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Le Moyen Âge
Le duché d'Athènes
Lors du partage de l'empire romain entre les deux fils de Théodose, en 395, Athènes, comme le reste de la Grèce, avait été comprise dans l'empire d'Orient. Après la prise de Constantinople par les croisés, en 1204, Athènes forma avec Thèbes, une seigneurie, vassale du royaume de Thessalonique, fondé par Boniface, marquis de Montferrat, qui créa Othon de la Roche duc d'Athènes.  Ce duché devint ensuite vassal la principauté d'Achaïe qui appartint successivement aux seigneurs de La Roche et aux Brienne, qui en restèrent en possession jusqu'en 1312, où il fut conquis par des aventuriers aragonais et catalans (les Almogavares), venus en Orient pour se mettre à le solde de l'empire grec. En 1326, les nouveaux maîtres du duché se soumirent au roi de Sicile, Frédéric II. Vers 1370, Renier Acciajuoli, de Florence, conquit ce duché à l'aide des Vénitiens et d'Amurat I (Mourad I), mais en 1456 Mehmet II le dépouilla de ses possessions (L'Empire Ottoman d'Osman à Bayézid II). Depuis ce temps Athènes resta aux Turcs jusqu'à l'insurrection de 1821
Au commencement de l'année 1205, à la suite de la prise de Constantinople par les Croisés, Athènes, conquise par Boniface de Montferrat sur l'archonte grec Sgouros, devint l'apanage d'un des chevaliers de l'armée française, Othon de la Roche, sire de Ray, fils aîné de Pons de la Roche-sur-Ougnon, en Franche-Comté. Cet apanage qui comprenait les anciens territoires de l'Attique, de la Béotie et de la Phocide, fut peu de temps après désigné comme la première des hautes baronnies de la principauté de Morée (Achaïe), sans que l'on définît bien nettement quel était, au point de vue féodal, l'état respectif de la baronnie athénienne et de la principauté moréote. 

Cette omission, volontaire ou non, donna lieu dans la suite à de graves contestations entre les princes de Morée et les ducs d'Athènes, qui refusèrent de leur rendre hommage. Le domaine d'Othon de la Roche fut organisé féodalement. La population grecque ne paraît pas avoir été réduite à une condition inférieure; elle continua à posséder des terres et à vivre tranquillement à côté des conquérants, qui, tout en la soumettant à certains devoirs féodaux, ne lui imposèrent ni leur législation ni leurs rites. Athènes, au moment de la conquête, était le siège d'un archevêché grec, à la tête duquel se trouvait Michel Acominatus, frère de l'historien Nicetas. On remplaça immédiatement ce personnage par un archevêque latin, Bérard, auquel l'antique Parthénon servit de cathédrale, sous le vocable de Notre-Dame. En 1206 (27 novembre), le pape Innocent III conféra au nouveau titulaire la même juridiction ecclésiastique qu'avait eue son prédécesseur, et, dans une bulle datée du mois de février 1209, il assigna à l'archevêché les onze suffragances de Nègrepont et de Karystos en Eubée, des Thermopyles, de Salona, de Mégare, de Daulis, de Keronia en Béotie, de Zitouni en Phthiotide, d'Aulona, de Rhéa et des îles d'Andros, de Scyros, de Zéa, d'Egine et de Cithnos. Thèbes devint également le siège d'un archevêché latin. 

Les années tranquilles.
Othon de la Roche, qui prit le titre de grand sire ou mégaskyr, établit sa résidence à Athènes où il s'aménagea un palais dans les anciens propylées. On sait peu de choses sur lui; du reste, son règne paraît avoir été paisible. Il aida Geoffroi de Villehardouin dans les guerres que ce seigneur eut à soutenir, dès le début de son établissement dans le Péloponnèse, contre les populations grecques du pays (La Principauté d'Achaïe). C'est ainsi qu'il assista aux sièges de Corinthe, de Nauplie et d'Argos. Geoffroi de Villehardouin reconnut ses services en lui donnant en fief ces deux dernières villes (1211 et 1212). En 1208 les Lombards du royaume de Salonique lui enlevèrent la ville de Thèbes; mais dans une grande assemblée des barons de l'empire tenue en 1209à Ravennique, Othon se plaignit de cette usurpation à l'empereur latin de Constantinople, Henri de Hainaut, qui, aussitôt après la clôture de l'assemblée, marcha avec lui contre Thèbes, la reprit et la remit entre les mains de son légitime possesseur. L'empereur se rendit ensuite à Athènes où il fut reçu magnifiquement. Othon resta en Grècejusqu'en 1225. A cette époque, son père étant mort, il retourna en Bourgogne pour recueillir son héritage. Il laissa sa seigneurie d'Athènes à son neveu Guy de la Roche, qui depuis l'année 1211 partageait avec lui la seigneurie de la ville de Thèbes. 

Le nouveau mégaskyr abandonna la résidence d'Athènes pour celle de Thèbes et, en 1240, il partagea la seigneurie de cette dernière ville avec le sire de Saint-Omer qui avait épousé une de ses soeurs, Bonne de la Roche, veuve du roi de Salonique. De 1225 à 1256, Guy de la Roche paraît avoir vécu très paisiblement dans sa seigneurie, car, sauf deux expéditions auxquelles il prit part, l'une pour aider le prince d'Achaïe à prendre la ville de Malvoisie, l'autre pour soutenir le despote d'Epire contre l'empereur de Nicée, on ne signale de lui aucun acte militaire digne de remarque. En 1256, cependant, cette tranquillité fut sérieusement troublée. Guy, en effet, ayant déclaré qu'il ne voulait plus rendre hommage au prince de Morée pour les territoires qu'il possédait en dehors du Péloponnèse, était entré dans une ligue qui s'était formée à l'instigation des Vénitiens contre Guillaume de Villehardouin, dont la grande puissance devenait un danger pour l'indépendance des seigneuries voisines. Cette ligue se composait non seulement de la plupart des grands barons de la Grèce continentale, et des possesseurs des îles de la mer Égée (Les îles grecques au Moyen âge), mais encore de plusieurs seigneurs moréotes, comme par exemple Guillaume de la Roche, frère du sire d'Athènes, seigneur de Veligosti et de Damala. La guerre éclata dès 1256 dans l'île d'Eubée où Guillaume de Villehardouin voulut se saisir du domaine tombé en déshérence de l'un des seigneurs tierciers. Elle s'y poursuivit les deux années suivantes, sans que ni les troupes du prince d'Achaïe, ni les seigneurs Limiers, secondés dès le début par les Vénitiens et depuis l'année 1257 par le duc d'Athènes, remportassent d'avantages décisifs. Les Moréotes firent des incursions jusque sous les murs d'Athènes; Guy, de son côté, envoya des corsaires infester les côtes de Morée.

La guerre des latins.
Enfin Guillaume résolut de frapper un grand coup et d'accabler le sire d'Athènes, son plus redoutable adversaire. Au printemps de 1258, il rassembla tout ce qu'il put de troupes dans le Péloponnèse, franchit l'isthme de Corinthe sans que l'ennemi essayât de l'en empêcher et vint camper sur le mont Karydi à la frontière de la Béotie. Guy, s'étant alors avancé contre lui, une bataille eut lieu; le sire d'Athènes y fut complètement défait; obligé de fuir, il courut s'enfermer dans Thèbes où Villehardouin vint aussitôt l'assiéger avec une partie de son armée, tandis que le reste allait ravager l'Attique. Guy ne tarda pas à comprendre que toute résistance était inutile. Il envoya l'archevêque de Thèbes avec d'autres hauts personnages dans le camp ennemi pour implorer la paix et il obtint que le jugement de la querelle fût soumis à la cour des barons. Villehardouin, après avoir consenti à cesser la guerre, retourna chez lui, et réunit aussitôt à Nikli les seigneurs moréotes. Bientôt Guy se présenta devant l'assemblée. Villehardouin eût voulu que, comme vassal rebelle, il frit condamné à perdre son fier; mais les barons qui, en prononçant la sentence qu'on leur demandait, se fussent eux-mêmes reconnus simples vassaux du prince de Morée, refusèrent d'y souscrire et décidèrent que le sire d'Athènes irait en France pour y soumettre l'affaire au roi Louis IX (saint Louis). La paix fut néanmoins définitivement signée, et Guy, ayant confié le gouvernement de sa seigneurie à son frère cadet, Othon de la Roche, se mit en route pour la France avec un Chevalier du prince d'Achaïe (mars 1259). 

Passant par Brindisi et remontant de là toute la péninsule italienne, il fut rendu en Franche-Comté au commencement de l'été. Après y avoir séjourné près d'une année il gagna ParisLouis IX venait, sur la prière du pape, de convoquer les seigneurs et prélats du royaume afin de s'entretenir avec eux des affaires d'Orient (Pentecôte1260). L'assemblée consultée sur le cas du sire d'Athènes jugea qu'il était dans son droit en refusant de se considérer comme le vassal du prince de Morée et déclara que, s'il avait eu tort en commençant la guerre, son tort était suffisamment expié par le pénible voyage qu'il avait dû entreprendre. En outre, le roi, qui avait reçu Guy avec beaucoup d'honneur, lui permit de transformer son titre de sire en celui de duc. Guy se trouvait encore à la cour de Louis IX, lorsqu'on reçut en France la nouvelle que le prince d'Achaïe avait été battu et fait prisonnier par le sébastocrator Jean Paléologue, frère de Michel Paléologue, régent de l'empire de Nicée; que son propre frère 

Othon s'était trouvé à la bataille avec les chevaliers de sa seigneurie, et que l'armée impériale avait pénétré jusqu'à Thèbes et l'avait pillée (novembre 1259). Les barons du Péloponnèse l'invitaient à venir se mettre à leur tête, et lui offraient la régence de la principauté. Il partit aussitôt pour la Grèce où, dès son arrivée, il s'occupa des moyens de résister à la puissance grandissante de l'empire de Nicée, qui, après avoir absorbé toute l'Asie Mineure, la Macédoine et la Thessalie, menaçait Byzance. Guy réussit à faire conclure la paix entre les Vénitiens et les Lombards d'Eubée et la principauté d'Achaïe (1261). Mais l'accord des Latins n'empêcha pas la chute définitive de la capitale de l'empire franco-vénitien. Byzance, assiégée en1260 par l'armée de Michel Paléologue, et sauvée cette fois encore grâce à l'énergie de ses défenseurs, fut surprise l'année suivante par l'un des généraux de l'empereur de Nicée, et enlevée pour toujours à la domination latine (25 juillet 1261).

Nouvelle donne.
En 1263, Guillaume de Villehardouin obtint sa liberté de l'empereur grec en lui livrant les villes de Monembasie, de Mains et de Misitra, et son retour dans le Péloponnèse mit fin à la régence du duc d'Athènes. Quand, en 1267, la suzeraineté de la principauté d'Achaïe passa de la maison impériale de Constantinople à la maison d'Anjou, le duc d'Athènes devint de ce fait l'arrière-vassal des rois de Naples pour ses villes d'Argos et de Nauplie, et même pour tout son duché, si l'on admet la théorie que les princes d'Achaïe avaient toujours cherché à faire prévaloir et d'après laquelle l'apanage des la Roche n'aurait été qu'un fief de la principauté péloponnésienne. Au moment où se produisit ce changement dans les rapports de vassalité du duché d'Athènes, Guy de la Roche venait de mourir (1265 ou 1266), après un règne de quarante années, en laissant ses États à son fils aîné, Jean de la Roche. 

L'histoire du duché d'Athènes sous le règne du duc Jean est intimement mêlée à celle de l'empire grec de Constantinople. On sait qu'en 1274 se termina le grand schisme d'Orient. L'empereur Michel Paléologue consentit à reconnaître l'autorité du pape et exigea que les ecclésiastiques de son empire en fissent autant. Mais les populations grecques ne se laissèrent pas aisément convaincre. Un grand parti d'opposants se forma, à la tête duquel se plaça un bâtard de Michel Comnène, despote d'Epire, Jean Ducas, sébastocrator de la Mégalo-Vlaquie ou Thessalie, appelé par les Latins "duc de la patre" parce qu'il résidait dans le château de Néo-Patras en Phthiotide. Une première expédition envoyée par l'empereur contre ce personnage ayant échoué, Michel Paléologue en organisa une seconde 1275, l'assiéger dans sa ville de Néo-Patras. Mais une nuit, Jean Ducas sortit clandestinement de la place, traversa heureusement les lignes ennemies et courut à bride abattue jusqu'à Thèbes pour implorer l'aide du duc d'Athènes, auquel il offrit sa fille Hélène en mariage avec une riche dot. Jean de la Roche, malade de la goutte, refusa de se marier; mais il accepta pour son frère puîné, Guillaume, seigneur de Livadla, la main de la jeune princesse, qui apportait en dot les villes de Gravia, de Siderokastron et de Zitoûni (Lamia), dans la contrée située entra le mont Parnasse et la Thessalie. En même temps, il permit à Jean Ducas d'emmener avec lui les chevaliers français qui seraient disposés à l'accompagner. Il s'en présenta de trois à quatre cents, avec lesquels le sébastocrator tomba inopinément sur l'armée impériale qui le croyait encore enfermé dans Néo-Patras et qui fut mise en pleine déroute. 

Trois ans plus tard, en 1278, Jean de la Roche se mit en personne à la tête d'une expédition destinée à protéger l'Eubée contre les empiétements de Michel Paléologue. Mais vaincu et fait prisonnier dans une bataille livrée à l'armée impériale aux alentours de la ville de Négrepont, il fut emmené à Constantinople. Guillaume de la Roche prit alors le gouvernement du duché d'Athènes au nom de son frère captif. Ce dernier fut d'ailleurs très bien traité par Michel Paléologue, qui désirait obtenir son alliance et le séparer surtout des deux plus dangereux rivaux de l'empire, le despote d'Epire, Nicéphore Comnène, et le sébastocrator de la Mégalo-Vlaquie, Jean Ducas, et qui lui offrit sa propre fille en mariage. Mais Jean de la Roche, souffrant toujours de la goutte, était de moins en moins disposé à prendre femme. Il déclina donc les avances de l'empereur, obtint sa liberté moyennant une rançon de 30 000 sous d'or, conclut un traité avec son vainqueur, puis retourna dans ses États, où il mourut en 1280, laissant le duché à son frère Guillaume. Deux ans auparavant, le 1er mai 1278, était mort Guillaume de Villehardouin prince de Morée, qu'avait suivi de près dans la tombe le prince Philippe de Tarente, mari d'Isabelle de Villehardouin, qui devait succéder à Guillaume dans la principauté d'Achaïe

Charles d'Anjou, père de Philippe et tuteur de la princesse Isabelle, prit alors le titre de prince d'Achaïe et fit administrer le pays par des bailes. L'un de ces bailes fut le duc d'Athènes, Guillaume de la Roche (1286-1287). Le duché d'Athènes sous le règne du duc Guillaume devint l'État le plus puissant elle plus prospère de toute la Grèce. Tandis que la principauté de Morée, amoindrie par les empiétements successifs des despotes grecs qu'y avait établis Michel Paléologue et privée de l'habile gouvernement des Villehardouin, tombait en décadence, le duché d'Athènes restait intact. Une des soeurs du duc Guillaume, Isabelle, avait épousé un des plus puissants barons du Péloponnèse, Geoffroy de Bruyères, sire de Karitena. Devenue veuve, elle épousa en secondes noces, vers 1280, Hugues de Brienne, comte de Lecce, dans la Pouille.

Guillaume de la Roche étant mort en 1287, son fils Guy II, encore en bas âge, lui succéda sous la tutelle de la duchesse Hélène sa mère, qui ne tarda pas à se remarier avec Hugues de Brienne, veuf d'Isabelle de la Roche, et qui partagea alors avec son second mari la régence du duché. Quand Florent de Hainaut devint prince de Morée par son mariage avec Isabelle de Villehardouin (12 septembre 1289), il voulut exiger que Hugues et Hélène lui rendissent hommage an nom du jeune duc Guy II. Mais ceux-ci, faisant valoir de nouveau les droits revendiqués par les premiers sires d'Athènes, refusèrent d'accomplir cet acte de vassalité. Ils voulaient bien admettre la, suzeraineté de la maison d'Anjou, mais non la souveraineté directe de Florent. Un long procès s'ensuivit, dans lequel le roi Charles Il d'Anjou soutint les prétentions du prince de Morée. Au moment où Guy Il prit à sa majorité le gouvernement du duché (1294), la querelle était toujours pendante. Cependant en 1296 (1er octobre), sur un ordre formel du roi de Naples, il consentit à reconnaître la souveraineté du prince de Morée. Peu de temps auparavant (probablement en 1294), Hugues de Brienne était reparti pour son comté de Lecce, il mourut, le 9 août 1296, dans un combat contre une armée sicilo-aragonnaise. Un fils, Gautier, qu'il avait eu de son mariage avec Hélène, lui succéda comme comte de Brienne et de Lecce. Ce Gautier devait plus tard devenir duc d'Athènes. 

A la cour de Guy.
Le duc d'Athènes Guy II nous est très connu par les récits d'un auteur contemporain qui eut avec lui des relations personnelles, Ramon Muntaner, dont la chronique versifiée est l'un des monuments les plus précieux pour l'histoire des États francs de la Grèce, à la fin du XIIIe et au commencement du XIVe siècle. Muntaner dépeint avec de nombreux détails la cour brillante et somptueuse du jeune Guy; il parle avec admiration de son faste, du respect dont il était entouré, de sa puissance qui dépassait celle de tous les autres soigneurs de l'empire de Romanie où, dit-il, le duc était un des plus grands qui ne fussent pas rois. Cette puissance s'accrut encore par les fiançailles de Guy (1298) avec Mahaut (Mathilde), fille de Florent de Hainaut et d'Isabelle de Villehardouin. (Le mariage ne fut célébré qu'en 1305, au moment où la jeune Mahaut atteignit l'âge de douze ans). Cette union mit fin à la longue querelle entre la principauté de Morée et le duché d'Athènes, et Guy ll ne fit aucune difficulté pour rendre hommage an second mari d'Isabelle de Villehardouin, Philippe de Savoie, lorsque ce Prince vint, en 1304, prendre possession de la principauté. En 1303, Guy Il devint régent de la Mégalo-Vlaquie ou Thessalie, pendant la minorité de Jean II Ducas, fils de Constantin Ducas et petit-fils de Jean Ier Ducas, dont son père Guillaume avait épousé la fille Hélène.

En 1308, quand lsabelle de Villehardouin et Philippe de Savoie eurent abandonné leurs droits sur la principauté  d'Achaïe à Philippe Ier de Tarente, il fut nommé par ce dernier baile de Morée. Il venait ainsi de réunir dans sa main l'autorité sur une grande partie de la Grèce, lorsqu'il mourut le 5 octobre 1309. Son corps, comme celui de ses prédécesseurs, fut déposé dans le monastère cistercien de Daphni sur la route qui va d'Athènes à Eleusis. Comme il ne laissait pas d'enfants, il avait, peu de temps avant sa mort, désigné comme baile provisoire l'un de ses vassaux, Boniface de Vérone, sire de Karystos et de Gardiki, en attendant l'arrivée de Gautier de Brienne, fils de Hugues de Brienne et de la duchesse Hélène, à qui revenait de droit le duché. Sa femme, Mahaut de Hainaut, ne voulut pas rester on Grèce et alla rejoindre en Occident sa mère Isabelle de Villehardouin. Gautier de Brienne vint donc recueillir la succession de son cousin Guy II, sans que ni les la Roche de Franche-Comté, ni ceux de la branche cadette, descendant de Guillaume, seigneur de Véligosti, dont nous avons parlé plus haut, fissent rien pour lui en disputer la possession. 

Le temps des aventuriers.
Gautier prit à sa solde la compagnie catalane, troupe d'aventuriers almogavares, qui après avoir servi l'empereur grec de Constantinople, Andronic Paléologue, contre les Turcs, s'était établie dans l'empire, où elle vivait de pillages, et qui séjournait alors en Thessalie. Avec l'aide de la "compagnie" (La Criminalité au Moyen âge) Gautier commença par porter la guerre dans la Thessalie dont le sébastoscrator, Jean ll Ducas, refusait d'accepter sa régence. Il s'empara d'une grande partie de la contrée et força le jeune Ducas à se soumettre. Mais bientôt des querelles s'élevèrent entre les Catalans et lui parce qu'il ne payait pas régulièrement la solde qu'il leur, avait promise, et parce qu'il les traitait avec hauteur, si bien qu'un conflit ne tarda pas à éclater. Les Catalans commencèrent par repousser Gautier de Thessalie en Béotie, puis, le 15 mars 1311, ils lui livrèrent bataille sur les bords du lac Copaïs, près de l'ancienne Orchomène. Gautier y fut vaincu et tué avec presque tous ses chevaliers.
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Les Almogavares

Les Almogavares étaient un corps d'élite des anciennes armées espagnoles (et plus spécialement catalano-aragonaises). Le simple fantassin, ou peon, pouvait s'élever au rang de capitaine, ou Almocaden, grade qui lui était conféré par douze hommes de ce rang à la suite d'un examen où il devait faire preuve des quatre qualités suivantes : sagesse à la guerre, bravoure, loyauté, légèreté à la course. L'Almocaden qui voulait suivre la hiérarchie devait prendre du service dans la milice des Almogavares. Ces guerriers portaient hiver et été le même costume de peaux serrées autour de la taille, avec un bonnet et des souliers de même matière; ils avaient pour armes la lance, l'épée et le poignard, mais ils n'avaient pas d'armes défensives.

Ils combattaient généralement à pied, mais avaient le droit de se servir du cheval de l'ennemi vaincu sur le champ de bataille. Ils vivaient loin des villes, disent les chroniqueurs, dans les forêts et les montagnes, ne se réunissaient qu'entre eux, étaient généralement sombres et taciturnes, et ne sortaient de leur réserve ordinaire que le jour du combat, regardé par eux comme un jour de fête. Les plus braves des Almogavares pouvaient devenir Adalides ou guides de l'armée, après un nouvel examen où ils devaient faire preuve de quatre qualités : sagesse, bravoure, loyauté et bon sens. L'Adalid était armé par un rico home, et élevé sur un bouclier à la manière des anciens chefs des Goths. (Desdevises du Dezert).

Aussitôt les Catalans marchèrent sur Thèbes, dont ils s'emparèrent et qu'ils saccagèrent. Ensuite ils envahirent l'Attique qui fut également dévastée. Puis ils finirent par s'établir dans le pays; ils se saisirent de la plus grande partie des terres et substituèrent entièrement leur domination à celle des Français. N'ayant pas de chef reconnu, ils désignèrent, pour administrer provisoirement leur État, avec le titre de baile, un des chevaliers français qui avaient échappé au désastre du lac Copaïs, Roger Deslor, originaire du Roussillon. En même temps, ils firent demander à leur suzerain, le roi de Sicile, Frédéric II, de leur envoyer un membre de sa famille comme duc. Frédéric Il choisit son fils Manfred; mais comme celui-ci n'était pas en âge de gouverner, il le garda auprès de lui et envoya aux Catalans d'abord un baile, Béranger Estanyol, puis, son propre bâtard, don Alphonse-Frédéric comme représentants du duc titulaire. 

La domination catalane.
Le titre de duc d'Athènes resta dès lors dans la maison de Sicile, d'où il passa dans celle d'Aragon, et c'est ainsi qu'il sera porté par la suite par les souverains de l'Espagne. Du reste, les ducs issus de cette maison ne mirent jamais le pied en Grèce. Ils restèrent à la cour de Sicile et firent administrer leur duché par des vicaires. De l'Attique et de la Béotie, les Catalans, sous le vicariat de don Alphonse-Frédéric, étendirent bientôt leur domination sur la Thessalie méridionale, où ils occupèrent en particulier l'importante ville de Néo-Patras. La veuve de Gautier de Brienne, Jeanne de Châtillon, fille de Gaucher de Châtillon, connétable de France, avait, au moment de l'invasion catalane, réussi à s'enfuir en Italie, puis en France, avec son fils Gautier et sa fille Isabelle. Elle restait propriétaire des villes de Nauplie et d'Argos, qu'un chevalier français, Gautier de Foucherolles, administra en son nom. Son fils, Gautier II de Brienne, fit plus tard des tentatives pour être réintégré dans le duché. Il rechercha dans ce but l'appui de la papauté et il obtint que Clément V, puis Jean XXII enjoignissent au roi d'Aragon de rappeler les Catalans, sous peine d'excommunication (1319 et 1330). La sentence fut même prononcée en 1332 contre les Catalans par l'archevêque de Patras, puis renouvelée en 1335 par Jean XXII. Mais les excommuniés ne tinrent aucun compte de ces injonctions. 

Gautier, tâchait en même temps d'intéresser à sa cause la maison d'Anjou, dont ses prédécesseurs avaient reconnu la suzeraineté, et, pour se rapprocher d'elle, il épousa, en 1325, une fille de Philippe ler de Tarente. En 1331, après avoir dirigé une heureuse expédition contre l'Epire pour le compte du roi de Naples, il en dirigea une seconde contre les Catalans et réussit à pénétrer dans le duché avec une grosse armée, composée en majeure partie de chevaliers français. Mais les Catalans, au lieu de se risquer à lui livrer bataille, le laissèrent s'user contre les forteresses du pays dans lesquelles ils s'étaient enfermés. Enfin Gautier, ne pouvant entrer dans aucune place importante, se vit réduit à la retraite et regagna l'Italie. Il ne retourna jamais en Grèce. C'est lui qui, par deux fois, en 1326 et en 1342, fut gouverneur de Florence pour le compte des rois de Sicile. Il mourut le 19 septembre 1356, sur le champ de bataille de Poitiers, où il commandait en qualité de connétable de France. Comme il ne laissait pas d'enfants, ce fut sa soeur Isabelle, mariée à un seigneur de Hainaut, Gautier III d'Enghien, qui hérita de ses titres et de ses droits sur le duché d'Athènes. Ces titres et ces droits passèrent, après la mort d'Isabelle, au second des enfants issus de ce mariage, Sohier (mort en 1367), puis au fils de celui-ci, Gautier (mort en 1381). Ce Gautier n'ayant pas laissé d'enfants, un quatrième fils d'Isabelle de Brienne et de Gautier d'Enghien, Louis d'Enghien, comte de Conversano, recueillit avec sa succession son titre de duc d'Athènes, et le transmit ensuite à sa fille qui, mariée à un membre de la famille de Luxembourg, l'apporta dans dette maison.

Un sixième fils d'Isabelle de Brienne et de Gautier d'Enghien, Guy, avait hérité de ses parents des seigneuries d'Argos et de Nauplie, dont la possession avait régulièrement passé des la Roche aux Brienne, et des Brienne aux Enghien. Il alla s'établir à Nauplie (avant 1364) et mourut peu après l'année 1376, en laissant une fille, Marie d'Enghien, qui se maria bientôt avec un patricien de Venise, Pierre Corner (17 mai 1377). Les deux époux résidèrent dans leurs domaines du Péloponnèse.

Les Catalans tenaient toujours l'Attique, la Béotie et la Thessalie méridionale sous l'autorité, d'ailleurs purement nominale, de leurs ducs. A Manfred, le premier de ces ducs, dont il a été fait mention plus haut, et qui mourut le 9 novembre 1347, succédèrent son frère Guillaume Il (mort le 22 août 1338), puis un second frère, Jean Il d'Aragon Randazzo (1338-1348), Frédéric Ier, fils de Jean II, Frédéric II, fils de Pierre II, roi de Sicile (ce dernier plus tard roi de Sicile, sous le nom de Frédéric III), et enfin, la fille de Frédéric Il , l'infante Marie. Quand le royaume de Sicile passa à la maison royale d'Aragon, deux partis se formèrent dans le duché d'Athènes, l'un voulant rester sous la suzeraineté de l'infante Marie, l'autre reconnaissant l'autorité du roi d'Aragon. De violentes luttes éclatèrent, qui contribuèrent pour une bonne part à la prompte décadence de la domination catalane en Grèce. 

Comme nous l'avons déjà dit, les ducs titulaires de la maison de Sicile ne vinrent jamais en personne administrer leur État. Ils en confièrent la direction à deux officiers supérieurs : le vicaire, qui avait le gouvernement politique et l'administration intérieure, et le maréchal qui commandait l'armée. Plus tard, probablement en 1371, époque de la mort du maréchal Roger de Lhuria, les deux offices paraissent avoir été réunis entre les mains du vicaire. Sous l'autorité du vicaire ou du maréchal se trouvait, dans chaque ville, un viguier, un châtelain ou un capitaine, titres et charges qui parfois étaient réunis sur un seul personnage. Ces gouverneurs locaux jouissaient de droits et de privilèges assez importants; ils formaient une sorte de conseil du vicaire; c'était en présence de leur assemblée que celui-ci jurait fidélité au duc. Ils étaient généralement nommés par le vicaire; cependant , dans certains cas, c'était la commune ou réunion des citoyens de chaque ville qui les désignait. En cas de nécessité, ils pouvaient assumer le gouvernement du duché et même élire un vicaire général. L'office de vicaire, depuis don Alphonse-Frédéric (mort en 1338), paraît être resté, sauf quelques interruptions, dans la ligne bâtarde de Sicile. De 1356 à 1365, nous le voyons occupé par un fils de don Alfonse, Jacques ou Jaime, comte de Salona et seigneur de Lidorikion; de 1375 à 1381, il est entre les mains d'un neveu de don Alfonse, Louis-Frédéric. Ce dernier embrassa avec ardeur la cause de la maison d'Aragon et fit, en 1380, proclamer le roi Pierre IV, à Thèbes, comme duc d'Athènes. Il mourut en 1382. 

L'Attique et la Béotie, sous la domination catalane, n'atteignirent jamais à la puissance et à la prospérité qu'elles avaient eues sous les derniers ducs de la maison de la Roche. L'ardeur guerrière des Catalans s'évanouit peu à peu; ils se laissèrent amollir par le luxe et les habitudes d'ivresse, et s'affaiblirent par leurs querelles intestines. Ils repoussèrent cependant par deux fois les attaques des Turcs qui, en 1333 et en 1367, vinrent attaquer Athènes par mer. En 1380 , ils eurent à combattre une invasion d'aventuriers navarrais appelés en Grèce par l'empereur titulaire de Constantinople, Jacques de Baux, pour soutenir ses droits sur les anciens États français de la Grèce continentale et de la Morée. L'Attique fut dévastée par cette bande; les Catalans, vaincus dans une bataille, sous les murs d'Athènes, s'enfermèrent dans l'Acropole jusqu'à l'arrivée de secours demandés au roi d'Aragon et grâce auxquels ils purent repousser les envahisseurs. Enfin, en 1383, le Florentin Nerio Aceiaiuoli, seigneur de Corinthe, qui déjà, en 1374, leur avait enlevé Mégare; réussit à s'emparer de toutes leurs possessions. Les restes de leur armée se réfugièrent encore une fois dans l'Acropole et y tinrent jusqu'en 1387. Enfin ils durent capituler.

Venise s'en mêle.
Nerio Acciaiuoli put alors substituer définitivement son autorité à celle des vicaires catalans; il prit le titre, non de duc, mais de seigneur du duché d'Athènes. L'année suivante, le 12 septembre 1388, Marie d'Enghien, devenue veuve de Pierre Corner, vendit ses seigneuries d'Argos et de Nauplie à la République de Venise, moyennant une rente annuelle de 700 ducats d'or. Mais avant que Venise en eût pris possession, Argos était tombée au pouvoir du despote grec de Misitra, Théodore Paléologue (1389), qui refusa de la rendre et que les Vénitiens n'osèrent pas dépouiller de force. Nerio Acciaiuoli, son beau-père, l'ayant aidé dans son entreprise contre Argos, les Vénitiens se vengèrent en entravant de toutes façons le commerce athénien. En même temps, le gouverneur de la Morée, Pierre de Saint Exupéry, qui redoutait pour sa principauté l'alliance du seigneur d'Athènes et du despote de Misitra, attira Nerio dans un guet-apens, le retint prisonnier plus d'une année et ne le relâcha, sur les instances de la République de Venise, qu'après lui avoir arraché l'engagement de faire restituer Argos aux Vénitiens, et l'avoir obligé à laisser engage la ville de Mégare avec une forte somme d'argent, jusqu'au jour où cette restitution serait accomplie (1389, fin 1390). Ce fut seulement en 1394 que Théodore Paléologue se décida à rendre Argos. Cette même année 1394, le roi de Naples et de Hongrie, Ladislas, héritier des droits de la maison de Tarente, conféra à Nerio le titre de duc. 

La Grèce continuait à être en butte aux attaques des Turcs. En 1393, Nerio dut se reconnaître tributaire de Bajazet Il (l'Empire ottoman d'Osman à Béyazid). Il mourut en novembre 1394 et fut enterré dans l'église Sainte-Marie d'Athènes. Il léguait par son testament la ville d'Athènes et ses appartenances à l'église d'Athènes et plaçait celle-ci sous le protectorat de Venise. Aussitôt la sérénissime République, sous prétexte de défendre Athènes contre les Ottomans, occupa toute l'Attique. D'autre part, les deux gendres de Nerio, le despote d'Arta et le despote de Misitra, s'emparèrent successivement de Corinthe. Enfin, Antonio Acciaiuoli, fils bâtard de Nerio, qui avait reçu pour sa part d'héritage la Béotie, et qui convoitait le reste du duché, déclara la guerre aux Vénitiens et réussit à les chasser d'Athènes (1402). Il consentit toutefois à tenir l'Attique sous leur suzeraineté. Pour éviter les agressions des Turcs, il se reconnut tributaire du sultan. Pendant les trente-trois ans de son règne comme duc d'Athènes, Antonio parvint à rendre au duché quelque chose de son ancien éclat. II favorisa le commerce, les lettres, les arts; il fit construire à Athènes de beaux monuments, et, grâce à la protection de Venise et à l'inaction des Turcs, dont la puissance avait été presque anéantie par Tamerlan en 1402, il passa le reste de ses jours dans une tranquillité relative. Se voyant sans enfants, il fit venir de Florence Nerio et Antonio Acciaiuoli, tous deux fils de Franco, qui, lui-même, était fils d'un frère de Nerio Ier; et à sa mort, il laissa le duché à l'aîné de ces deux enfants, Nerio (1435).

Les Turcs attaquent.
Sous le règne de Nerio II, les Turcs recommencèrent de plus belle leurs incursions, et, bien qu'à la suite d'uns première invasion, où ils avaient pillé Thèbes, Nério se fût reconnu leur tributaire, ils vinrent de nouveau l'attaquer parce qu'il s'était uni contre eux aux Grecs du Péloponnèse. Nerio renouvela sa soumission, mais alors les Grecs, se considérant comme trahis par lui, envahirent l'Attique et assiégèrent Athènes. Nerio II, incapable de leur résister, capitula (1444) et promit de payer tribut au despote de Misitra, Constantin Dracosès (devenu plus tard, en 1449, le dernier empereur grec de Constantinople). Mais, furieux d'avoir été vaincu, il fit aussitôt appel aux Turcs, qui s'empressèrent de venir à son secours avec une formidable armée, reprirent Thèbes qu'ils lui rendirent, et pénétrèrent dans le Péloponnèse, qu'ils mirent à feu et à sang (1446). 

A sa mort, survenue en 1454, Nerio Il laissa le duché à son neveu Franco (fils de son frère Antonio, qui lui-même paraît avoir porté le titre de duc d'Athènes de 1439à 1441 sans que l'on sache bien à la suite de quelles circonstances), sous la tutelle de sa femme. Celle-ci s'étant remariée avec an jeune Vénitien, Bartolomeo Contarini, fils du gouverneur de Nauplie, partagea la régence avec son nouvel époux qui chercha à supplanter Franco et à se faire nommer duc titulaire par le sultan. Mais ce dernier n'y consentit pas, et confirma la possession du duché à Franco pour lequel il avait, dit-on, une affection tout orientale. Franco ne se borna pas à prendre la place de la régente, sa tante, il la fit de plus mettre à mort (1454). Aussitôt le sultan, prenant prétexte de ce meurtre pour lui déclarer la guerre, envoya le pacha de Thessalie, Omar,  assiéger Athènes (1456). Franco se défendit bravement dans l'Acropole, pourtant il fut bientôt obligé de se rendre. Athènes fut alors placée sous la domination directe de la Porte ottomane (1458). La Béotie avec Thèbes resta seule à Franco. mais, en 1462, le sultan fit tuer le malheureux duc, qu'il accusait d'avoir conspiré contre lui, et réunit à son empire ce dernier reste du duché d'Athènes. Des deux villes d'Argos et de Nauplie qui avaient longtemps relevé en fief des sires et des ducs d'Athènes, la première fut enlevée aux Vénitiens par les Turcs en 1463; la seconde, après avoir défié pendant plus d'un siècle toutes les attaques des Musulmans, fut cédée volontairement à la Porte par la République vénitienne en 1540. (Ch. Kohler).

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