquemment; Agésilas s'appuya sur lui pour entreprendre son expédition d'Asie; il est vrai qu'il avait conseillé l'expédition de Sicile aux Athéniens. Démosthène cite à plusieurs reprises des oracles rendus par Zeus et Dioné à Dodone. A ce moment, on leur accorde plus de foi qu'à ceux de Delphes. Dans les fouilles on a retrouvé non seulement des ex-voto, mais des lames de plomb portant la question posée par le consultant et la réponse de l'oracle. Au nie siècle, Dodone bénéficia de l'importance du royaume d'Epire et de Pyrrhus. Le sanctuaire fut pillé par les Etoliens (249), puis par les Romains lors de la dévastation de l'Epire (168), par les Thraces alliés de Mithridate (89). L'oracle est alors bien délaissé; il reprit quelque vitalité au IIe siècle de l'ère chrétienne. Il disparut ensuite; un brigand illyrien, du nom d'Arkès, coupa le chêne prophétique. Au IVe siècle, l'oracle de Dodone a vécu. Le chaudron de Thesprotie ne prophétise plus, s'écrient les chrétiens, et le chêne si vanté a cessé ses bavardages! Enfin Théodose établit à Dodone un évêché chrétien.

Oracle d'Olympie. 
L'origine de la fortune d'Olympie fut un oracle de Zeus qui succédait à un vieil oracle de . A l'époque historique, il n'y a plus sur les bords de l'Alphée d'institut mantique complet, mais seulement une puissante famille sacerdotale, celle des Iamides, qui dessert le grand autel de Zeus; prophètes du dieu et d'Apollon, les lamides pratiquent l'empyromancie. Plus tard, les Klytiades leur sont associés. La clientèle de l'oracle était étendue; non seulement les habitants de l'Elide, mais tous ceux qu'attiraient les jeux Olympiques, les concurrents surtout venaient consulter Zeus. Quant aux conseils politiques, on n'en demandait guère, la renommée de l'oracle d'Olympie n'approchant pas de celle de Dodone, de Delphes ou de l'Ammonium. Seuls les Spartiates s'y adressèrent quelquefois. Olympie est donc plutôt un centre de divination qu'un oracle proprement dit.

Oracle d'Ammon.
L'oracle établi dans une oasis du désert de Libye sous l'invocation de  Zeus-Ammon. est gréco-égyptien. II est vraisemblable que la fusion se fit entre Zeus et Ammon-ra, le grand dieu de Thèbes. L'origine de l'oracle est incertaine. Sa fortune fut due aux Cyrénéens qui lui amenèrent la clientèle des Thébains, et par là des autres Grecs. On lui fit une place dans les mythes et les légendes nationales; il prit bientôt le troisième rang parmi les oracles grecs, après Delphes et Dodone. Les rites étaient empruntés à l'Egypte et à la Grèce. Un des modes de divination consistait à interroger la statue d'Ammon constellée de pierreries que l'on portait dans une nacelle dorée sur les épaules de quatre-vingts prêtres on notait les mouvements, les bruits, les reflets des pierreries de la statue; le prophète les traduisait. On pratiqua aussi la divination par la source du soleil, par les arbres et par les oiseaux. Le sacerdoce d'Ammon était solidement organisé, présidé par un prophète. L'influence égyptienne devait prévaloir, et l'on sait qu'elle confondait le sacerdoce avec la science dont la divination faisait partie (au lieu d'être regardée comme une impulsion inconsciente comme en Grèce). La vogue de l'oracle d'Ammon tint pour beaucoup à l'admiration que les Grecs eurent pour l'Egypte. Les Athéniens le consultent fréquemment pendant la guerre du Peloponnèse. Enfin la visite solennelle que lui fit Alexandre le Grand mit le comble à sa réputation. Ammon donna au conquérant une apothéose dont bientôt on se montra prodigue. La domination des Ptolémées fut très favorable à l'oracle; celle des Romains en précipita la décadence; elle fut rapide; déjà Strabon juge inutile de la visiter. La fourberie des prêtres d'Ammon devint proverbiale. Leur dernière ressource fut la vente de l'eau de leur source sacrée; on l'expédiait pour servir aux opérations magiques ou à l'hydromancie. Dès la première période de l'empire romain, l'oracle d'Ammon a disparu.

Oracles de Poseidon. 
Le redoutable dieu des mers, dont Ia religion délaissée à l'époque historique semble avoir été plus importante vers le IXe et le VIIIe siècle av. J.-C., avait, disait-on, occupé l'oracle de Delphes avant Apollon, peut-être celui d'Olympie. Son oracle d'Onchestos en Béotie disparut de bonne heure; c'est là qu'on abandonnait un char à son attelage, observant où il le conduisait.

Oracles de Hadès.
Hadès ou Pluton est le principal, en dignité, des dieux chtoniens, mais il n'a pas hérité de la puissance mantique de . ll ne maintint pas longtemps son individualité et fut exproprié par Dionysos ou confondu avec, lui comme avec Zeus Chtonien, Hermès Psychopompe, etc. Il n'eut que des oracles médicaux. On cite en Asie Mineure ceux d'Acharaca (Charax, non loin de Nysa, en Carie), de Limon, de Hiérapolis dans le bassin du Méandre. Il y avait là des crevasses ou soupiraux des enfers; aux deux premiers on pratiquait l'oniromancie, au troisième, qui exhalait des vapeurs asphyxiantes, les Galles eunuques venaient chercher l'enthousiasme prophétique.

L'oracle d'Acharaca (Charax). - Hadès et Perséphone avaient à Achacara un temple et un bois sacré : auprès de celui-ci se trouvait une grotte appelée l'antre de Charon. Les malades se rendaient dans ce lieu, et y passaient quelque temps avec les prêtres. Ceux-ci passaient une nuit dans la grotte; puis ils prescrivaient aux malades les remèdes qui leur avaient été révélés en songe. Souvent ils conduisaient les patients dans la grotte, et les y laissaient plusieurs jours livrés à un repos complet et à une diète absolue. Quelquefois les malades tombaient eux-mêmes dans le sommeil prophétique; mais il fallait qu'ils y fussent préparés par les prêtres. On célébrait en cet endroit une fête annuelle, au milieu de laquelle les jeunes gens du gymnase introduisaient dans la grotte un taureau qui tombait mort aussitôt qu'il y était entré.
En Macédoine, à Eana, on signale un autre oracle médical de Hadès, qui pratiquait l'incubation.

Oracles de Dionysos.
Le dieu de la divination chtonienne est Dionysos. L'enthousiasme où il plongeait ses fidèles est le plus puissant procédé de la divination, celui qui, adopté par la religion apollinienne, fit la fortune de l'oracle de Delphes. Nous avons déjà indiqué ces faits au mot Dionysos; il en sera encore parlé ci-dessous. Dionysos n'eut guère d'oracle qui lui appartint en propre. Celui d'Amphiclée en Phocide avait pour interprète un prêtre possédé du dieu; il pratiquait surtout la iatromancie. Nous savons peu de chose de l'oracle desservi en Thrace par les Satres et qui possédait, comme celui de Delphes, une prêtresse hystérique.

Oracles de Pan.
La divination qui se réclame du dieu Pan est médicale; la terreur « panique », dont le vieux démon frappe les voyageurs et passants dans les solitudes par ses apparitions, put en donner l'idée. Les oracles de Pan à Troezène, à Lycosoura emploient l'incubation; ils sont consultés à l'occasion par les magistrats de la cité. Un oracle analogue se retrouve au IIIe siècle ap. J.-C. à Césarée Panéas en Palestine, à la source du Jourdain.

Oracle d'Aphrodite.
On ne cite qu'un oracle d'Aphrodite, celui de Paphos, qui pratiquait l'extispicine et était desservi par la famille des Kinyrades et celle des Tamirades. Titus vint le consulter et c'est après cette visite qu'il décida son père à briguer l'empire.

Oracle d'Héra.
L'épouse de Zeus avait un oracle près de Corinthe, sous le vocable d'Akraea. Il n'existait plus à l'ère chrétienne.

Oracles d'Hermès.
Hermès, le messager et le confident des dieux, semblait tout désigné pour leur servir d'intermédiaire auprès des humains, Il y eut une lutte très vive entre la religion apollinienne et la sienne. On lui dénia la connaissance de l'avenir, et la transaction qui intervint ne laissa à la divination hermétique que la cléromancie. L'Hymne homérique à Hermès relate cette concession. Le caractère déloyal d'Hermès ne donnait d'ailleurs pas confiance aux fidèles. On ne connaît qu'un oracle de ce dieu, celui de Pharée (Pharae) en Achaïe qui employait la clédonomancie. L'autel du dieu s'élevait au milieu de la place du marché. On offrait de l'encens, on allumait des lampes devant cet autel; on plaçait dessus une pièce de cuivre; puis le consultant prononçait sa question à l'oreille du dieu, et, se bouchant les oreilles, il quittait immédiatement le marché. Les premières paroles qu'il entendait prononcer une fois hors de la place. étaient regardées comme renfermant la réponse de Hermès.  On peut encore lui attribuer celui de Smyrne.

Oracles d'Athéna.
La déesse de la sagesse et de l'intelligence épurée, Athéna, si bienveillante pour l'humanité, est souvent intervenue pour donner de bons avis à ses protégés, en général elle leur apparaît en songe. Inventrice des dés, elle devint une divinité cléromantique. On la consultait surtout avant les batailles. Elle eut des embryons d'oracles à Corinthe sous l'épithète de Chalinitis, à Skiron, près d'Athènes. Son caractère rationnel se prêtait peu au rôle mantique et elle eût fait double emploi avec Apollon, mieux doué qu'elle à cet égard.

Oracles d'Apollon.
La religion apollinienne, qui fut la plus nationale des religions de la Grèce, dut une grande partie de son prestige à la divination. La subordination au dieu des Nymphes qui dès la plus haute antiquité possédaient le don prophétique y contribua, mais le fait essentiel fut la prise de possession du ParnasseApollon hérita des traditions et droits des religions chtoniennes, et, par la fusion avec la religion dionysiaque, mit au service de son oracle l'extase et la folie hystérique des femmes. Le sacerdoce delphique sut admirablement tirer parti de la situation. II enseigna qu'Apollon était le confident, le révélateur attitré des volontés de Zeus, et appuya son autorité sur celle du dieu suprême, du dieu Père dont le Fils fut le prophète. La divination apollinienne s'annexa ainsi les devins libres et relégua au second plan les oracles des autres dieux, ceux de Zeus exceptés. La corporation religieuse de Delphes exerça sur les Hellènes une hégémonie morale à peu près incontestée. Les autres oracles d'Apollon n'ont eu qu'un rôle secondaire.

Oracle de Délos. 
Délos, patrie mythique du dieu, attirait une foule de pèlerins. A côté du temple, un oracle s'établit; mais il ne tint jamais une place bien considérable, même dans l'île sacrée. Il est à peine mentionné dans l'hymne homérique à Apollon Délien et disparaît complètement dans la suite. C'est au IIe siècle av. J.-C. qu'il fut restauré dans la grotte du mont Cynthus; il ne semble pas que, malgré son allure archaïque, il ait attiré beaucoup de consultants; l'histoire rétrospective qu'on lui prête est controuvée, cependant elle lui valut, à la fin de l'empire romain, quelques succès et Julien s'y adressa.

Oracle de Delphes.
L'oracle de Delphes était le plus fameux des oracles d'Apollon. Nous ne ferons pourtant que le nommer ici, parce qu'il en a été longuement question dans un article spécial.

Les autres oracles apolliniens.
L'oracle de Delphes a rejeté dans l'ombre les autres oracles apolliniens, lesquels étaient nombreux en Europe et en Asie Mineure et qui acceptèrent la suzeraineté du sacerdoce pythien. Nous allons les passer rapidement en revue. 

L'oracle d'Abae, au Nord-Est de la Phocide, se prétendait très ancien. Il était l'objet d'une grande vénération pour les Phocidiens, qui, vainqueurs des Thessaliens, lui consacrèrent les dépouilles de leurs ennemis, quelques années avant l'invasion des Perses. Crésus consulta cet oracle; Xerxès brûla le temple d'Abae. Pourtant l'oracle subsista; et avant la bataille de Leuctres il promit la victoire aux Thébains. Les Romains, par respect pour le caractère sacré de ce lieu, accordèrent aux habitants d'Abae le droit de se gouverner eux-mêmes. Hadrien bâtit un petit temple à côté de l'ancien, dont les ruines se voyaient encore au temps du Pausanias.

L'Oracle de Tégyre  en Béotie, était très ancien et très célèbre. Les réponses y étaient données par des prophètes. La Pythie elle-même déclara une fois que c'était là le lieu où était né Apollon. L'oracle de Tégyre fut florissant jusqu'aux guerres médiques et abandonné dans le siècle suivant. Au temps de Plutarque toute cette contrée n'était plus qu'un désert. 

Celui d'Akraphia (oracle de la montagne de Ptoon, sur le territoire de Thèbes), consacré à Apollon Ptôos, pratiquait la divination intuitive. Les réponses de cet oracle étaient données par un personnage appelé promantis : le premier qui remplit cet emploi se nommait Ténéros et était, disait-on, fils d'Apollon. Les réponses y étaient ordinairement rédigées en dialecte éolien; pourtant, quand Mys le Carien vint consulter le dieu , celui-ci lui parla en langue carienne. Quand Alexandre le Grand détruisit Thèbes, l'oracle de Ptoon périt avec la ville.

A Thèbes, nous trouvons les oracles d'Apollon Isménien (à Isménium, au sud de Thèbes) et d'Apollon Spodios. Le premier remontait, affirmait-on, à Tirésias; ses méthodes étaient l'empyromancie et l'extispicine; la second y ajoutait le clédonisme. Ces deux oracles ressemblaient plutôt à celui d'Olympie, groupant des devins autour d'un temple, qu'à la corporation sacerdotale de Delphes.

L'existence d'oracles à la fontaine Telphousa, près de l'Hélicon, est douteuse; ceux d'Eutrésis (près de Platées) et d'Hysiae auprès du Cithéron, disparurent de bonne heure.  A Hysiae, sur la frontière de l'Attique, il y avait une fontaine où s'abreuvaient ceux qui désiraient être inspirés Au temps de Pausanias, cette fontaine avait perdu la propriété qu'on lui attribuait.

Dans l'île d'Eubée, I'oracle apollinien d'Orobiae n'a laissé aucune trace de son activité. 

En somme, dans toute cette région, les oracles apolliniens sont peu importants. Il n'y en a pas en Attique. Dans le Péloponnèse, on ne peut citer que ceux d'Argos dans les temples d'Apollon Diradiote et d'Apollon Lycien. La prêtresse vierge sacrifiait une fois par mois, pendant la nuit, un agneau, en buvait le sang et tombait dans l'extase prophétique. 

En Asie Mineure, on peut citer beaucoup d'oracles apolliniens dont deux au moins eurent un rôle historique, celui des Branchides à Milet (oracle de Didymes), celui de Claros :

L'oracle des Branchides. - L'oracle desservi par la famille sacerdotale des Branchides était à quatre lieues au Sud de Milet, sur le plateau des Didymes, dans le temple d'Apollon Didyméen, c.-à-d. jumeau. Il paraît avoir été antérieur à la grande émigration ionienne amenée par les Nélides; les cultes jumeaux remonteraient aux Cariens; Branchos, éponyme de la famille sacerdotale, passait pour avoir été consulté par les fondateurs de Milet. Plus tard on altéra sa légende pour le rattacher à Delphes. On a soutenu, non sans de bons arguments, que l'oracle avait été établi à une époque relativement récente et annexé au culte préexistant. Les Branchides avaient pour auxiliaire la famille des Evangélides dont les membres recueillaient les oracles et les mettaient en vers. Les rites ressemblaient à ceux de Delphes. Une femme, après s'être baignée dans la source sacrée, s'être préparée par le jeûne et la prière, était saisie de l'inspiration prophétique et parlait du haut d'un trépied. La faveur des rois de Lydie, de Crésus en particulier, enrichit l'oracle des Branchides, dont la vogue égalait en Asie, au VIe siècle, celle de Delphes. Les Perses brûlèrent le temple (494) et déportèrent les Branchides en Bactriane. L'oracle ne reparaît qu'après Alexandre, sans les anciennes familles sacerdotales; les dignités religieuses furent données au sort. Le principal personnage était le prophète, surtout au voisinage de époque chrétienne. Séleucus, désigné au trône par Apollon Didyméen, lui prouva sa reconnaissance; tous les rois de l'Orient hellénisé rivalisèrent de générosité; les empereurs romains jusqu'à Julien favorisèrent le culte et l'oracle qui disparut à la fin du IVe siècle.

L'oracle de Claros. - Auprès de Colophon était l'oracle de Claros dont on faisait remonter l'institution à Manto, fille de Tirésias, et à son fils Mopsus. Ce dernier aurait fondé la corporation sacerdotale, dont les familles ne se rattachaient pourtant pas à lui. Le dieu parlait par la bouche d'un prophète qui puisait l'inspiration dans l'eau d'une fontaine qui coulait dans une grotte. Il acceptait les consultations par correspondance. L'histoire de l'oracle manque de variété; il se perpétua sous l'empire romain et il en est encore question dans les écrits du IIIe siècle ap. J.-C.

L'oracle de Patara en Lycie ne fonctionnait qu'en hiver, le dieu passant l'été à Délos. Il était desservi par une prêtresse qui passait la nuit dans le temple et employait l'oniromancie, la divination lycienne par excellence. Il n'existait plus au temps de Servius. 

La ville de Cyanée (Lycie) avait un oracle hydromantique d'Apollon Thyrxeus. 

Auprès du promontoire de Sarpédon, la ville de Séleucie la Rude avait hérité d'un oracle d'Apollon Sarpédonien qui fut consulté par les rois de Syrie, plus tard par les tyrans de Palmyre au IIIe siècle ap. J.-C. Il paraît avoir adopté la divination enthousiaste. 

En Carie était à Hylae un oracle apollinien très ancien appliquant la même méthode.

En Eolide, on signale l'oracle de Gryneion, confirmé dans ses privilèges par le clergé de Delphes

Dans l'île de Lesbos, les cultes d'Apollon Napaeos (Méthymne), Mynkaeos (Antissa) et Maloeis (Mytilène) comportaient des rites divinatoires, sans donner lieu à des oracles proprement dits. 

Dans la Troade, on peut citer au même titre les temples d'Apollon Sminthien à Thymbra et à Alexandrie de la Troade, celui d'Apollon Actaeus à Adrastée. Enfin, l'Iliade signale à Zeleia, en Phrygie, un oracle apollinien. 

A Chalcédoine sur le Bosphore, on en fonda un qui n'est pas mentionné avant l'époque romaine. 

Le dernier venu des oracles apolliniens fut celui de Daphné, près d'Antioche. Le temple d'Apollon avait été bâti par Séleucus; la divination s'y installa. Il ne s'agit plus ici d'une copie de la mantique de Delphes, mais d'un patronage accordé aux devins libres; la source sacrée de Castalie servait à leurs expériences. Hadrien la fit boucher, après s'en être servi. Julien voulut ressusciter l'oracle, mais sans y réussir.

Oracles d'Asclépios (Esculape).
Asclépios, fils d'Apollon, reçut de celui-ci son pouvoir divinatoire par une sorte de délégation analogue à celle qu'Apollon tenait de Zeus. Seulement Asclépios n'empiéta pas sur le rôle de son père; celui-ci dirige les intelligences et lui laisse la guérison des corps, la divination médicale. Le sujet tient de trop près à la mythologie et à la religion d'Esculape pour que nous puissions le traiter ici; on trouvera dans l'article spécial l'histoire des corporations asclépiades qui propagèrent le culte de leur patron avec ses méthodes divinatoires et médicales. La iatromantique est d'origine chtonienne, ses pratiques ont un caractère magique bien accentué. Asclépios est d'abord an héros thessalien, proche parent des génies des bois et des montagnes qui s'entourent de serpents et animaux issus de la terre. C'est assez tard qu'il fut rattaché à Apollon. Les familles d'Asclépiades furent obligées de combiner leurs pratiques scientifiques avec la révélation médicale en vogue eu Egypte dont le dieu médecin Sérapis les eût mis en échec. C'est alors que s'organisa l'oracle médical d'Epidaure. Il fonctionnait par incubation; le client se couchait auprès du temple, attendant la réponse que le dieu lui apportait en songe. L'effet était certain.

"Les légendes dont le patient était étourdi, la nouveauté du spectacle, l'attente et l'inquiétude qu'excitaient ses nerfs suffisaient amplement pour amener le rêve surnaturel » 
Le matin, au chant du coq, il allait le raconter aux prêtres qui le traduisaient en ordonnance médicale. Quelquefois le dieu donnait une réponse, sous pli scellé. Dans la période de décadence on admit la théophanie, la guérison miraculeuse immédiate par le dieu. La science des médecins et la foi des fidèles se prêtaient un appui réciproque qui maintint la vogue de l'oracle jusqu'à l'avènement du christianisme. Il fut alors fermé. Parmi les autres temples et instituts iatromantiques d'Asclépios, il faut mentionner ceux de Cos, patrie d'Hippocrate; de Pergame, patrie de Galien et d'Oribase; de Rome.

Oracles d'Héraclès.
Héraclès est comme Asclépios un héros divinisé; ses oracles sont intermédiaires entre ceux des dieux et ceux des héros; son caractère philanthropique permit d'en faire une divinité mantique. Il dut l'être chez les Doriens, mais dut céder la place à Apollon. Dans beaucoup de ses chapelles il donnait accidentellement des consultations; sa méthode préférée, l'oniromancie, se détache facilement de l'attache locale. De plus, il est le patron des eaux thermales. Parmi les oracles proprement dits, on peut citer celui de Hyettos, en Béotie, iatromantique; celui de Boura, en Achaïe, céromantique. Devant la statue du dieu, au fond d'une grotte, était une table divisée en compartiments, avec des astragales, des oblongs; le consultant faisait sa prière, puis jetait quatre dés sur la table; un tableau indiquant la signification des coups lui apprenait la réponse du dieu. On ignore s'il y avait des prêtres attachés à cet oracle. A Gadès (Cadix) en Espagne, Héraclès identifié aven le Melkart phénicien avait un oracle oniromantique. 

Oracles des héros et des morts

Les héros sont des êtres intermédiaires entre les humains et les dieux quelques-uns ont été divinisés; d'autres considérés d'abord comme les premiers d'entre les morts, s'élèvent peu à peu au rang de génies capables de conseiller et d'aider les vivants. Ils habitent les régions souterraines et peuvent apercevoir les causes secrètes des événements. Le progrès du mysticisme, qui promet de la vie prolongée après la mort le développement complet de l'âme, achève d'établir leur supériorité intellectuelle sur les vivants. Au début, seuls les héros-prophètes ont des oracles; puis on en accorde aux autres. On en vient enfin, lorsque ont prévalu les doctrines de l'immortalité de l'âme, à accorder à tous les morts la prescience et la faculté d'en faire bénéficier les vivants. Nous étudierons donc conformément à la succession historique les oracles des héros-prophètes, des autres héros et des morts. Les oracles des héros sont tous médicaux et emploient l'oniromancie.

" Le songe, observe Bouché-Leclerq, est la forme adoucie de l'évocation nécromantique. C'est pourvoir, c'est pour entendre les morts à travers les voiles rassurants du sommeil que l'on venait dormir sur leurs tombeaux. »
L'oniromancie contrôle l'apothéose dans les temps de décadence. Les oracles des héros-prophètes se trouvent surtout en Béotie.

Le plus fameux est celui de Trophonius à Lébadée. On racontait qu'il avait été créé par Apollon, le dieu avant ordonné aux Béotiens de consulter le héros. Les rites étaient effrayants. L'oracle était dans une crevasse de la montagne; le consultant s'y enfonçait après s'être purifié et avoir sacrifié aux; dieux vénérés sur la montagne, et demandé par un de ces sacrifices Trophonius lui-même s'il était disposé à répondre. Puis on se mettait en route de nuit conduit par deux jeunes garçons de treize ans; on buvait aux fontaines de Léthé et de Mnémonyne. On adorait la statue archaïque du héros, et, vêtu d'une tunique de lin, ceint de bandelettes, chaussé da sandales, on descendait dans le trou; arrivé à la galerie latérale, on y entrait les jambes en avant tenant de chaque main un gâteau de miel pour apaiser les monstres infernaux. On était entraîné jusqu'au sanctuaire et après Ia révélation qui plongeait le consultant dans une sorte de délire, dû à des potions ou à des exhalaisons du sol, il était rejeté au dehors. Les prêtres le portaient sur le siège de Mnémonyne, notaient ce qu'il avait observé; on le portait à la chapelle de la Bonne Fortune et du Bon Génie où il se remettait de ses émotions; un prophète rédigeait l'interprétation officielle des prodiges relatés par le consultant. En somme, cet oracle pratiquait la divination intuitive, combinant l'oniromancie et la nécromancie. Consulté par Christomène de Messénie, par Crésus, par Mardonius, par Epaminondas, l'oracle fut en butte aux sarcasmes des Athéniens. Il organisa des consultations iatromantiques. Très dévoué aux Romains, il était encore  fréquenté au IIe siècle de l'ère chrétienne. La religion nouvelle substitua saint Christophe à Trophonius.

A Orchomène existait un oracle de Tirésias qui se ferma de bonne heure. Entre Thèbes et Potniae était celui d'Amphiaraüs auquel faisait concurrence celui du même prophète à Oropos. Tous deux réclamaient le nom de Harma, désignant l'endroit où s'était enfoncé sous terre le char du héros.  Après les guerres médiques, l'oracle thébain renonça à la lutte. Celui d'Oropos resta seul. Il était dans un vallon voisin de la ville, auprès d'un temple dont le grand autel était consacré à un grand nombre de dieux. Les consultants s'abstenaient de vin durant trois jours, puis ils jeûnaient un jour entier, sacrifiaient et achevaient de se purifier. Ils immolaient un bélier, puis passaient la nuit dans le temple, couchés sur la peau de la victime. Ils y recevaient les songes révélateurs. 

C'était surtout une clientèle de malades qui s'adressait à Amphiaraüs. Il dura jusqu'au christianisme et fut détruit par Constantin.  Le temple était entouré d'un mur et orné de colonnes où jamais les oiseaux ne se reposaient; jamais non plus ni oiseau ni bétail n'avait cherché sa nourriture dans les environs. La volonté divine se manifestait en songe aux personnes qui passaient une nuit dans le sanctuaire, après s'être préparées à cette incubation en jeûnant toute ta journée et en s'abstenant de vin pendant trois jours. 

Un autre oracle d'Amphiaraüs se trouvait à Oropus, entre la Béotie et l'Attique. Les malades y venaient en foule chercher la guérison. Ils se purifiaient; ils sacrifiaient un bélier, sur la peau duquel ils se couchaient dans le temple, en attendant les songes révélateurs. S'ils guérissaient, ils devaient jeter quelques pièces de monnaie dans une fontaine qui se trouvait au milieu du sanctuaire. Cet oracle avait été, disait-on, fondé par les Thébains.

En Asie Mineure, on mentionne l'oracle d'Hemithéa, à Castabos (Carie), qui pratique l'incubation iatromantique; celui de Mopsus et Amphilochus, à Mallos, sur la côte de Cilicie. On en rattachait l'originel au concours de prescience où Calchas succomba. Cet oracle acquit, après Alexandre et conserva pendant l'empire romain une grande vogue. 

En Apulie, on montrait le tombeau de Calchas qui continuait d'exercer la divination et celui de Podalirios, ancêtre des familles asclépiades. L'un et l'autre fonctionnaient comme celui d'Oropos que nous venons de décrire.

Les héros non prophètes n'ont eu d'oracles que tardifs ceux de Protésilas en Troade, d'Ulysse chez les Eurytanes (Etolie), de Sarpédon en Lycie, d'Antolycus à Sinope, de Menestheus, près de Gadès (Espagne), sont les plus achalandés.

Il faudrait ajouter un grand nombre de statues fatidiques, comme celles d'Alexandre le Grand dans les cités fondées par lui; les théories spiritualistes de la décadence multiplient ces oracles locaux et momentanés; un exemple curieux est celui que fournit le charlatan Alexandre d'Abonotichos (Paphlagonie) en créant de toutes pièces un oracle au IIe siècle de l'ère chrétienne. Lucien nous en a laissé l'amusant tableau.

Les oracles des morts n'ont plus ce caractère individualiste des sanctuaires consacrés à un dieu ou à un héros. On admettait seulement qu'il y avait certains lieux propices à l'évocation des morts et au fonctionnement de la divinationnécromantique. Ces soupiraux de l'Hadès servirent à quelques oracles. Le plus anciennement connu était celui d'Ephyra, en Epire (Thesprotie), où l'on conduisait Thyeste, Orphée, auquel s'adressa Périandre. On consultait les morts pour connaître les trésors enfouis dans la terre, pour expier des meurtres, la présence de la victime permettant de s'assurer son pardon. A Phygalie, en Arcadie, le roi de Sparte, Pausanias, vint pour se délivrer du remords d'un meurtre involontaire. Il y eut aussi des oracles nécromantiques à Héraclée de Pont et près du lac Averne.

Oracles orientaux hellénisés

Pour compléter l'étude des instituts mantiques grecs, il nous reste a dire quelque chose des oracles orientaux hellénisés après la conquête d'Alexandre. Ils diffèrent profondément des grands oracles grecs qui eurent, ainsi. qu'il à été dit, un rôle politique. Parmi les dieux égyptiens, on rattacha surtout à Sérapis, divinité iatromantique dont les principaux temples devinrent des oracles à la mode de ceux d'Esculape tels le sérapéum d'Alexandrie, celui de Canope, celui de Memphis; à Philae, Isis avait un oracle fréquenté jusqu'en 555 ap. J.-C. où Marsès le ferma. La divination contribua beaucoup à la diffusion en Grèce, en Italie et dans l'empire romain, des cultes d'Isis et de Sérapis dont elle est inséparable. C'est donc là qu'on trouvera les détails.

Les cultes syriens et orientaux, généralement solaires, ont fait grand usage de la mantique. Héliopolis, Hiérapolis eurent de véritables oracles très consultés, même par les empereurs. (GE). 

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