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Sparte ou
Lacédémone.
- Ancienne ville de Grèce ,
dans le Péloponnèse ,
sur l'Eurotas, au pied du mont Taygète, capitale de la Laconie et
d'un État célèbre dans l'histoire de la Grèce,
comme centre des traditions de la population d'origine dorienne et comme
rival d'Athènes .
Cette ville ne fut entourée de murs qu'à l'époque
de sa décadence. Elle se composait de cinq quartiers séparés,
occupés chacun par une des cinq tribus des Spartiates. Elle était
dominée par une acropole, où
s'élevait un temple d'Athéna
Chalciaecos, ainsi appelée parce que ce temple était revêtu
d'airain. Sparte avait peu de monuments : les principaux étaient
le Portique, érigé en mémoire de la défaite
des Perses ;
le temple de Lycurgue, le théâtre, et les Leschés,
lieux d'assemblées pour traiter des affaires publiques. L'île
du Plataniste était un terrain d'exercices pour la jeunesse, ombragé
par des platanes, et situé sur les bords de l'Eurotas.
La légende attribue la fondation
de Sparte à Sparton, fils de Phoronée, roi d'Argos .
Ses principaux successeurs, toujours selon la tradition, furent Lélex,
dont les Léléges tiraient leur nom; Eurotas et Lacédémon,
qui bâtit, à côté de Sparte, la ville de Lacédémone.
Ces deux villes se confondirent plus tard; mais Homère,
dans l'énumération de l'armée des Grecs
partant pour la guerre de Troie ,
les mentionne séparément l'une et l'autre. Les Achéens
s'établirent dans la Laconie et à Sparte, lorsque les Hellènes
substituèrent leur domination dans la Grèce à celle
des populations déjà présentes, et la dynastie des
Pélopides monta sur le trône de Sparte avec Ménélas ,
gendre et successeur de Tyndare .
Oreste ,
neveu de Ménélas, dit encore la légende, épousa
sa fille Hermione ,
et réunit le royaume de Sparte à celui de Mycènes.
Tisamène, son fils, succomba avec les Pélopides lorsque le
Péloponnèse
fut envahi par les Doriens, sous la conduite des Héraclides, en
1190 av. J. C. Conquise par les Doriens, qui prirent le nom de Spartiates;
tandis que les anciens habitants du pays conservèrent celui de Lacédémoniens,
Sparte devint la métropole de la population dorienne. Aristodème ,
chef des Héraclides qui fondèrent le royaume dorien de Sparte,
en légua le trône, vers l'an 1178, à ses deux fils
jumeaux, Proclès et Eurysthène, qui l'occupèrent simultanément,
et dont les successeurs formèrent deux dynasties, dites des Proclides
et des Eurysthénides, qui, en dépit de leurs débuts
noyés dans les brumes de la mythologie, sont, elles, proprement
historiques, et qui continuèrent à régner conjointement
et sans partage jusqu'en 239. Les deux rois de la république aristocratique
de Sparte s'appelaient Archagètes.
La plupart des villes de la Laconie tentèrent
vainement de résister aux Doriens, et leurs habitants, réduits
en servitude, furent appelés Hilotes, du nom de Hélos, l'une
des plus importantes de ces villes. Sous les sept premiers rois des deux
familles, issues des fils d'Aristodème
: Proclès, Soüs, Eurypon, Prytanis, Eunome, Polydecte et Charilaüs,
dans celle des Proclides; Eurysthène, Agis, Echestrate, Labotas,
Dorysse, Agésilas et Archelaus, dans celle des Eurysthénides,
l'autorité royale s'affaiblit dans des troubles intérieurs
et dans des guerres extérieures continuelles. Lycurgue, tuteur du
jeune roi Charilaüs, son neveu, fut le réformateur et le législateur
de la Cité. La constitution qu'il lui donna, vers l'an 884, était
puisée dans les traditions doriennes. Monarchique, aristocratique,
elle confirma l'existence de la royauté héréditaire
et simultanée dans les deux familles des Proclides et des Eurysthénides.
«
Sparte n'était pas de ces États, dit Thucydide,
où la multitude commande au petit nombre, mais de ceux où
le petit nombre commande à la multitude. »
Les rois étaient grands prêtres
de Zeus ;
ils administraient l'État et commandaient les armées. Ils
présidaient le sénat, appelé Gérousie,
c'est-à-dire Assemblée de vieillards ou Conseil des anciens,
et composé de 28 membres, élus par le peuple, et âgés
au moins de 60 ans. L'assemblée du peuple, où siégeaient
tous les Spartiates âgés de 30 ans, adoptait ou rejetait les
lois proposées par le sénat. Elle élisait les cinq
éphores, chargés, d'abord de la police de la ville, mais
dont l'autorité s'étendit plus tard jusque sur les rois.
La législation de Lycurgue eut principalement pour but une forte
organisation de l'armée. Elle tendait à maintenir la frugalité
dans les repas, pris en public, et l'égalité entre les citoyens
et entre les fortunes, à étouffer toute ambition personnelle,
à inspirer un amour fanatique
de la patrie, une obéissance aveugle au despotisme de l'État,
et une bravoure à toute épreuve dans la guerre. Elle proscrivait
le commerce et l'usage des monnaies d'or et d'argent. Elle constituait
une société fondée dans une proportion encore plus
considérable que dans le reste de la Grèce ,
au témoignage de Thucydide, sur l'esclavage
de la majorité de la population, et où 30 000 Spartiates,
qui jouissaient seuls de tous les droits politiques et civils, opprimaient
150 000 Lacédémoniens exclus de ces droits. Quant aux esclaves,
ils étaient, dit Plutarque, plus esclaves
que partout ailleurs. Elle soumettait la nation entière à
la discipline d'une caserne, et toute la jeunesse à une éducation
publique commune et, uniforme. Elle sacrifiait la pudeur même des
femmes et les liens de la famille à cette tyrannie, imposée
au nom de l'État, qui fit la force de Sparte.
Les lettres et les arts furent peu cultivés
chez ce peuple exclusivement guerrier, qui avait la rhétorique en
horreur, et qui ne connaissait que cette brièveté de paroles
appelée laconisme, c. à d, langage de la Laconie.
Platon
et Aristote font observer qu'à Sparte,
toute l'éducation et la plus grande partie des lois n'avaient d'autre
but que la guerre. L'esprit belliqueux inspiré aux Spartiates par
les lois de Lycurgue fut la principale cause des guerres qu'ils firent
aux Messéniens, de 743 à 723, et de 684 à 671, et
qui se terminèrent par la conquête de la Messénie et
l'incorporation de ses habitants parmi les Hilotes. Sparte, par la soumission
de l'Arcadie ,
par la prise de Tégée ,
en 546, et par ses victoires sur les Argiens ,
acquit une prépondérance qui la plaça à la
tête de la ligue du Péloponnèse .
La puissance d'Athènes
contre-balançait seule, dans toute la Grèce ,
celle de Sparte .
Cléomène, roi de Sparte intervint dans la lutte des partis
qui divisaient les Athéniens. Il régnait lorsque le secours
prêté par Athènes aux colonies grecques
de l'Asie Mineure révoltées contre Darius,
roi de Perse ,
détermina ce prince à diriger une expédition coutre
la Grèce. Les hérauts que le roi de Perse y envoya furent
mis à mort à Sparte comme à Athènes, en 494.
Sparte ne prit aucune part active à la première guerre médique .
Mais, dans la seconde guerre contre les Perses, Léonidas,
l'un de ses deux rois, s'immortalisa en mourant pour la défense
des Thermopyles
(480). Les Spartiates eurent aussi, en 479, une part glorieuse, sous Pausanias,
tuteur du jeune roi Plistarque, et sous le roi Léotychide, aux victoires
de Platée et de Mycale.
Un tremblement de terre détruisit
la ville de Sparte en 469, et les Hilotes profitèrent de ce désastre
pour se révolter. Unis aux Messéniens, ils firent à
leurs oppresseurs une guerre qui obligea ces maîtres cruels à
implorer le secours des Athéniens .
Mais à peine ce secours était-il arrivé, qu'il fut
renvoyé. Sparte termina à son avantage, en 460, la guerre
contre les Hilotes et les Messéniens; mais l'affront fait à
Athènes fut une nouvelle cause de discorde ajoutée à
la jalousie réciproque des deux États. Une trêve, conclue
pour 50 ans entre Sparte et Athènes, en 445, ne put empêcher
la guerre connue sous le nom de Guerre du Péloponnèse
d'éclater entre ces deux puissances rivales, qui représentaient
deux nationalités opposées, la nationalité dorienne
et aristocratique, dont Sparte était la capitale, et la nationalité
ionienne et démocratique, qui avait son centre à Athènes.
Les Corcyréens ayant obtenu l'appui d'Athènes contre Corinthe ,
leur métropole, la ligue du Péloponnèse, dont l'assemblée
siégeait à Sparte, déclara la guerre aux Athéniens,
contre l'avis du sage Archidamus, roi de
Sparte.
La lutte, à laquelle s'associa la
plus grande partie des États et des villes de la Grèce ,
dans l'alliance de Sparte ou dans celle d'Athènes ,
commença en 431, et se termina par la prise d'Athènes, où
les Spartiates entrèrent victorieux en 401, après la défaite
de la flotte athénienne à Aegos-Potamos en 405. Sparte, placée
par la victoire à la tête de la Grèce, y substitua
dans plusieurs États l'autorité aristocratique aux constitutions
démocratiques. Mais les richesses provenant. des dépouilles
de ses ennemis altérèrent ses mœurs, jusqu'alors frugales
et guerrières. Le mécontentement qu'excita la dureté
avec laquelle elle fit peser sa suprématie sur les vaincus permit
aux Athéniens de s'en affranchir. Sparte porta ses armes en Asie,
où elle aida le jeune Cyrus à
combattre son frère Artaxerxès,
et où les succès d'Agésilas, un de ses rois, délivrèrent
les colonies grecques
de la domination des Perses .
La monarchie persane sembla même menacée d'une chute prochaine.
Mais Agésilas fut rappelé en Grèce,
l'an 395, pour faire face à une ligue formée contre Sparte
entre Thèbes ,
Corinthe
et Athènes, et soudoyée par l'or du roi de Perse. Les succès
de l'Athénien Conon détruisirent l'effet de la victoire qu'Agésilas
remporta en 394 à Coronée ,
et rendirent à Athènes son ancienne prépondérance.
Sparte chargea alors Antalcidas de conclure,
en 387, le traité qui replaça les colonies grecques de l'Asie
Mineure sous le sceptre des Perses. Il y fut stipulé que les armes
persanes s'uniraient, au besoin, à celles de Sparte, pour imposer
ce traité à tous les États grecs.
Au moyen de la paix d'Antalcidas,
Sparte replaça la Grèce
entière sous sa dépendance, et sema partout la division pour
se créer des prétextes d'intervention. Mais Thèbes ,
où elle avait établi par la force le gouvernement aristocratique,
secoua son joug, et lui fit de 378 à 363 une guerre dans laquelle
Athènes
intervint d'abord contre sa rivale. Les généraux thébains
Pélopidas et Epaminondas envahirent
le Péloponnèse ,
et délivrèrent la Messénie de la domination spartiate.
Les Thébains, vainqueurs des Spartiates à Leuctres, en 371,
leur annoncèrent que l'heure de la décadence avait. sonné
pour eux en ces termes humiliants :
«
Nous avons mis fin à votre courte éloquence. »
La mort d'Epaminondas,
qui fut tué en gagnant la bataille de Mantinée, en 363, fut
le terme de la lutte d'où Sparte sortit irréparablement affaiblie.
Elle avait contribué par son ambition à plonger la Grèce
dans cet état de division qui permit à Philippe,
roi de Macédoine ,
et à son fils Alexandre le Grand,
de la soumettre à leur sceptre. Un de ses plus braves rois, Agis
Il, essaya vainement de reconquérir l'indépendance de
la Grèce, et périt à la bataille de Mégalopolis,
livrée à Antipater en 329. Le
roi Archidamus IV fut défait deux lois par Démétrius
Poliorcète, qui fut sur le point de s'emparer de Sparte en 296.
La constitution dégénérée de Lycurgue était
devenue une oligarchie, lorsque le roi Agis III
échoua dans la tentative de la rétablir. Il fut mis à
mort avec toute la famille des Proclides, en 239, et la double royauté
fut abolie. Cléomène III, de la famille des Eurysthénides,
réussit en 226 à remettre en vigueur les lois de Lycurgue,
par la suppression des Ephores, et associa son frère Epiclidas au
trône pour rendre deux rois à sa Cité. Il se proposait
de lui rendre aussi la prépondérance sur le Péloponnèse .
Mais il trouva un obstacle à ses desseins dans la ligue achéenne,
qui appela à son secours Antigone Doson,
roi de Macédoine. Cléomène fut défait à
Sellasie en 222, et se réfugia, en Égypte ,
où il mourut trois ans après.
Sparte retomba sans le sceptre macédonien.
Machanidas y usurpa l'autorité en 210, et eut pour successeur Nabis,
tyran horriblement sanguinaire, qui lutta sans succès contre la
ligue achéenne, et fut assassiné en 192. Sparte, réunie
à la ligue achéenne par Philopoemen, passa sous la domination
romaine, avec le reste de la Grèce ,
en 146. Tombée dans l'obscurité sous les empereurs
romains ,
elle fut comprise dans l'empire d'Orient ,
lorsque les fils de Théodose se partagèrent
son héritage, en 395 de notre ère. Elle fut ensuite détruite
par le temps.
«
Elle n'avait, dit Thucydide, ni temples ni
monuments magnifiques, et, suivant l'ancien usage de la Grèce ,
elle formait plusieurs bourgades plutôt qu'une ville. »
C'est à peine s'il en reste aujourd'hui
quelques vestiges. Chateaubriand, qui les
a visités, dit, dans son Itinéraire de Paris à
Jérusalem ,
qu'il n'a trouvé que
«
des ruines de toutes parts, et pas un homme parmi ces ruines! Je restai
immobile, ajoute-t-il, dans une espèce de stupeur, à contempler
cette scène. Un mélange d'admiration et de douleur arrêtait
mes pas et ma pensée; le silence était profond autour de
moi : je voulus du moins faire parler l'écho dans des lieux où
la voix humaine ne se faisait plus entendre, et je criai de toute ma force
: Léonidas! Aucune ruine ne répéta
ce grand nom et Sparte même sembla l'avoir oublié. »
Sparte a été remplacée
par Mistra
(Misistra), qui fut bâtie de ses débris, au XIIIe
siècle. Mistra, qui était à l'époque franque
la capitale de la Laconie, fut bientôt reprise par les Grecs, en
1467 par les Turcs ,
en 1687 par les Vénitiens. Détruite par Ibrahim en 1825,
elle ne se releva pas, et en 1834 le gouvernement la fit reconstruire par
ses habitants en lui redonnant le nom de l'ancienne Sparte. |
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