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La
soumission des colonies grecques
Le retour offensif
de ceux que les Hellènes appelaient dédaigneusement les Barbares
se produisit presque simultanément en Orient et en Occident. Une
bonne partie de leurs villes périrent alors ou subirent le joug
de l'étranger.
En Asie mineure.
En Asie Mineure,
les rois de Lydie avaient, dès le début du VIe
siècle, entrepris la conquête
des cités grecques de la côte. La vaillante résistance
de Milet ,
d'Ephèse
et de Smyrne ne fut brisée que par le dernier d'entre eux, Crésus
(560-548).
Il leur imposa son protectorat, mais se présenta en dominateur sympathique;
c'était presque un Grec. Son empire fut renversé par Cyrus,
fondateur de celui des Perses .
Ceux-ci étaient des maîtres plus durs. Une tentative des Ioniens
pour s'affranchir fut réprimée par Harpage (546).
Les citoyens de Phocée
se retirèrent à Élée ,
puis à Marseille; ceux de Téos
à Abdère
(Thrace) et dans le Bosphore cimmérien
(Crimée). Le reste des Éoliens et des Ioniens fut incorporé
à l'État perse, auquel ils payèrent tribut et durent
fournir des contingents militaires; ils purent conserver leurs coutumes,
leur religion, leur langue. La Doride
asiatique fut subjuguée à son tour. Les îles de Chios
et de Lesbos
s'étaient soumises. Samos
resta libre vingt ans, mais l'insolent bonheur de Polycrate prit son terme.
Il fut victime des Perses qui, peu après, saccagèrent l'île
(522).
La Grèce asiatique forma la province de louna ou Ionie .
Dans chaque cité un tyran fut préposé au gouvernement;
créature du grand roi, il lui était dévoué
par intérêt. Lors de l'expédition de Darius
contre les Scythes, la flotte ionienne rendit les plus grands services.
Le commerce des Ioniens, comme celui des Phéniciens, gagnait d'ailleurs
à cette domination pacifique. Les Perses passant en Europe conquirent
la Thrace, y compris les cités grecques de la côte, et firent
reconnaître leur suzeraineté à la Macédoine.
En Afrique, ils avaient, après la conquête de l'Égypte ,
établi leur autorité sur la Cyrénaïque
et ruiné Barca .
En Italie.
Tandis qu'à
l'Orient, les Perses
conquéraient les côtes de la mer Égée, les villes
de la Grande-Grèce et de la Sicile ( L'Italie
antique ),
affaiblies par leurs rivalités, étaient menacées de
ruine. Une lutte engagée entre Crotone
et Sybaris
se termina par la destruction totale de Sybaris (510).
Des guerres civiles sanglantes furent provoquées par le conflit
des aristocrates et des démocrates que soutenait la secte philosophique
des pythagoriciens. Des montagnes de l'Italie
centrale descendirent des tribus belliqueuses des Sabelliens, qui refoulèrent
les Grecs le long du rivage et occupèrent en particulier l'ancien
domaine de Sybaris. En même temps, les Étrusques envahissaient
la Campanie et mettaient à deux doigts de leur perte les colonies
grecques du golfe de Naples .
Ils étaient alliés aux Carthaginois qui menaçaient
la Sicile. Les villes de Sicile étaient tombées sous la domination
de tyrans généralement favorables au parti populaire, mais
presque toujours appuyés par une garde de mercenaires. Les plus
puissants de ces tyrans furent ceux d'Agrigente ,
Phalaris (565-534),
et Théron (488-472)
et ceux de Syracuse ,
en première ligne Gélon, plus tard Hiéron et les deux
Denys. La partie occidentale de l'île, avec Panorme (Palerme), était
toujours demeurée aux mains des Phéniciens. Vers la fin du
VIe
siècle, les Carthaginois résolurent
d'y prendre un point d'appui pour reconquérir l'île entière.
A travers bien des vicissitudes, ils poursuivirent cette entreprise pendant
plus de deux cents ans et auraient réussi sans l'intervention finale
de Rome. Leur première grande expédition fut détruite
par Gélon. Mais les grands États militaires d'Agrigente et
de Syracuse, les cités ioniennes et achéennes où se
maintenait la forme républicaine sous des constitutions timocratiques,
avaient trop à faire de se défendre contre les Samnites et
Lucaniens,
les Étrusques et les Carthaginois,
pour être d'aucun secours à leurs compatriotes. Leur histoire
se déroule séparément.
Les
guerres médiques
L'insurrection des
Grecs d'Asie provoqua le choc décisif entre les Grecs et les Barbares.
Elle fut fomentée par des tyrans déçus dans leurs
ambitions, Histiée et Aristagoras,
de Milet ,
au moment où le roi de Perse (Iran ).
Darius
était très favorable aux Hellènes (500).
La prise d'armes fut générale, mais les Grecs d'Asie ne surent
pas s'organiser. Leurs frères d'Europe les soutinrent à peine.
Sparte
refusa tout concours; Athènes
et Erétrie envoyèrent quelques vaisseaux, et leurs soldats
prirent part à l'incendie de Sardes, capitale de la Lydie (499).
Divisés, les insurgés furent successivement écrasés;
la flotte ionienne fut vaincue à Ladé; Milet, pris d'assaut
et rasé (495);
la plupart des villes livrées aux flammes, les îles conquises.
Darius résolut de compléter la répression par la ruine
d'Athènes et d'Erétrie et la conquête de la Grèce
d'Europe. Il envoya demander « la terre et l'eau », symboles
de la soumission : Athènes et Sparte tuèrent les ambassadeurs
perses. Tandis que les Grecs d'Asie avaient subi le joug des Perses et
que ceux d'Italie luttaient péniblement contre les Étrusques
et les Carthaginois, ceux de l'Hellade proprement dite, dont la fortune
avait été moins rapide, allaient repousser victorieusement
l'attaque des Barbares et prendre, sous l'influence d'Athènes, un
essor incomparable.
L'union d'Athènes
et de Sparte contre les Perses.
Il revient à
Athènes
et à Sparte
d'avoir sauvé l'indépendance hellénique. La plupart
des îles, même Égine, avaient fait acte de soumission;
l'oracle
de Delphes
ne fit rien pour unir les Grecs dans la défense nationale. On ne
croyait pas au succès de la résistance. Le grand duel, qu'on
désigne sous le nom de guerres médiques, commença
en 493.
Deux courants divisaient la cour de Perse
: les uns tenaient pour l'extermination, les autres pour l'annexion par
la douceur. Le philhellène Mardonius commandait la première
expédition. Son armée de terre fut décimée
en Thrace, sa flotte brisée le long du mont Athos .
Une seconde expédition mit à la voile, amenant des ports
de Cilicie
600 voiles et 110 000 hommes sous Datis et Artapherne.
Elle saccagea Naxos ,
puis Érétrie. Mais quand elle débarqua à Marathon ,
les Athéniens, débarrassés de la rivalité d'Égine
par les Spartiates et commandés par Miltiade, lui infligèrent
une éclatante défaite en bataille rangée (490).
Un coup de main projeté sur Athènes n'eut pas plus de succès.
A l'instigation de Thémistocle, les
Athéniens créent le port du Pirée et une marine formidable.
Le péril était
grand. Une partie des Grecs inclinaient du côté des Perses ,
par haine contre Athènes
(Thèbes ,
Egine), ou contre Sparte
(Argos );
les aristocrates craignaient l'élan d'une levée en masse
contre l'ennemi national ils souhaitaient une entente avec le grand
roi : c'était la politique des Aleuades
de Thessalie
et des prêtres de Delphes .
Le grand roi, décidé à réparer l'affront fait
à ses armes, préparait une expédition formidable.
Darius
mourut pendant les préparatifs (485).
La révolte de l'Égypte
retarda l'invasion, qui n'eut lieu qu'en 480
et fut dirigée par Xerxès roi de
Perse, en personne. Les Athéniens avaient mis à profit ce
délai pour construire la flotte de guerre qui sauva les Grecs. Après
quatre années de préparatifs, Xerxès mit en marche;
il avait fait creuser un canal à travers le mont Athos
et établir un pont de bateaux sur l'Hellespont. Il conduisait les
contingents de 56 nations, plus d'un million d'hommes. Cette marée
submergea la Thrace, la Macédoine, la Thessalie. La résistance
commença aux Thermopyles ,
où le roi de Sparte, Léonidas,
se fit tuer bravement. La flotte asiatique avait longé la côte,
franchi l'Athos
et livré une première bataille aux vaisseaux grecs au Nord
de l'île d'Eubée ,
près du cap Artémision. Les 271 trières grecques commandées
par le roi de Sparte Eurybiade, assisté de Thémistocle,
eurent le dessus, mais, craignant d'être tournées et voyant
la Grèce centrale perdue, elles se retirèrent dans le golfe
Saronique. On ne songeait plus qu'à défendre l'isthme de
Corinthe ;
Thèbes, la Phocide, tous les pays voisins s'étaient soumis;
Athènes fut livrée aux flammes; ses citoyens étaient
réfugiés à Trézène ou sur la flotte
ancrée dans la rade de Salamine .
C'est là que l'habile Thémistocle sut faire livrer la bataille
décisive, malgré l'égoïsme des Péloponnésiens
qui voulaient reculer encore. Les Grecs furent complètement vainqueurs.
Xerxès, consterné de la perte de sa flotte, se replia en
Asie, laissant en Grèce son lieutenant Mardonius avec 300 000 hommes
pour achever la conquête ( Les
Perses ,
d'Eschyle)). L'année suivante (479),
110 000 Grecs marchèrent contre lui sous les ordres du roi de Sparte,
Pausanias;
l'armée de Mardonius fut exterminée en Béotie ,
à la bataille de Platées .
Le même jour, les débris de la flotte du grand roi étaient
détruits à Mycale, sur les côtes d'Ionie. Les garnisons
perses furent chassées de toutes les côtes de la mer Égée,
de celles de l'Europe d'abord, puis de l'Asie Mineure ;
les Hellènes d'Asie furent délivrés de la domination
des Perses.
Épilogue.
Les Grecs victorieux
avaient renouvelé leur confédération et fixé
le montant des contingents respectifs. La présidence était
reconnue à Sparte .
Elle lui appartenait sur mer comme sur terre. Les Athéniens,
qui avaient frappé les principaux coups, prirent bientôt la
direction officielle de la guerre contre les Perses .
L'ambition maladroite du roi de Sparte Pausanias indisposa contre lui tous
les alliés, surtout les cités maritimes, en général
ioniennes, qui fournissaient les vaisseaux pour continuer la guerre. Les
alliés offrirent le commandement à Athènes : Aristide,
dont tous admiraient l'équité, organisa une confédération
maritime dont Athènes eut la direction et qui se chargea de protéger
les Grecs d'Asie. Un trésor fédéral, alimenté
par des contributions, qui se montait à 460 talents, fut déposé
dans l'île de Délos ;
il servait à payer l'entretien de la flotte fédérale.
D'autre part Thémistocle avait fait
relever les murs d'Athènes et achevé le magnifique port du
Pirée, qui, plus tard, fut relié à la ville par une
enceinte continue appelée les Longs-Murs.
Thémistocle,
en dépit des services rendus, devint bientôt suspect et fut
exilé d'Athènes .
Il finit presque aussi misérablement que Pausanias. La guerre contre
les Perses fut poursuivie par Cimon,
fils de Miltiade. il y remporta d'éclatants succès, dont
le plus célèbre est sa double victoire navale et terrestre
de l'Eurymédon, sur les côtes sud de l'Asie Mineure (466).
Les Athéniens favorisèrent aussi la révolte de l'Égypte ,
qu'ils faillirent enlever aux Perses. Peu de temps après la mort
de Cimon, un arrangement mit fin aux guerres médiques. Les Perses
reconnurent l'indépendance des Grecs d'Asie et s'engagèrent
à ne pas envoyer de vaisseaux de guerre dans la mer Égée,
depuis le Bosphore
jusqu'à la ville de Phasélis, sur la côte méridionale
de l'Asie Mineure, ni de troupes à moins de trois journées
de marche de la côte. Les guerres médiques se terminaient
par le triomphe complet des Grecs. (A.-M. Berthelot). |