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Les Ioniens

Les Ioniens sont une des grandes tribus entre lesquelles se partageait les populations helléniques. Les Grecs racontaient qu'Hellen, fils de Deucalion, avait eu trois fils, Aeolus, Dorus et Xuthus; ce dernier en eut deux, Ion et Achaeus. Une version très répandue faisait d'Ion le fils de Créuse (fille d'Erechthée) et d'Apollon, adopté par Xuthus lorsqu'il eut épousé Créuse. Ces événements étaient placés en Attique, où tous les témoignages plaçaient le berceau des Ioniens; on le localisait dans la plaine de Marathon où quatre cités formant une tétrapole, Oenoe, Marathon, Tricorythe et Probalinthe, faisaient remonter leur origine à Xuthus. L'alliance avec la fille d'Erechthée, roi des autochtones, symbolisait l'union des Ioniens avec les populations indigènes. Ion aurait ensuite émigré, volontairement ou non, dans l'Egialée (côte Nord du Péloponnèse), épousé Hélice, fille de Selinus, roi du pays, auquel il aurait succédé. Puis il serait revenu en Attique vaincre Eumolpe d'Eleusis et monter sur le trône d'Athènes. Des légendes dont il paraît bien difficile d'extraire ce qu'elles pourraient recouvrir, le cas échgéant, de réalité.. 

Les Ioniens seraient une aristocratie qui se fusionna avec les populations pré-helléniques de l'Attique dont elle prit la direction, de même que les Achéens absorbaient ceux des autres régions de la côte orientale de la Grèce; Ioniens et Achéens sont d'ailleurs intimement liés à l'époque homérique. Le grand héros national des Ioniens fut Thésée, roi d'Athènes. dans cette période, les Ioniens s'étendent sur l'Attique, la Béotie méridionale, l'Isthme et l'Egialée. L'invasion des Doriens leur fit, par contre-coup, perdre la Béotie méridionale, l'Egialée où se réfugièrent les Achéens, l'Isthme conquis par les Doriens. Les Ioniens refoulés en Attique émigrèrent et colonisèrent l'Eubée, les Cyclades, puis la partie de la côte de l'Asie Mineure qui reçut le nom d'Ionie.

Ils y fondèrent le long du rivage et dans les grandes îles voisines des cités florissantes, occupant le pays du mont Sipyle au Nord, au golfe d'lassos au Sud, et même, plus au Nord, le rocher de Phocée. Leurs douze cités étaient, du Nord au Sud, Phocée, Erythrées, Clazomène, Téos, Lébédos, Colophon, Ephèse, sur la côte de Lydie; Priène, Myonte, Milet sur la côte de Carie; Samos et Chios dans les îles. Vers l'an 700, ils enlevèrent Smyrne aux Eoliens. Le centre de la confédération ionienne était le Panionion ou avaient lieu les assemblées, au Nord du mont Mycale, près de Priène. Le lien fédéral était assez lâche, plus religieux que politique. Les Ioniens d'Asie eurent la croissance rapide des Etats coloniaux. Ils s'étaient superposés à des populations de même origine, qui fusionnèrent avec eux, comme en Attique. Cependant des différences locales persistèrent, car on distinguait quatre dialectes. Dans les cités ioniennes, la fusion entre les divers éléments de la population était complète, contrastant avec la rigidité sociale des Doriens et leur régime de castes.

Les Ioniens eurent une civilisation essentiellement urbaine et maritime, car ils ne s'avancèrent pas loin des rivages, et les terres fertiles de l'intérieur demeurèrent aux mains des Méoniens, des Lydiens, des Cariens. L'évolution politique fut rapide; la monarchie politique fat bientôt remplacée par l'aristocratie, puis celle-ci par la démocratie; les discordes sociales aboutirent fréquemment à la tyrannie.

Du Xe au VIe siècle l'Attique, berceau des Ioniens, passe au second plan, dominée par une aristocratie terrienne. Les Ioniens maritimes des cités d'Eubée et de l'Ionie asiatique acquièrent une grande splendeur; ils dirigent la colonisation, peuplent la Chalcidique, les îles et rivages du Nord de la mer Egée, de la Propontide, fondent des centaines de comptoirs autour de la mer Noire, de puissantes colonies dans l'Italie méridionale et la Sicile.

Les Ioniens proprement dits, c.-à-d. les habitants des treize cités de l'Ionie, furent à partir du VIIe siècle subordonnés à leurs voisins les rois de Lydie; mais ils trouvèrent en eux des suzerains bienveillants qui favorisèrent leur commerce, surtout le dernier Crésus. Les Ioniens furent les intermédiaires entre les vieilles civilisations asiatiques et la Grèce qui coordonna le trésor d'idées et de faits reçu de celles-ci. Les Perses qui conquirent la Lydie en 546 furent des maîtres plus durs. L'insurrection de l'Ionie en 500 av. J.-C. ouvrit la période des guerres médiques. Les Perses s'appuyaient sur des tyrans qu'ils installaient dans chaque cité. Des intrigues personnelles favorisèrent le soulèvement dont Histiée de Milet et son beau-fils Aristagoras furent les chefs et que les Athéniens et les Erétriens aidèrent. Les Ioniens incendièrent Sardes, capitale de la Lydie, résidence du satrape perse (499). Mais ils furent battus sur terre et refoulés à Ephèse. Histiée fut pris et mis en croix, Aristagoras tué par les Thraces. 

La résistance fut longue, mais les dissensions finirent par amener la défaite navale de Ladé qui décida la chute de Milet qui fut rasée; les autres cités se soumirent; les Phocéens évacuèrent leur ville, se transportant à Marseille. Dans la suite de la guerre entre Perses et Grecs, les Ioniens furent d'abord obligés de fournir des contingents contre leurs frères d'Europe. La bataille de Mycale (479) les affranchit, et les victoires de Cimon obligèrent les Perses à renoncer officiellement à l'Ionie, comme aux autres rivages de la mer Egée. Les Ioniens, se confondant avec l'ensemble des Grecs d'Asie, entrèrent dans la confédération maritime dont Athènes prit la direction, puis la domination. Ils passèrent ensuite sous le joug de Sparte qui bientôt les rétrocéda aux Perses par le traité d'Antalcidas (387). Affranchis de nouveau par Alexandre, ils suivirent les destinées de l'Asie Mineure occidentale, passant sous le sceptre des rois de Pergame, puis, avec leur royaume, sous la domination romaine. Mais à partir de l'époque alexandrine, il ne saurait guère être question d'Ioniens comme d'un rameau nettement distinct de la population hellénique. Ils se confondent avec les autres.

Les Ioniens ont eu dans la Grèce un rôle tout à fait prépondérant. Ils le cédaient aux Doriens en qualités politiques, mais l'emportaient dans l'ordre intellectuel. La poésie grecque commence chez eux avec les poèmes homériques; la prose, la philosophie, la science, l'histoire, avec Thalès de Milet, les physiciens ioniens, Hippocrate, les idéalistes d'Elée, les logographes, Hécatéede Milet, Hérodote. La littérature (sauf la poésie lyrique) est presque exclusivement ionienne; quels noms opposer à ceux des tragiques, des comiques, des orateurs athéniens? Dans la science nous avons signalé le rôle initiateur des Ioniens; il en fut de même dans l'art; bien que leur prépondérance y soit moins exclusive que dans les lettres, elle ne s'affirme pas moins.
 Les Ioniens d'Attique reprirent, à partir du Ve siècle, le premier rang, surpassant en énergie leurs frères d'Asie, auxquels on reprochait leur mollesse, leur légèreté, leur sensualité.

Nous compléterons cet exposé par une brève énumération des principaux pays occupés par des Ioniens. Dans la Grèce continentale, outre l'Attique, ils formaient le fond de la population de Thespies et Lébadée en Béotie, de Stiris et d'Elatée en Phocide, de la Cynurie (à l'Est de la Laconie), de Caphyes en Arcadie, Colonis en Messénie, Héraclée en Elide, d'une partie de l'île de Céphalonie; en dehors de la Grèce continentale, ils formaient celle de l'ile d'Eubée, des Cyclades sauf la rangée méridionale, des Sporades du Nord, des îles de Thrace, de la Chalcidique, de la Chersonèse, de l'Ionie. On trouvera dans l'article sur la colonisation grecque la nomenclature de leurs nombreuses colonies; rappelons seulement les noms de Sinope, Trébizonde, Panticapée (Crimée), Odessos, Byzance, Naucratis en Egypte, Elée, Cumes et Naples en Italie, Catane, Messine, Himère en Sicile, Aleria en Corse, Marseille. (A.-M. B.).

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