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Eschine

Eschine est un orateur athénien, né en 389, mort en 314 av. J.-C. Son père était le maître d'école Atrometos; sa mère Glaucothea gagnait sa vie comme prêtresse de mystères. Un de ses frères, Philocharès, fut peintre de vases, autre, Aphobétos, fut scribe au service de l'État. C'est dans la même carrière que débuta Eschine, puis il fut acteur, mais sans succès; il ne remplit jamais que les troisièmes rôles. Il servit aussi comme soldat et se consacra aux affaires publiques. Il débuta en 348 après la chute d'Olynthe, pour recommander la réunion d'un congrès, puis se rangea complètement parmi les partisans de la paix à tout prix. Il contribua puissamment à la conclusion de la paix de Philocrate (346). fut accusé de prévarication pendant son ambassade, fit écarter d'abord par une contreaccusation l'accusateur principal; mais Démosthène reprit l'accusation trois ans après; Eschine n'échappa qu'à grand peine à une condamnation. L'influence de ses protecteurs, Eubule, Phocion, Aristophon, le sauva malgré l'éloquence de son adversaire (343). 

Dans ce procès retentissant, on vit en présence les deux partis qui se partageaient Athènes et les deux plus grands orateurs de la Grèce. Tout le reste de la vie d'Eschine se résume dans cet antagonisme. Après Chéronée (338) et la décadence naturelle de son parti, il fut de plus en plus soupçonné de s'être vendu à Philippe. On sait le procès de la couronne (Démosthène), à la suite duquel, n'ayant pas obtenu le cinquième des voix, il fut condamné à l'amende. Ayant perdu ainsi le droit de parler devant le peuple, il abandonna Athènes, se rendit à Ephèse, puis à Rhodes et à Samos. Il fonda à Rhodes, suivant une tradition fort douteuse, une fameuse école d'éloquence, et il y aurait débuté par la lecture de son dernier plaidoyer et du discours de son adversaire pour Ctésiphon. Il ne rentra jamais dans Athènes.

Nous avons de lui trois discours prononcés tous les trois dans des procès où il eut Démosthène pour adversaire : un contre Timarque, un autre sur les prévarications de l'ambassade et le troisième contre Ctésiphon. Ils nous permettent de comparer les deux rivaux. Eschine reste loin derrière Démosthène. Le second de ses discours est généralement le plus estimé.
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Discours contre Ctésiphon

Puisque mon sujet m'a conduit à parler de couronnes et de récompenses, je dois ici vous avertir, Athéniens, que, si vous ne mettez des bornes à cette profusion de couronnes et de récompenses que vous distribuez si facilement, bien loin d'inspirer de la reconnaissance à ceux que vous honorez, bien loin de rendre la république meilleure, vous ne ferez que décourager les bons citoyens et encourager les méchants. En voulez-vous la preuve évidente? Si quelqu'un vous demandait quelle est l'époque la plus glorieuse d'Athènes, celle dont nous sommes témoins ou celle qu'ont vue nos ancêtres; dans quel temps il y a eu de plus grands hommes, aujourd'hui ou autrefois, vous ne pourriez vous empêcher d'avouer que nous sommes inférieurs on tout à ceux qui nous ont précédés.

Maintenant à laquelle de ces deux époques a-t-on décerné plus de couronnes, de proclamations, de récompenses publiques? Il faut en convenir, ces honneurs étaient rares autrefois, et le nom de la vertu était cependant beaucoup plus honoré. Aujourd'hui vous avez tout prodigué, et vous décernez des couronnes plutôt par habitude que par choix [...]. Comparez-vous ce Démosthène, qui a fui du champ de bataille de Chéronée, à Thémistocle, qui a vaincu à Salamine; à Miltiade, qui a triomphé à Marathon; à ceux qui ont sauvé et ramené dans cette ville nos concitoyens enfermés dans les murs de Pyle; à ce juste Aristide? [...]. Je m'arrête : les dieux me préservent d'établir un parallèle si révoltant. Eh bien! que Démosthène nous cite un de ces grands hommes qui ait été honoré d'une couronne d'or. Quoi donc! le peuple d'Athènes a-t-il été ingrat? Non, il a été magnanime, et ces illustres citoyens ont été dignes de lui. Ils ont pensé que ce n'était pas par des décrets qu'ils seraient honorés aux yeux de la postérité, mais par le souvenir de leurs grandes actions. Ils ne se sont pas trompés, et ce souvenir est immortel.

Voulez-vous savoir ce qu'ont obtenu de vos ancêtres ceux qui vainquirent les Mèdes aux bords du Strymon? Trois statues de pierre, placées sur le portique d'Hermès. Allez voir le monument public où est représentée la bataille de Marathon le nom même de Miltiade n'y est pas; on permit seulement qu'il fût peint au premier rang, exhortant ses soldats. Lisez le décret rendu en faveur des libérateurs de Pyle : que leur décerne-t-on? une couronne d'olivier. Lisez ensuite celui de Ctésiphon en faveur de Démosthène : une couronne d'or. Prenez-y garde, Athéniens, l'un de ces deux décrets anéantit l'autre. Si l'un fut honorable, l'autre est honteux; si les premiers ont été récompensés en proportion de leur mérite, il est évident que celui-ci reçoit une récompense au-dessus du sien. Et lui-même, que devait-il faire? Paraître devant vous et vous dire : 

« Ce n'est pas à moi de refuser la couronne que vous m'offrez, mais ce n'est pas non plus le temps d'une pareille proclamation. Il me siérait mal de couronner ma tête quand la république est en deuil. »
 Voilà ce que dirait un homme qui connaîtrait la véritable vertu et la véritable gloire; mais Démosthène ne les connaît pas. (Eschine, fragment).

Les Anciens possédaient aussi un discours, dit de Délos, faussement attribué à Eschine, puisque l'Aréopage avait annulé le choix fait de lui pour représenter les Athéniens à Délos et choisi à sa place Hypérides. Douze lettres qui portent son nom n'ont point de valeur et semblent être des exercices d'école. Ce qui distinguait l'éloquence d'Eschine, c'était une grande facilité, du mouvement, du naturel et beaucoup de force dans les pensées. Il avait en outre un organe puissant, un débit pathétique. Enfin il était doué d'une belle prestance et d'une belle figure, si nous en jugeons par la statue qui se trouve au musée de Naples. Les manuscrits de ses oeuvres laissent fort à désirer; mais nous possédons de bons commentaires, principalement ceux d'Aspasios et d'Apollonios. (A.Waltz).

Eschine le Socratique. - Philosophe grec, disciple de Socrate, nommé par Platon dans l'Apologie et dans le Phédon. Très pauvre, il vint trouver Socrate et lui dit 
« Je n'ai rien à te donner : je t'offre la seule chose que je possède, moi-même. »
Il paraît avoir été très attaché à son maître, et quelques-uns lui attribuent les efforts et les discours pour le sauver que Platon a mis au compte de Criton. Après la mort de Socrate, il passa quelque temps en Sicile, à la cour de Denys, puis revint à Athènes ou il vécut assez misérablement. Eschine avait composé un certain nombre de dialogues très estimés dans l'Antiquité : on croyait y retrouver la pure doctrine de Socrate; on y reconnaissait le véritable atticisme et on les préférait même aux livres de Xénophon. Les rares fragments que nous en avons confirment cette opinion (Hermann, De Eschin. socratici reliq.; Gott., 4850). (V. Br.).
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Dictionnaire biographique
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