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Sparte

Sparte ou Lacédémone est une ancienne ville de Grèce, dans le Péloponnèse, sur l'Eurotas, au pied du mont Taygète, capitale de la Laconie et d'un État célèbre dans l'histoire de la Grèce, comme centre des traditions de la population d'origine dorienne et comme rival d'Athènes. Pendant longtemps, Sparte fut la cité la plus puissante du monde hellénique. Son histoire et ses institutions sont représentatifs de la culture dorienne, comme l'histoire et les institutions d'Athènes incarnent la culture ionienne. La rivalité de ces deux villes fut en même temps la rivalité des deux populations principales de la Grèce.

A leur arrivée dans le Péloponnèse, les Doriens accordèrent des statuts différents aux populations soumises : les Hilotes se trouvèrent relégués dans une forme de servage. Les Périèques bénéficièrent d'une meilleure condition. Quant au pouvoir, il était censé entre les mains de deux rois; mais ce n'était réellement qu'une aristocratie orgueilleuse, concentrée entre les mains de quelques grands, et sous lesquels succomba l'autorité royale, grâce à la réforme et de la législation attribuée à Lycurgue (VIIIe siècle), qui substitua au régime aristocratique une oligarchie, dans laquelle tous les Spartiates se revendiquaient égaux entre eux. 

Les siècles qui suivirent la mise en place de cette législation furent signalés par la conquête de la Messénie (elle aussi peuplée de Doriens), après deux guerres fameuses, et par celle d'une partie de l'Arcadie et de l'Argolide; de sorte qu'au moment des Guerres médiques, Sparte avait la prépondérance sur tout le Péloponnèse. Durant les Guerres médiques, malgré l'héroïsme de Léonidas  aux Thermopyles, et la valeur de Pausanias et d'Eurybiade, la gloire de Sparte s'éclipsa devant celle d'Athènes. Il en résulta une jalousie haineuse, d'où sortit la Guerre du Péloponnèse (431-404). 

La ruine de la puissance d'Athènes marque l'apogée de la puissance spartiate; mais l'orgueil et la dureté de son gouvernement indisposa la Grèce contre elle. Sparte, pour se maintenir, fut obligée de s'appuyer sur le roi de Perse, et, par le traité d'Antalcidas (387), de lui abandonner l'indépendance de tous les Grecs d'Asie. Le châtiment ne tarda pas à venir. Athènes et Thèbes recouvrent leur indépendance. Epaminondas inflige à Sparte les deux défaites sanglantes de Leuctres et de Mantinée, relève Messène et reconstitue l'Arcadie. Sparte, confinée de nouveau dans ses montagnes, et isolée moralement du reste de la Grèce par sa législation, tombe en décadence. 

En vain Cléomène III (225) tente de la relever par une refonte des lois de Lycurgue. Sa mort à Sellasie (222) amène la fin de la république. Tour a tour livrée à l'anarchie, soumise aux tyrans Machanidas et Nabis, alliée à la Ligue achéenne, elle tombe avec cette dernière sous le joug de Rome (146). Tranquille, mais obscure sous l'Empire romain, elle devint, au VIIe siècle, la capitale du thème du Péloponnèse; à l'époque des croisades, elle fut englobée dans la principauté d'Achaïe, prise par Méhémet II en 1460; enfin assiégée et brûlée par Malatesta de Rimini, en 1463. Les Turcs élevèrent sur ses ruines un bourg nommé Mistra; dont ils firent le chef-lieu d'un livah. Mais le nom de Sparte a reparu  au XIXe siècle, après l'indépendance de la Grèce.

Situation de Sparte. Description de la ville

Sparte était située au centre de la Laconie, sur la rive droite de l'Eurotas, à environ 40 kilomètres de la mer. Elle se trouvait au débouché des routes qui descendent du plateau d'Arcadie vers le golfe Laconique; elle occupait une vallée, parsemée d'éminences, dominée à l'Ouest par le mont Taygète, à l'Est par un contrefort du mont Parnon. Formée de plusieurs quartiers distincts qui s'appelaient Cynosura, Limnae, Messoa, Pitana, et qui n'étaient probablement que d'anciens villages groupés en une seule cité, Sparte resta une ville ouverte jusqu'à la fin du IIIe siècle av. J.-C.

Pendant longtemps, aucune muraille ne l'entoura aucune forteresse ne protégea ses abords. Ce fut le tyran Nabis qui, le premier, entoura Sparte de ses premières fortifications; plus tard, sous la domination romaine, un rempart fut édifié tout autour de la ville. Celle-ci était dominée par une acropole, où s'élevait un temple d'Athéna Chalciaecos, ainsi appelée parce que ce temple était revêtu d'airain, et où se déroulaient des fêtes qui accueillirent notamment les poètes Tyrtée et Alcman.  Un autre sanctuaire, le Limnaion, était dédié à une déesse-mère, Artémis Orthia. Sparte renfermait en outre des temples, des tombeaux de héros, des monuments publics, mais nous n'en savons que peu de choses. Les principaux de ces monuments étaient le Portique, érigé en mémoire de la défaite des Perses; le temple de Lycurgue, le théâtre, et les Leschés, lieux d'assemblées pour traiter des affaires publiques. L'île du Plataniste était un terrain d'exercices pour la jeunesse, ombragé par des platanes, et situé sur les bords de l'Eurotas. Quant à l'aspect général de la ville, il n'avait pas la magnificence artistique d'Athènes ou de Corinthe; les maisons étaient d'une simplicité presque grossière; le faste ni le luxe ne s'étaient donné libre carrière sur les bords de l'Eurotas.

« Elle n'avait, dit Thucydide, ni temples ni monuments magnifiques, et, suivant l'ancien usage de la Grèce, elle formait plusieurs bourgades plutôt qu'une ville. »
De même qu'ils n'accordaient que peu d'importance à l'architecture, les Spartiates dédaignaient beaucoup d'autres aspects de la culture. Les lettres et les arts furent peu cultivés chez ce peuple exclusivement guerrier, qui avait la rhétorique en horreur, et qui ne connaissait que cette brièveté de paroles appelée laconisme,  c. à d, langage de la Laconie. Platon et Aristote font observer qu'à Sparte, toute l'éducation et la plus grande partie des lois n'avaient d'autre but que la guerre. 

Fondation de Sparte. Origine de l'Etat spatiate

On ignore l'origine du nom de Sparte, mais la légende propose son explication en attribuant la fondation de Sparte à un certain Sparton, fils de Phoronée, roi d'Argos. Ses principaux successeurs, toujours selon la tradition,  furent Lélex, dont les Léléges tiraient leur nom; Eurotas et Lacédémon, qui bâtit, à côté de Sparte, la ville de Lacédémone. Ces deux villes se confondirent plus tard; mais Homère, dans l'énumération de l'armée des Grecs partant pour la guerre de Troie, les mentionne séparément l'une et l'autre. Les Achéens s'établirent dans la Laconie et à Sparte, lorsque les Hellènes substituèrent leur domination dans la Grèce à celle des populations déjà présentes, et la dynastie des Pélopides monta sur le trône de Sparte avec Ménélas, gendre et successeur de Tyndare. Oreste, neveu de Ménélas, dit encore la légende, épousa sa fille Hermione, et réunit le royaume de Sparte à celui de Mycènes. Tisamène, son fils, succomba avec les Pélopides lorsque le Péloponnèse fut envahi par les Doriens, sous la conduite, dit toujours la légende, des Héraclides. Conquise par les Doriens, Sparte devint la métropole par excellence de la population dorienne. 

L'histoire atteste que si Sparte fut fondée par les envahisseurs doriens, d'autres villes plus anciennes existaient en Laconie, par exemple Amyclée et Pharis, dans la vallée moyenne de l'Eurotas, AEgia, Las, Helos, Boae sur les bords du golfe de Laconie. Avant l'arrivée des Doriens dans le Péloponnèse, la population dominante dans le pays était celle des Achéens. L'Etat spartiate ne fut définitivement constitué qu'après l'établissement de la prépondérance de Sparte et de la domination dorienne. Il est difficile de fixer avec précision la date de cet événement qui devait avoir des conséquences si importantes pour l'histoire du Péloponnèse et de la Grèce tout entière; on admet en général que l'invasion dorienne dans le Péloponnèse se produisit vers le XIe siècle av. J.-C.; la constitution de l'Etat spartiate doit avoir été de peu postérieure. 

Les débuts de Sparte furent troublés par des luttes extérieures et des guerres civiles, dont les historiens de l'Antiquité n'avaient pas perdu tout souvenir. Sparte triompha par les armes des autres cités laconiennes, qui étaient restées indépendantes et autonomes, et l'Etat spartiate comprit bientôt la Laconie tout entière; mais, malgré ces victoires, la cité fut déchirée par des dissensions intestines, qui faillirent dissoudre l'Etat nouvellement créé. Au VIIIe siècle, une réforme profonde fut accomplie; Sparte reçut alors la plupart des institutions politiques et sociales qui firent sa force et qui lui donnèrent, dans le monde grec, un caractère si original.

La tradition attribuait ces institutions à un personnage plutôt légendaire qu'historique, Lycurgue. Lycurgue était considéré par les Spartiates eux-mêmes comme un dieu ou tout au moins comme un héros; ils lui avaient élevé un temple, et ils célébraient un culte en son honneur. D'autre part, ils lui attribuaient toute leur législation, sans songer à distinguer dans cette oeuvre les matériaux antérieurs et les additions plus récentes. Lycurgue était à leurs yeux l'unique législateur de leur cité, le véritable organisateur de l'Etat lacédémonien. Quoi qu'il en soit, l'ensemble des institutions attribuées à Lycurgue forme ce que l'on appelle d'habitude la constitution de Sparte (Rhètra), constitution qui dura de longs siècles sans éprouver d'altérations essentielles.

Constitution de Sparte

Etat social. 
Les habitants du territoire laconien, dont Sparte était la capitale, n'étaient pas égaux entre eux; ils se divisaient en trois classes très différentes : les Hilotes, les Périèques, les Spartiates proprement dits.

Les Hilotes.
Les Hilotes étaient ceux des Laconiens que les conquérants avaient réduits à peu près en esclavage, soit parce qu'ils leur avaient opposé une résistance trop prolongée, soit parce qu'ils s'étaient révoltés après une première soumission. On suppose que le nom d'Hilotes vient de la ville d'Hélos, située sur les bords du golfe de Laconie, et qui aurait été le théâtre de cette résistance opiniâtre ou de cette insurrection dangereuse. Les Hilotes sont souvent appelés par les auteurs anciens douloi,  c.-à-d. esclaves; pourtant leur condition sociale n'était pas absolument celle des esclaves ordinaires. C'étaient plutôt des serfs de la glèbe, chargés de cultiver les terres dont les Spartiates s'étaient emparés; ils vivaient sur ces terres, de père en fils; ils ne pouvaient pas les quitter, et ils devaient payer aux Spartiates une redevance annuelle (apophora). Mais, d'autre part, ils étaient plutôt esclaves de l'Etat que des particuliers. La redevance qui leur était imposée ne pouvait pas être augmentée; le propriétaire du terrain qu'ils cultivaient n'avait pas le droit de les en chasser ni de les vendre. Enfin, ce qui prouve le mieux que leur rang était supérieur à celui des véritables esclaves, c'est qu'ils étaient parfois appelés à servir dans les armées et à combattre auprès des Spartiates. Les Hilotes pouvaient s'élever à une condition supérieure, par l'affranchissement. Ils entraient alors dans la classe des Néodamodes; ils acquéraient la liberté et probablement les droits civils; mais les droits politiques ne leur furent jamais concédés. Suivant le mot de Dion Chrysostome, il était impossible à un Hilote de devenir Spartiate. Les enfants qui naissaient d'un père Spartiate et d'une Hilote formaient la classe des Mothaces ou Mothaques, dont la condition était analogue à celle des Hilotes affranchis. Les Hilotes formaient la majorité de la population en Laconie; on a calculé qu'après les guerres de Messénie ils étaient environ 220.000 sur un ensemble de 380.000 à 400.000 habitats.

Les Périèques.
Comme les Hilotes, les Périèques appartenaient à la population vaincue et conquise. C'étaient des Laconiens qui, à la différence des Hilotes, avaient conservé la liberté individuelle; ils possédaient le sol; ils vivaient dans leurs anciennes villes, restées debout en très grand nombre; les Spartiates avaient même laissé subsister leurs lois, leur justice, leur organisation administrative. Ils payaient des impôts et devaient le service militaire; ils étaient incorporés, comme les Spartiates eux-mêmes, dans l'infanterie des hoplites; ils pouvaient exercer certains commandements. Mais aucun droit politique ne leur était reconnu; ils n'avaient pas la moindre part au gouvernement de l'Etat. Ils s'adonnaient à l'agriculture, au commerce et à l'industrie. Entre les Hilotes, obligés de cultiver les terres qui appartenaient aux Spartiates, et les Spartiates dont toute la vie et toutes les forces étaient consacrées au service de l'Etat, les Périèques formaient la population vraiment active de la Laconie; sans eux, la vie aurait été impossible à Lacédémone.

Les Spartiates proprement dits.
Enfin, au-dessus des Périèques se trouvaient les Spartiates proprement dits, qui, seuls, étaient vraiment citoyens, et seuls jouissaient de toutes les prérogatives politiques attachées au titre de citoyen. Ils étaient, en majorité, d'origine dorienne; mais il paraît certain qu'il y avait aussi parmi eux des familles achéennes et éoliennes. Les Spartiates étaient relativement peu nombreux; le corps des citoyens ne comprit jamais à Sparte plus de 10.000 individus, ce qui correspond à un nombre total d'environ 50.000 personnes, femmes et enfants compris.

D'après la tradition, il y avait 9000 citoyens à l'époque de Lycurgue; mais, plus tard, ce nombre fut réduit dans des proportions considérables; nous savons, par exemple, qu'au IIIe av. J.-C. il était tombé au-dessous de 1000, alors que le nombre des Lacédémoniens dans leur ensemble pouvait monter jusqu'à 150 000 personnes.

«  Sparte n'était pas de ces États, dit Thucydide, où la multitude commande au petit nombre, mais de ceux où le petit nombre commande à la multitude. »
Le corps des citoyens spartiates était divisé en un certain nombre de groupes qui portaient les noms de tribus et d'obes, les obes étant des subdivisions de la tribu. Il est probable qu'à Sparte, comme dans d'autres cités doriennes, il y avait trois tribus, celle des Hylléens, celle des Dymanes et celle des Pamphyles. Tous les citoyens spartiates avaient les mêmes droits politiques; aussi sont-ils quelquefois appelés les Egaux. Ces droits étaient héréditaires; ils pouvaient aussi s'acquérir par une loi spéciale; mais il semble que la concession de droit de cité complet, c.-à-d. de tous les droits politiques, ait été plutôt rare à Sparte. Le fils d'un Spartiate et d'une mère étrangère n'était pas considéré comme un citoyen. Enfin, un Spartiate pouvait être privé de ses droits politiques, s'il ne remplissait pas toutes les obligations que les lois de Sparte imposaient, s'il avait manqué à l'un ou à l'autre de ses devoirs civiques, même s'il refusait ou s'il était incapable d'apporter son écot aux repas publics qui avaient lieu chaque jour à Sparte. Ce dernier trait nous prouve que la prétendue égalité des Spartiates souffrait des exceptions, puisque ceux d'entre eux qui étaient trop pauvres pour fournir leur part aux syssities, perdaient de ce fait seul leur qualité de citoyens. La perte de cette qualité portait le nom d'atimie. C'étaient peut-être les Spartiates ainsi déchus qui formaient la classe des Inférieurs, hypomeiones, mentionnée par Xénophon. Ainsi, parmi les habitants de la Laconie, il y avait plusieurs classes distinctes : au premier rang, les Spartiates homoioi, puis les hypomeiones; au-dessous, les Pèrièques, les Mothaces ou Mothaques, les Néodamodes; enfin, au bas de l'échelle sociale, les Hilotes.

Organisation politique. 
Les principaux organes de la constitution spartiate étaient : la royauté, l'assemblée des vieillards ou Gerousia, l'assemblée du peuple, Demos ou Apella, les magistrats, dont les plus importants étaient les éphores. Le caractère de cette constitution était nettement oligarchique

Les deux rois.
Le pouvoir royal était partagé entre deux rois; il était héréditaire dans les deux familles des Agiades et des Eurypontides. On ne connaît ni la cause de cette dualité, ni l'origine des deux dynasties. Il semble qu'au moins l'une d'elles, celle des Agiades, n'était pas d'origine dorienne, mais d'origine achéenne. Les deux familles royales de Sparte restèrent toujours nettement séparées l'une de l'autre; elles ne s'unirent jamais par des mariages; elles avaient chacune leur tombeau, et les deux tombeaux étaient situés dans des quartiers différents. Les deux rois possédaient dans l'Etat une égale autorité; mais cette autorité était strictement limitée et plus apparente que réelle. 

Leurs attributions étaient surtout religieuses et militaires. C'étaient eux qui offraient, au nom de l'Etat, les sacrifices publics aux grands dieux nationaux, en particulier à Zeus et à Apollon; ils avaient la première place dans les banquets qui accompagnaient certaines cérémonies religieuses; dans tous les jeux sacrés, les places d'honneur leur étaient réservées; ils avaient le droit de nommer les deux Pythiens, délégués officiels que Sparte envoyait à Delphes pour consulter l'oracle. La personne des rois était inviolable. Lorsque l'un d'eux mourait, la cité tout entière prenait le deuil, et Xénophon a pu dire :

« Quand les rois de Sparte meurent, les honneurs qu'on leur rend sont tels qu'on semble honorer, non des hommes, mais des dieux. » 
En même temps, les rois étaient de droit les chefs de l'armée spartiate en campagne. En temps de paix et dans l'intérieur de la ville, ils n'avaient ni garde personnelle ni, semble-t-il, aucune force militaire à leur disposition; ce n'étaient pas eux qui décidaient les guerres. Mais ils commandaient les troupes, dès que l'expédition avait été résolue et pendant tout le temps qu'elle durait. Ils ne pouvaient pas, de leur propre initiative, conclure la paix. C'était l'assemblée du peuple qui seule avait ce pouvoir, comme celui de déclarer la guerre.

La juridiction des rois de Sparte était fort restreinte; elle ne s'exerçait que dans deux cas : quand il s'agissait des voies et chemins publics; quand il fallait désigner l'époux d'une vierge épiclère, c.-à-d. d'une fille unique dont le père était mort sans l'avoir mariée ou fiancée. Les rois faisaient partie de l'assemblée des vieillards ou Gerousia; peut-être la présidaient-ils; en tout cas, il paraît établi qu'ils ne disposaient chacun que d'un suffrage. En résumé, l'influence qu'ils exerçaient dans l'Etat dépendait surtout de leur valeur personnelle. A l'époque historique, d'autres magistrats, les éphores, disposaient d'un pouvoir plus étendu et surtout plus réel que les rois.

La Gerousia.
L'assemblée des vieillards ou Gerousia était une assemblée de vingt-huit membres auxquels se joignaient les deux rois. Pour en faire partie, pour être l'un des Gérontes , il fallait être âgé d'au moins soixante ans, n'avoir commis aucune faute, n'avoir été puni ni blâmé par aucun magistrat, en un mot avoir été toute sa vie un excellent citoyen. C'était l'assemblée du peuple spartiate qui désignait par acclamation les sénateurs. 

« Certains hommes choisis raconte Plutarque, s'enfermaient dans une maison voisine de l'assemblée, d'où ils ne pouvaient voir personne; ils entendaient seulement les cris du peuple; les candidats étaient introduits dans l'assemblée l'un après l'autre; ils la traversaient suivant un ordre qui avait été fixé par le sort. Les hommes enfermés dans la maison voisine notaient chaque fois l'intensité des acclamations qu'ils entendaient; à la fin ils déclaraient élu celui des candidats qui avait été salué par les cris les plus forts » (Vie de Lycurgue, 26).
La dignité de sénateur était viagère. Les attributions de la Gerousia spartiate n'étaient pas fixées par une loi. En réalité, cette assemblée était l'organe le plus puissant de l'Etat; c'était elle qui dirigeait vraiment les affaires publiques. Elle avait l'initiative de toutes les décisions; rien ne pouvait se faire sans elle. Dès l'Antiquité, on remarqua que les Gérontes de Sparte formaient une oligarchie absolue, et qu'ils étaient en réalité les maîtres de l'Etat. Ils jugeaient les crimes qui entraînaient comme peines la mort et la déchéance civique ou atimie.

Le Demos.
L'assemblée du peuple ou Demos se réunissait une fois par mois. Seuls en faisaient partie les Egaux, Homoioi, dont le nombre alla toujours en diminuant : Aristote signale la pauvreté de Sparte en citoyens. L'assemblée était convoquée chaque mois, au moment de la pleine lune. A l'époque historique, elle était présidée par un des éphores; peut-être à l'origine, la présidence appartenait à l'un des rois. L'assemblée du peuple ne pouvait prendre aucune initiative. Elle n'avait qu'à approuver ou à rejeter les lois et les mesures déjà votées par le Sénat. Seuls avaient le droit de prendre la parole les rois, les éphores et les sénateurs. Le plus souvent le vote avait lieu par acclamation; lorsqu'il y avait doute, les membres de l'assemblée se séparaient en deux groupes suivant leur opinion, et l'on pouvait alors compter les suffrages.

Les éphores.
Le soin d'exécuter les décisions et d'appliquer les lois votées par la Gerousia et ratifiées par le Demos incombait aux magistrats. On connaît peu les magistratures spartiates, sauf une, celle des éphores. Les documents citent : les bidiens, chargés selon toute apparence de gouverner la jeunesse; les nomophylaques, dont le devoir était de faire observer les lois; les agonothètes ou présidents des jeux sacrés; les agoranomes, surveillants des marchés, etc. Mais les magistrats de beaucoup les plus importants de l'Etat spartiate étaient les éphores. Leur origine n'est pas connue avec précision. 

« Hérodote attribue l'institution des éphores à Lycurgue; Aristote et Plutarque pensent qu'ils ne furent établis qu'au temps de Théopompe (vers le milieu du VIIIe siècle av. J.-C.). Les deux opinions peuvent se concilier si l'on admet que leur grande puissance ne date en effet que du règne de Théopompe, mais que leur existence est plus ancienne. D'après un passage de la Vie de Cléomène, les éphores n'auraient été d'abord que les ministres des rois choisis par eux pour les remplacer en cas d'absence et les décharger d'une partie de leurs fonctions; c'est plus tard qu'ils seraient devenus indépendants et plus puissants que les rois. » (Fustel de Coulanges)
Ce qui est certain, est qu'à l'époque historique, les éphores exerçaient un très grand pouvoir à Sparte. Ils étaient au nombre de cinq; aucune condition d'âge, ni de rang, ni de fortune ne leur était imposée; il fallait seulement qu'ils fissent partie des Egaux. On ignore complètement par qui et de quelle manière ils étaient désignés. Aristote nous apprend seulement qu'ils étaient tirés de la foule par un procédé qui lui paraît offrir peu de garanties. Les éphores restaient en charge pendant un an. Leur pouvoir était considérable. Ils surveillaient les rois, contrôlaient leurs actes, pouvaient les mettre en accusation, les juger, les condamner à la prison ou à l'amende, même les déposer. Pendant les expéditions militaires et les négociations diplomatiques, il y avait toujours un ou deux éphores auprès des rois. Tous les magistrats devaient leur rendre des comptes; ils n'en devaient à personne. Les rois eux-mêmes se levaient devant eux pour les honorer; eux ne se levaient devant personne. Ils possédaient une juridiction civile fort étendue : ils jugeaient toutes les causes relatives aux contrats et aux obligations. Suivant Aristote, leur pouvoir était aussi absolu que celui des tyrans. Mais il semble qu'ils aient toujours agi d'accord avec la Gerousia; ils étaient les véritables chefs du pouvoir exécutif dans cet Etat oligarchique.

Education, vie privée et publique, caractère des Spartiates. 
Si dans l'Etat spartiate, tout le pouvoir réel appartenait aux membres de la Gerousia et aux éphores, c.-à-d. à un nombre très restreint de personnes, en Laconie les privilèges politiques étaient de même le monopole d'une faible minorité. Au milieu des Périèques et des Hilotes, les Spartiates étaient comme des vainqueurs installés en pays conquis, au milieu d'une population, sinon hostile, du moins assujettie et opprimée. Aussi Sparte garda-t-elle toujours l'aspect et le caractère d'un camp; toutes les lois, toutes les institutions visaient à faire du Spartiate un soldat dont la vie entière était consacrée au service de l'Etat. 

L'agôgè.
Dès sa naissance, le Spartiate appartenait à la cité. S'il était mal conformé ou trop faible de constitution, son père était obligé de l'abandonner sur le mont Taygète où il périssait. Si au contraire l'enfant était robuste et bien bâti, on lui permettait de vivre. Il restait confié à sa mère jusqu'à l'âge de sept ans; mais les mères spartiates cherchaient avant tout à faire de leurs enfants de vigoureux garçons, capables de supporter toutes les intempéries. Après sept ans, l'Etat reprenait l'enfant et lui donnait une éducation toute militaire, nommée agôgè ou dressage. Les exercices physiques y tenaient la plus grande place; le but visé était de développer toute la force et toute la souplesse possible. Le corps était accoutumé à subir les rigueurs de la température et les souffrances matérielles les plus vives. Les jeunes Spartiates allaient toujours pieds nus, à peine couverts; jamais ils ne couchaient dans un lit. Leur nourriture était à peine suffisante. Chaque année, devant l'autel d'Artémis, ils étaient fouettés jusqu'au sang avec défense, sous peine de déshonneur, de laisser échapper la moindre plainte ou de demander grâce. Enfin on les encourageait à la ruse et à l'espionnage. Lorsqu'ils volaient des aliments sans que l'on s'en aperçût, on leur décernait des éloges; on ne les châtiait que s'ils se laissaient prendre. Pendant deux ans, on les chargeait d'une surveillance occulte sur les habitants de la Laconie; peut-être leur confiait-on la mission spéciale d'espionner les Hilotes, afin de prévenir tout soulèvement. Si l'Etat spartiate donnait tous ses soins au développement des forces physiques et à l'instruction militaire, il ne se préoccupait pour ainsi dire nullement de la culture intellectuelle. Il était rare qu'un Spartiate sût lire et écrire. Seule la musique avait sa place marquée dans l'éducation publique, mais elle y était admise, moins comme une récréation artistique que pour sa valeur morale et comme un moyen d'habituer l'oreille à la cadence. Les jeunes filles recevaient une éducation inspirée par les mêmes idées; la gymnastique et la musique y jouaient le rôle principal.

Le mariage.
A trente ans, le Spartiate avait terminé son éducation; mais il n'était pas libre de disposer de sa vie. Jusqu'à sa mort, il continuait d'appartenir à l'Etat. Il devait se marier, pour donner à sa cité beaucoup d'enfants vigoureux. Le Spartiate qui ne se mariait pas ou qui n'avait pas d'enfants était très peu considéré. On raconte qu'un Spartiate refusa de se lever devant le général Dercyllidas, en lui disant : 

« Tu n'as pas d'enfants qui puissent un jour se lever devant moi ». 
Marié, père de famille, le Spartiate ne pouvait pas vivre chez lui, au milieu des siens. A Sparte, l'Etat passait avant tout, la famille ne venait qu'ensuite. C'est pourquoi les Spartiates devaient chaque jour assister au repas public ou syssitie, qui avait lieu le soir, et qui réunissait tous les citoyens. 

La syssitie.
L'usage de la syssitie paraît avoir été en honneur dans beaucoup d'Etats doriens; on la retrouve, par exemple, en Crète, Les deux rois prenaient part aux syssities; l'État faisait les frais de leur table. Les simples citoyens devaient fournir chaque mois une certaine quantité de farine, de vin, de fromage et de figues. La présence aux syssities était un des devoirs civiques les plus stricts. Ceux qui le négligeaient sans y être autorisés par les magistrats étaient déchus de leur titre de citoyen, et ne faisaient plus partie des Égaux. C'était aux syssities que l'on servait le mets fameux, connu sous le nom de brouet spartiate, qui se composait de viande de sanglier cuite dans le sang de l'animal, sans autre assaisonnement que du sel et du vinaigre.

L'organisation militaire.
Jusqu'à soixante ans, les Spartiates étaient soldats de l'Etat. L'organisation militaire était à Sparte la vraie forme de la société. Un roi de Sparte, Archidamos, pouvait dire avec raison : 

« Nous l'emportons sur tous les autres Etats grecs, parce que notre République est un camp où règnent toujours l'obéissance et la discipline ».
L'armée spartiate se composait d'hoplites ou fantassins et de cavaliers. L'infanterie était divisée en six corps principaux appelés mores (morai), dont les subdivisions les plus connues étaient les lochoi et les énomoties (enômotiai). Chaque more était commandée par un polémarque, chaque lochos, par un officier appelé lochage (lochagos) chaque énomotie par un énomotarque.

Il ne semble pas que l'effectif de ces subdivisions ait été le même à toutes les époques de l'histoire spartiate : ainsi le nombre des fantassins qui composaient la more varia de 400 à 600 hommes. La cavalerie spartiate était moins forte que l'infanterie; on en évalue l'effectif total à 600 hommes environ. Un escadron d'environ 100 hommes était adjoint à chaque more d'infanterie. 
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Hoplite spartiate.
Hoplite spartiate. - l'hoplite était le soldat de ligne. Par-dessus une courte tunique rouge il portait une cuirasse. Le casque avec un haut cimier était muni de deux oreilles de métal qui couvraient les joues et la mâchoire, et d'un nasal, tige de métal protégeant le nez. Les cuisses ici sont nues; mais dans de nombreux dessins de vases les Grecs ont de courtes culottes collantes. Des cnémides en forme de tiges de bottes concrent les jambes.

A côté des Spartiates servaient d'habitude des Périèques, et quelquefois même, dans des circonstances exceptionnelles, des Hilotes. Enfin, il arrivait que l'Etat spartiate enrôla des mercenaires, quand il s'agissait d'une expédition lointaine, comme celles de Brasidas en Chalcidique, de Thymbron, de Dercyllidas et d'Agésilas en Asie Mineure. Mais, quelle que fût la composition de l'armée, les Spartiates proprement dits pouvaient toujours être appelés sous les armes, tant qu'ils n'avaient pas atteint l'âge de soixante ans.

La propriété de la terre.
Aussi n'est-il-pas étonnant que le législateur leur ait interdit toute occupation autre que la préparation à la guerre. Ils ne pouvaient ni cultiver la terre, ni exercer un métier, ni se livrer au commerce. Chaque chef de famille spartiate possédait un lot de terre, que des Hilotes cultivaient pour lui; il recevait de ces Hilotes une redevance annuelle, qui lui permettait de faire face aux nécessités de la vie. Les métiers indispensables dans tout Etat civilisé étaient exercés par les Périèques; c'étaient de même les Périèques qui seuls achetaient, vendaient, échangeaient les denrées et les objets usuels. D'autre part, afin de maintenir entre tous les Spartiates une égalité aussi complète que possible, les lots de terre (klèroi) qui leur furent attribués étaient à l'origine de même valeur, et il leur était défendu de les aliéner; l'Etat en restait le véritable propriétaire, et chaque citoyen était simplement usufruitier de son lot. Chacun de ces lots se transmettait de père en fils; le testament était interdit à Sparte. De cette organisation, qui dura fort longtemps, il résulta que les Spartiates ne pouvaient pas s'enrichir; d'ailleurs la loi leur interdisait d'employer la monnaie d'or et d'argent; seule la circulation de la lourde monnaie de fer était autorisée parmi les Égaux.

Les valeurs spartiates.
L'Etat spartiate était donc avant tout une communauté militaire, dont tous les membres devaient consacrer leur vie entière au service de l'Etat. Il n'y avait entre les Spartiates d'autre inégalité que celle des rangs occupés dans l'armée; la discipline y était toute-puissante. Les vertus essentielles du Spartiate étaient le courage, le mépris de la douleur et de la mort, la soumission complète de l'individu à l'Etat, le sentiment profond de l'honneur. Les vieillards, qui avaient toujours été de vaillants soldats, étaient entourés d'un respect absolu. Les femmes elles-mêmes, épouses ou mères, étaient animées de la même passion : Plutarque raconte qu'une Spartiate, dont les cinq fils étaient partis à la guerre, se tenait aux portes de la ville, attendant avec impatience l'issue de la bataille. Le premier messager qu'elle interrogea lui répondit que tous ses fils étaient morts : 

« Ce n'est pas cela que je demande, dit-elle. Où en sont les, affaires de la cité? - Sparte est victorieuse. - Eh bien ! alors, je ne puis pas me lamenter sur la mort de mes fils; je l'apprends avec joie ».
Telles étaient les principales institutions de Sparte, au moins pendant les premiers siècles de son histoire, jusque vers l'époque de la guerre du Péloponnèse. Tant que ces institutions furent maintenues, l'Etat spartiate ne cessa de grandir; la cité dorienne, maîtresse de toute la vallée de l'Eurotas, étendit sa prépondérance militaire et politique sur le Péloponnèse et sur la Grèce tout entière. L'histoire de Sparte est une des parties essentielles de l'histoire du monde hellénique.

Histoire de Sparte

Sparte jusqu'aux guerres médiques.
« En principe, l'Etat spartiate n'était nullement constitué pour la conquête : il était plutôt fait pour se restreindre dans les limites naturelles du pays et pour s'isoler de l'extérieur : tout contact avec l'étranger était regardé comme dangereux. Mais il n'est pas possible d'élever tous les citoyens d'un Etat peur la guerre, de diriger de ce côté toute l'ambition de la jeunesse, d'entretenir l'homme fait dans ces idées, sans faire naître l'envie de mettre en jeu ces facultés guerrières [...]. L'Etat des Spartiates se trouva ainsi lancé malgré lui dans la voie des conquêtes » (E. Curtius, Histoire grecque). 
Soumission de la Messénie.
Sparte tourna d'abord ses regards vers le pays qui s'étendait à l'Ouest du mont Taygète, la Messénie. La Messénie était plus riche que la Laconie; la vallée du Pamisos, plantée de vignes et d'oliviers, excita de bonne heure la convoitise des Spartiates, Il ne fut pas difficile de trouver le prétexte d'une guerre; plusieurs rixes éclatèrent entre jeunes gens des deux contrées; des vols réciproques de bestiaux furent commis le long de la frontière. Enfin, la guerre commença. La lutte entre les Messéniens et les Spartiates dura près d'un siècle, de 740 à 665 environ av. J.-C. Les Messéniens, qui n'étaient pas militairement organisés comme leurs ennemis, furent incapables de leur résister en rase campagne; bientôt ils durent s'enfermer dans une ville forte construite sur le mont Ithôme. Cette citadelle fut défendue avec un courage héroïque par un noble Messénien, Aristodème. Pourtant, elle succomba, et la Messénie dut subir le joug spartiate. Mais bientôt parut chez les Messéniens un jeune héros, Aristomène, dont les exploits furent tout aussi légendaires que ceux d'Aristodème. Guerrier vaillant et généreux, il réunit une troupe de hardis compagnons, se souleva contre les vainqueurs, et remportait sur eux de nombreuses victoires. Sparte, effrayée, interrogea la Pythie. L'oracle de Delphes lui répondit de demander un général aux Athéniens ceux-ci, par décision, lui envoyèrent un maître d'école, Tyrtée. Tyrtée était infirme; mais ses chants guerriers relevèrent le courage un moment ébranlé des Spartiates, et leur inspirèrent un véritable enthousiasme patriotique. En vain, Aristomène déploya le plus brillant courage; il fut vaincu et dut s'exiler. Les Messéniens furent réduits à la triste condition des Hilotes; les parties les plus fertiles de leur pays furent divisées en lots de terre, que se partagèrent les citoyens de Sparte. 

Soumission de l'Arcadie, de l'Elide et de l'Achaïe.
Après la Messénie, ce fut l'Arcadie qui attira les armes spartiates. La route, qui menait de Sparte vers l'isthme de Corinthe, traversait l'Arcadie orientale, où dominait la ville de Tégée. Sparte ne voulait pas que cette route pût lui être fermée. Elle attaqua Tégée; après un premier échec, elle fut victorieuse, et imposa à la cité vaincue un traité d'alliance offensive et défensive.

A l'Est et au Nord-Est de la vallée de l'Eurotas, s'étendait l'Argolide. La guerre entre Argos et Sparte éclata pour la possession de la Kynourie, région maritime située au pied du mont Parnon. Les Argiens et leur roi Phidon furent vaincus. Comme les habitants de Tégée, ils durent reconnaître la suprématie de Sparte. 

Enfin, la prépondérance spartiate s'étendit jusque sur l'Elide et l'Achaïe. Aucune cité du Péloponnèse ne fut assez puissante pour résister à Sparte, qui devint vraiment la capitale politique de la péninsule. 

Sparte au-delà du Péloponnèse.
Sa renommée dépassa même les limites du Péloponnèse.  Dans la Grèce centrale, Sparte exerça une influence croissante; elle intervint, à la fin du VIe siècle, dans les luttes des partis athéniens. Hors de la Grèce, elle passait, avant les Guerres médiques, pour être la première cité du monde hellénique. Crésus, le roi de Lydie, lui envoya des ambassadeurs. A cette époque, Sparte ambitionnait moins les conquêtes territoriales directes que l'influence politique sur les cités voisines. La Cité connut une forme de repli, comme une inquiétude vis-à-vis du monde extérieur; le commerce qu'elle avait entretenu jusque là avec le reste du monde méditerranéen cessa. A l'initiative, semble-t-il, d'un éphore nommé Chilon, elle organisa, par le biais de traités et d'alliances militaires diverses, une entente de plusieurs cités (à l'exception d'Argos et de l'Achaïe), la Ligue du Péloponnèse. 

On retrouve cette frilosité nouvelle de Sparte lorsque les colonies grecques d'Asie, menacées par Cyrus, lui demandèrent en vain des secours; plus tard encore, quand elles se révoltèrent contre Darius, elles s'adressèrent à elle en même temps qu'à Athènes. On connaît la réponse du roi de Sparte, Cléomène, à l'ambassadeur des Ioniens révoltés, Aristagoras, qui sollicitait l'alliance spartiate sans dissimuler qu'il y avait trois mois de route entre la mer et la capitale du grand roi : 

« Ô Milésien, sors de Sparte avant le coucher du soleil; car tu ne tiens pas un langage que les Lacédémoniens puissent entendre, quand tu veux nous engager dans un voyage de trois mois à partir de la mer ». 
Mais, quelques années plus tard, lorsque la Grèce fut attaquée par les Perses, Sparte ne put éviter de combattre pour l'indépendance hellénique.
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Carte de Sparte et des autres cités grecques.
Sparte et les autres cités grecques.

Sparte pendant les Guerres médiques.
Pendant la première Guerre médique, que les Perses dirigèrent seulement contre les deux villes d'Erétrie et d'Athènes, Sparte, ne se sentant pas directement menacée, évita de prendre part à la lutte. Lorsque Athènes, après la conquête des Cyclades et de l'Eubée par les Barbares, se vit seule en face du danger, elle envoya le héraut Phidippe demander aux Spartiates un secours militaire. Ils n'osèrent pas refuser en principe; mais ils retardèrent le départ de leurs troupes. La victoire de Marathon fut gagnée par les Athéniens et les Platéens seuls. Les Spartiates, arrivés après le combat, ne purent que visiter le champ de bataille, et rendre hommage, non sans une secrète jalousie, à la valeur d'Athènes. Lorsque Xerxès prépara son expédition formidable, Sparte montra plus d'activité. Elle se joignit aux Athéniens pour résister à l'invasion perse. Malgré l'importance du rôle joué par Athènes dans la première Guerre médique et malgré la puissance de la marine athénienne, le commandement général des forces de terre et de mer fut donné aux Spartiates. 

Le roi de Sparte, Léonidas, fut chargé de défendre le défilé des Thermopyles, par où passe la seule route qui mène de la Thessalie dans la Grèce centrale. Léonidas fut trahi par Ephialte, et ses soldats moururent en héros sans pouvoir sauver la Grèce de l'invasion (480 av. J.-C.). La flotte grecque, commandée par le Spartiate Eurybiade, se concentra dans le golfe Saronique, près de l'île de Salamine. Sparte et ses alliés du Péloponnèse voulaient, à ce moment, que toutes les forces grecques battissent en retraite jusqu'au Sud de l'isthme de Corinthe. Il fallut toute l'énergie et les ruses de Thémistocle pour empêcher cette manoeuvre déplorable. L'issue de la bataille de Salamine démontra qu'il avait vu juste. Xerxès épouvanté s'enfuit, laissant en Grèce le général Mardonios à la tête d'une armée de 300.000 hommes. Cette armée fut écrasée à la bataille de Platées (479) par les Grecs que commandait Pausanias, tuteur du jeune roi Plistarque

Sur terre, la lutte était finie. Elle dura longtemps encore sur mer. Les Grecs, en effet, s'étaient donné comme tâche de chasser les Perses de toutes les côtes de la mer Egée. Pendant les premières années de cette guerre maritime, le commandement général des troupes grecques fut encore exercé par un Spartiate, Pausanias, le vainqueur de Platées. Ce fut Pausanias qui enleva aux Perses la Thrace, l'Hellespont  (= les Dardanelles), la Propontide (= la mer de Marmara) et le Bosphore. Mais exalté par ses victoires, peut-être aussi gagné par l'or perse, désireux de s'entourer de ce luxe oriental que les généraux et les satrapes de Xerxès déployaient en Asie, il songea à trahir la cause grecque. Il envoya des messagers secrets au grand roi; il lui offrit, s'il voulait lui donner sa fille en mariage, de lui soumettre toute la Grèce. La trahison de Pausanias fut découverte, et Sparte rappela son roi pour le juger. Les cités ioniennes refusèrent désormais d'obéir à un chef spartiate, et Sparte ne voulant pas déchoir du premier rang, abandonna la lutte; elle entraîna dans sa défection la plupart des Etats du Péloponnèse, qui suivaient sa politique de gré ou de force. 

Désormais ce fut Athènes qui dirigea la guerre contre les Perses, et Sparte ne joua plus aucun rôle dans les Guerres médiques. Mais elle surveillait avec envie les progrès et la grandeur croissante d'Athènes. Elle voulut empêcher les Athéniens de relever les murs de leur cité qui avaient été détruits par les Perses; Thémistocle, usant à la fois de ruse et d'énergie, fortifia Athènes malgré l'opposition des Spartiates. Pour se venger, Sparte soutint en Attique les ennemis de Thémistocle; elle réussit à le faire exiler. Mais cette politique spartiate fut vaine. Athènes ne cessa d'augmenter ses forces et d'étendre son empire maritime. Il était impossible aux Spartiates de lutter avec les Athéniens sur mer; aussi se résignèrent-ils à leur laisser l'empire maritime. 

Après les Guerres médiques, la première cité de la Grèce n'était plus Sparte, mais Athènes.

Rivalité de Sparte et d'Athènes; la guerre du Péloponnèse.
Un tremblement de terre détruisit la ville de Sparte en 464, et les Hilotes profitèrent de ce désastre pour se révolter. Unis aux Messéniens, ils firent à leurs oppresseurs une guerre qui obligea ces maîtres cruels à implorer le secours des Athéniens. Mais à peine ce secours était-il arrivé, qu'il fut renvoyé. Sparte termina à son avantage, en 460, la guerre contre les Hilotes et les Messéniens; mais l'affront fait à Athènes fut une nouvelle cause de discorde ajoutée à la jalousie réciproque des deux États. Lorsque Athènes essaya de joindre à cet empire la prépondérance politique dans la Grèce centrale, lorsqu'elle tenta d'établir sa domination sur Mégare et sur la Béotie, la guerre éclata entre les deux villes. Athènes fut vaincue; l'Attique même fut envahie. 

Cette première lutte se termina en 446 par la paix de Trente ans, qui ne laissait aux Athéniens que leur empire maritime. Cette paix fut une simple trêve. Déjà, en effet, la Grèce était divisée en deux groupes ennemis, dont l'un, qui comprenait le Péloponnèse et la Grèce centrale, reconnaissait pour chef l'Etat spartiate, dont l'autre, composé presque exclusivement de cités maritimes, était soumis à l'hégémonie athénienne. Sparte, outre ses forces et celles de ses alliés, avait des intelligences dans un grand nombre de villes sujettes d'Athènes; qui supportaient impatiemment le joug athénien. Dans ces conditions, le moindre prétexte devait suffire à faire éclater une guerre générale. En effet, ce fut à propos de deux colonies, Corcyre (Corfou), colonie de Corinthe, et Potidée, colonie d'Athènes, que la rupture se produisit. Corinthe, alliée de Sparte, accusa les Athéniens d'avoir violé la paix de Trente ans, en secourant les Corcyréens révoltés contre elle; en même temps, elle soutenait de ses armes la colonie athénienne de Potidée, soulevée contre sa métropole. 

La Guerre du Péloponnèse.
La ligue du Péloponnèse, dont l'assemblée siégeait à Sparte, déclara, sous la pression des Corinthiens, la guerre aux Athéniens, contre l'avis du sage Archidamus, roi de Sparte. La Guerre du Péloponnèse, qui déchira la Grèce tout entière, commença en 431. Elle dura jusqu'en 404; on la divise d'habitude en deux périodes, de 431 jusqu'à la paix de Nicias, en 421; puis de 415 jusqu'à la prise d'Athènes en 404. 

Sparte joua dans la Guerre du Péloponnèse un rôle très important. Ses armées envahirent plusieurs fois l'Attique, tandis que les flottes athéniennes venaient ravager les côtes du Péloponnèse, en particulier les côtes de la Laconie et de la Messénie. Près de l'Attique, les Spartiates furent vainqueurs à Platées (427) et à Délion (424). En revanche, les vaisseaux d'Athènes incendièrent l'arsenal de Gytheion, situé sur le rivage du golfe Laconique, et le général athénien Démosthène fit prisonnière la garnison spartiate qui occupait l'îlot de Sphactérie, près de Pylos en Messénie (425). A la fin de la première partie de la guerre, les hostilités furent transportées dans la Chalcidique par le général spartiate Brasidas, qui voulait détruire la plupart des colonies athéniennes de cette région et s'emparer des mines d'or du mont Pangée. Brasidas enleva Amphipolis; mais il fut tué sous les murs de la ville, dans une bataille que les Athéniens livrèrent pour la reprendre (422). L'année suivante, les deux cités épuisées signèrent la paix de Nicias par laquelle elles se rendaient mutuellement toutes leurs conquêtes. La guerre avait duré dix ans sans résultat.

Elle recommença quelques années plus tard. Athènes, soumise à l'influence d'Alcibiade, avait entrepris l'expédition de Sicile (415). Sparte résolut de mettre à profit les embarras que cette expédition lointaine causait à sa rivale. Elle y fut encouragée par Alcibiade lui-même, qui s'était enfui de Sicile pour ne pas comparaître comme accusé dans le procès de la mutilation des hermès et, qui n'hésitait pas à trahir sa cité. Sparte envoya des secours aux Syracusains assiégés par les Athéniens; l'armée et la flotte d'Athènes subirent en Sicile un épouvantable désastre. Puis des troupes spartiates envahirent l'Attique; elles s'emparèrent du bourg fortifié de Décélie, situé au Nord d'Athènes, et y tinrent garnison en permanence. 

D'autre part, sous l'influence d'un général et diplomate très habile, Lysandre, Sparte augmentait ses flottes et se créait une marine considérable. La lutte se continua dans toute la mer Egée. Athènes fut abandonnée par le plus grand nombre des cités de son empire maritime. Pour l'écraser plus sûrement, Lysandre, mis à la tête de toutes les forces militaires et navales de l'Etat spartiate, signa avec les Perses un traité d'alliance. Les Athéniens résistèrent d'abord avec succès; les Spartiates subirent plusieurs échecs à Abydos (en  Asie Mineure), à Lesbos, à Cyzique; ils furent même vaincus à la bataille navale des Arginuses (406). Mais Lysandre remporta la victoire décisive d'AEgos-Potamos (405) : ce fut un désastre sans précédent pour la flotte athénienne. Tous les navires furent pris ou coulés; la plupart des soldats furent tués ou emmenés en captivité. Athènes n'avait plus ni vaisseaux, ni armées.

Lysandre alla aussitôt mettre le siège devant Athènes. Athènes fut prise en 404. Ses fortifications furent démolies; Sparte exigea de sa rivale vaincue qu'elle livrât tous ses vaisseaux de guerre, sauf douze; elle lui imposa une alliance offensive et défensive. L'empire d'Athènes fut détruit; l'Etat athénien, réduit à l'Attique, dut entrer dans la ligue du Péloponnèse, que dirigeait Sparte. Sparte victorieuse redevenait, comme avant les Guerres médiques, la cité la plus puissante de la Grèce.

L'hégémonie de Sparte.
La chute d'Athènes, dont la domination était devenue oppressive, fut saluée dans toute la Grèce par des cris de joie; mais bientôt l'hégémonie spartiate pesa plus lourdement encore que la prépondérance athénienne sur le monde hellénique. Dirigée surtout par Lysandre, la politique spartiate se montra avide, jalouse, tracassière, sans grandeur ni désintéressement. Un tribut de 1000 talents fut imposé à la Grèce. Dans chaque cité, le gouvernement intérieur fut soumis à la surveillance de Sparte. Sparte renversa la démocratie partout où elle se trouvait établie, et donna le pouvoir au parti oligarchique. Non contente d'assurer ainsi la victoire des nobles et des riches, elle envoya dans plusieurs cités des garnisons et des agents politiques nommés harmostes; par exemple une troupe spartiate fut installée dans Athènes, sous le commandement de l'harmoste Callibios, pour soutenir le gouvernement des Trente tyrans. 

Cette politique de Sparte eut pour résultat de soulever bientôt contre elle non seulement ses anciens ennemis, mais même ses alliés de la veille, comme Thèbes et Corinthe. Beaucoup de villes grecques n'attendaient qu'une occasion pour secouer la domination de Sparte. Cette occasion leur fut fournie en 396-395 par les événements d'Asie Mineure. En effet Sparte se trouvait alors en guerre avec le grand roi Artaxerxès-: Artaxerxès avait attaqué les villes grecques d'Asie parce que les Grecs avaient prêté secours à son jeune frère Cyrus révolté contre lui, et qui avait été tué à la bataille de Cunaxa (401). Les Grecs d'Asie, incapables de se défendre seuls contre les forces d'Artaxerxès, avaient invoqué l'appui de Sparte. Sparte avait envoyé en Asie Mineure, plusieurs généraux, Thymbron, Dercyllidas, puis Agésilas. Ce dernier poussa la guerre contre les Perses avec rapidité et vigueur. Il attaqua les deux satrapes Tissapherne et Pharnabaze; il pilla leurs provinces et s'empara d'un immense butin. Il songeait peut-être à envahir empire perse, lorsqu'il fut rappelé en Grèce pour défendre Sparte. 

A ce moment une coalition s'était formée entre Thèbes, Corinthe, Argos et Athènes pour secouer le joug spartiate. Lysandre avait été vaincu et tué à la bataille d'Haliarte. L'isthme de Corinthe était menacé. Sparte fut sauvée par Agésilas, qui accourut d'Asie en toute hâte, remporta la victoire de Coronée (394) et sut fermer aux ennemis de Sparte l'accès du Péloponnèse. Sur mer, Sparte éprouva un grave échec : sa flotte fut complètement vaincue à la bataille de Cnide. Athènes se relevait; elle recouvrait une puissance maritime considérable; la plupart des villes grecques s'étaient alliées avec les Perses. L'hégémonie spartiate était gravement menacée. Pour la sauver, Sparte, à l'exemple de ses rivaux, rechercha l'alliance du grand roi. Elle lui démontra que la restauration de la puissance athénienne était pour l'empire perse le plus grave danger; elle mit à profit les imprudences d'Athènes, qui au même moment soutenait contre Artaxerxès le roi de Chypre, Evagoras. Ces insinuations l'emportèrent; en 386, l'ambassadeur spartiate Antalcidas signait avec le grand roi un traité par lequel les villes grecques d'Asie retombaient sous le joug des Perses, les autres cités helléniques devaient rester indépendantes, c.-à-d. de point subir l'hégémonie d'Athènes; le grand roi promettait de faire la guerre sans merci à toute ville grecque qui refuserait de se soumettre aux clauses de ce traité. 

Ce traité, qui donnait aux Perses leur revanche des Guerres médiques et qui perpétuait en Grèce l'état de division, est une tache dans l'histoire de Sparte. Sans doute il raffermit pour quelques années la domination lacédémonienne en Grèce; mais en donnant aux Spartiates plus de force, il augmenta encore leur orgueil; leur hégémonie devint plus lourde et plus oppressive qu'auparavant. Des violences injustifiées furent commises par les Spartiates contre les villes de Mantinée en Arcadie, de Phlionte en Achaïe, d'Olynthe en Chalcidique. Enfin Sparte s'empara en pleine paix de la citadelle de Thèbes, la Cadmée, et y mit une garnison commandée par l'harmoste Phébidas. Cette trahison fut le signal de sa chute. Moins de trois ans après que la Cadmée avait été ainsi surprise au mépris de tout droit, les Thébains, sous la direction de Pélopidas et d'Epaminondas, surprirent à leur tour la garnison spartiate, redevinrent les maîtres de la Cadmée et secouèrent le joug de Sparte (379). Sparte déclara la guerre à Thèbes; mais elle fut vaincue à Tégyre, et perdit sa prépondérance dans la Grèce centrale (375).

Décadence de Sparte. 
Dès lors la décadence de Sparte commença. En vain, Agésilas essaya de tenir tête aux Thébains.  Les Thébains, vainqueurs des Spartiates à Leuctres, en 371, leur annoncèrent que l'heure de la décadence avait. sonné pour eux en ces termes humiliants :

«  Nous avons mis fin à votre courte éloquence. »
Agésilas ne put empêcher Epaminondas d'envahir le Péloponnèse. L'Argolide, l'Arcadie, la Messénie se révoltèrent. Non seulement Epaminondas pénétra en Laconie, ravagea la vallée de l'Eurotas, et, pour la première fois, fit briller autour de Sparte les feux. d'un camp ennemi; mais encore il fonda au coeur du Péloponnèse deux villes nouvelles, destinées à rivaliser avec Sparte, Mégalopolis en Arcadie, Messène en Messénie. La fondation de cette dernière ville était sur tout humiliante pour Sparte; c'était en quelque sorte la revanche longtemps attendue des guerres de Messénie. Après avoir succombé sans retour dans la Grèce centrale, l'hégémonie spartiate reçut une atteinte mortelle dans le Péloponnèse même.

Quelques années plus tard, Epaminondas envahit de nouveau le Péloponnèse; il faillit prendre Sparte; les Spartiates parvinrent à le repousser, mais ils furent vaincus à Mantinée (362). La mort d'Epaminondas lors de cette bataille ne leur fut d'aucune utilité. Sparte; désormais abaissée, ne joua plus de longtemps aucun rôle actif dans les affaires de la Grèce. 

La domination macédonienne.
La cité fut complètement effacée par Athènes pendant la lutte contre Philippe de Macédoine. Le Péloponnèse fut alors et théâtre de dissensions perpétuelles, qui ne cessèrent qu'après la bataille de Chéronée et l'établissement de la domination macédonienne. Philippe, en 338, pénétra jusqu'en Laconie; il dépouilla Sparte de tous les territoires qu'elle avait conquis sur les Messéniens, les Argiens, les Arcadiens.

« Les Lacédémoniens ne gardèrent, pas même la pleine possession de leur vallée et de ses plus importants passages. Sparte fut traitée comme un Etat de brigands, à qui on reprend son butin pour le restituer aux légitimés possesseurs » (E. Curtius). 
Pendant l'expédition d'Alexandre le Grand, en 331, Sparte essaya de secouer le joug macédonien. Le roi Agis Il noua des relations avec les Perse vers l'époque de la bataille d'Arbèles; puis il envahit l'Arcadie et mit le siège devant Mégalopolis; mais Antipater; qu'Alexandre avait chargé du gouvernement de là Grèce d'Europe, accourut aussitôt et défit complètement les Spartiates (329). Le roi Archidamos IV fut battu deux fois par Démétrius Poliorcète, qui fut sur le point de s'emparer de Sparte en 296.  Désormais la décadence de Sparte ne fit que s' accentuer. Non seulement l'Etat spartiate fut tout à fait impuissant au dehors et subit comme le reste de la Grèce le despotisme des princes macédoniens, mais encore l'état intérieur de la cité présentait le plus triste spectacle. 

En théorie, les Iois de Lycurgue étaient toujours en vigueur; dans la pratique, elles n'existaient plus. Depuis longtemps, le nombre des Spartiates proprement dits, des Egaux, avait diminué dans des proportions considérables; vers le milieu du IIe siècle av. J.-C., ils n'étaient plus que 700. L'antique égalité avait de même disparu; l'interdiction de posséder de la monnaie d'or et d'argent était tombée en désuétude, et de grosses fortunes mobilières avaient été acquises par quelques citoyens; enfin l'inégalité s'accrut encore, lorsqu'un certain Epitadeus eut fait adopter une loi qui autorisait chacun à disposer de ses biens par donation entre vifs ou par testament. Il en résulta que les propriétés foncières, jadis réparties entre plusieurs milliers de citoyens, se concentrèrent peu à peu entre les mains d'un petit nombre de possesseurs. Il y avait là un très grave danger social et politique.

Un roi de Sparte, Agis III, voulut remédier à cette situation. Il proposa : 

1° d'admettre parmi les citoyens un certain nombre de Périèques; 

2° de procéder à un nouveau partage des terres. 

Ces propositions furent votées par l'assemblée du peuple spartiate; mais les riches fomentèrent un complot contre Agis, s'emparèrent du pouvoir en son absence et, quand il rentra à Sparte, le firent mettre à mort (241) avec toute la famille des Proclides, et la double royauté fut abolie. 

Quelques années plus tard, l'oeuvre d'Agis fut reprise par Cléomène III. Cléomène était le fils d'un des ennemis d'Agis; mais il avait épousé la veuve de ce roi. Il renversa le gouvernement oligarchique des éphores et prit le pouvoir. Après avoir condamné à l'exil 80 Spartiates, il mit à exécution ses projets de réforme. Comme l'avait proposé Agis, le droit de cité complet fut accordé à un certain nombre de Périèques, et l'on procéda à un nouveau partage des terres. Cléomène associa son frère Epiclidas au trône pour rendre deux rois à sa Cité. Il voulut aussi rendre à ses concitoyens leurs mesure et leurs vertus militaires d'autrefois; il réorganisa l'armée spartiate et remit en vigueur la coutume oubliée des repas publics ou syssities (225).

Ce relèvement de Sparte se fit sentir au dehors. C'était l'époque où la Ligue Achéenne, dirigée par Aratus, voulait étendre son hégémonie sur le Péloponnèse tout entier. Cette politique trouva dans Sparte un adversaire irréductible. Déjà le roi Agis était entré en lutte avec les Achéens. Mais ce fut Cléomène qui affirma le plus énergiquement son intention de rendre à Sparte son antique puissance. Il battit plusieurs fois les troupes achéennes; il leur enleva presque toute l'Arcadie, les chassant de Mantinée, de Tégée et d'Orchomène.

Aratus effrayé fit appel au roi de Macédoine, Antigone Doson. Les Macédoniens saisirent avec empressement l'occasion qui leur était ainsi offerte; ils occupèrent Corinthe, qu'ils avaient dû abandonner; et reprirent possession de toute l'Achaïe. Cléomène, dans le centre et le Sud du Péloponnèse; résista vaillamment pendant trois années. Il disputa pied à pied l'Arcadie à ses adversaires; mais il ne put les empêcher de prendre Mantinée.  Enfin une grande bataille s'engagea près de la ville de Sellasie, dans la haute vallée de l'Eurotas. Cléomène fut vaincu (222), et s'enfuit en Egypte, où il mourut trois ans après. 

Les Macédoniens occupèrent Sparte et y rétablirent le gouvernement oligarchique. Machanidas y usurpa l'autorité en 210, et eut pour successeur Nabis, tyran horriblement sanguinaire, qui lutta sans succès contre la Ligue achéenne, et fut assassiné en 192. 

La domination romaine et après.
Sparte, réunie à la Ligue achéenne par Philopoemen, passa sous la domination romaine, avec le reste de la Grèce, en 146, et vit une partie de la Laconie lui échapper. Tombée dans l'obscurité sous les empereurs romains, elle fut comprise dans l'Empire d'Orient, lorsque les fils de Théodose se partagèrent son héritage, en 395 de notre ère. Elle fut ensuite détruite par le temps. 

On ne sait rien, désormais de ses destinées, qui furent sans doute celle d'un village écarté dans une vallée étroite, située hors des grandes voies du monde. 

Chateaubriand, qui a visité les vestiges de Sparte dit, dans son Itinéraire de Paris à Jérusalem, écrit ;

« Sous l'Empire romain, Sparte est entièrement oubliée; on la voit, à peine, sous Tibère, plaider et perdre une petite cause contre les Messéniens on relit deux fois le passage de Tacite, pour bien s'assurer qu'il parle de la célèbre Lacédémone. Puis on trouve une garde lacédémonienne auprès de Caracalla... « Enfin Sparte se transforme, .à l'époque byzantine, en une principauté, dont les chefs prennent le nom de despotes. Quelques pirates, qui se disent les véritables descendants des Lacédémoniens, font aujourd'hui toute la gloire de Sparte.
[...]
Des ruines de toutes parts, et pas un homme parmi ces ruines! Je restai immobile, ajoute-t-il, dans une espèce de stupeur, à contempler cette scène. Un mélange d'admiration et de douleur arrêtait mes pas et ma pensée; le silence était profond autour de moi : je voulus du moins faire parler l'écho dans des lieux où la voix humaine ne se faisait plus entendre, et je criai de toute ma force : Léonidas! Aucune ruine ne répéta ce grand nom et Sparte même sembla l'avoir oublié. »
L'emplacement de Sparte est de nos jours resté désert et inculte; à quelque distance vers l'Ouest, au pied du Taygète; s'est construite la ville moderne de Mistra (Misistra), qui fut bâtie de ses débris, au XIIIe siècle. Mistra, qui était à l'époque franque la capitale de la Laconie, fut bientôt reprise par les Grecs, en 1467 par les Turcs, en 1687 par les Vénitiens. Détruite par Ibrahim en 1825, elle ne se releva pas, et en 1834 le gouvernement la fit reconstruire par ses habitants en lui redonnant le nom de l'ancienne Sparte. (J. Toutain).
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Dictionnaire Villes et monuments
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