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Histoire de l'art > La peinture
L'histoire de la peinture
La peinture grecque
et romaine
Les oeuvres des peintres grecs antérieurs à l'époque hellénistique sont perdues : il ne nous reste, pour en faire l'histoire, que les jugements des Anciens, les traditions et les peintures d'époques relativement modernes et d'artistes secondaires retrouvées dans les villes du Vésuve. Mais cet ensemble de documents est considérable. II est difficile de fixer une date aux commencements de la peinture; car cet art se borna longtemps à colorier les statues, les bas-reliefs et les temples, et à fournir des sujets de broderies aux femmes de la Grèce et de l'Asie Mineure. Les traditions la font naître à Corinthe et à Sicyone, villes de potiers qui employaient des coloristes pour orner les vases de dessins en teintes plates : nous avons quelques-uns de ces anciens vases. On ne voit pas qu'avant les guerres médiques (Ve siècle av. J.-C), la peinture se soit, comme art, rendue indépendante de la sculpture, de l'architecture et de la céramique. Mais cette guerre contribua à donner aux Grecs la conscience de leur particularité, et donna un élan singulier à tous les arts. Cependant la peinture conserva longtemps encore et peut-être toujours l'habitude de modeler ses conceptions d'après celles de la sculpture, et de disposer les personnages comme dans des bas-reliefs. Le dessin la préoccupa plus que la couleur, et celle-ci ne parvint à toute sa perfection qu'au temps d'Alexandre. Jusque-là les figures sont en petit nombre, séparées les unes des autres de façon à ne pas se couvrir mutuellement; le coloris est clair, transparent, peu modelé, les raccourcis évités comme dans les bas-reliefs, la perspective presque nulle.
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Fresque du palais de Cnossos.
Fresque du palais de Cnossos. Source : Cavorite.

La période classique

La peinture fit un grand pas vers l'indépendance lorsque, se détachant des temples et des vases, elle composa librement sur des tables de bois ou sur des surfaces étendues préparées exprès. Polygnote , qui vivait au temps de Cimon et sous Périclès, trouva l'art de peindre presque dans l'enfance, et en fit un rival de l'art de Phidias. On ne peut douter que les peintures dont il orna le temple de Thésée et plus tard les temples de Delphes, de Platées, et la Pinacothèque d'Athènes, n'aient été de simples ornements courants ou des tableaux de chevalet. Mais ce grand peintre avait décoré les murs de la Lesché à Cnide et du Poecile à Athènes: dans le premier il avait représenté la prise de Troie, le départ des Grecs, et l'évocation des morts par Ulysse; dans l'autre, la lutte des Grecs et des Perses. A l'exécution de ces derniers ouvrages travaillèrent aussi Micon et Panoenus. Dans le même portique étaient encore représentés plusieurs sujets de l'histoire d'Athènes. On voit donc qu'à l'époque de Périclès et même de Thémistocle on pratiquait déjà la peinture historique sur de grandes dimensions; et cela, non seulement avec une grande pureté de dessin, qui n'a rien de surprenant dans le pays des sculpteurs et des architectes mais avec un coloris approprié aux personnages, et une expression en harmonie avec les caractères et les situations.

Si la sculpture contribua à la perfection du dessin, l'art des décorations scéniques contribua à celle de la perspective, c.-à-d. surtout à la distribution des ombres et de la lumière. Apollodore fit en cela une véritable révolution, dont profita largement Zeuxis. C'est donc d'Apollodore que l'on doit dater la seconde période de la peinture; car c'est plus encore par l'art des ombres que par celui du coloris ou même du dessin, que l'on donne à un tableau cette magie qui produit l'illusion et charme l'esprit. 

Les descriptions que les auteurs anciens nous ont laissées des tableaux de ce temps (Ve siècle) montrent que la peinture émit, quant à l'expression, dans une voie tout autre que la sculpture : celle-ci, dans le grand art de Phidias et de Polyclète, évitait de représenter les passions et de tourmenter les traits du visage; au contraire, les plus grands peintres d'alors, Zeuxis, Parrhasius, Timanthe, recherchaient ce que les modernes appellent l'expression, ressource dont la plastique n'a pas besoin. Ce n'est donc pas seulement la majesté divine de Zeus et la grâce féminine d'Hélène, rendues par une expression générale, que l'on recherchait en peinture; c'était ou la gradation de la douleur paternelle dans Agamemnon, ou cette variété des qualités et des défauts du peuple même, que l'on s'étudiait à exprimer par la disposition habile des traits du visage, du geste, de la pose et des draperies.
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Peinture sur vase (Grèce).
Jeunes Athéniens préparant leurs armes.
Décoration du Cartère d'Euphronios (ca. 515 av. J.-C.).

Sur la fin du Ve siècle, les peintres grecs formaient des écoles rivales : celle d'Ionie, dont Zeuxis et Parrhasius étaient les chefs; l'école de Sicyone, sous Pamphyle; l'école hellénique ou attique, qui finissait alors et ne pouvait plus rivaliser avec la science nouvelle. De toutes ces écoles, celle de Sicyone, venue la dernière, fut celle qui porta le plus loin l'art de peindre; elle s'étend sur tout le siècle suivant, et produit des artistes d'une habileté supérieure. Leur premier maître fut Pamphyle qui enseigna dans Sicyone pendant de longues années; il commençait son enseignement par les mathématiques, c.-à-d. par le dessin linéaire, la perspective et la projection des ombres; le raccourci était un objet d'étude tout particulier; la pureté du dessin la plus sévère était exigée; le coloris venait ensuite : rendre les caractères et les passions ne pouvait être enseigné dans l'école que d'une manière générale; mais on sait avec quelle justesse l'art de l'expression, soit générale, soit même individuelle et locale, fut pratiqué dans l'école de Sicyone. Pausias, Euphranor, Echion, Mélanthius, Nicias, Théon de Samos, Aristide de Thèbes, appartiennent à cette époque, sans compter une foule d'autres artistes renommés dont l'histoire a gardé les noms. 

Mais deux surtout se distinguent dans ce IVe siècle, Protogènes et Apelle. Celui-ci, élève de Pamphyle, fut considéré par les Anciens comme le plus grand peintre de l'Antiquité; il serait juste peut-être de distinguer dans ces éloges la part qui revient de droit à l'art de peindre, et celle qui se rapporte au choix même des sujets et au caractère idéal des oeuvres. Il est incontestable que l'art était plus parfait et avait plus de ressources au temps d'Apelle que dans le siècle précédent; qu'Apelle tira des effets excellents de ces moyens, et porta plus loin que ses  prédécesseurs la grâce des lignes, du dessin, du coloris, de la composition, l'éclat de la jeunesse, le charme sensuel, la vérité de l'expression et de la représentation. Mais, dans la liste de ses oeuvres, on voit dominer, comme dans tout l'art de cette période, les formes adoucies, les figures de femmes, les héros et les dieux (La Mythologie grecque) dont la jeunesse a quelque chose de féminin et de sensuel : l'Aphrodite Anadyomène fut le chef-d'oeuvre de ce grand peintre. 

Protogènes se forma lui-même et sans maître, ne s'inspirant que de la nature; mais il est évident qu'il était sous l'influence directe, non seulement des idées du temps, mais encore des écoles dominantes et particulièrement d'Apelle dont il était l'ami; car il ne faisait aucun contraste avec lui et peignait dans le même genre. C'est aussi pendant cette période du IVe siècle que se développa la représentation individuelle des personnes ou le portrait. Le Ve siècle n'en faisait pas, ou du moins ne s'attachait pas à la ressemblance matérielle; l'école de Sicyone, au contraire, conçut le portrait à la façon des modernes, c.-à-d. comme la reproduction du caractère physique et moral de la personne. Apelle excella dans ce genre. 

Quant à ces tableaux de la nature que nous appelons paysages, il ne semble pas que les Grecs les aient, à aucune époque, conçus à notre manière: si parfois la mer, les montagnes, les champs furent mis par eux en peinture, le paysage ne fut qu'un fond de tableau où le sujet principal était une action humaine ou une scène de mythologie, ou un détail emprunté à la vie des animaux. Mais il ne paraît pas qu'avant le siècle d'Auguste on ait jamais représenté un paysage pour lui-même et par amour pour le site; il n'y avait pas même en grec de mot pour désigner ce genre de peinture.

L'encaustique, c. -à-d. la couleur broyée et mêlée à la cire, et appliquée à chaud sur le substratum, sorte d'enduit poli, puis recouverte d'une couche de cire transparente, fondue avec le cauterium, en manière de vernis : telle fut la façon ordinaire de peindre de toute l'Antiquité gréco-romaine; mais l'application de la couleur sur une surface murale encore mouillée, c.-à-d. la fresque, fut également pratiquée par les Anciens. Toutefois la véritable peinture, suivant les Grecs, fut la peinture de chevalet à l'encaustique.

La période hellénistique et romaine

La période qui suivit Alexandre le Grand est marquée par une diffusion générale de l'art de peindre, en Asie, en Égypte en Italie. La construction des grandes villes de l'Orient, composées de palais et de maisons somptueuses, employa un nombre étonnant d'artistes. Mais la satisfaction du goût et du caprice individuel des riches pour lesquels ils travaillaient fit déchoir rapidement la perfection matérielle et morale de leurs oeuvres. Cette période, dite hellénistique, ne peut opposer aucun nom aux grands peintres de la période précédente : les scènes amusantes, ou vivement éclairées, les dieux représentés par leur côté comique, souvent des images d'une grossière sensualité, tels sont les sujets ordinairement traités dans ces temps de décadence politique et morale. Les décorations intérieures des maisons prennent une importance majeure dans la peinture: les arabesques, les encadrements de panneaux sur le fond desquels se détache ou une scène, ou un personnage ou un animal; les tableaux de genre empruntés à la vie domestique et peints sur les murs des appartements; les guirlandes de fleurs aux plafonds; les perspectives architecturales prolongeant à l'oeil les chambres et les galeries; tel est l'emploi ordinaire de l'art de peindre. C'est durant cette période que naquit la mosaïque, appliquée d'abord à terre sur le sol, puis verticalement contre les murs, où elle rivalisa avec la peinture même dans la représentation des sujets les plus complexes et les plus passionnés. On peut rapporter à cette époque la grande mosaïque de Pompéi, connue sous le nom de Bataille d'Arbelles.

La conquête des pays grecs par Rome fit passer en Italie beaucoup de peinture de chevalet des meilleures écoles. Depuis qu'ils eurent commencé à transporter dans leur capitale les dépouilles artistiques des peuples vaincus, on n'a vu chez les Romains aucun peintre important. Les généraux victorieux étaient flattés d'étaler à leur triomphe les richesses dont ils s'étaient emparés; mais combien eût-on trouvé parmi eux, pour quelques hommes de goût comme les Scipions, de Mummius capables de laisser leurs soldats jouer aux dés sur les chefs-d'oeuvre des peintres de la Grèce!

L'estime que l'on faisait des tableaux était fondée, non sur la connaissance de l'art, mais sur le prix qu'y attachaient les peuples auxquels on les avait enlevés. Le Fabius qui fut surnommé Pictor (= le peintre) pour avoir orné de peintures le temple de la déesse Salus, vers l'an 304 av. J.-C., dut avoir bien peu de mérite, puisque Pline s'y arrête à peine. Marcus Valérius Messala, Lucius Scipion, L. Hostilius Mancinus, représentèrent les combats qu'ils avaient livrés; Pline ne fait encore aucun éloge de leurs ouvrages. Le poète Pacuvius peignit le temple d'Hercule, sur le Forum Boarium (marché aux boeufs).
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Peinture romaine : une fresque de Boscoreale.
Femme assise jouant de la cithare.
(Fresque de la Villa de P. Fannius Synistor à Boscoreale, ca 40-30 av. J.-C.).

On remarque toutefois, au temps d'Auguste, le chevalier Turpilius, qui peignait de la main gauche, et Marcus Ludius, peintre de marines et de paysages; plus tard, Amulius, que Néron employa à la décoration de sa Maison dorée; Antistius Labeo, plein de vanité et objet de la risée publique; Corn. Pinus et Accius Priscus, contemporains de Vespasien.  Dans le sud de l'Italie, et à Pompéi, c'est la peinture hellénique ou héllenistique elle-même qui s'offre à nous. Ce qui frappe, en effet, dans la décoration pompéienne, C'est le nombre prodigieux de souvenirs qu'on y rencontre d'oeuvres grecques déterminées, d'originaux aujourd'hui disparus. La vogue de ces copies n'a rien de surprenant : l'Italie entière était pleine de chefs-d'oeuvre sortis des mains des maîtres hellènes. 

Cette longue période de l'Empire est marquée par un déclin de plus en plus rapide de la peinture : on citera toutefois, sous Hadrien, le nom d'Aetion et de son tableau de Roxane et Alexandre. Mais du jour où les esclaves furent chargés de peindre pour leurs maîtres et que l'art fut tombé dans ce discrédit, on peut dire que la peinture avait cessé d'être. Réfugiée dans l'empire d'Orient et recueillie par les chrétiens ainsi que la mosaïque, elle y devint la peinture byzantine, d'où la peinture moderne est sortie. (Em. B.)



En bibliothèque. -  Junius, De pictura veterum, Rotterdam, 1674, in-fol.; Durand, Histoire de la peinture ancienne, Londres, 1725 (c'est une traduction du 35e liv. de Pline); Grunde, Essai sur la peinture des Grecs, en allem., Dresde, 1811, in-8°; C.-A. Boettiger, Essai sur l'archéologie de la peinture, principalement chez les Grecs, Dresde, 1811, 2 vol. in-8°; Raoul Bochette, Peintures antiques inédites, Paris, 1836, in-4°; Letronne, Lettres d'un antiquaire à un artiste sur l'emploi de la peinture historique murale, 1835, et un Appendice, 1837, in-8°; O. Müller, Manuel d'archéologie, traduit en français, Paris, 1842, 3 vol. in-18 ; De Clarac, Manuel de l'histoire de l'art chez les Anciens, 1847, 2 vol. in-12. 
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