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Suivant les traditions légendaires,
le royaume de Macédoine fut fondé,
dans l'Emathie, par l'Héraclide Caranus ,
vers l'an 799 av. J.-C. Et si l'on
se fie à Hérodote, qui puise lui
aussi dans les anciennes légendes, ce royaume remontait à
l'Héraclide Perdiccas Ier, issu
de la famille royale des Témènides d'Argos ,
qui avait fait la conquête de l'Emathie, vers l'an 729.
Thucydide
est du même avis, et la Grèce
reconnut cette origine par l'autorisation accordée au fils d'Amyntas
Ier, Alexandre
« le Philhellène», comme Pindare
l'appelle, de concourir aux jeux olympiques .
Quoi qu'il en soit, Hérodote
donne pour successeurs à Perdiccas Ier,
Argée Ier, Philippe Ier,
Éropos, Alcétas et Amyntas Ier,
dont on sait peu de chose. Ce n'est qu'à l'époque des guerres
Médiques
qu'un demi-jour se fait dans cette histoire. Le royaume, sans étendre
bien loin son action, était déjà considérablement
agrandi : le mont Bermios avait été franchi; les Piériens
chassés de la côte et rejetés à l'est sur le
Strymon; les Bottiéens, au sud, vers la Chalcidique ,
tout en conservant Pella.
La domination macédonienne avait
même passé l'Axios; les Édoniens étaient expulsés
d'une partie de la Mygdonie, Anthémous occupée à l'entrée
de la péninsule chalcidique, dans l'intérieur, les Éordéens
et le petit peuple inconnu des Almopes dépossédés;
de sorte que les rois de Macédoine tenaient, même au delà
de l'Axios, de fortes positions et paraissaient les suzerains des petits
princes qui régnaient sur les barbares voisins. Vers la mer, ils
possédaient la côte de la Piérie jusqu'aux bouches
de l'Haliacmon, où ils étaient arrêtés par les
Grecs,
qui, dès la 10e olympiade, avaient
couvert la péninsule chalcidique de leurs colonies et fondé
Méthone sur la côte même de la Piérie.
La
Macédoine tributaire de la Perse
Telle était la situation de la Macédoine
quand les Perses s'emparèrent
de la Thrace .
Amyntas
Ier, un
ami des Pisistratides, y régnait. Il suivit l'exemple des peuplades
voisines qui s'étaient soumises, et consentit à offrir aux
envoyés de Mégabaze, satrape de Thrace, la terre et l'eau.
Mais, dans un repas, ces ambassadeurs ayant oublié
le respect dû aux femmes de la cour
de Macédoine, Alexandre, fils du roi, irrité de cette injure,
les fit assassiner par des jeunes gens qu'il avait revêtus de l'habit
des femmes outragées. Quand le satrape envoya réclamer ses
ambassadeurs ou la punition des coupables, Alexandre gagna celui qui était
chargé de cette recherche, en lui donnant la main de sa soeur, et
le meurtre demeura impuni.
Alexandre I.
Cet Alexandre devint roi en 500.
Quand les Perses de Xerxès arrivèrent,
les Macédoniens furent entraînés par le torrent; mais,
quoique dans le camp des ennemis de la Grèce ,
Alexandre ne négligea aucune occasion de prouver qu'il agissait
contre son gré, et qu'il ne demandait qu'à servir ses frères
d'origine. C'est lui qui avertit les Grecs de quitter la Thessalie ,
lui que Mardonius envoya à Athènes
pour une négociation amiable, lui encore qui, la veille de la bataille
de Platées,
vint la nuit, à cheval, au camp des Grecs, et leur révéla
les desseins de l'ennemi. Il n'en avait pas moins la faveur de Mardonius,
qui lui donna la Thrace
jusqu'au mont Hémos. Après la ruine de l'expédition
médique, cette acquisition fut perdue par la révolte des
tribus indigènes. Mais peut être faut-il rapporter à
la protection des Perses la soumission
des Bryges, des Thraces de la Bisaltique, des habitants de Crestone, et
des villes de Therma et de Pydna .
De la dernière qui, bâtie sur la côte de la Piérie,
touchait à la mer, il fit sa résidence habituelle, afin de
regarder de plus près aux affaires de la Grèce. On comprend
quelle habileté fut nécessaire au roi de Macédoine
pour se tirer d'embarras en si périlleuse occurrence, et trouver
moyen, dans l'ébranlement universel, d'arrondir son royaume. Ses
successeurs, entourés comme lui d'ennemis, eurent à tenir
une conduite analogue. L'habileté politique, nécessité
de la royauté macédonienne, devint le caractère particulier
de ce gouvernement. Ce fut comme une école qui allait produire pour
dernier résultat Philippe,
le plus habile homme d'État de l'Antiquité grecque.
Perdiccas II.
La Macédoine avait grandi par l'amitié
des Perses; elle grandit aussi par
leurs défaites. A la faveur des victoires d'Athènes,
Alexandre ler, « l'hôte de
la République-», et Perdiccas
II accrurent leurs domaines : tout le pays, entre l'Axios et le Strymon,
devint macédonien. Mais Perdiccas avait un frère, Philippe,
qui possédait quelques districts de cette région, «
et les deux frères étaient ennemis ». Athènes
s'allia avec le plus faible, et pour avoir constamment l'oeil et la main
sur la Thrace
et la Macédoine, elle fonda Amphipolis
à l'embouchure du Strymon. De ce jour, Perdiccas fut un de ses adversaires
les plus actifs; il s'unit à Corinthe,
soutint Potidée rebelle, sollicita Sparte
d'envahir l'Attique
et prépara, dans la Chalcidique ,
une autre révolte contre Athènes. Dans Olynthe, enfin, que
sa position mettait à l'abri des flottes athéniennes, il
réunit la population de plusieurs petites villes de la côte
: c'était un boulevard qu'il croyait donner à la Macédoine.
Athènes
ne demeura pas en reste avec lui. A l'est de la Macédoine, se trouvaient
les Odryses sous le commandement du roi
Sitalcès, qui avait fait reconnaître son autorité aux
plus vaillantes peuplades de la Thrace. Il ne demandait qu'une occasion
de mettre le pied chez son voisin. Les Athéniens l'y poussèrent,
et il entra en Macédoine avec une nombreuse armée qui imposa
de dures conditions. Ces conditions,
Perdiccas
les viole; Sitalcès reparaît plein de colère, s'avance,
malgré les courageux efforts de Perdiccas et des petits princes
du Nord; jusqu'à l'Axios, ravageant tout sur sa route, et devient
si redoutable, qu'Athènes effrayée cesse de lui fournir des
provisions (429). Perdiccas saisit
le moment, il regagne le roi des Odryses qui se retire, peut-être
en livrant Philippe I à son frère.
Perdiccas s'était rapproché
un instant d'Athènes
pour être en état de repousser son formidable adversaire.
Le danger évanoui, il redevint son ennemi, excita contre elle les
villes de la Chalcidique ,
s'allia avec Sparte
et obtint qu'elle envoyât de ce côté Brasidas (424).
Il avait un autre projet; il voulait que le Spartiate l'aidât à
dompter les petits princes de la haute Macédoine, qui s'efforçaient
d'échapper à sa suprématie. Derdas, roi des Orestes,
avait, pour cette raison, pris récemment les armes; actuellement,
c'était Arrhibée, roi des Lyncestes. Brasidas refusa d'abord;
puis, quand il se fut emparé de toutes les villes chalcidiques et
d'Amphipolis ,
il consentit à joindre ses troupes à celles de Perdiccas.
Mais, en présence de l'ennemi, les mercenaires illyriens du roi
firent défection, les Macédoniens, effrayés, s'enfuirent,
et Brasidas, avec ses Grecs, opéra
une retraite difficile (423).
Cet événement altéra
la bonne amitié du roi et des Spartiates; d'ailleurs ceux-ci, à
leur tour, étaient devenus trop redoutables : Perdiccas traita avec
Athènes,
et obtint des Thessaliens qu'ils fermassent
le passage aux armées lacédémoniennes. Les choses
restèrent sur ce pied jusqu'à sa mort (418).
Sa règle de conduite avait été de ne point se lier
par de durables alliances, et de faire servir tour à tour à
sa puissance Athènes et Sparte,
Corinthe
et les Odryses : politique peu généreuse,
ne méritant pas, à qui la pratique, l'estime de l'histoire,
mais habile, hardie, et qui perd les États ou les conduit à
une grande fortune.
Alexandre Ier
avait commencé la série de ces princes macédoniens
qui sentirent le besoin d'helléniser leur peuple pour ajouter, aux
forces de la barbarie, l'éclat et les ressources de la civilisation.
Perdiccas
Il suivit son exemple; il ouvrit ses États aux Grecs
que la guerre chassait de chez eux et reçut dans sa demeure royale
le poète Mélanippide, même Hippocrate.
Ses successeurs continueront cette tactique intelligente : ce seront les
Macédoniens qui donneront à la Grèce ses derniers
défenseurs et qui écriront à Pydna
la dernière page de son histoire.
Archélaos
I.
Après Perdiccas II, l'expédition
de Sicile ,
les revers d'Athènes,
le déplacement du théâtre de la guerre, qui fut porté
sur les côtes de l'Asie ,
laissèrent respirer la Macédoine. Sparte
fit, en Chalcidique ,
succéder sa domination à celle d'Athènes : elle était
moins à craindre parce qu'elle avait moins de marine. D'ailleurs
le nouveau roi, Archélaüs Ier
(Archélaos I), appliquait ses soins à un autre objet
: il cherchait moins à s'agrandir qu'à fortifier la royauté,
qui n'était point encore sortie de ses traditions anciennes. Pour
arriver au trône, il avait égorgé un frère,
un oncle, un cousin, dont les droits étaient supérieurs aux
siens. Un tel homme, maître d'un pouvoir acheté si cher, ne
devait pas être disposé à l'abandonner aux grands.
Cette noblesse avait la fierté d'une aristocratie dorienne à
demi barbare. Archélaus soutint contre elle une lutte opiniâtre;
il réussit à la rendre plus docile et à saisir l'autorité
qui vient naturellement aux princes quand les peuples sentent d'instinct
que le pouvoir d'un seul leur est nécessaire.
«
Il fit, dit Thucydide, pour l'organisation
et la puissance de la Macédoine, plus que ses huit prédécesseurs
pris ensemble. »
Au lieu de mercenaires sans fidélité
et de levées tumultueuses sans expérience ni discipline,
il eut une armée régulière. Il fortifia des villes
pour arrêter les invasions et ouvrit des routes pour favoriser le
commerce et l'agriculture, peine que ne se donnaient pas les gouvernements
de ce temps-là. Trouvant Pydna
trop exposée aux attaques par mer, il se construisit une autre capitale,
Pella, située dans l'intérieur des terres et défendue
par des marais, tout en étant, par un fleuve voisin, le Ludias,
en communication avec le golfe Thermaïque. Au pied de l'Olympe, sur
la route qui menait à la vallée de Tempé, il fonda
Dion, où il appela la civilisation de la Grèce .
A Aegées, il institua des jeux en l'honneur de Zeus ,
comme les Grecs en célébraient
à Olympie.
Sa cour était magnifique : il y fit venir des artistes de la Grèce
: Zeuxis exécuta dans son palais des peintures
que le roi paya 7 talents. Il s'efforça vainement d'y attirer Sophocle,
dont le fier génie ne se plaisait que dans Athènes,
et Socrate, qui eût cessé d'être
lui-même s'il eût quitté l'Agora; mais il réussit
auprès d'Euripide, qui vint terminer
sa vie en Macédoine auprès de deux autres poètes,
Choerilos
et Agathon, alors célèbres, et
du musicien Timothée; Athénée
dit qu'il était en relation d'amitié avec Platon.
A ce pays enfin, demi-grec et demi-barbare, qui n'avait ni vie civile régulière,
ni commerce, ni industrie, ni art, ni littérature, Archélaüs
Ier donna
les éléments de toutes ces choses, s'efforçant de
faire regagner en peu de temps, à son peuple, l'avance que les Grecs
avaient prise sur lui. Le Pierre le Grand de
cette Russie
du monde grec périt assassiné en 399,
victime peut-être des ressentiments de la noblesse.
On pourrait pousser plus loin la comparaison
avec la Russie, en ajoutant que cette civilisation hâtive ne pénétra
pas dans la masse de la nation et ne fit que polir, peut-être corrompre,
la noblesse et la cour.
«
Lorsque mon père devint votre roi, dira un jour Alexandre aux Macédoniens
mutinés, vous étiez pauvres, errants, couverts de peaux de
bêtes et gardant les moutons sur les montagnes ou combattant misérablement
pour les défendre contre les Illyriens,
les Thraces et les Triballes. Il vous a donné
l'habit du soldat; il vous a fait descendre dans la plaine et vous a appris
à combattre les barbares à armes égales. »
Le roi civilisateur avait donc laissé
beaucoup à faire. Son règne d'ailleurs fut suivi de crimes,
d'usurpations, de meurtres et de guerres civiles qui remplirent quarante
années (399-359).
Oreste, Aéropos,
Pausanias et Amyntas II.
Oreste, fils d'Archélaüs
Ier, passe
quatre ans sous la tutelle d'Aéropos, qui le fait périr et
règne à sa place pendant deux années. Aéropos
laisse le trône à son fils Pausanias, qui, au bout d'un an,
est renversé par un descendant d'Alexandre Ier,
d'une autre ligne que celle qui avait régné jusque-là
(393), Cet Amyntas
II est bientôt chassé par Bardylys, chef de brigands,
devenu roi des Illyriens, qui donne le trône à Argée,
frère de Pausanias; mais il rentre avec le secours des gens de Thessalie
et d'Olynthe. Ceux-ci étaient alors menaçants pour la Macédoine.
Sparte
brise leur puissance et les force de rendre à Amyntas toutes les
places qu'il leur avait cédées dans un moment de détresse.
Ce prince vécut alors tranquille à Pella, allié à
la fois de Sparte et d'Athènes.
Ainsi l'ancienne royauté, qui, dans les pays grecs, ne s'était
conservée qu'à Sparte et en Épire ,
mais très déchue, était encore vivante en Macédoine.
«
Le roi est supérieur à tous, dit Aristote,
en richesse et en honneur. »
Cependant, il vivait habituellement au milieu
de troubles et de révolutions qui ne donnaient pas aux peuples plus
de tranquillité que les démagogues n'en assuraient aux cités
démocratiques.
Alexandre II,
Ptolémée l'usurpateur, Perdiccas III, Amythas IV.
Amyntas II laissa trois fils, Alexandre
II, Perdiccas et Philippe (369). Le
premier fut, après deux ans de règne, assassiné par
Ptolémée d'Aloros (Aloritès), qui appartenait à
la maison royale, mais par une naissance illégitime. On prétend
que la mère d'Alexandre, Eurydice, trempa
dans le meurtre, pour favoriser Ptolémée qu'elle aimait et
qui eut la tutelle du jeune Perdiccas III. Un prince du sang, Pausanias,
soutenu par un parti macédonien et par les Thraces, essaya de les
renverser tous deux. Iphicrate, vieil ami d'Amyntas, se trouvait alors
avec une armée près d'Amphipolis ,
qu'il voulait recouvrer pour Athènes.
Eurydice lui demanda une entrevue, et en lui présentant ses deux
jeunes fils, Perdiccas et Philippe, elle leur fit embrasser ses genoux
comme des suppliants. Iphicrate prit en main leur cause; il chassa Pausanias
de la Macédoine, et le jeune Perdiccas resta sous la tutelle de
Ptolémée et dans l'alliance d'Athènes. Thèbes
vit avec dépit cette influence et la renversa. Pour tenir le régent
en bride, Pélopidas emmena à Thèbes Philippe, le plus
jeune des fils d'Amyntas (368).
Dès que Perdiccas fut homme, il
vengea, dans le sang de Ptolémée, le meurtre de son frère
aîné, la honte de sa mère et les dangers que lui-même
avait courus (365). Il régna
cinq années encore et sembla marcher sur les traces d'Archélaus
: il entretint des relations d'amitié avec Platon
et profita de la détresse des Amphipolitains, serrés de près
par Athènes,
pour mettre garnison dans cette ville; mais, attaqué en 359
par les Illyriens, il périt en les combattant, ou tomba sous les
coups d'assassins soudoyés par sa mère Eurydice. Le frère
de Perdiccas III, Philippe, troisième
et dernier fils d'Amyntas II, était alors âgé de vingt-trois
ans. En 358 av. J.-C., il s'empara
du trône, au détriment de son neveu Amyntas IV
Philippe
à la conquête de la Grèce
Avant Philippe
II, la Macédoine était dans une situation désespérée
: elle payait tribut aux Illyriens, et l'intervention
hautaine de Thèbes ,
d'Athènes
dans ses affaires, y augmentait le chaos. Envoyé à Thèbes
en otage, Philippe fut élevé dans la maison d'Épaminondas,
et vit comment le génie d'un homme pouvait sauver une nation. Aussi
lorsqu'il eut le pouvoir, deux années lui suffirent pour délivrer
le royaume des barbares et lui-même de deux compétiteurs,
à l'aide de la phalange qu'il avait organisée d'après
une idée d'Epaminondas.
-
La
Macédoine au temps de Philippe II.
Prise d'Amphipolis,
occupation de la Thessalie.
La Macédoine délivrée,
il veut l'agrandir et lui donner l'empire de la Grèce .
Les colonies grecques
établies sur ses côtes l'empêchent de toucher à
la mer et d'avoir une marine ; il les prendra les unes après les
autres. D'abord il neutralise la puissante république d'Olynthe,
en lui donnant Potidée, dont il s'est emparé; puis il enlève
Amphipolis ,
qu'Athènes,
trompée par ses promesses, ne peut secourir, et il achève
la conquête du pays entre le Nestoa et le Strymon, où il trouve
des bois de construction pour sa marine et les mines d'or du mont Pangée,
qui lui fournissent un revenu de mille talents. Il pousse plus avant, pénètre
en Thrace
dont il soumet une partie, et songe déjà à mettre
la main sur Byzance ,
qui est sauvée par Athènes. Arrêté de ce côté,
il se tourne vers un autre; il se mêle aux affaires de la Thessalie,
où il renverse les tyrans de Phères, puis se fait le défenseur
de la religion contre les Phocidiens qui venaient d'être condamnés
par les Amphictyons pour avoir labouré un champ sacré, et
les écrase dans une grande bataille (352).
Les Thessaliens, dans leur reconnaissance,
ouvrent trois de leurs villes au vengeur des dieux; il y met garnison,
et de là tient toute la province. Il veut aller plus loin et s'emparer
des Thermopyles ;
les Athéniens, par leur vigilance, déconcertent une première
fois ce projet, comme ils avaient déconcerté la tentative
sur Byzance et une autre sur l'Eubée .
Seuls, en effet, les Athéniens veillaient
alors pour la Grèce ,
guidés par un grand citoyen, Démosthène,
qui employa sa nerveuse éloquence à dévoiler sans
relâche les desseins ambitieux du roi. Mais ses Philippiques,
ses Olynthiennes
ne purent déjouer la ruse appuyée de la force. Olynthe, que
Démosthène avait voulu sauver, tomba, et avec elle la barrière
qui gênait le plus la Macédoine (348).
Athènes,
menacée maintenant dans l'Eubée et jusque dans l'Attique ,
où des troupes macédoniennes vinrent renverser les trophées
de Marathon
et de Salamine ,
signa une paix conseillée par Démosthène lui-même,
et qu'il alla négocier avec le roi.
Seconde guerre
sacrée (346). Bataille de Chéronée (338).
Pendant qu'Athènes,
sur la foi de ce traité, s'abandonne aux fêtes, Philippe
franchit les Thermopyles ,
accable les Phocidiens, et se fait donner la voix qu'ils avaient dans le
conseil amphictyonique (346). Ce pas
était décisif; car, devenu membre du corps hellénique,
le roi pouvait faire parler le conseil amphictyonique selon ses intérêts
et s'en faire un instrument d'oppression. Toutefois, comme il savait attendre,
il s'arrêta presque aussitôt, pour éviter quelque désespoir
dangereux, et tourna ses armes vers le Danube, qu'il donna pour bornes
à son royaume, et en Thrace ,
où Phocion l'empêcha encore de saisir les colonies grecques
établies sur l'Hellespont. Pendant qu'il était si loin des
Thermopyles, ses agents travaillaient pour lui en Grèce
: Eschine lui faisait décerner la direction
d'une nouvelle guerre sacrée contre les Locriens. Pour la seconde
fois, la religion allait perdre ce peuple si peu religieux. Philippe, arrivé
dans la Grèce centrale, s'empara d'Elatée. Aussitôt
Démosthène
éclate; il réunit Athènes et Thèbes
pour un suprême effort : la liberté
grecque vint mourir à Chéronée
(338). Le vainqueur s'honora, par sa
modération, et, pour légitimer la domination qu'il venait
de saisir, il se fit nommer par les Amphictyons généralissime
des Grecs contre les Perses. Il allait
recommencer l'expédition d'Agésilas,
mais avec des ressources bien plus considérables.
La Macédoine, en effet, était
maintenant un puissant Etat, s'étendant des Thermopyles
au Danube, et des bords de l'Adriatique jusqu'à la mer Noire. Son
gouvernement intérieur ne redoutait plus ni les troubles, ni les
prétendants; l'aristocratie, cause
de tous les désordres antérieurs, avait été
gagnée par la gloire du monarque, par les honneurs et les commandements,
ou contenue par les otages qu'elle avait du livrer pour faire de tous les
jeunes nobles la garde du prince. Philippe
fut arrêté par la mort au milieu de ses grands projets. Un
noble, Pausanias, l'assassina, plutôt sans doute à l'instigation
des Perses qu'à celle de sa femme, l'impérieuse Olympias
(336). Il n'avait que quarante-sept
ans. Son fils, Alexandre III, lui succéda.
Alexandre
à l'assaut du monde
Soumission de
la Grèce à Alexandre (336-334).
De grands mouvements éclatèrent
dans la Grèce
et les pays conquis à la nouvelle que Philippe
avait laissé pour héritier un jeune homme de vingt ans; mais
Alexandre
soumet rapidement la Thrace et l'Illyrie, bat les barbares des deux rives
du Danube, et à la nouvelle du massacre de la garnison macédonienne
à Thèbes ,
il arrive en treize jours des bords de l'Ister à la Béotie .
«
Démosthène m'appelait enfant, dit-il, lorsque j'étais
en Illyrie, jeune homme lorsque j'arrivai en Thessalie; je veux lui montrer
au pied des murs d'Athènes que je suis un homme. »
Il prend Thèbes, tue six mille de ses
habitants, en vend trente mille, et les Grecs
épouvantés lui donnent, à Corinthe,
le titre déjà décerné à son père
de généralissime pour la guerre Persique.
Expédition
de Perse (834). Conquête du littoral asiatique et de l'Egypte.
Alexandre
franchit l'Hellespont
avec trente mille fantassins et quatre mille cinq cents cavaliers, défait
au Granique cent dix mille Perses,
puis se dirige le long des côtes, pour fermer aux agents de Darius
l'accès de la Grèce ,
et leur ôter les moyens d'y exciter des troubles. Darius veut l'arrêter
en Cilicie ,
à Issus ;
Alexandre le bat (333) et dédaignant
de le poursuivre, continue le plan qu'il s'est tracé, l'occupation
des cités maritimes. Il ne craint pas de s'arrêter sept mois
au siège de Tyr
et d'aller perdre une année encore en Egypte ,
où il sacrifie aux dieux du pays pour en gagner les habitants, fonde
Alexandrie,
et se fait donner par les prêtres d'Ammon
le titre de fils des dieux que portaient les anciens Pharaons
(332).
Conquête
de la Perse, mort de Darius, meurtre de Clitus (331-327).
Les provinces maritimes de l'empire étant
conquises, Alexandre traverse de nouveau
la Palestine, et la Syrie, franchit l'Euphrate
dont les Perses ne lui disputent point
le passage, le Tigre qu'ils ne défendent pas mieux, et atteint enfin
Darius
dans
la plaine d'Arbelles
où il le bat complètement (331).
Sûr maintenant qu'aucune armée
du roi de Perse
ne pourra tenir tête à ses Macédoniens, il laisse encore
une fois ce prince fuir vers ses provinces orientales, descend à
Babylone
où il sacrifie à Bélus dont
il relève le temple renversé par Xerxès,
et court occuper les autres capitales de Darius
: Suse
qui renfermait d'immenses richesses, Pasargade ,
le sanctuaire de l'empire, Persépolis
qu'il incendie pour annoncer à tout l'Orient qu'un nouveau conquérant
est venu s'asseoir sur le trône de Cyrus.
Il soumet au pas de course, par lui ou par ses généraux,
les montagnards du voisinage, entre dans Ecbatane
huit jours après que le roi en est parti, le poursuit encore et
allait l'atteindre quand trois satrapes, dont le malheureux prince était
le prisonnier, l'égorgent et ne laissent entre les mains du conquérant
qu'un cadavre. Bessus, un des meurtriers, essaye
d'établir en Bactriane
un centre de résistance; Alexandre
ne lui en donne pas le temps; il traverse rapidement l'Arie ,
l'Arachosie ,
la Bactriane, jusqu'à l'Oxus; Bessus, qui s'était retiré
derrière ce fleuve, lui est livré, et un conseil de Mèdes
et de Perses l'abandonne au frère
de Darius qui lui fait souffrir mille tourments.
Alexandre
passa l'hiver dans ces régions, où il fonda sur les bords
du Iaxartes, une nouvelle Alexandrie
qu'il peupla de Grecs mercenaires,
de barbares voisins et de soldats invalides. Un satrape, Spitamène,
complice de Bessus, avait repris les desseins de ce chef ambitieux; il
fut traqué comme une bête fauve et rejeté chez les
Massagètes, qui envoyèrent sa tête aux Macédoniens.
La prise du roc Sogdien, le mariage d'Alexandre avec Roxane, fille d'un
seigneur perse, et la fondation de plusieurs villes achevèrent la
soumission de la Sogdiane ,
où le conquérant laissa de grands, mais aussi de terribles
souvenirs : le supplice de Philotas et de son père Parménion,
à la suite d'une conspiration qu'ils n'avaient pas révélée,
le meurtre de Clitus dans une orgie (327),
et celui du philosophe Callisthène
pour un complot auquel il était etranger.
Alexandre au-delà
de l'Indus; retour à Babylone; sa mort (327-323).
L'empire perse
n'existait plus c'était maintenant l'empire macédonien. Alexandre
ne le trouva pas assez grand pour lui et voulut y joindre l'Inde .
Il rencontra sur les rives du Cophès (fleuve de Kaboul)
un roi indien, Taxile, qui invoqua son appui contre Porus, autre roi de
ce pays. Ses soldats abattirent toute une forêt pour construire une
flotte sur l'Indus, et Porus vaincu fut pris.
«
Comment veux-tu que je te traite? dit Alexandre au captif. - En roi »,
répondit Porus.
Il lui laissa ses Etats, les agrandit même
et le chargea de maintenir le pays dans son obéissance. Il voulait
passer encore l'Hyphase pour pénétrer dans la vallée
du Gange; son armée s'y refusa et il dut s'arrêter. Après
avoir marqué l'extrême limite de sa course victorieuse par
douze autels autour desquels il célébra des jeux, il revint
sur l'Indus qu'il descendit jusqu'à l'Océan ,
soumettant les peuplades riveraines, fondant des villes, des chantiers,
des ports, et explorant avec soin les embouchures du fleuve. Il retourna
à Babylone
par les déserts de la Gédrosie
et de la Carmanie ,
où nulle armée n'avait encore pénétré;
pendant ce temps Néarque, son amiral, longeait avec sa flotte le
littoral et revenait par le golfe Persique pour tracer au commerce la route
des Indes.
Malgré les recrues nombreuses que
lui avaient envoyées la Macédoine et la Grèce ,
Alexandre
n'aurait pu fonder tant de villes et maintenir ses sujets dans l'obéissance,
s'il n'avait usé envers les vaincus d'une sage politique, sacrifiant
à leurs dieux, respectant leurs coutumes, laissant entre les mains
des indigènes le gouvernement civil du pays et s'efforçant
d'unir les vaincus et les vainqueurs par des mariages, comme il en donna
lui-même l'exemple en épousant Barsine ou Statira, fille de
Darius.
Les forces militaires restaient seules entre les mains de ses Macédoniens;
et il comptait sur la bienfaisante influence du commerce pour créer
entre l'Orient et l'Occident, entre la Grèce et la Perse ,
des intérêts communs, qui feraient de tant de peuples divers
un seul et formidable empire. La mort qui le surprit à Babylone
à la suite de ses excès (21 avril 323)
arrêta ses grands desseins. Personne après lui n'eut assez
de force ou d'autorité pour les reprendre. Près de rendre
le dernier soupir, il avait remis son anneau a Perdiccas ; ses autres lieutenants
lui demandèrent à qui il laissait sa couronne :
«
Au plus digne, mais je crains qu'on ne me fasse de sanglantes funérailles.
»
II n'avait que trente-deux ans et il en avait
régné treize.
La
période hellenistique
Démembrement
de l'empire d'Alexandre; Ipsus (301).
Trois mois après la mort d'Alexandre,
sa femme Roxane donna le jour à Alexandre Aigos; il avait un fils
naturel, Hercule; un frère bâtard, l'imbécile Arrhidée;
deux soeurs, Cléopâtre et Thessalonice;
sa mère Olympias vivait encore. Arrhidée et Alexandre Aigos
furent, après de longs débats, proclamés rois tous
deux. On mit Antipater à la tête
des forces d'Europe; Cratère dirigea les affaires réservées
à Arrhidée; et Perdiccas devint une sorte de ministre suprême
de l'empire. Cette autorité divisée causa pendant vingt-deux
ans de continuelles convulsions qui coûtèrent la vie à
tous les membres de la famille royale et à la plupart des généraux.
L'empire se déchira dans le sens des anciennes nationalités
: Egypte ,
Syrie, Asie Mineure
et Macédoine, qui se reconstituèrent après la grande
bataille d'Ipsus ,
dernier effort fait par Antigone pour
rétablir l'unité (301).
( Le
Monde hellénistique).
Royaumes de Syrie
(301-64) et d'Egypte (301-30).
Un des vainqueurs d'Ipsus, Séleucus
Nicator, fonda la dynastie des Séleucides,
a qui il donna pour capitales Séleucie
et Antioche,
et pour empire tous les pays compris entre l'Indus et la mer Egée.
Son fils ne put empêcher les Gaulois de s'établir en Galatie ,
et Antiochus II, malgré son surnom
de Dieu, vit deux royaumes s'élever dans ses provinces orientales,
celui des Bactriens qui ne dura guère,
et celui des Parthes qui renouvela la monarchie
persique. Antiochus III le Grand (224-187)
osa s'attaquer aux Romains, qui le battirent
aux Thermopyles
(191), à Magnésie (190),
lui enlevèrent l'Asie en deçà du Taurus, et réduisirent
la Syrie elle-même en province romaine (64).
L'Egypte
eut des jours meilleurs, sous les premiers Lagides,qui portèrent
tous le nom de Ptolémée. Elle
fut alors un État puissant, le centre du commerce du monde, l'asile
des lettres et des sciences, qui eurent à Alexandrie
une magnifique bibliothèque; mais après les rois habiles,
arrivèrent rapidement les rois débauchés, cruels et
incapables, et à leur suite l'intervention étrangère.
Ainsi Ptolémée Soter (301)
augmenta son royaume de la Cyrénaïque ,
de Chypre ,
de la Coelé-Syrie
et de la Phénicie ;
Philadelphe (285) développa
la marine et soutint deux guerres heureuses, l'une contre son frère
Magas, gouverneur de Cyrène ,
l'autre contre le roi de Syrie, qui ne put entamer l'Egypte; Evergète
(247) pénétra en Asie
jusqu'à, la Bactriane et
en Afrique
dans l'intérieur de l'Ethiopie ,
tandis que ses lieutenants lui soumettaient les côtes de l'Arabie
Heureuse, pour assurer la route du commerce avec l'Inde .
Philopator (282) commença la
décadence Epiphane (205) l'accéléra
en se plaçant sous la tutelle des Romains,
qui ne cessèrent plus de se mêler aux affaires de l'Égypte
jusqu'aux jours de César et de Cléopâtre,
dangereuse sirène, à qui Antoine
sacrifia son honneur, sa fortune et sa vie. Octave
lui résista et la reine, menacée d'être traînée
à Rome
en triomphe ,
se fit piquer par un aspic. L'Égypte devint une province romaine
(30). Le royaume de Pergame
dans l'Asie Mineure ,
l'était depuis l'an 129 par
le testament de son dernier roi.
Royaume de Macédoine
(301-146); Cynocéphales et Pydna.
La Macédoine subsista moins longtemps,
mais tomba avec plus d'honneur, car ses deux derniers rois osèrent
soutenir la lutte contre Rome ,
qui était devenue, par son triomphe sur Carthage ,
la plus grande puissance militaire du monde. C'était la postérité
d'Antigone, le vaincu d'Ipsus ,
qui s'était assuré le trône de la Macédoine
et voulut y joindre, comme Philippe
et Alexandre, la domination de la Grèce .
Durant la seconde guerre punique, les Romains, par la conquête de
l'Illyrie, avaient pris pied sur le continent grec, Philippe de Macédoine
essaya de les jeter à la mer, et fit, avec Hannibal
(215), un traité qui devait
lui assurer la possession de la Grèce; mais une défaite sur
les bords de l'Aoüs le força à regagner précipitamment
son royaume, et le Sénat, profitant des inimitiés que son
ambition avait soulevées, se déclara le protecteur des peuples
menacés par lui. Il eut l'imprudence de provoquer Rome, débarrassée
d'Hannibal; la réponse fut prompte et terrible : les légions
écrasèrent à Cynocéphales
la phalange qui avait conquis la Grèce et l'Asie (197).
Son fils, Persée, ne fut pas plus heureux à Pydna
(168), et en 146
la Macédoine fut effacée de la liste des nations : le royaume
d'Alexandre n'était plus qu'une province romaine. (V.
Duruy). |
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