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Un théâtre
(du grec théatron, dérivé de théaomai
= je regarde) est un édifice destiné aux représentations
scéniques. Par extension, le nom de théâtre
désigne l'ensemble des ouvrages dramatiques composés par
un auteur (le théâtre de Corneille,
le théâtre de Racine, etc.), ou qui
figurent dans une littérature complète (le théâtre
grec, le théâtre espagnol, etc.). Au point de vue de l'architecture,
les théâtres ont été, après les temples,
les monuments les plus remarquables des Grecs
et des Romains en grandeur et en magnificence.
Les théâtres
antiques.
Grèce.
La tragédie
et la comédie sont également
nées dans les fêtes de Dionysos
: la partie sérieuse de ces fêtes, représentée
par le dithyrambe, engendra la première;
la partie joyeuse, ou le cômos, donna naissance à la
seconde. Mais la fête entière eut toujours pour centre l'autel
du dieu, sur lequel se brûlaient des parfums, et qui reçut
à cause de cela le nom de thymélé. De bonne
heure on prit l'habitude de réciter ou de chanter auprès
de l'autel quelqu'un des faits relatifs à l'histoire de Dionysos
: le récitateur se tenait d'un coté de la thymélé;
les assistants se tenaient de l'autre côté. Dans la suite,
au lieu de raconter simplement une aventure du dieu conquérant,
le poète mit en dialogue les parties du récit où une
action se passait entre deux personnages, et s'adjoignit un répondant
ou hypocritès; ce mot servit toujours depuis lors à désigner
les acteurs dramatiques. En même temps, pour être plus en vue
des assistants ces acteurs montèrent sur une sorte d'estrade qui
portait le nom de scène, et vis-à-vis d'eux l'on dressa des
gradins, nommés ikria, sur lesquels se rangèrent les
spectateurs. Tels furent les commencements du théâtre, dont
on voit que les trois parties essentielles sont l'autel, la scène
et les gradins; au fond, les théâtres antiques ne continrent
jamais autre chose, et tontes les parties qu'ils reçurent en se
développant ne furent que des accessoires ajoutés à
ces trois éléments fondamentaux.
Les théâtres furent longtemps
de bois: le premier théâtre de pierre fut construit à
Athènes
au temps d'Eschyle (70e
olympiade, 500 ans av. J.-C.) sous le nom de Théâtre de Dionysos,
après l'écroulement des anciens gradins de bois. Les théâtres
qui furent élevés plus tard ne s'éloignèrent
pas beaucoup des dispositions adoptées ici. On choisissait pour
emplacement la pente de la colline qui dans toutes les villes grecques,
portait le nom d'Acropole; dans ce terrain,
le plus souvent rocheux, étaient taillés les gradins, que
l'on complétait au besoin par des blocs de rapport et par de la
maçonnerie; ces gradins formaient un amphithéâtre demi-circulaire,
d'où les spectateurs jouissaient ordinairement d'un horizon étendu.
Le dernier gradin vers le bas dessinait ainsi une aire en demi-cercle,
dans laquelle s'élevait l'autel. Cette aire portait le nom d'orchestre,
parce que c'était là que le choeur exécutait en chantant
les mouvements cadencés de la strophe et de l'antistrophe qui formaient
une sorte de danse (orchésis).
On voit, par les grandes ruines de théâtres
qui existent encore en Crète et en Asie Mineure
que les mouvements du choeur étaient indépendants de ceux
de la scène, et que des deux côtés de l'orchestre il
y avait un passage qui lui permettait d'entrer et de sortir librement,
selon les nécessités de l'action. Le front de la scène
s'élevait en ligne droite devant l'hémicycle, à une
petite hauteur au-dessus de l'orchestre. Quand l'usage du rideau se fut
introduit, on le logea dans une rainure le long de cette rampe, et c'est
là qu'il restait pendant la représentation : on disait donc
baisser le rideau dans le même sens où nous disons lever le
rideau.
La scène formait en face des gradins
une construction quelquefois très considérable, et généralement
composée de trois corps de bâtiments : celui du fond, qui
portait le nom d'épiscénion, et ceux des côtés,
qui étaient les ailes. Ces bâtiments étaient destinés
à contenir la matériel du théâtre, les machines,
les costumes, les masques, et à servir
de vestiaires et de retraite aux acteurs pendant les représentations;
ils remplissaient donc le rôle de garde-meuble et de coulisses. C'est
devant ces façades intérieures
que l'on dressait an besoin les décorations mobiles appropriées
au sujet de chaque pièce; c'est entre elles que descendaient à
ciel ouvert les dieux et les êtres aériens que l'on faisait
souvent apparaître; l'art du machiniste consistait surtout à
dissimuler les moyens de suspension qu'il employait. La surface scénique
comprise entre l'épiscénium et les ailes était généralement
très étroite eu égard à sa longueur. Comme
il paraissait rarement sur la scène beaucoup de personnages à
la fois, et qu'on n'y voyait guère des peuples entiers ou des armées,
chacun des acteurs sortait à son tour de l'une des ailes et rentrait
dans l'autre.
Face à face, et occupés de
leur propre action, ils n'avaient pas sans cesse le visage tourné
vers les spectateurs; On les voyait le plus souvent de profil, disposés
de manière à ne pas se cacher les uns les autres; et ils
ressemblaient ainsi à une suite de bas-reliefs se dessinant sur
la façade de l'épiscénium. Le choeur n'étant
point sur la scène, mais à l'orchestre, une faible profondeur
de scène suffisait toujours, même dans les plus grands théâtres.
D'ailleurs, cette disposition nous prouve que les décors ne pouvaient
qu'être mis à plat contre les bâtiments de la scène,
et qu'ainsi les théâtres grecs ne pouvaient offrir ces plans
nombreux et ces effets de perspective obtenus aujourd'hui par les coulisses
et les échafaudages. Du reste, les gradins supérieurs étaient
assez élevés pour atteindre au niveau des constructions scéniques,
et apercevoir au delà les montagnes et les horizons lointains. Comme
les représentations se faisaient en plein jour, le paysage naturel
servait de décor au fond de la scène. Aucune toiture, aucun
abri ne couvrait les spectateurs et ne leur dérobait la vue du ciel.
La commodité du spectateur était
entendue tout autrement qu'aujourd'hui. Car, s'ils étaient exposés
à la chaleur du jour, ils avaient le plein air pour en tempérer
la rigueur. Ils étaient assis sur la pierre; mais celle-ci était
taillée suivant des plans bien conçus, comme on le voit au
théâtre d'Epidaure ,
oeuvre de Polyclète. La circulation se faisait aisément par
les chemins qui montaient de l'orchestre aux gradins les plus élevés.
Et le spectateur pouvait en outre prendre le frais sous une colonnade qui,
le plus souvent, régnait au haut de l'amphithéâtre,
d'une aile à l'autre.
L'illusion scénique semble également
avoir été entendue tout autrement que chez nous; en effet,
d'une part, il n'est pas croyable que les décorateurs aient poursuivi
une représentation pour ainsi dire servile de la nature, laquelle
ont été à peine possible sous la lumière du
Soleil; ils ont dû, par conséquent, s'en tenir à de
certaines conventions qui leur permettaient de simplifier leurs moyens
et leurs ressorts. D'un autre côté, l'esprit artiste des Grecs
n'eût jamais souffert qu'un acteur vint, avec sa figure, représenter
sur la scène un dieu, un héros, ou un être idéal;
on comprend, en effet, qu'il eût paru fort déplacé
au milieu d'objets qui avaient un sens trop étendu et trop général
pour que sa personne pût se rencontrer parmi eux; enfin comprend-on
qu'un peuple réellement artiste eût supporté, au milieu
d'événements divins et sous un costume héroïque
ou même céleste, Ie visage d'un homme que l'on rencontrait
chaque jour dans la rue?
L'art dramatique fit donc usage du masque
de très bonne heure; il ne tint nul compte de l'expression des traits
du visage sur la scène, et trouva plus avantageux de les cacher
sous une figure immobile douée d'une expression générale
et appropriée au personnage et à l'ensemble des événements.
Le masque avait pour effet de dénaturer les proportions du corps
humain et de grossir monstrueusement la tête : de là naquit
le besoin d'élever la taille de l'acteur
au moyen du brodequin appelé cothurne, et d'allonger les vêtements
en proportion. En somme, le personnage paraissait plus grand que nature,
sa voix était amplifiée, son visage réduit à
un type connu du peuple, ses gestes rendus plus lents et plus solennels;
ces changements n'avaient aucun inconvénient, puisqu'ils rapprochaient
l'acteur de l'idée qu'on se faisait vulgairement des héros
et des dieux. Ces conditions scéniques imposées aux poètes
les obligeaient à ne point rechercher les petits moyens d'action,
et à ne compter que sur les grandes péripéties et
sur la force même du drame.
Les dimensions des théâtres
antiques imposaient aux poètes et aux acteurs les mêmes nécessités.
Celles de nos théâtres modernes n'en donnent qu'une très
faible idée. Non seulement on ne voyait aucune construction ou garniture
analogue à nos loges et à nos galeries, mais la commode disposition
du théâtre en gradins concentriques permettait à la
fois de loger le plus grand nombre possible de spectateurs sur un espace
donné, et d'étendre vers le haut cet espace à fort
peu de frais. Ainsi, les gradins du théâtre de Dionysos à
Athènes
pouvaient contenir 30 000 spectateurs; ceux d'Epidaure
avaient 146 m de diamètre; ceux de la petite ville de Sicyone ,
130 m, ceux d'Éphèse ,
214 m, et pouvaient contenir 150 000 spectateus.
La voix de l'acteur, amplifiée par
le masque, renvoyée par les constructions de la scène, et
concentrée par la galerie supérieure, devait remplir cette
immense enceinte; la forme évasée que présentait l'ensemble
des gradins était très heureuse pour l'acoustique, à
laquelle, d'ailleurs, nous savons que le plein air ne faisait aucunement
obstacle. Le grand nombre des spectateurs et les vastes dimensions qu'il
imposait aux théâtres avaient plusieurs causes chez les Grecs
: d'abord, les représentations dramatiques faisaient partie d'une
fête
religieuse, et étaient un usage sacré auquel l'art des
poètes donna une puissance nouvelle sur les esprits; en second lieu,
ces représentations étaient rares dans l'année et
non quotidiennes comme chez nous, ce qui nécessairement devait attirer
un grand nombre de personnes, préparées d'ailleurs par leur
éducation à comprendre même les chefs-d'oeuvre de l'art
le plus élevé; enfin l'entrée au théâtre
était gratuite, et permise aux hommes de toute condition.
Cette institution des théâtres,
dont les villes faisaient les frais, était donc entièrement
démocratique. Elle ne l'a jamais été chez les modernes,
et il est même à remarquer que les nouveaux théâtres
construits chez nous éloignent de plus en plus par le prix des places
les personnes que leur fortune trop médiocre retient chez elles;
l'argent règne au théâtre. Les Grecs seuls, et, parmi
eux, les peuples ioniens, les Athéniens surtout avec leurs colonies ,
ont su faire des théâtres de vrais établissements démocratiques
: ce caractère est imprimé à toute l'architecture
des théâtres de la Grèce, aussi bien qu'aux oeuvres
de ses poètes dramatiques.
Italie.
Quand l'art dramatique passa de la Grèce
en Italie
et se fut établi dans Rome ,
son caractère religieux disparut d'abord. On alla au théâtre
pour se récréer; les représentations furent données
au public le plus souvent pour briguer ses suffrages; les théâtres
furent élevés par de riches particuliers pour les plaisirs
des électeurs populaires; le métier d'acteur fut avili, et
l'auteur même fut soumis à une censure rigide et arbitraire.
Tout le monde, du reste, y fut admis, hommes, femmes et enfants; et pour
ne rien négliger du ce qui pouvait relever les donateurs aux yeux
du peuple, on y déploya une magnificence inconnue aux Grecs. Tels
furent le théâtre de Scaurus, celui de Pompée.
Plus tard on en construisit dans tout l'Empire. Ce fut sur le modèle
des théâtres grecs : seulement,le caractère sacré
ayant disparu et avec lui l'origine même de l'art
dramatique, il n'y eut ni thymélé ni choeurs; l'espace
vide laissé par l'orchestre fut occupé par l'aristocratie
romaine, tandis que les gradins l'étaient par le peuple. On peut
donc regarder les théâtres romains comme ayant formé
la transition entre ceux de la Grèce et les théâtres
modernes.
Les
odéons et les amphithéâtres.
Aux théâtres on doit rattacher
un genre d'édifices qui s'en rapprochaient beaucoup : ce sont les
odéons
ou théâtres de musique. Le plus
célèbre fut l'Odéon de Périclès
à Athènes .
Les concours musicaux n'ayant point une origine sacrée, il n'y eut
pas là d'autel de Bacchus; et comme on y allait pour entendre et
non pour voir, on n'eut pas besoin de disposer les places en gradins. De
plus, les dimensions de ces salles étant loin d'égaler celles
des théâtres, on put les couvrir d'un toit de forme circulaire,
et donner à tout l'édifice la forme d'une rotonde. On voit
par quels côtés les salles de musique se rapprochaient des
théâtres et par quels côtés elles s'en éloignaient.
L'amphithéâtre
romain, entièrement inconnu des Grecs, n'est au fond qu'un théâtre
où les épiscénia ont été supprimés
avec la scène même, ce qui a permis de doubler les gradins
et d'en former une enceinte unique et continue, presque toujours ovale,
et où l'orchestre également doublé s'est trouvé
transformé en arène on espace sablé; et comme il n'était
guère possible d'adosser un tel édifice à une colline,
on l'éleva de toutes pièces sur un terrain plat, avec cet
art des constructions voûtées qui, dans les ruines romaines,
fait encore l'admiration des modernes. (Em. B.).
Théâtres
modernes.
On ne saurait déterminer d'une
manière précise l'époque de la construction des premiers
théâtres en Europe
pendant le Moyen âge .
Les Mystères se représentaient
sur des échafaudages dressés dans les places publiques ou
dans de vastes salles. Ce fut seulement an XVIe
siècle que des architectes italiens édifièrent des
théâtres fixes. Tel fut celui que Bramante
construisit en pierre, et dans la forme des théâtres antiques,
à l'extrémité de la grande cour du Vatican .
Palladio éleva à Vicence, en 1580, toujours d'après
les modèles laissés par les Anciens, mais en ajoutant une
toiture, un théâtre que l'on conserve encore aujourd'hui avec
un soin religieux. II est de forme demi-ovale; la scène offre 7
rues, avec des palais, des temples, des arcs
de triomphe en relief; mais ces édifices étant nécessairement
petits, le coup d'oeil est d'un mauvais effet. Vincent Scamozzi modela
également sur l'antique, avec plus de rigueur encore, le théâtre
de Sabionnetta; en lui donnant la forme demi-circulaire, il rendit la scène
visible pour tous les spectateurs. En 1618, J.-B. Aleotti construisit le
théâtre de Parme, dont la forme générale est
un hémicycle prolongé par des lignes droites : autour du
parterre est un vaste amphithéâtre,
surmonté de deux galeries ornées de colonnes
et d'arcades; au-dessus est un acrotère
avec des figures qui semblent porter le plafond;
l'avant-scène offre deux rangs de niches ajustées avec de
petites colonnes qui rappellent en grande partie la décoration des
scènes antiques; vers les deux faces, en retour de l'avant-scène
et en retour avec les loges, sont deux arcs de triomphe surmontés
de figures équestres.
Le
XVIIe siècle.
La disposition des théâtres
antiques ne pouvait pas convenir aux usages modernes. On ne tarda pas à
remplacer les gradins par des rangs de loges ou des balcons, et la scène
devint plus profonde, afin de faire jouer les machines et de produire des
effets pittoresques. Au XVIIe siècle,
toutes les villes d'Italie
voulurent avoir leur théâtre fixe, et ces théâtres
furent construits à peu prés sur le plan que nous avons conservé
jusqu'à présent. Toutefois, si l'on excepte le théâtre
de Saint Charles à Naples
et celui que Galli da Bibiena éleva à Bologne
vers 1763, les anciens théâtres italiens ne présentaient
pas les conditions que l'on exige aujourd'hui : point de façade
extérieure qui les caractérise; point de portique pont tenir
la foule à couvert avant l'ouverture de la salle; point d'abri pour
descendre de voiture, ni de rayer pour au promenade des spectateurs pendant
les entractes; point de café à l'intérieur.
En France ,
ce ne fut guère qu'au XVIIe siècle
que l'on bâtit des théâtres durables. Un des premiers
et des plus importants fut le théâtre construit dans Ie Palais-Royal
par ordre du cardinal de Richelieu : l'intérieur
de la salle consistait en 27 gradins et 2 rangs de loges; la noblesse occupent
les banquettes sur les côtés et l'avant scène; dans
les gradins, les femmes de la cour se faisaient apporter des fauteuils
ou des chaises; au parterre, on restait debout. Les autres salles ont dû
présenter à peu près les mêmes dispositions.
Les représentations n'avaient encore lieu alors que pendant
le jour : les ordonnances de police prescrivaient de finir les
spectacles, en hiver, à quatre heures et demie. Louis
XIV fit construire aux Tuileries ,
par l'architecte italien Gaspard Vigarani, une salle de style composite
qui occupait toute la largeur du pavillon Marsan. La scène
avait 44 m de profondeur, 10,66 m d'ouverture, et 11,33 m de hauteur;
le dessus, pour la retraite des décorations, était de 12,33
m, et le dessous de 5 m. La partie livrée aux spectateurs
avait 16,33 m de largeur, sur 31 m de profondeur; la hauteur du parterre
à la voûte était de 16,33 m. Quand on donna les
représentations le soir, il fallut éclairer les salles de
spectacle : de là l'emploi du lustre. On éclaira également
la rampe, et tout d'abord avec des chandelles, car la salle de l'Odéon,
à Paris ,
fut la première où l'on employa des lampes ou quinquets en
1784.
La
nouvelle géométrie des théâtres.
Les dispositions des théâtres
modernes sont à peu près les mêmes dans tous les pays
d'Europe .
Cependant, l'emploi des balcons appartient plus spécialement aux
peuples du Nord, et les loges fermées à ceux du Midi. Les
Italiens ne connaissent pas ces longues galeries qui, en France ,
font le tour de la salle en avant des loges. En Espagne ,
jusqu'à la fin du XVIIIe siècle,
les salles de spectacle ont été carrées : au-dessous
des trois rangs de loges il y avait un amphithéâtre où
se plaçaient les femmes; dans toute la façade du fond étaient
des galeries grillées, réservées aux moines, et le
parterre était disposé en gradins, avec un espace libre au
milieu, qui répondait à l'orchestre antique.
Après bien des tâtonnements
et des expériences, il a été reconnu que la meilleure
forme pour les théâtres modernes est la forme elliptique.
Tout spectateur, en se rendant au spectacle, se propose d'entendre et de
voir; or, l'ellipse est la courbe la plus favorable
à la libre circulation du son, et la disposition des loges et des
galeries sur cette courba est la plus avantageuse pour unir sur la scène.
Si, après avoir fixé les deux foyers de l'ellipse, on
tire une ligne parallèle au petit diamètre et au quart de
la longueur du grand, la longueur de cette ligne donne exactement les meilleures
proportions de l'ouverture de l'avant-scène. Si l'on tire au delà
de l'avant-scène une ligne parallèle au petit diamètre
de l'ellipse et au huitième de la longueur
totale du grand diamètre, si l'on tire ensuite deux lignes des extrémités
du petit diamètre et passant aux extrémités de la
ligne parallèle, le point d'intersection de ces deux lignes obliques
donne celui de la profondeur nécessaire du théâtre,
tant sous le rapport des rayons visuels que sous celui des lignes acoustiques.
Il n'est guère possible, pour que les acteurs soient entendus, de
donner plus de 25 m à la salle, depuis l'avant-scène jusqu'au
fond des loges du point opposé.
Pour que des places latérales les
plus élevées les spectateurs puissent voir convenablement
sur la scène, il faut que le rang de loges ou de galerie le pluss
élevé de la salle ne surpasse pas en hauteur les deux tiers
de la longueur totale de cette salle. C'est d'après ces principes
qu'ont été construits beaucoup de théâtres italiens,
qui peuvent servir de modèles, tels que : l'ancien théâtre
de Fano, bâti sur les dessins de Torelli; celui de Mantoue ,
dû à Galli da Bibiena; celui d'Imola, oeuvre de Cosme Morelli;
le théâtre San-Benedetto à Venise ,
et la salle Argentina, à Rome ,
que le comte Teodoli a faite sur le même modèle; le grand
théâtre de la Fenice, à Venise, construit par Selva;
celui de la Scala, à Milan ,
par Piermarini; le théâtre de Parme, par Bettoli, etc. Les
avantages de la forme elliptique étant connus, il en résulte
que le plafond d'une salle de spectacle, surtout d'une salle d'opéra,
doit être tracé sur une courbe elliptique, qu'il faut se garder
d'interrompre par une ouverture au centre, comme on le fait sous prétexte
de favoriser le renouvellement de l'air dans la salle : avec cette forme,
il favorise autant que possible la circulation du son. Par suite, le plafond
doit offrir une surface plane, nue pour ainsi dire, dépouillée
de ces compartiments et autres fantaisies architecturales qui n'ont d'autre
effet que de dénaturer la masse du son, de la disperser, et de donner
aux voix un caractère différent en divers points de la salle.
II est encore une forme que l'on peut donner
aux théâtres avec avantage : c'est celle du cercle,
tronqué vers le quart par l'ouverture du proscenium, et au cinquième
par celle du rideau. Elle a été adoptée complètement
ou à peu près au théâtre Saint Charles de Naples ;
au théâtre de Bordeaux ,
construit par Louis; au Théâtre Français de Paris ,
ouvrage du même architecte, mais où l'on a un peu perdu de
la propriété du cercle par une trop grande élévation
intérieure; dans la même capitale, au théâtre
de la Porte-Saint-Martin, par Lenoir; au théâtre des Variétés,
par Cellerier; au théâtre de l'Opéra, rue Le Peletier,
par Debret. On a fait à Londres un essai bizarre, et sans succès,
celui d'une salle en forme de porte-voix, dont la partie la plus resserrée
est vers la scène : si cette disposition a pu être déterminée
par des raisons d'acoustique, elle privait entièrement des propriétés
de l'optique les parties latérales de la salle.
D'autres
améliorations.
Une des erreurs les plus grandes des architectes
dans la construction des théâtres a été de séparer
la scène et le reste de la salle par un mur avancé ou par
une masse solide, soit que cette masse soit arrondie en forme d'architrave,
soit qu'elle forme un encadrement. Ce mur ou cette masse solide est un
repoussoir qui d'une part rejette en arrière la voix des acteurs,
et de l'autre produit une répercussion des effets de l'orchestre,
laquelle dénature la qualité du son et ne le fait parvenir
que réfléchi jusqu'au public. De même, les colonnes
placées communément aux loges de l'avant-scène, avec
leurs chapiteaux et l'espèce de fronton qu'elles supportent, non
seulement interrompent la ligne acoustique et gérant les effets
de la vision, mais encore forment des gouffres où le son s'engloutit.
Cet inconvénient a disparu dans le Théâtre du Châtelet,
ouvert à Paris en 1862 : l'architecte, Davioud, a prolongé
jusqu'à la scène les galeries des spectateurs.
Ce théâtre a présenté
une autre innovation, qui était toute une révolution dans
le système d'éclairage des salles : l'énorme lustre
qui intercepte la vue à un certain nombre de spectateurs des galeries
supérieures, et d'où se dégageait, surtout depuis
l'emploi du gaz, une chaleur suffocante, a été supprimé;
le plafond de la salle est formé par un immense verre ovale, dépoli
et ciselé, au-dessus duquel furent concentrés de nombreux
becs de gaz, et la lumière arrivait en quelque sorte tamisée
et singulièrement adoucie. Ce système d'éclairage
fut encore adopté au Théâtre-Lyrique de la place du
Châtelet; du même artiste, ainsi qu'au théâtre
de la Gaîté, sur le square des Arts et Métiers, l'un
et l'autre construits aussi en 1862. Au théâtre de la Gaîté,
l'architecte, a introduit quelques modifications heureuses : la décoration
du plafond a la forme d'une véla disposée en panneaux; au
centre est un grand cercle, rempli par une sorte de cul-de-lampe en verre
dépoli et en cristaux, et fixé un peu en contre-bas du plafond,
de sorte que la lumière se projettait mieux dans la salle.
L'acoustique.
Tous les matériaux ne peuvent être
employés indifféremment dans les constructions intérieures
d'une salle de spectacle. Il faut qu'une salle soit sonore, et qu'elle
vibre dans son ensemble à peu près à la manière
d'un instrument : la pierre, le fer et les autres métaux, ne vibrent
pas harmoniquement; et répercutent avec dureté; le bois,
au contraire, et surtout le bois léger, tel que le sapin, a toutes
les qualités propres à donner des vibrations faciles, et
conséquemment à seconder la sonorité de la salle.
II suit de là que toute enceinte intérieure de salle de spectacle
doit être faite en bois de cette espèce : plus le bois est
compact; moins il facilite la résonance; par conséquent;
le chêne, l'orme, le charme doivent être rejetés; le
hêtre est admissible.
La difficulté de disposer convenablement
l'orchestre pour la bonne résonance est assez grande. S'il est trop
bas à l'égard de la scène, il devient sourd, et ne
forme point un tout homogène avec les voix; s'il est assez élevé
pour l'effet musical, il devient un obstacle à la vue des spectateurs
les plus rapprochés de la scène. La meilleure position, sous
le rapport de l'homogénéité des sons, est celle où
l'extrémité du plancher de l'orchestre opposée à
la scène forme avec le plancher de avant-scène un angle d'environ
25 degrés : mais il n'est possible d'élever autant l'orchestre
qu'en donnant aussi beaucoup d'élévation su fond du parterre,
afin d'obtenir une pente douce qui permette aux spectateurs les plus voisins
de l'orchestre de voir la scène sans obstacle. (B.). |
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