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Triptolème

Triptolème (personnage de la mythologie grecque). - Célèbre protégé de Déméter. Les Grecs le regardaient comme l'inventeur de la charrue, comme le propagateur des sciences agricoles et de la civilisation qui en découle, et lui attribuaient une grande part dans l'institution du culte d'Eleusis. Aussi ne doit-on pas s'étonner de la complexité et de la confusion des légendes qui regardent ce personnage mythologique. Chaque pays se disputant l'honneur d'avoir, le premier, mis en honneur l'agriculture, s'efforçait d'appuyer ses prétentions par des récits merveilleux, comme on le voit à propos de la disparition de Perséphone

Le mythe de Triptolème, lié étroitement à celui de cette déesse, devait, ainsi que lui subir des déplacements nombreux, qui paraissent cependant n'avoir pas dépassé l'Hellade, et principalement l'Attique, le pays le plus fertile de l'ancienne Grèce.
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Triptolème.
Le départ de Triptolème
Peinture d'un vase découvert à Capoue. British Museum.

Hors d'état d'apprécier suffisamment l'ancienneté respec tive des traditions relatives à la naissance de Triptolème, éparses dans Pausanias et dans les autres auteurs, nous devrons nous contenter d'une approximation fondée non pas sur un rigoureux ordre chronologique, mais sur une filiation d'idées qui paraît évidente. Pour cela, nous diviserons cas traditions en deux ordres :  les unes, entièrement insolites, telles que celles qui font de Triptolème un fils de l'Océan et de la Terre (Gaïa), ou de Trochlius et d'une Éleusinienne, ou de Rharus et d'une fille d'Amphictyon, ne paraissent ici que pour mention, sans que nous cherchions à en apprécier la valeur. Les autres, souvent en désaccord, il est vrai, mais se rattachant les unes aux autres par une relation d'idées naturelle, vont être exposées en ordre, suivant le mode que nous avons énoncé.

En général, selon la mythologie gréco-romaine, syncrétisée comme elle l'est dans nos mythologies. Triptolème est fils de Célée et de Métanire, et Déméter / Cérès l'élève. Mais l'une des plus anciennes traditions, conservée dans l'Hymne homérique adressé à cette déesse, relate une opinion toute contraire. D'après cette remarquable composition Triptolème était, lorsque Déméter se rendit à Eleusis, un des premiers personnages de cette ville, et connu par sa sagesse. Il n'était nullement allié par le sang au roi Célée; du moins l'auteur de l'hymne n'en dit rien. Même silence sur son éducation par

Déméter, qui, dans cette composition, est transportée au jeune Démophoôn, fils de Celée et de Métanire. La déesse fit croître cet enfant avec une beauté égale à celle des dieux, en le frottant d'ambroisie et en l'animant de son souffle. Elle ne souffrait qu'il mangeât ni pain ni lait. La nuit, à l'insu de ses parents, elle le couchait, comme un tison, dans un ardent foyer. Pindare rapporte la même chose de Thétis élevent son fils Achille. Déméter voulait affranchir Démophoôn de la vieillesse et de la mort. Mais, détournée de ses projets par l'imprudence de la mère, qui osa l'épier une nuit, elle ne put procurer l'immortalité à son fils adoptif, et se contenta de lui promettre une grande félicité. 

Ensuite, lorsque Rhéa eut su l'apaiser par ses prières "la déesse enseigna aux rois chefs de la justice, à Triptolème, à Dioclès, écuyer habile, au courageux Eumolpe, à Celée, pasteur des peuples, le ministère sacré de ses autels; elle confia à Triptolème, à Polyxène, à Dioclès les mystères sacrés qu'il n'est permis ni de pénétrer ni de révéler."
Ainsi, suivant l'hymne homérique, Déméter n'eut aucune part à l'éducation de Triptolème, qui etait déjà vieux lorsque la déesse visita Eleusis. Une tradition, rapportée par Pausanias, reproduit ces données, en changeant le nom des personnages, et en ne mentionnant même pas celui du prétendu fils de Célée : Déméter se rend à Égialée sous les vêtements d'une étrangère et demande l'hospitalité à Plemnaeus, dont tous les enfants mouraient en naissant : en récompense de son bon accueil, elle lui élève un fils, Orthopolis. 

Postérieurement à l'hymne homérique, diverses généalogies données à Triptolème (dans Pausanias) semblent dénoter une tendance, qui se manifeste souvent à relier de plus en plus entre eux les personnages du mythe : ainsi, Triptolème est fils de Dysaulès, frère de Celée, et a pour frère Eubuleus : ou bien il est parent de Celée, dont la fille Saesara a épousé son fils Crocon. On le donne encore comme le jeune frère de Célée. Ces diverses traditions sont évidemment peu anciennes; elles semblent un commentaire, comme on en faisait dans les âges postérieurs sur un nom perdu dans un antique poème : cette hypothèse prend, encore du poids en face des détails minutieux de parenté, dont l'hymne homérique ne dit pas un mot.

Dans Apollodore, la tradition flottante s'affermit tout à coup. Triptolème est fils aîné de Celée et de Métanire (Polymnie, Cothonée, Cyntinée, Hyone, ou Néère). Il a un frère, Démophoôn, qui est brûlé par Déméter, au moment où elle est interrompue dans son opération mystérieuse, Pour consoler la famille, la déesse donne à Triptolème un char attelé de dragons ailés, et la semence du blé. 

Hygin nous fournira le dernier trait de ce travail successif du mythe dans lequel nous avons vu peu à peu Triptolème et Celée, primitivement étrangers l'un à l'autre, se rapprocher d'abord par des liens peu étroits. puis par une parenté de fils à père. Dans Hygin, c'est enfin Triptolème lui-même qui, fils du roi Eleusis, est élevé par la déesse. Son père surprend celle-ci, au moment où elle faisait passer l'enfant par le feu; elle le tue, et fait présent au jeune Eleusinien d'un char tiré par des dragons et de la semence du blé. 

Quant au rôle de Triptolème en tant qu'initiant à la civilisation par les arts agricoles, on s'accorde, à le faire partir d'Eleusis pour répandre ses connaissances sur toute ta terre. Nous avons vu que, suivant l'hymne homérique, il reçut de Déméter un caractère religieux, et que plus tard ce caractère s'étendit par l'introduction d'éléments nouveaux. Triptolème servant en quelque sorte de médiateur entre la déesse et leshumains, qu'elle veut combler des biens naturels. Le clos de Rharion , près d'Éleusis, était le lieu où la main du fils de Celée s'était ouverte pour la première fois, et avait laissé tomber des grains d'orge. En conséquence, les Eleusiniens, dans les sacrifices, ne se servaient que de gâteaux faits avec les grains du Rharion. 
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Triptomème, Déméter et Perséphone.
Divinités éleusiniennes :  Triptolème entre Déméter
et Coré. Bas-relief du Ve s. Musée national d'Athènes.

Diverses traditions nous montrent Triptolème voyageant dans plusieurs provinces grecques, et, suivant les auteurs romains, par toute la terre. En Arcadie, il enseigna à Arcas à préparer le pain et à employer la laine des troupeaux. L'Arcadie lui dut l'agriculture et les premières notions de la construction des villes. Aidé d'Eumélus, Triptolème fonda d'abord en ce pays la ville d'Aroé (ville des champs). S'étant un jour endormi auprès d'Anthias, fils d'Eumélus, il vit avec surprise, en se réveillant, que ce jeune homme était mort : les dieux l'avaient fait tomber du char magique sur lequel il était monté, pour avoir voulu semer comme le fils de Célée, qui fonda ensuite Anthélas et Mésallis. Cordys, fils de Triptolème, fonda aussi la ville de Gordes en Phrygie.

Ovide fait aller Triptomème en Scythie, auprès du roi Lyncus, qui essaya de le tuer pendant son sommeil et fut changé en lynx par Déméter. Carnabon, roi des Gètes en Mysie, essaya de même de lui nuire, lorsque , monté sur un char traîné par des dragons, il lut apporta les arts agricoles. Mais Il ne put tuer, qu'un des dragons. 

Dans Hygin,Triptolème parcourt toute la terre en y répandant la connaissance de l'agriculture; puis, ce voyage fini, il revient à Eleusis, où le roi Célée veut le faire périr. La déesse protègea son favori, et força Celée à lui céder la souveraineté, Après avoir donné au pays le nom de son père Éleusis, il institua les Thesmophories, Les Grecs lui durent la charrue et le charriot. 

Triptolème avait un temple et une statue à Athènes, ainsi qu'à Éleusis. Dans le Rharion, on montrait une aire dite aire de Triptolème. Auprès s'élevait un autel en son honneur.

L'art le représentait tantôt le pied sur un dragon et menant une charrue attelée de deux boeufs. tantôt debout sur son char magique, ou à côté de Déméter. Ses attributs sont le pétase, des épis et un sceptre. On le trouve souvent figuré sur des vases et sur des médailles de l'Empire. 

Le Bonus Éventus des Romains paraît n'être qu'une refonte du Triptolème grec, auquel il ressemble beaucoup et dans son essence et dans sa forme extérieure; ce dieu aurait été importé de la basse Italie à Rome, avec les cultes de Bacchus (parce que des auteurs rapportent qu'il accompagna Dionysos en Inde) et de Cérès (Déméter). (E. Jacobi, Th. Bernard).

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Dictionnaire Religions, mythes, symboles
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