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Agora

Le mot agora signifie, en général, dans la poésie homérique, l'assemblée du peuple, par opposition à boulé, l'assemblée des princes, des chefs. Le même mot est également employé par Homère pour désigner ce qui se fait dans l'assemblée populaire, les discours, les délibérations. Enfin, le lieu où se tient l'assemblée est quelquefois aussi appelé par le poète du nom d'agora. Plus tard, à l'époque historique, le mot agora ne signifie plus guère que place du marché.

Dans la Grèce antique, l'agora est de façon générale la place publique où l'on se rend pour acheter ce qui est nécessaire à la vie; c'est aussi le lieu de réunion où tous les citoyens d'une même ville se donnent rendez-vous pour s'entretenir des affaires de la cité ainsi que de leurs propres affaires. Il faut noter, cependant, que, même à l'époque classique, on se sert quelquefois encore du mot agora pour désigner certaines assemblées : par exemple, en Attique, on appelait agorai les assemblées composées des citoyens d'un même bourg ou dème. Toutes les villes grecques possédaient une agora plus ou moins spacieuse, où se concentrait chaque jour, durant quelques heures, la vie de la cité. 

Dans les fouilles qu'il a exécutées sur l'acropole de Mycènes, Schliemann a retrouvé les restes d'une agora circulaire garnie de sièges massifs, formés par d'énormes blocs de pierre sur lesquels le peuple prenait place les jours d'assemblée. Nous sommes là en présence de l'agora primitive, de l'agora d'Homère, dans l'enceinte de laquelle se tenaient les assemblées politiques. C'est sur l'agora de Mycènes que Schliemann a découvert ces curieuses sépultures dont le mobilier funéraire a renouvelé d'une manière si imprévue l'histoire de l'art. C'était, semble-t-il, l'usage, à ces époques lointaines, d'ensevelir dans l'agora certains grands personnages ou certains héros. Pindare (Pythique V, vers 93) parle du tombeau de Battus, le fondateur de Cyrène, qui se dressait encore de son temps dans la partie la plus reculée de l'agora de cette ville. Pausanias (I, 43, 8) dit avoir vu sur l'agora de Mégare la sépulture de l'Argien Coroebus, dont il raconte la merveilleuse aventure, etc. 

Le plus souvent, l'agora contenait un grand nombre d'édifices et de monuments variés, temples, résidences officielles de certains magistrats, portiques, gymnases, statues de dieux et de héros, images de citoyens ou d'étrangers avant bien mérité de la cité, etc. La description que nous a laissée Pausanias (VIII, 30-31) de l'agora de Mégalopolis petit donner une idée de la magnificence avec laquelle les Grecs décoraient leurs agoras. Comme c'était là le centre où tout aboutissait, que c'était sur l'agora que se traitaient la plupart des affaires publiques et privées, que siégeaient les tribunaux, que se célébraient, au moins dans certaines villes, les principales fêtes, que se donnaient les jeux, il était naturel que ce lieu, le coeur de la cité, fût le plus orné et le plus riche en monuments de toute nature. 

L'agora d'Athènes était située au pied du rocher de l'Acropole, non loin de la Pnyx, lieu de réunion de l'assemblée du peuple. On y voyait de nombreux édifices, tels que le Portique royal, où siégeait l'archonte-roi, le Bouleutérion, où délibérait le conseil des Cinq-Cents (Boulé) le bâtiment circulaire appelé Tholos, dans lequel les prytanes offraient les sacrifices d'usage et prenaient leurs repas, le temple d'Apollon Patrôos, le Métrôon ou temple de la Mère des dieux, Cybèle, etc. La plupart des tribunaux athéniens étaient situés aux abords ou dans les environs immédiats de l'agora.

Il faut encore citer, parmi les monuments qui décoraient l'agora d'Athènes, un certain nombre d'autels et la statue des héros éponymes, c.-à-d. des héros patrons des dix, plus tard des douze tribus dont la réunion formait le peuple athénien : c'est sur les piédestaux de ces statues qu'étaient affichées certaines ordonnances, ainsi que la liste des citoyens qui, en temps de guerre, étaient appelés à prendre les armes. On remarquait encore sur l'agora les statues de ceux qui avaient rendu quelque éminent service aux Athéniens, les statues d'Harmodius et d'Aristogiton, les meurtriers du tyran Hipparque, la statue de Conon et celle de son fils Timothée, les statues de Démosthène et de Lycurgue, celle du roi de Chypre' Evagoras, plus tard celle de l'empereur Hadrien, etc. 

C'était au milieu de ces divers monuments qu'étaient groupés les marchands par catégories, ici les marchands de poisson, là les marchands de fromage, plus loin ceux qui vendaient du vin, des pots, etc. Ils étaient installés, les uns en plein air, d'autres sous des tentes; quelques-uns avaient de véritables magasins. Près de leurs étalages, se dressaient les tables des banquiers, fort nombreux à Athènes

C'est vers dix heures du matin que l'agora offrait l'aspect le plus animé. A ce moment, elle était pleine de monde Athéniens faisant eux-mêmes leur marché (ni les femmes, ni même les jeunes gens ne paraissaient, en général, sur l'agora), gens de la campagne venant vendre à la ville les produits de leur domaine, plaideurs assiégeant les portes des tribunaux pour capter la faveur des juges, riches citoyens escortés de leurs clients, hommes politiques, orateurs en renom accompagnés de leurs amis, telles étaient quelques-unes des figures qui se détachaient de la foule bigarrée et bruyante dont l'agora était alors encombrée. Vers midi, tout ce monde se dispersait, pourchassé, les jours d'assemblée, par les archers de la police, qui, mettant fin aux interminables bavardages de la place du marché, poussaient vers la Pnyx retardataires et indifférents. (Paul Girard).-

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Dictionnaire Architecture, arts plastiques et arts divers
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