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Mithra
Le Mithriacisme
Mithra est le nom d'une divinité d'origine indo-iranienne, adoptée par la suite dans le monde gréco-romain, et dont le culte, appelé mithriacisme ou religion de Mithra, passe généralement pour être une dérivation du Mazdéisme. Aux yeux des Perses, ce dieu était le premier des anges ou Izeds, ou comme une personnification d'Ormuzd lui-même, considéré comme principe générateur perpétue et rajeunit le monde. C'était l'lzed du Soleil, et, comme tel, le dieu de la lumière. En conséquence, il était l'ennemi des ténèbres, d'Ahriman et des Démons ou Devs, le dieu qui fécondait la Terre, et résumait en lui toutes les forces productives de la nature. On le considérait aussi comme le médiateur de la création. Espèce de providence, Mithra parcourait incessamment l'espace, voyant tout, entendant tout, gardant toutes les créatures, donnant la prospérité aux hommes, de même que la fertilité à la Terre; il pesait les actions humaines, à l'entrée du pont qui conduit à l'éternité. On l'invoquait trois fois par jour; un des mois de l'année lui était consacré, et dans chaque autre mois, un jour.

Originaire de l'Iran, le culte mithriaque se répandit dans la haute Asie et en Asie Mineure, d'abord par les conquêtes de Darius, fils d'Hystaspes, puis par les bouleversements qui suivirent la mort d'Alexandre. Sous les Lagides, il s'introduisit en Égypte. Enfin, il pénétra en Italie après les guerres du Pont et de Cilicie vers 67 av. J.-C., et plus tard, bénéficiant de sa forte implantation dans l'armée romaine, il s'étendit jusque de ville de garnison en ville de garnison jusqu'en Gaule et en Germanie ainsi que l'ont prouvé divers monuments relatifs à ce culte découverts dans ces contrées. Longtemps proscrit, il finit par obtenir une grande faveur, surtout sous les règnes de Claude, de Néron et de Commode.

Dans l'empire romain les adorateurs de Mithra formaient comme une société secrète. Les initiés étaient soumis à des épreuves très rigoureuses, après lesquelles on leur conférait une sorte de baptême. On les marquait ensuite d'un sceau, puis ils étaient couronnés et armés. Cette dernière cérémonie terminée, les assistants les saluaient du titre de frères d'armes. Toute la confrérie mithriaque se divisait en sept degrés ou grades, selon le nombre des planètes, formant une échelle aux sept échelons, et placées sous la protection de sept divinités (Saturne, Vénus, Jupiter, Mercure, Mars, la Lune, le Soleil). Ces grades étaient, en allant des plus bas aux plus élevés, ceux des soldats, des lions ou hyènes, des corbeaux, des griffons, des perses, des soleils et des pères. Ceux qui parvenaient à la plus élevée portaient le titre de pater patratus ou grand pontife. Les mystères mithriaques se célébraient dans des grottes et dans des antres. A Rome, le temple de Mithra était creusé sous le mont Capitolin. Il paraît que d'abord on offrait au dieu des sacrifices sanglants. Les Perses lui sacrifiaient des chevaux; on prétend que l'empereur Commode lui immola des hommes. Plus tard, ces sacrifices sanglants furent remplacés par une oblation de pain, d'eau et de vin. Ce culte fut détruit au IVe siècle. (A19).

Le Mithra iranien

Dans les anciennes inscriptions perses, il fait partie, avec Ahura Mazda et Anahita, de la triade des divinités protectrices des Achéménides. Un grand nombre de noms théophores de l'époque achéménide (Cumont, Textes et Monuments relatifs au culte de Mithra, p. 76, n° 1 et suiv.), quelques passages des historiens grecs (Hérodote, 1, 131, etc.) attestent l'antiquité, l'importance et la continuité de son culte. Il donnait au roi, prêtre ou acteur, un privilège singulier (Ctésias et Douris). La fête des Mithrakana, célébrée le 16e jour (consacré à Mithra) du 7e mois, mois de Mithra (17 Septembre - 17  octobre), donnait lieu à des cérémonies pompeuses (Strabon, 11, 14, 530 c); elle continua à être célébrée dans la Perse musulmane sous le nom de Mihragân. Enfin, Mithra est un des dieux de l'Avesta. Tout un Yasht lui est consacré (Mihir, Y.10); mais il est relégué, avec les autres divinités de la nature, parmi les esprits subordonnés, les Yazalas.

Mithra est la lumière distincte du Soleil, de la Lune et des étoiles; lumière vivifiante, créatrice, bonne. Son nom Mihir signifie l'ami - et de là dériverait le sens que l'on donne généralement aussi bien au nom qu'à la fonction de Mithra : il serait le dieu de l'engagement mutuel et, dans une acception plus large, celui de "l'accord entre les parties du cosmos". C'est le côté moral de sa nature qui a surtout été développé par les Zoroastriens

« La lumière qui voit tout est l'emblème de la vérité, et c'est surtout comme témoin universel que Mithra est devenu l'incarnation céleste de la conscience et de la vérité. [...]. Témoin des contrats, il observe qui les garde et qui les viole, il châtie ceux qui mentent à Mithra (Mithrô-Druj) » (Darmsteter, Zend Avesta, II, 141, 142). 
L'on fait serment en son nom (Plutarque, etc.). C'était encore un dieu guerrier et victorieux (invictus dans les inscriptions latines). C'est par erreur que Hérodote (1, 131) invente un Mithra femelle. 

Propagation du culte de Mithra

Si Mithra a souffert de la formation de l'orthodoxie zoroastrienne, il a trouvé des adorateurs dans le monde sémitique, grec et latin; il y éclipsa Ahura Mazda et les autres dieux avestiques. Il s'est formé, à  l'Ouest de l'Iran, une religion de Mithra qui n'est plus complètement iranienne. Les mages entrèrent d'abord à la suite des conquérants perses dans les provinces de l'Asie antérieure. Le culte de Mithra s'implanta dans la Mésopotamie avec celui d'Anahita, et ils s'y naturalisèrent si bien que certains auteurs leur ont attribué une origine assyrienne (Bérose, Nonnos, Hérodote, etc.). Mithra avait un temple à Babylone, et, à l'époque romaine, la Chaldée était la terre sainte des Mithriastes (Lucien). Les Achéménides introduisirent le culte de Mithra en Arménie (Strabon, Dion Cassius, etc.), en Cappadoce (Strabon) et dans le Pont (Strabon). Les dynastes d'Asie Mineure, plus ou moins Perses ou même Achéménides, les Mithridates, se faisaient des titres de noblesse de leurs dévotions iraniennes; Antiochus de Commagène élevait une statue à Mithra-Helios-Hermès (Inscr. de Nimrud-Dagh). 

Enfin les pirates de Cilicie comptaient des adorateurs de Mithra (Cumont, Roscher's Lexicon, II, 3032). Les Mithrakana sont mentionnés dans une inscription d'Amorion en Phrygie, mais c'est assez tard seulement que le culte de Mithra fut pratiqué dans l'Ouest de l'Asie Mineure, en Syrie et en Égypte; il y eut, sous l'Empire romain, des mithraeums à Sidon, à Alexandrie, à Memphis (Cumont). Plutarque raconte (Pompée, 24), qu'au Ier siècle avant notre ère les pirates ciliciens adoraient Mithra sur le mont Olympe; mais, en somme, le monde hellénique l'ignora (sur la côte de la mer Egée, une seule inscription au Pirée).

Que les pirates ciliciens, comme le veut Plutarque, aient été auprès des Romains les apôtres de Mithra, on peut en douter; mais quand, au Ier siècle de notre ère, toute la Cilicie, la Cappadoce, la Commagène et la Petite-Arménie furent devenues des provinces romaines, on commença à connaître les mystères de Mithra en Occident (Stace, Thébaïde, I, 717). Les plus anciennes dédicaces romaines à Mithra sont de la première moitié du IIe siècle (époque de Trajan, premières années d'Hadrien). Son culte fut pratiqué d'abord et surtout dans l'armée, où il fut introduit par les auxiliaires orientaux (Cohortes Commagenorum et Osrhoenorum). Le plus grand nombre des monuments mithriaques latins se trouve dans les cantonnements des légions, sur la frontière, depuis l'embouchure du Danube jusqu'à celle du Rhin, en Mésie, en Dacie, où Trajan appela des colons ex toto orbe Romano, en Pannonie, particulièrement à Carnuntun, garnison de la 15e légion Apollinaris, dans le Norique, en Germanie; - sur la côte de la Manche aux escales de la classis Britannica (Gesoriacum), en Bretagne, dans les forts du vallum d'Hadrien et dans les garnisons; - en Afrique, dans les campements de la 3e légion jusqu'à la limite du désert. - Les vétérans rapportaient dans les provinces du centre les cultes militaires.

D'autres missionnaires, plus nombreux, furent les esclaves. Les conquêtes de Trajan jetèrent sur les marchés des foules de mithriastes. Les monuments consacrés à Mithra devinrent nombreux dans les ports de la Méditerranée. A Rome, 150 inscriptions et bas-reliefs rappellent le grand nombre des fidèles et le succès de la propagande. Les esclaves des latifundia, les employés non libres ou d'origine servile de l'administration provinciale ou impériale portèrent le culte dans les campagnes.

Cette religion de petites gens s'enrichit et s'anoblit avec les affranchis. Elle compta parmi ses zélateurs des augustales, des décurions. Un citoyen, dès le temps de Marc-Aurèle, lui consacra un sanctuaire somptueux à Ostie. Enfin, la fantaisie d'un empereur la naturalisa romaine. Commode se fit initier à ses mystères et, à sa suite, des legati augusti, des legati legionis, des préfets, des tribuns, plus tard des perfectissimi et des clarissimi. Au IIIe siècle, la familia impériale célébrait les mystères publiquement et officiellement. Aurélius organisa le culte du Sol invictus. Sous Dioclétien, Mithra était un des patrons de l'empire. Il avait une littérature depuis l'époque des Antonins. Un certain Pallas lui consacra un livre, un Euboulos écrivit une Peri toû Mithra  historian en polloisbibliois (Porphyre, De abst., 4, 16; cf. 2, 56; De antro nymph., 6). Le syncrétisme philosophico-religieux de la fin du paganisme en fit un dieu suprême et synthétique. Les derniers païens l'adorèrent. La noblesse romaine lui resta longtemps fidèle après la conversion de Constantin (Cumont, R. L., 3037). 

Les formes archaïques du culte de Mithra

Les plus anciens documents qui nous en restent sont postérieurs aux conquêtes des Perses. L'Avesta est une édition sassanide d'un texte qui n'est peut-être pas antérieur aux Arsacides. Les mystères de Mithra ne nous sont connus que par des documents gréco-latins dont les plus anciens datent du Ier siècle de notre ère. Peut-être y avait-il une Bible mithriaste ou, tout au moins, mazdéenne, un Avesta rudimentaire : Basile, Eznig l'Arménien, disent formellement que les mages n'avaient pas de livres. Pausanias (v, 27, 5) a vu les mages de Hiérocésarée de Lydie lire dans un livre des hymmes barbares. Mais il n'y avait pas un ensemble canonique, exclusif de livres sacrés. Si dans quelques cérémonies on prononçait des incantations en langue sacrée, il y avait des hymmes mithriaques en langue vulgaire (Firmicus Maternus, De errore profanarum religionum, c. 4). L'écrit mithriaste dont s'est inspiré l'auteur du traité d'Isis et d'Osiris était d'origine cappadocienne. Jamais un livre sacré n'a empêché une religion d'emprunter à ses voisines. Il est naturel que dans la propagation et dans l'établissement du culte de Mithra en Mésopotamie, en Asie Mineure, etc., la légende du dieu, la liturgie et la théologie de ses prêtres se soient modifiées et enrichies. Pour l'époque lointaine des empires assyrien et achéménide, il est difficile d'en avoir la preuve. A l'époque romaine, on voit le culte de Mithra se transformer en culte du Soleil, se doubler d'une philosophie-stoïcienne (Dion Chrysostome, Orat., XXXVI, 39 et suiv.). Dans les monuments mithriastes, tout ce qui peut dire rapproché d'une légende ou d'un type de divinité grecque (p. ex. Gigantomachie) s'hellénise. De même en Asie Mineure, Mithra a revêtu le costume d'Attis. J'essaierai de signaler en passant quelques légendes voisines de la sienne. 

Les mythes et leur figuration

La mythologie de Mithra nous est connue surtout par les monuments figurés. Nous n'avons, par suite, qu'une idée très insuffisante de la signification de certaines scènes caractéristiques.

En voici les principaux thèmes : 

1° Mithra naît d'un rocher comme Agdistis (Paus., 7, 17, 9 et suiv.; Arnobius, Adv. nat., 5, 5) ou comme Erichtonios (Saint Jérôme, Adv. Jovinianum, I). D'après un mythe rapporté par le Pseudo-Plutarque (De fluv., 23, 4), il féconde lui aussi un rocher. Suivant des auteurs arméniens (Eznig, Elisée Vartabed), il est né du commerce d'Ahura Mazda avec sa mère. Quelquefois la figure d'un demi-fluvial rappelle que la scène se passe au bord d'un cours d'eau.

2° Mithra coupe des feuilles et des fruits à un arbre indéterminé (bas-relief de Neuenheim; bas-relief d'Osterburken).

3° Mithra tire de l'arc contre un rocher, et sa flèche fait jaillir de l'eau (bas-relief de Klagenfurt; bas-relief de Neuenheim. ). Un personnage agenouillé semble recueillir l'eau.

4° Il est debout, armé d'un couteau, la main sur la tête d'un personnage agenouillé qu'il semble menacer. Le plus souvent, l'objet que le dieu tient à la main a une forme indéterminée. Ailleurs, Mithra semble poser sur la tête de ce personnage une couronne de rayons. C'est une des scènes les plus fréquemment représentées sur les monuments mithriaques. Elle représente peut-être une consécration du Soleil par sacrifice figuré, consécration ayant pour objet de donner au Soleil sa lumière. Le sens de cette représentation, évidemment, n'était plus compris. Elle est toujours accompagnée des scènes suivantes :

5° Le Soleil et Mithra se tiennent debout se serrant la main.

6° Mithra et le Soleil prennent ensemble le repas sacré. En général, l'un ou l'autre de ces deux thèmes est choisi. Le dernier est le plus fréquent.

7° Mithra est debout sur le char du Soleil, à côté de lui (Mithra = Phaetôn). Dans quelques bas-reliefs, entre la consécration et le repas sacré, est représenté un des épisodes de la chasse du taureau  :

8° Mithra chasse le taureau, il le prend, le saisit par une corne, monte sur son dos, le porte sur ses épaules, et enfin le sacrifie dans la grotte sacrée. Ce dernier motif est le thème principal de l'iconologie mithriaque. Le dieu, flanqué de deux dadophores qui forment avec lui le triplasios mithras (Ps. Dionys Aréop., Epist. 7), un genou sur le taureau, lui plante un couteau dans la gorge et tourne les yeux vers un corbeau, messager du Soleil. Dans la tradition perse, le taureau est la première créature d'Ahura Mazda; son sacrifice est l'origine de la création (Cosmogonie) : de quelques parties de son corps naissent les plantes (sur un très grand nombre de bas-reliefs, sa queue est terminée par un bouquet d'épis); sa semence, purifiée par la Lune, donne la vie aux animaux (Porphyre. De antro nymph., 18). 

Tandis que le scorpion, consacré à Ahriman, essaye de contrarier l'effet du sacrifice et pique les testicules du taureau, le chien et le serpent, qui représentent la terre fécondée, boivent le sang de la blessure. Relevons au passage, que scorpion, taureau, chien et serpent sont des constellations, et notons aussi la ressemblance du mythe de Mithra avec celui d'Aristée, fils du Soleil. Dans Diodore (IV, 82, 1), il offre un sacrifice pour éloigner la peste de Céos; dans Virgile, il tue un taureau pour avoir des abeilles. (Pour une interprétation astronomique du mythe d'Aristée Robert Triomphe, Le Lion, la Vierge et le Miel, Les Belles Lettres, 1989).

Mithra est un dieu créateur (Porphyre, De antro nymph., 24); il sera le rédempteur à la fin des temps, après le sacrifice d'un nouveau taureau; il ressuscitera les morts; c'est déjà lui qui les passe dans l'autre monde (Julien, Conviv.). Est-ce à ce rôle de passeur, d'entremetteur, d'intermédiaire, de Logos qu'il a dû son épithète de mésitès (Plutarque, De Isidle)?


Statue de Mithra, au Vatican.

Je dois mentionner ici les autres dieux du cycle mithriaque. C'est d'abord un dieu à tête de lion, symbole du feu, à quatre ailes, symbole des vents, autour duquel s'enroule un serpent, symbole de la terre. Il porte deux clefs (claviger); à ses pieds est souvent représenté le cratère, symbole de l'eau. La foudre fait partie de ses nombreux attributs. Il représente le temps illimité (Zrvan Akarana). Il est le père d'Ahura Mazda, Zeus Oromasdès (inscr. 1), Zeus ou le Ciel (Hérodote, 1, 131), que l'on retrouve dans les inscriptions latines sous les noms de caelus aeternus Jupiter ou Caelus. Il est représenté quelquefois sur les monuments : il combat les Géants comme le Zeus grec ou le Marduk babylonien.

On trouve quelquefois Ahriman, Arimanius, identifié avec Hadès ou Pluton (bas-relief d'Osterburken). Son épouse, Drufas, est devenue Perséphone ou Hécate. On rencontre Poseidon ou Oceanus (Apanm-Napat), Héraclès ou Arès-Verethragna, qui dans le Mihir-Yasht (18, 70) est représenté comme un sanglier marchant devant Mithra; Ana hita-Diana (bas-relief d'Osterburken), identifiée à la Magna Mater dont les mystères sont liés à ceux de Mithra en Occident; Fortuna Tyche (Hvareno, la lumière, ou Ashi-Vañuhi); Nike (Vanaiñti-Uparatât, nommée dans l'Avesta avec Verethragua); la triple Hécate (Firmicus Maternus, De errore profan. relig., 4); Hephaistos (Atar), etc. 

Dans la grotte où Mithra sacrifie le taureau jaillit une source. La source sacrée est l'un des objets du culte. Naturelle ou artificielle, il doit y avoir dans le temple une fontaine; tout au moins, un cratère la remplace (Porphyre, 1. l,18). Ils représentent dans le culte l'élément humide. Souvent, à côté du cratère, on remarque un lion et un serpent : le lion symbolise le feu (Atar) et le serpent la terre.

Soit sous l'influence chaldéenne, soit par un processus naturel, le culte de Mithra était devenu sinon un culte stellaire, du moins un culte dans lequel intervenait un certain symbolisme astral. Les planètes étaient représentées ou rappelées (7 autels, p. ex. à Sibiu) dans les temples. Les 12 signes du Zodiaque (monument de Heddernheim), les Dioscures, les Saisons (mon. de Heddernh.) font également partie de la suite de Mithra. Les mythes étaient-ils devenus pour une partie des initiés des allégories astronomiques? Mithra y aurait figuré le Soleil, le taureau, la lune, le sacrifice, l'éclipse; Cautes et Cautopates, les deux dadophores assistants de Mithra seraient le soleil levant et le soleil couchant (l'un tient son flambeau levé, l'autre baissé). La grotte où s'accomplit le sacrifice est l'image du monde (Porphyre, De antro nymph., 5). A cette théologie s'était peut-être superposée une sorte d'astrologie, mais pas nécessairement à la façon chaldéenne. 

Le culte

Le culte de Mithra est un culte ésotérique, ce sont les mystères de Mithra. Il y avait, à l'époque romaine, sept degrés d'initiation. Les mystes des différentes classes portaient respectivement les noms suivants (Saint-Jérôme, épit. 107, Ad Laetam) : Corax, Gryphus (ou Gryphius), Miles, Leo, Perses, Heliodromus, Pater. Les trois premiers grades ne donnaient pas la participation aux mystères; on y était admis à partir du grade de Leo; les patres étaient les plus parfaits; ils guidaient les autres (pater leonum) ; le chef de la hiérarchie dans la communauté mithriaque portait le nom de pater patrum ou pater patratus.

Les rites d'initiation nous sont mal connus. Lucien, dans le Ménippe (c. 6), décrit des purifications, ablutions, incantations nombreuses. Tertullien nous apprend que l'on présentait au nouveau myste une couronne et une épée; l'interprétation qu'il donne de ce rite est sujette à caution. On mentionne également d'autres cérémonies à l'explication difficile (Ps.-August., Quast. Vet. Test.). Peut-être l'ascétisme des mithriastes a-t- il été trop vanté (Grég. Naz, Adv. Jul., 1. 70, 89, In s. lumina, 5, etc.). La doctrine centrale des mystères, comme dans les communautés orphiques et gnostiques, devait être une théorie de l'affranchissement de l'âme : l'âme de l'initié gravissait le klimax; eptapylos; (Celse, dans Origène, Contra Cels., VI, 21), correspondant à l'échelle des planètes; elle échappait progressivement à leur influence.

Les cérémonies du rituel mithriaque étaient des sacramenta. Il y avait un baptême (Tertull., De praescr. haeret., 40 ;De bapt., 5), des onctions purificatrices de miel (Porphyre, De antro nymph., 40), une sorte de communion par le pain et l'eau (Just. Mart, Apol., 1, 66); le vin était également bu rituellement par les fidèles et avait, comme le Haoma perse, des effets miraculeux. Quant au taurobole, il était, selon Cumont (R. L., 3064), particulier au culte de la Magna Mater; on peut imaginer toutefois que ce taurobole rituel et le taurobole mythique de Mithra ont une même origine.


La représentation la plus commune de Mithra.

Pour les fêtes, on les ignore. On n'a plus aucune trace des Mithrakana. La fête du Soleil renaissant, célébrée le 25 décembre (Noël), était-elle spécialement mithriaste?

Le culte était célébré dans des grottes naturelles ou artificielles (De antro nymph., 5), et l'on, faisait remonter cet usage jusqu'à Zoroastre. Les sanctuaires du dieu, en Occident, étaient des souterrains : l'on en connait un certain nombre. Au-dessus du sol était une salle précédée d'un portique et nommée apparatorium; un escalier conduisait dans la crypte divisée en trois parties : 1° la cella; 2° deux podiade chaque côté, tout le long de la paroi; 3° l'adyton, un peu plus élevé, portant sur le mur du fond une représentation du sacrifice du taureau; deux autels étaient au fond, devant l'image de Mithra; une petite fosse pour le sang, des récipients pour l'eau lustrale complètent l'aménagement du sanctuaire. Tous sont de dimensions très réduites; ils ne pouvaient pas contenir plus d'une centaine de fidèles. D'ailleurs, une grande partie des adhérents n'y pénétraient pas. Les femmes ne prenaient part qu'au culte de la Magna Mater.  L'Eglise mithriaque avait des prêtres, ordo sacerdotum, distincts des patres. Il y avait des antistites et un summus pontifex (Tertullien, De praescr. haere., 40). Mais la présence des initiés, et en particulier des patres, était nécessaire à l'accomplissement des cérémonies (Acta Bassae). Un certain nombre de fidèles, hommes et femmes, faisaient voeu de chasteté (Tertullien, Habet et virgines, habet et continentes).

Éxtérieurement, les communautés mithriaques ;étaient organisées en sodalicia funéraires avec des dignitaires (magistri, decuriones, defensores, patroni, decemprimi). En somme, au IIIe siècle, l'Église mithriaque ressemblait fort à l'Église chrétienne et professait une sorte de monothéisme syncrétique assez semblable au christianisme. Ils étaient l'oeuvre de la même société, des mêmes idées et des mêmes besoins. Même ésotérisme, mêmes liens entre les mystes (fratres), même morale (Julien, Conviv., p. 336 c), mêmes prohibitions (abstinence, continence, etc.), rites et mythologie analogues (déluge, Dio Chrys., 34, 47; le taureau sur l'arche, etc.),  théologie et  eschatologie similaires, mêmes espoirs, mêmes craintes. Mithra ressemblait fort au Logos. Il avait une adoration des bergers, une Cène, une Ascension (Mithra sur le char Soleil). Son sacrifice créateur et rédempteur ressemblait par plus d'un point à celui du Christ. Les analogies n'avaient pas échappé aux chrétiens et aux mithriastes (Saint Augustin, In Joh. ev. tract., 7, p. 1140); les Pères les expliquaient par des contrefaçons diaboliques (Tertull., De corona, 15, etc.). 

La perte de la Dacie porta un coup au mithriacisme. Après avoir été persécuteur sous Galère et sous Dioclétien (Acta S. Bassae), il fut à son tour persécuté. Il refleurit sous Julien; le patriarche d'Alexandrie, Georgius, qui avait violé un spelaeum, fut mis à mort par la foule (Socr., Hist. eccl., 3, 2). Dans la suite, les mithriastes tombèrent sous le coup des lois sur la magie. On détruisit les spelaea; la découverte d'un squelette dans le mithraeum de Saarburg prouve que ce ne fut pas sans violences. Le manichéisme fut l'héritier du mithriacisme. 
 

Les Monuments

Je ne consacrerai que quelques mots aux monuments mithriaques. A part quelques monnaies de Bactriane et les monuments du Nimrud-dagh , ils sont gréco-romains et d'une assez basse époque, et leur valeur artistique est mince. On peut rapporter à sept types les principaux monuments mithriaques : 

1° Naissante de Mithra ( plus haut);

2° Le taurobole;

3° Le taurobole, flanqué de diverses scènes de la légende de Mithra (bas-relief de Mauls; bas-relief d'Aquilée; bas-relief de Neuenheim, ; bas-relief d'Osterburken; bas-relief de Heddernheim; bas-relief de Sarrebourg);

4° Mithra debout sur le taureau;

5° Mithra et le Soleil devant le corps du taureau (revers du bas-relief de Heddernheim);

 6° Les dadophores;

7° Le dieu léontocéphale. 

Cette dernière figure est une création de la fantaisie orientale, les autres monuments sont d'inspiration hellénique. Les monuments qui représentent le sacrifice du taureau dérivent de la Nike, du temple de la Victoire Aptère. Dans les scènes secondaires, tout ce qui ne se rapporte pas directement à Mithra, à savoir : la Lune, le Soleil, le char du Soleil, la Gigantomachie, est hellénique. (Henri Hubert).


En bibliothèque - Le plus ancien ouvrage qui traite de Mithra est celui de Philippus A Turre, Monumenla Veteria Antii; Rome , 1700, pp. 150 et suiv. - Lajard, Recherches historiques et archéologiques sur le culte de Mithras. Paris, 1837. Du même : Introduction au culte de Mithra, 1847. - Windischmann, Mithra (Abh. D. M. G.), 1858 (sur le culte de Mihra en Iran). -  Franz Cumont, Textes et monuments relatifs aux mystères de Mithra; Bruxelles, 1896. - Du même : The mysteries of Mithra, 1910, réed. : Dover Publications, 1995.

En librairie - Robert Turcan, Mithra et le Mithriacisme, Les Belles Lettres, 1993; Collectif, Sous le soleil de Mithra, Réunion des musées nationaux (beaux-livres), 2001;en espagnol : Casado, El culto de Mithra en Hispania, universidad de Granada.

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Dictionnaire Religions, mythes, symboles
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