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Éclipse - Les éclipses de Soleil et de Lune sont des phénomènes qui ont excité autrefois beaucoup de curiosité et même d'épouvante. Aujourd'hui, la cause de ces phénomènes est tellement connue et facile à préciser, que les astronomes peuvent longtemps à l'avance prédire à une seconde près l'heure exacte du commencement et de la fin d'une éclipse. Aussi pourrait-on imaginer qu'elles ont perdu de leur intérêt fantastique auprès du public, et que les grandes frayeurs ont cessé parce que les calculateurs électroniques et Internet règnent sur le monde. Mais les fantasmes suscités "à l'aube du troisième millénaire" par exemple par l'éclipse du 11 août 1999, complaisamment relayés par les médias, montrent assez s'il en était besoin qu'il n'y a pas de croyance plus absurde que celle qui voudrait qu'il n'y plus aujourd'hui place pour les croyances absurdes (Scientisme). C'est en gardant cette remarque à l'esprit qu'il convient donc de considérer ce que l'on a cru à propos des éclipses en d'autres temps, ou ce que l'on croit encore parfois en d'autres lieux. 

Les Anciens Grecs regardaient déjà ces phénomènes comme les présages des plus grands malheurs. L'histoire nous raconte que Périclès rassura ses marins et ses soldats terrifiés par une éclipse de Soleil. Alexandre, près d'Arbelles, usa de toute son adresse pour calmer la frayeur de ses troupes au moment d'une éclipse de Lune. Sulpicius Gallus, lieutenant de Paul-Emile, prédit une éclipse de Lune qui arrivait le lendemain, et changea en confiance la terreur qu'auraient eue ses soldats.  Les auteurs grecs et latins (Platon, Pline, Tite Live) nous rapportent que l'on faisait grand bruit pendant les éclipses. Les premiers Chrétiens sonnaient les cloches, non seulement pendant les orages (ce qui se faisait encore au XVIIIe siècle), mais encore pendant les éclipses, pour combattre l'action des esprits malfaisants, pour repousser seulement l'obscurité causée par les fantômes, souvenir des génies obscurs qui dévorent la Lune.

Christophe Colomb allait se trouver à la merci des habitants de l'île de la Jamaïque lorsque ses vivres allaient être épuisés quand une éclipse de Lune lui fournit le moyen de sortir d'embarras. Il fit dire aux chefs qu'il allait les livrer aux derniers malheurs s'ils ne lui apportaient immédiatement tout ce qu'il désirait, et qu'il commencerait par les priver de la lumière de la Lune. Les Amérindiens méprisèrent d'abord ses menaces; mais, quand arriva l'éclipse de Lune, ils furent frappés de terreur, donnèrent à Colomb tout ce qu'il désirait et le conjurèrent d'avoir pitié d'eux...

Quand la Lune était éclipsée, les Incas la croyaient malade. Dès qu'un la voyait entamée, l'inquiétude se répandait dans tous les coeurs. Si elle allait disparaître tout entière, ce serait le signe d'une mort certaine, car elle ne pourrait plus se soutenir au ciel, tomberait sur la Terre, écraserait les pauvres mortels et le monde finirait. Aussi, dès que l'on s'apercevait d'une de ces éclipses, dont on ignorait les dates, chacun se précipitait sur les instruments qu'il pouvait trouver sous la main, tambours, trompettes, chaudrons, faisant un bruit épouvantable. Ils attachaient les chiens et les fouettaient pour leur faire pousser des cris de lamentation, persuadés que la Lune aime ces animaux, et que, touchée de leurs gémissements, elle ferait un effort pour se ranimer. 

Au Pérou, encore, pendant les éclipses de Lune, les hommes, les femmes et les enfants criaient avec un ensemble assourdissant : mama quilla! mama quilla! c.-à-d. maman Lune, suppliant les puissances célestes de ne pas la laisser mourir. Quand elle reprenait sa lumière, on louait le grand dieu Pachacamac, soutien de l'univers, qui l'avait guérie, et cette guérison l'avait empêchée de mettre fin à l'existence des hommes. 

Les Hurons et les Caraïbes avaient à peu près les mêmes idées : le terrible démon Mahoya, qui est l'auteur des apparitions effrayantes, des maladies, du tonnerre et des tempêtes, essayait de dévorer l'astre des nuits. Pour mettre le monstre en fuite, on faisait un grand bruit en frappant sur des écorces, sur des timbales, des chaudrons, et surtout en agitant les maracas (calebasses renfermant des cailloux, comme nos clochettes ont des grelots). Les Caraïbes dansent alors toute la nuit, aussi bien les jeunes que les vieux, les femmes que les hommes, sautant les deux pieds joints, une main sur la tête et l'autre sur la fesse, sans chanter, mais poussant des cris lugubres et épouvantables. Ceux qui ont commencé à danser sont obligés de continuer jusqu'au point du jour, sans oser quitter pour n'importe quelle nécessité. 

Les Inuit cachent les provisions et ferment les maisons, de peur que le Soleil ou la Lune n'y entrent. Les humains jettent des cris et frappent des coups retentissants; les femmes tirent les oreilles des chiens. Si ces animaux crient, la fin du monde n'est pas encore proche, car ils existaient avant les hommes, et ont un pressentiment de l'avenir beaucoup plus certain. 

Pour quelques tribus de l'Amérique du Sud, c'est un chien gigantesque qui dévore la Lune pendant les éclipses. C'est un jaguar pour les Guarani du bassin de l'Orénoque, un requin pour les Makkah du détroit de Fuca. Dans certaines sociétés, on tirait des flèches en l'air pour écarter les ennemis prétendus de la Lune et du Soleil. 

Les Scandinaves avaient à peu près les mêmes idées. La Lune et le soleil, Mane et Sunna, qui sont le frère et la soeur, marchent vite, poursuivis par deux loups terribles prêts à les dévorer. Le plus redoutable est Managarmer, monstre qui s'engraisse de la substance des humains approchant de leur fin, mange parfois la Lune, et répand du sang dans le ciel et dans les airs (allusion à la teinte rouge noirâtre de la Lune pendant les éclipses totales). 

En Inde, on conservait au ciel la tête et la queue du dragon qui cherche à dévorer le Soleil et la Lune pendant les éclipses : c'étaient les deux noeuds ou les deux points où l'orbite lunaire perce l'écliptique et où doit se trouver notre satellite pour que l'éclipse puisse avoir lieu. 

On trouve chez les Hébreux une tradition analogue. L'auteur de l'Apocalypse nous représente une femme drapée dans le Soleil, qui a la Lune sous ses pieds et qui porte un diadème surmonté de douze étoiles. Un dragon à sept têtes, capable d'entraîner avec sa queue un tiers des étoiles du ciel, attend le fruit que cette femme va mettre au monde pendant l'éclipse pour le dévorer.

Dans les croyances populaires de Sumatra et de Malacca, l'obscurcissement de l'astre est causé par un grand serpent qui l'entortille dans ses plis. Les Alfourous de Céram croient que la Lune s'endort pendant les éclipses, et battent du tambour pour la réveiller. Les Siamois s'imaginent encore aujourd'hui que les éclipses sont causées par la malignité d'un dragon qui dévore le Soleil ou la Lune; ils font alors un grand trait avec les poêles et les chaudrons pour chasser l'animal pernicieux.

En Chine, depuis longtemps,  les lettrés savent qu'on peut prévoir à l'avance tous ces phénomènes et en calculer le retour. Mais dans ce pays éminemment conservateur, la cour et les autorités de l'empire ont traditionnellement  perpétué les idées des  temps les plus anciens. Une éclipse de Soleil était un avertissement donné à l'empereur pour lui faire examiner ses fautes et les réparer. Si le phénomène est annoncé par l'astronome officiel (les deux astronomes Ho et Hi furent condamnés à mort pour n'avoir pas prévu, comme la loi le leur prescrivait, l'éclipse du Soleil arrivée sous le règne de l'empereur Tchong-Kong vers l'an 2153 avant notre ère), on en donnait avis dans tout l'empire et la cour s'y préparait par le jeûne et la retraite. Au jour fixé, on attendait partout avec anxiété. Dès que l'astre commençait à disparaître, ou à être mangé, suivant l'expression chinoise, l'empereur donnait lui-même l'alarme en battant le roulement du prodige sur le tambour du tonnerre. Les mandarins venus avec leurs arcs et leurs flèches pour secourir l'astre éclipsé tiraient en l'air sans interruption. (L. Barré).

Les éclipses dans la Bible.
Le mot éclipse ne se lit pas dans la Bible. Les Hébreux ne paraissent pas avoir beaucoup philosophé sur les éclipses. Ils les considéraient comme des effets miraculeux et comme des marques sensibles de la colère de Dieu (Joel. II, 10, 51, et III, 13.). Job semble dire que l'éclipse est causée par l'interposition de la main de Dieu entre nous et l'astre éclipsé (Job. IX, 7) : In manibus abscondit lucem, et praecipit ei ut rursus adveniat. Il dit ailleurs (Job. XXXVI, 52) que Dieu fait défense au Soleil de se lever, et qu'il ne se lève pas; qu'il enferme les étoiles, et les met comme sous le sceau. Ezéchiel parle d'une manière plus populaire (XXXII, 7), lorsqu'il dit que Dieu couvre le Soleil de nuages, lorsqu'il nous en dérobe la lumière par une éclipse.

L'éclipse supposée être survenue au moment de la crucifixion de Jésus (Marth. XXVII, 5) est également  présentée comme un miracle, puisque la Lune, étant alors dans son plein (et donc à l'opposé du Soleil), ne pouvait naturellement causer d'éclipse. De plus les éclipses ne durent d'ordinaire qu'environ une heure (et quelques monutes seulement pour la phase de totalité). Celle-ci en dura trois : A sexta hora, tenebrae factae sunt super universam terram, usque ad horam nonam. Origène (in Matth. XXVII), suivi de plusieurs autres, a cru que cette obscurité ne fut que pour la Judée, qui est assez souvent désignée sous le nom de toute la Terre. D'autres auteurs chrétiens croient que tout un hémisphère fut alors couvert de ténèbres. Jules Africain (apud Syncell.), Eusèbe et saint Jérôme (Euseb. et Hieron. in Chronic) ont cité Phlégon, affranchi de l'empereur Hadrien, qui dit qu'en la quatrième année de la deux cent deuxième olympiade, qui est celle où l'on place la la mort de Jésus, il y eut une éclipse du Soleil, la plus grande que l'on eût encore vue, puisqu'en plein midi on découvrait les étoiles dans le ciel. Tertullien (Tertull. Apologet. C. XXI) renvoie les païens aux archives publiques pour y trouver la nuit arrivée en plein midi.

Rufin (Rufin. l. IX, c. VI Hist. Eccl.) fait dire à saint Lucien , prêtre d'Antioche, martyrisé en 312, parlant aux païens : Consultez vos annales, et vous trouverez que lorsque Jésus mourut le Soleil cessa de paraître, et le jour fut interrompu par des ténèbres extraordinaires. Thallus, auteur ancien, est aussi nommé par Jules Africain comme ayant marqué les ténèbres de la passion de Jésus. Le faux Denys l'Aréopagite (Dionys. Areopag. Ep. 7 ad Polycarp.) dit qu'étant à Héliopolis en Egypte, il remarqua l'éclipse arrivée dans cette occasion; et comme il savait que, selon les règles de l'astronomie, elle ne pouvait arriver en ce temps-là, Allophanes, qui étudiait alors dans cette ville avec lui , s'écria : Ce sont là, mon cher Denys, des changements surnaturels et divins; ou, ce sont là des changements des choses divines. Suidas fait dire à saint Denys même : Ou la divinité souffre, ou elle compatit à celui qui souffre. 


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