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A la suite de la prise de
Constantinople
par les croisés, en 1204,
et de la formation de l'empire franco-vénitien d'Orient, la partie
de l'ancien empire grec, désignée par les textes français
du Moyen âge sous le nom de Morée,
et par les textes latins sous celui d'Achaïe, et qui comprenait la
presqu'île du Péloponnèse ,
fut conquise par deux des chevaliers croisés Guillaume de Champlitte
et Geoffroi de Villehardouin, neveu du fameux chroniqueur ( Villehardouin),
puis érigée en principauté, vers la fin de l'an 1205,
en faveur du premier de ces deux princes. Cette principauté, qui
subsista jusqu'à la conquête du Péloponnèse
par les Turcs, en 1460,
échut successivement à plusieurs maisons princières
dont les unes n'en eurent que la souveraineté directe, - la suzeraineté,
c.-à-d. le domaine supérieur, se trouvant entre des mains
étrangères, - tandis que d'autres réunirent à
la fois les droits souverains et suzerains. On possède des monnaies
et des diplômes de la plupart des princes d'Achaïe.
La
conquête franque
La conquête de la presqu'île
par Guillaume de Champlitte s'était achevée sans rencontrer,
de la part des anciens sujets de l'Empire, de résistance commune
et sérieusement organisée. Michel Comnène,
qui avait reçu de Boniface de Montferrat le gouvernement de l'Etolie
et de l'Acarnanie, et qui prétendait, en outre, à la seigneurie
de l'Achaïe, avait voulu, tout d'abord, en disputer la possession
à Guillaume de Champlitte, mais il s'était fait battre complètement
près de Kato-Achaia, au fond du golfe de Patras (1206).
Délivrés de cet adversaire, les Français s'avancèrent
immédiatement dans l'intérieur du pays. Ils tenaient déjà
la côte Nord-Ouest du Péloponnèse ;
ils occupèrent ensuite l'Élide avec sa principale ville,
Andravida, puis la vallée de l'AIphée, la Messénie,
où le cité de Calamata
leur opposa vainement quelque résistance. Une dernière bataille,
livrée dans la vallée de Lacos, entre les monts Ithôme
et Hellenitza, à un corps de troupes grecques recruté parmi
les habitants des villes de Lakedemonia, en Laconie, de Veligosti et de
Nicli, en Arcadie ,
leur ouvrit la partie méridionale et le centre de la péninsule
(1207). La partie orientale, avec les
villes de Monembasie (l'ancienne Épidaure ),
d'Argos ,
de Nauplie et de Corinthe ,
restait au pouvoir des Grecs. Mais, avant de pousser plus loin sa conquête,
Guillaume de Champlitte voulut procéder à l'organisation
intérieure, et prendre les mesures nécessaires pour la défense
du pays. Un conseil de quatre barons français et de quatre archontes
grecs, sous la présidence de Geoffroi de Villehardouin, fut chargé
de présider à la distribution des terres entre les principaux
chefs de l'armée. Guillaume de Champlitte obtint, pour son domaine
particulier, tout le littoral de l'Élide et de la Messénie
avec les plaines situées à l'intérieur de ces deux
provinces. Les ordres de l'Hôpital,
du Temple et des chevaliers
Teutoniques reçurent également des terres. Puis l'on
créa douze hautes baronnies, qui furent octroyées aux douze
principaux chevaliers français. A chacune de ces baronnies, l'on
assigna un certain nombre de fiefs répartis entre les hommes d'armes
qui combattaient sous les ordres des hauts barons (1208)
Guillaume de Champlitte recevait, en outre, l'hommage-lige des trois barons
entre lesquels avait été répartie l'île d'Eubée
( Les
îles grecques au Moyen âge),
du marquis de Bodonitza en Locride, du seigneur d'Athènes et du
comte de Salona .
Déjà, dès le début de l'occupation française,
le pape Innocent III avait réorganisé
l'ancien archevêché de Patras avec ses six évêchés
suffragants, d'Oléna près de Pyrgos, de Modon, de Coron,
de Véligosti, de Nicli et de Lakedemonia; le tout mis entre les
mains du clergé latin (1207).
Naissance
d'une dynastie
Guillaume de Champlitte se préparait
à compléter la conquête de la péninsule, lorsqu'il
fut subitement rappelé en France pour aller prendre possession du
fief de Champlitte, dont la mort de son frère aisé, Eudes,
venait de le faire héritier (commencement de 1209).
Il partit, laissant à Geoffroi de Villehardouin, avec le titre de
baile,
l'autorité de la principauté. Il fut alors convenu entre
las barons que si, dans l'espace d'un an et un jour, Champlitte n'était
pas revenu ou n'avait pas envoyé un de ses parents pour lui succéder,
Villehardouin changerait son titre provisoire de baile contre la dignité
définitive de prince et que la principauté resterait héréditaire
dans sa famille. Geoffroi de Villehardouin continua l'oeuvre d'organisation
féodale commencée par Guillaume de Champlitte. II réunit,
en outre, Argos
au territoire déjà conquis (1209),
et se mit en devoir d'assurer à chacun de ses barons la possession
des domaines dont ils avaient été investis. Les villes de
Veligosti, de Nicli, de Lakedemonia, malgré la victoire des Français
dans la vallée de Lacos, n'avaient point encore ouvert leurs portes;
il les prit successivement et, pour tenir en respect les sauvages habitants
de la Laconie et de l'Arcadie ,
il fit construire sur leur territoire de nombreux châteaux-forts
(1209).
Dans une assemblée de tous les barons
de l'Empire, convoquée à Ravennique, au commencement de l'année
1210,
l'empereur confirma à Villehardouin le titre de baile et ratifia
la convention qu'il avait passée avec Guillaume de Champlitte. Il
le nomma, en outre, sénéchal de Romanie et lui donna la suzeraineté
sur le comté de Céphalonie ,
qui comprenait les îles Ioniennes, moins Corfou
( Les
îles grecques au Moyen âge).
Villehardouin avait fait de la ville d'Andravida, en Élide, le siège
principal de la seigneurie et y avait transféré l'évêché
d'Oléna, suffragant de Patras.
De retour en France, Champlitte s'était
désisté de ses droits sur la Morée en faveur de l'un
de ses parents, nommé Robert, et celui-ci s'était mis en
route, à la fin de novembre 1209,
pour aller prendre possession de la principauté. Mais soit que des
accidents l'aient arrêté dans son voyage, soit qu'il y ait
eu mauvaise volonté de la part des gens qui se chargèrent
de le transporter de Venise
en Morée, il ne parvint à rejoindre Geoffroi de Villehardouin
qu'une fois le terme d'un an et jour expiré. L'assemblée
des barons de Morée, consultée pour décider entre
les deux compétiteurs, donna la préférence à
Villehardouin et Robert regagna la France, bien qu'on lui eût offert
des terres dans la principauté. Geoffroi mourut en 1218,
laissant pour successeur son fils aîné, Geoffroi ll, qui avait
épousé, en 1217, Agnès,
quatrième fille de l'impératrice Yolande de Courtenai, femme
de Pierre de Courtenai.
Les
héritiers de Geoffroi
Si nous avons raconté avec quelques
détails la façon dont fut constituée la principauté
d'Achaïe, notre intention n'est point d'en faire ici l'histoire complète.
Nous nous bornerons à énumérer brièvement les
faits principaux qui modifièrent la situation politique du pays,
et à donner une liste complète de ses princes, jusqu'au milieu
du XVe siècle.
On a vu comment la souveraineté avait passé des mains de
Guillaume de Champlitte à celles de Villehardouin. A Champlitte
avait succédé, en 1210,
Geoffroi ler de Villehardouin, et à
celui-ci, Geoffroi II, son fils aîné, qui, en plusieurs occasions,
de 1236 à 1242,
se porta au secours des empereurs de Constantinople ,
Jean
de Brienne et Baudouin Il,
attaqués dans Constantinople même par les Grecs et les Bulgares,
et qui mourut en Morée, vers 1245-1246,
sans laisser d'enfants.
Guillaume.
Le gouvernement échut alors à
son frère cadet, Guillaume de Villehardouin. sous le règne
duquel la principauté s'accrut de toute la partie orientale de la
presqu'île et en particulier des villes de Monembasie, de Corinthe
et de Nauplie, jusqu'alors occupées par les Grecs (1246).
Les deux dernières furent données en fief à Guy de
la Roche, seigneur d'Athènes.
Les Vénitiens, qui avaient fourni des galères pour assiéger
ces places, reçurent pour prix de leur concours les villes de Coron
et de Modon. Guillaume fut parmi les seigneurs qui accompagnèrent
saint
Louis à sa première croisade.
Il rejoignit l'armée française près de Chypre ,
assista à la prise de Damiette, puis retourna en Morée (1249).
Il eut à lutter coutre le seigneur d'Athènes, Guy de la Roche,
qui lui refusait l'hommage et qu'il força à se soumettre
(1254-1256),
puis contre les Vénitiens qui cherchaient à soulever contre
lui les feudataires d'Eubée et qu'il ne put empêcher d'installer
un baile dans cette île (1256-1259).
Entraîné par son beau-père,
Michel Comnène, despote d'Epire ,
dans une guerre contre l'empereur grec Jean Vatatzès et son tuteur
Michel Paléologue, il fût battu et fait prisonnier au combat
d'Achris en Macédoine, et emmené par son vainqueur en Asie
(octobre-novembre 1259). Après
une captivité de quatre années, il ne put obtenir sa liberté
qu'en livrant à Michel Paléologue, devenu empereur, la ville
de Monembasie, avec les châteaux-forts de Mains sur la cap Ténare
et de Misitra, prés de Lakedemonia (1263).
Muni de ces trois places, l'empereur grec ne tarda pas à entrer
en lutte ouverte avec Guillaume, qu'il espérait déposséder
entièrement de sa principauté; mais ses armées, vaincues
en plusieurs rencontres (1264), durent
se borner à protéger les trois villes qu'elles occupaient.
Un secours inespéré venait d'ailleurs d'arriver à
Guillaume de Villehardouin. En effet, un prince français, Charles
d'Anjou, s'était, en 1266,
établi dans le royaume de Naples, et le prince de Morée avait
aussitôt noué des relations avec lui. En même temps,
Baudouin
II, dépossédé de Constantinople
depuis l'année 1261, avait demandé au nouveau roi de Naples
de lui prêter main forte pour reconquérir son empire. Bientôt
(24 mai 1267), un traité intervint
entre les trois princes ; les conditions de ce traité en ce qui
concerne la Morée furent celles-ci : Charles d'Anjou s'engageait
à mettre une forte armés au service de Guillaume et recevait
en compensation de Baudouin II, outre des cessions de territoire dans l'empire,
une fois reconstitué, la suzeraineté de la principauté
d'Achaïe, suzeraineté qu'avaient jusque-là possédée
les empereurs latins de Constantinople. Il fut, en, outre, stipulé
que Philippe d'Anjou, deuxième fils de Charles d'Anjou, épouserait
Isabelle fille aisée de Guillaume et qu'il succéderait à
celui-ci dans la principauté. De cette époque, jusqu'à
la mort de Guillaume de Villehardouin, survenue le 1er
mai 1277, une tranquillité relative
régna dans la principauté. Michel Paléologue, trop
occupé à lutter contre Michel Comnène, despote d'Epire,
et à repousser les attaques des armées de Charles d'Anjou,
avait dé renoncer à poursuivre ses tentatives sur la Morée.
Isabelle et ses
hommes.
Guillaume de Villehardouin mort, la principauté
échut à sa fille Isabelle, alors âgée de quatorze
ans, et à son gendre Philippe d'Anjou, âgé de quinze
ans, sous la suzeraineté de Charles Ier
d'Anjou qui, en attendant la majorité des souverains légitimes,
fit administrer le pays par des bailes; Philippe d'Anjou ne devait du reste
jamais entrer en possession de son État. Il mourut au commencement
de l'année 1278, et sa veuve
qui résidait toujours à Naples, auprès de son beau-père,
resta seule héritière légitime de la principauté,
jusqu'au moment où elle se remaria avec un jeune prince issu de
la famille de l'empereur Baudouin,
Florent de Hainaut, fils de Bouchard d'Avesnes
et d'Alix de Hollande. Ce second mari fut investi par Charles
Il d'Anjou, fils et successeur de Charles Ier,
du titre de prince comme avoué de sa femme et son héritier
(1290). Peu d'années après
(13 août 1294), Charles II renonçait,
en outre, en faveur de son quatrième fils, Philippe Ier
de Tarente, à la suzeraineté qu'il avait exercée jusque-là
sur la principauté comme successeur de son père.
Florent de Hainaut mourut le 23 janvier
1297,
et Isabelle se trouva de nouveau seule souveraine de l'Achaïe que
Richard Orsini, comte de Céphalonie ,
administra en son nom, en qualité de baile. Cet état de choses
ne dura d'ailleurs pas longtemps, et au mois de février 1301,
Isabelle, toujours en butte aux attaques des Grecs ses voisins et désirant
trouver le secours d'un prince assez puissant pour assurer la sécurité
du pays, se rendit en Italie où, sur le conseil du pape Boniface
VIII, elle épousa en troisièmes noces Philippe Ier
de Savoie, auquel Charles II d'Anjou, agissant au nom de Philippe ler
de
Tarente, donna l'investiture de la principauté. Isabelle accorda,
en outre, à son nouvel époux la châtellerie et la ville
de Corinthe ,
pour qu'elles lui restassent en propre, au cas où aucun enfant ne
naîtrait de leur mariage, et cela, dit-elle dans l'acte de donation,
afin que Philippe ne perdit pas son temps et sa peine en l'épousant.
Après un court séjour en Piémont, le prince et la
princesse passèrent en Morée, vers la fin de l'an 1301.
Mais Philippe ne s'attacha pas à son nouvel État, où
l'esprit d'indépendance des hauts barons rendait l'administration
très difficile. Dès le mois de novembre 1304,
il quitta la Morée avec sa femme, laissant pour baile l'un des principaux
seigneurs du pays, Nicolas de Saint-Omer. Puis, le 11 mai 1307,
de concert avec Isabelle, il abandonna tous ses droits sur l'Achaïe
au roi Charles Il et à son fils, Philippe Ier
de Tarente, déjà suzerain de la principauté. Cependant,
malgré cette renonciation, Philippe de Savoie continua à
porter dans ses actes le titre de prince d'Achaïe, et c'est ainsi
que ce titre est passé et est resté longtemps dans la maison
de Savoie, Isabelle mourut en 1311,
sans laisser de postérité mâle; son mari lui survécut
jusqu'en 1334.
Mathilde de Hainaut.
Ainsi, la souveraineté et la suzeraineté
de l'Achaïe se trouvèrent pour la première fois réunies
dans la même maison, celle d'Anjou-Tarente. Elles n'y restèrent
qu'un petit nombre d'années. Déjà, en 1311,
après la mort de sa mère, Mathilde ou Mahaut de Hainaut,
née du deuxième mariage d'Isabelle de Villehardouin avec
Florent de Hainaut, et mariée elle-même (1305)
en premières noces à Guy Il de la Roche, duc d'Athènes,
créé, en 1307, baile
de Morée par Philippe Ier de Tarente,
avait pris le titre, de princesse de Morée et s'était fait
reconnaître comme telle par les hauts barons. Deux ans plus tard,
en 1313, à l'occasion du second
mariage de Mathilde (veuve de son premier mari depuis 1308) avec Louis
de Bourgogne ,
frère du duc de Bourgogne, Eudes IV, Philippe de Tarente se désista
formellement, en faveur des futurs époux, de son droit de souveraineté
sur la Morée, en stipulant toutefois que la principauté resterait
en tout cas dans les domaines de la maison de Bourgogne. Ce fut seulement
en 1315 que le nouveau prince prit
avec sa femme le chemin de l'Achaïe. Il la trouva dans le plus complet
désordre. Un prétendant, Fernand de Majorque, mari depuis
1314
(février) d'Isabelle (morte le 7 mai 1315),
fille d'une soeur cadette d'Isabelle de Villehardouin, avait, en effet,
débarqué dans les premiers jours de juillet 1315,
avec des troupes catalane, s'était emparé de quelques places,
entre autres de l'importante cité de Clarentza, et avait obtenu
l'adhésion de plusieurs des hauts barons. Mais abandonné
par eux, lorsque l'arrivée des souverains légitimes fut connue,
il fut battu et tué, le 5 juillet 1316, au combat d'Espero, près
de Clarentza, et toutes les villes qu'occupaient ses partisans se rendirent
au vainqueur.
Le prince Louis survécut peu à
son compétiteur; deux mois après sa victoire, en septembre
1316,
il mourut, empoisonné, dit-on. Son frère, Eudes IV, hérita
de ses droits, qu'il céda en 1320
à Louis de Bourbon, comte de Clermont. Mathilde restait donc seule
souveraine dé l'Achaïe; mais aux termes de la cession qu'elle
avait consentie, en
1313, en faveur
de la maison de Bourgogne, cette souveraineté ne devait point passer
aux héritiers qu'elle pourrait avoir d'un nouveau mariage. Cependant
Robert, roi de Naples, et Philippe, prince de Tarente; toujours suzerain
de la principauté, désirant racheter au duc de Bourgogne
son droit de succession, voulurent faire entrer la jeune princesse (elle
n'avait que vingt-deux ans à la mort de Louis de Bourgogne) dans
leur, famille en lui donnant pour époux leur jeune frère
Jean d'Anjou, comte de Gravina. Mathilde, qui venait d'épouser secrètement
un chevalier français habitant la Morée, Hugues de la Palisse,
déclina la proposition qui lui était faite. Mais les deux
princes passèrent outre; ils proclamèrent nul son mariage
avec Hugues de la Palisse, et firent célébrer à Naples
un simulacre de mariage entre elle et Jean de Gravina (fin de 1317).
Mathilde, déclarée déchue de ses droits, fut enfermée
au château de l'Oeuf, à Naples (1318),
où elle était encore à la fin de l'année 1321,
et ne rentra jamais en possession de la principauté. Quant à
Jean de Gravina, malgré l'opposition de la maison de Bourgogne,
il prit aussitôt le titre de prince d'Achaïe et fit administrer
le pays par des bailes. Il s'y rendit lui-même avant 1325,
et fut reconnu par les barons moréotes à Clarentza.
Mais son séjour dans la presqu'île ne fut pas de longue durée.
Il retourna bientôt en Italie; et, en décembre 1332,
après nombre de contestations et de transactions avec la famille
des ducs de Bourgogne et l'empereur, il renonça à ses prétentions
sur la principauté et fit cession des droits qu'il s'y était
arrogés, à Catherine de Valois, impératrice titulaire
de Constantinople ,
femme de Philippe Ier de Tarente (ce Philippe
est ler comme prince de Tarente et Il comme
Anjou-Naples).
Catherine de Valois.
Catherine avait reçu de son mari,
mort en 1331, la suzeraineté
de l'Achaïe et en même temps la souveraineté réelle
que Louis ler de Bourbon avait abandonnée
à Philippe dès l'année 1321.
Ces compétitions et l'absence d'un gouvernement régulier
avaient naturellement apporté un trouble extrême dans l'administration
de la principauté. Il semble cependant qu'au milieu de cette confusion,
l'ordre de Rhodes
( Les
Hospitaliers) parvint à exercer l'autorité dans le pays,
peut-être en vertu d'une délégation donnée par
Philippe de Tarente. On sait, en effet, qu'en 1321,
Jean de Vaux, grand commandeur de l'Hôpital en Romanie, qualifié
baile et capitaine général de l'Achaïe, négocia
en cette qualité avec Venise
en vue d'obtenir le concours de la République pour défendre
la Morée contre les attaques des Turcs
et des Catalans. Ces Catalans (Almogavares) étaient des aventuriers
qui, après s'être, en 1304,
mis au service de l'empereur Andronic II Paléologue,
pour combattre les Turcs, avaient fini par faire alliance avec eux, s'étaient
établis dans l'empire grec, et se
trouvaient alors, depuis 1310, maîtres
du duché d'Athènes.
A la suite du traité intervenu entre
jean de Cravina et Catherine de Valois, celle-ci alla s'établir
à Patras, d'où elle gouverna la principauté avec le
concours des bailes : Bertrand de Baux, seigneur de Courtheson, et Nicolas
Acciaiuoli, seigneur de Corinthe ,
au zèle duquel elle devait en grande partie la renonciation consentie
par Jean de Gravina. L'affaiblissement de l'autorité princière.
l'esprit d'indépendance des grands feudataires qui voulaient vivre
à leur guise et songeaient plus à se dépouiller les
uns les autres qu'à se défendre contre l'ennemi commun, facilitèrent
singulièrement l'extension de l'autorité impériale
grecque, en possession, depuis l'année
1262,
des villes de Monembasie et des forteresses de Maine et de Misitra. En
1341,
l'empereur Jean V Contacuzène envoya en Morée, avec le titre
de despote, son plus jeune fils, Manuel, qui, combattant à la fois
les pirates turcs, dont les invasions portaient la ruine dans le pays,
et les barons français dont, les guerres intestines avaient mis
le Péloponnèse
dans un complet désordre, finit par étendre sa domination
sur une grande partie de la péninsule. D'autre part, Robert de Tarente,
fils aîné de Philippe Il, de Tarente et de Catherine de Valois,
héritier des droits souverains et suzerains de son père et
de sa mère, avait à défendre Ses intérêts
contre Venise
qui convoitait la partie maritime de l'Achaïe.
Les
derniers princes d'Achaïe
Robert mourut en 1364,
laissant à sa femme, Marie de Bourbon,
fille de Louis Ier de Bourbon, le domaine
utile de la principauté dont il conféra la suzeraineté
à son frère Philippe Il de Tarente qui hérita également
de son titre d'empereur et de la principauté de Tarente. Marie de
Bourbon qui, outre son droit général de souveraineté,
avait reçu comme douaire particulier les villes de Calamata ,
de Vostitza et de Clarentza, gouverna la principauté, de concert
avec son fils Hugues de Lusignan, né
de son premier mariage avec Guy de Lusignan, prince de Galilée;
puis, le 4 mars 1370, d'accord avec
son fils, elle céda à Philippe Il de Tarente, son beau-frère,
tous ses droits sur la Morée. Mais comme dans son testament, fait
en avril 1387 (elle mourut la même
année), elle avait institué comme son légataire universel
son neveu Louis II, duc de Bourbon, celui-ci, englobant dans son héritage,
la principauté d'Achaïe, malgré la cession faite en
1370
à Philippe II de Tarente, chercha à se faire reconnaître
par les barons moréotes. Ses tentatives échouèrent,
et lorsqu'il mourut (19 avril
1410),
son affaire n'avait, en aucune façon, pris bonne tournure. Quant
à Philippe Il de Tarente, investi de la suzeraineté depuis
1364,
et de la souveraineté depuis 1370,
il faisait administrer la principauté par des bailes. A sa mort
(25 novembre 1373), comme il ne laissait
pas d'enfants, son neveu Jacques de Baux, fils de François de Baux
et de Marguerite de Valois, fille de l'impératrice Catherine de
Valois, hérita à la fois du titre d'empereur et des droits
de son oncle sur la principauté. Mais les barons de Morée,
peut-être à causé du jeune âge du nouveau prince,
refusèrent de se soumettre à son autorité, et déléguèrent
la souveraineté à la reine de Naples, Jeanne Ire,
mariée alors à Jacques d'Aragon ,
fils et héritier de l'ancien roi Jacques II de Majorque, qui avait
porté le titre de prince d'Achaïe, comme héritier de
son père Fernand Il, de Majorque dont nous avons parlé plus
haut. La reine Jeanne se fit représenter par un baile, puis, remariée
(25 septembre
1375) avec Othon de Brunswick-Grubenhagen;
elle céda immédiatement à son époux les principautés
de Tarente et d'Achaïe, ne réservant pour elle que le titre
de princesse d'Achaïe. Mais Othon qui ne pouvait ni résider
en Morée, ni défendre le pays comme les circonstances l'exigeaient,
résolut de le céder aux chevaliers de Rhodes ( Les
Hospitaliers).
Les chevaliers acceptèrent, reprirent
d'abord Patras aux Turcs, puis furent vaincus en 1377.
Cependant, Othon leur engagea la principauté pour cinq ans (1877
ou 1378). Le grand-maître Jean
Fernandez de Heredia ne tarda pas à vouloir transformer cet engagement
temporaire en une cession absolue. il fit, à cet effet, des démarches
auprès du pape Clément VII,
qui se montra très disposé à favoriser ce projet et
qui entama immédiatement des négociations avec Marie de Bretagne,
duchesse (I'Anjou, régente du royaume de Naples, comme tutrice de
son fils Louis Il d'Anjou, auquel, Jacques de Baux, mort à Tarente
le 7 juillet 1383, avait cédé
ses droits à l'empire et à la principauté d'Achaïe.
Les pourparlers aboutirent, et une vente en règle de la principauté
fut signée en faveur de l'ordre de Rhodes (probablement en 1385).
La nouvelle de ce traité fit surgir un nouveau compétiteur,
Amédée de Savoie, comte de Piémont, qui portait toujours
parmi ses titres celui de prince d'Achaïe, comme petit-fils de Philippe
ler de Savoie, mari d'Isabelle de Villehardouin,
mais qui n'avait jamais rien fait pour établir ses droits sur la
Morée : il réclama auprès du pape et celui-ci, prenant
en considération se demande, cassa purement et simplement la vente
stipulée en faveur des chevaliers. Amédée voulut alors
poursuivre ses revendications; il se mit en rapports, d'uns part, avec
le des poste grec de Misitra dont il sollicita l'appui, et d'autre part,
avec les barons français de Morée. Mais ces derniers refusèrent
de l'agréer comme prince d'Achaïe, déclarant que le
légitime héritier n'était point encore connu. Ils
consentirent cependant à le recevoir à titre présomptif
et un traité fut signé à cet effet à Venise ,
le 5 juin 1391, entre les délégués
des deux parties. Divers événements empéchèrent
le comte de Piémont de mettre son projet à exécution,
et depuis lors aucun de ses successeurs ne chercha à tirer parti
des droits qu'il avait fait reconnaître.
Tandis que ces diverses compétitions
laissaient l'Achaïe sans souverain manifeste, les feudataires de la
principauté avaient institué un conseil de régence,
sous la présidence de Pierre de Saint-Exupéry (Petrus de
S. Superano) chef de compagnies navarraises enrôlées pour
lutter contre les Catalans et les Turcs. Dès avant la mort de Jacques
de Baux, ce personnage avait réussi à se faire agréer
comme gouverneur général de la principauté. Les nécessités
de la guerre contre les Turcs, dont les incursions devenaient de jour en
jour plus fréquentes et plus dangereuses, l'amenèrent à
rechercher l'appui d'un prince capable de défendre sérieusement
le pays. Lorsque le secours qu'il aurait pu trouver dans Amédée
de Savoie vint à lui manquer, il s'adressa aux rois de Naples et
leur offrit la suzeraineté de la principauté. Lui-même
gouverna en leur nom avec le titre de vicaire, jusqu'en 1396,
époque où le roi Ladislas lui donna le titre de prince et
les droits héréditaires sur l'Achaïe. A sa mort (novembre
1402),
sa femme Marie Zaccaria, fille de Centurione Zaccaria ler,
seigneur de Damala et de Chalandritza, lui succéda comme régente
de la principauté, au nom de ses enfants mineurs, et prit le titre
de princesse d'Achaïe. Mais en 1404,
Ladislas dépouilla ces enfants de la principauté en faveur
de leur cousin Centurione Zaccaria II, fils de Andronico Asano Zaccaria,
seigneur d'Arcadia et baron de Chalandritza. Ce nouveau titulaire de la
principauté noua des relations très étroites avec
les Vénitiens, auxquels il céda le château de Zonchio
près de Modon (1411), tandis
qu'un de ses frères, Étienne Zaccaria, archevêque et
baron de Patras, leur abandonnait la seigneurie de cette ville.
L'appui que lui prêta la Sérénissime
République ne put cependant l'empêcher d'être battu
par Thomas Paléologue, frère du despote grec de Sparte et
fils de l'empereur Manuel II, qui s'empara de toute l'Achaïe (1428-1430),
ne lui laissant que son titre de prince et la seigneurie d'Arcadie .
Avec Centurione Zaccaria II, mort en 1432,
finit la domination latine. Thomas Paléologue se fit proclamer despote
de Morée, en 1428, à
Kalavrita ,
puis une seconde fois à Clarentza, en 1432.
Afin de faire agréer son usurpation par les barons latins, il avait
épousé, en janvier 1430,
la fille de Centurione Zaccaria ll, Catherine. Comme son prédécesseur,
il eut avec la République de Venise
des relations amicales, mais la rivalité du despote grec de Misitra,
qui lui enleva la ville de Calavryta (1432),
l'empêcha d'être le maître absolu de la principauté.
Épilogue
En 1460-1461,
les Ottomans, s'étant emparés
de la presque totalité de la Morée, le détrônèrent.
Leur conquête fut achevée par Bajazet (Béyazid) II,
qui, en 1498, soumit à sa domination
ce qui subsistait encore des anciennes seigneuries et en particulier les
villes de Lépante, de Modon et de Coron. Jusqu'en 1685,
la Morée resta aux mains des Turcs; mais à cette époque,
François Morosini s'en rendit maître au nom de la République
de Venise; puis en 1699, à la
paix de Carlowitz ,
la Porte l'abandonna formellement aux nouveaux occupants ( Le
déclin de l'empire Ottoman). Venise fit administrer le pays
par des provéditeurs généraux qui, à leur sortie
de charge, devaient présenter un compte rendu détaillé
de leur administration et de l'état où se trouvait la contrée.
Leurs rapports, conservés aux archives de Venise, sont une source
précieuse pour l'histoire de la Morée sous la domination
de la République. En 1714-1715,
les Turcs s'emparèrent de nouveau du Péloponnèse .
Ils le gardèrent jusqu'à l'époque où grâce
à l'appui des puissances occidentales de l'Europe, la Grèce
fut constituée en royaume et définitivement affranchie de
la dépendance ottomane (1827
-1828).
(C. Kohler). |