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Le choix d'un arbre
ou d'un arbuste pour servir d'emblème
religieux politique ou moral, était un usage chez dans beaucoup
de sociétés anciennes et modernes. Il pouvait s'agir d'un
arbre en particulier, comme Yggdrasill, le
frêne qui, dans la Mythologie nordique
reliait la terre au ciel
et aux enfers. Il pouvait aussi s'agir d'arbres
différents, attributs des dieux, comme
en Grèce ( Mythologie
grecque). L'olivier y était ainsi
consacré à Athéna, la myrte
à Aphrodite, la vigne à Dionysos,
le laurier à Apollon,
le cèdre aux Euménides, le figuier
à Arès, le peuplier à Heraclès,
le pin à Poseidon, le chêne
à Zeus.
Athènes
affectionnait évidemment l'olivier d'Athéna : ses médailles
avaient ainsi, les unes la chouette seule, les autres la chouette et l'olivier
réunis. Cependant les platanes y étaient en honneur : au
Céramique
interne, c'est-à-dire dans la promenade des tuileries situées
dans la ville, on remarquait un platane fameux, où les magistrats
chargés de surveiller le costume des femmes affichaient les noms
de celles qui se négligeaient à cet égard, et la peine
qu'on leur infligeait. A côté de la rue sacrée, et
presque entre les deux Céramiques ou tuileries, on trouvait le figuier
sacré, près duquel s'arrêtait le cortège qui
venait de sacrifier à Eleusis .
C'est
ici le cas, rapportait en 1791 l'abbé
Grégoire à qui on a repris une partie du texte, de rappeler
encore une infamie royale. Les figues de l'Attique
étaient très estimées. Athénée
raconte qu'un roi de Perse
ne trouva pas de meilleur moyen pour en avoir sans les payer que de déclarer
la guerre à la Grèce. Sans doute des milliers d'hommes furent
égorgés parce qu'un tyran aimait les figues. L'arbre qui
les produit a conservé sa réputation; et actuellement encore,
en Orient, le figuier pagode est, pour les Indiens, l'objet d'une vénération
religieuse.
Au Pérou, des cérémonies
se déroulaient sous le palta et le lucuna, deux espèces d'arbres
distingués par la bonté de leurs fruits ,
par la beauté de leurs tiges, et qui formaient communément
un bosquet autour des cabanes. En Océanie,
les premiers voyageurs européens ont trouvé l'usage de planter
pour chaque individu un arbre qu'il regardait comme sacré.
Palmyre
et la Judée, les Phéniciens, les Carthaginois et les colonies
fondées par ces peuples en Europe, avaient adopté le palmier
( Palme),
qui par ses espèces très multipliées, nourrit l'homme,
le désaltère et l'habille. Les Babyloniens
en vantaient une, qui au rapport de Pline, leur fournissait 360 sortes
d'utilité, et que par cette raison, ils regardaient comme l'emblème
de leur année, composée d'un nombre égal de jours.
Le palmier figurait encore la durée des états, et sa feuille
était un symbole triomphal ou commémoratif, dont l'usage
s'est perpétué jusqu'à nos jours. Au XVIIIe
siècle, les Juifs des contrées septentrionales de l'Europe
faisaient venir annuellement d'Italie et d'Orient des palmes pour la célébration
de la fête des tabernacles ( Judaïsme).
Dans les catacombes
chrétiennes, les arbres figurés sur les tombeaux sont l'image
du Paradis terrestre. Pendant les premiers siècles
de son existence, le christianisme eut beaucoup de peine à faire
disparaître le culte des arbres et les croyances attachées
aux forêts. Il fut un temps où il
était défendu de planter des arbres dans les cimetières,
non plus pour motif d'idolâtrie, mais pour faire cesser les assemblées
profanes qui se tenaient dans ces lieux consacrés. (E.-H.
V.).
Arbre
de la science / du bien et du mal.
L'arbre du discernement,
plus communément appelé arbre de la science,
ou arbre du bien et du mal, est un symbole introduit par la Genèse ,
(II et III) :
En
plaçant l'homme et la femme dans le jardin d'Éden,
au milieu duquel était planté l'arbre de vie, l'éternel
Dieu
lui permit de manger librement de tout arbre du jardin, à l'exception
d'un certain arbre, qu'il nomma l'arbre de la science du bien et du mal
: Le jour où tu en mangeras, dit-il, tu mourras de mort. Or, le
serpent,
qui était le plus fin de tous les animaux
des champs, dit à la femme : Vous ne mourrez nullement; mais Dieu
sait que, le jour où vous en mangerez, vos yeux seront ouverts et
vous serez comme des dieux, connaissant le bien
et le mal. La femme donc, voyant que le fruit de l'arbre était bon
à manger et qu'il était agréable à la vue,
et que cet arbre était désirable pour donner de la science,
en prit du fruit et en mangea; elle en donna aussi à son mari, qui
était avec elle, et il en mangea. Et les yeux de tous deux furent
ouverts, et ils connurent qu'ils étaient nus, et ils cousirent ensemble
des feuilles de figuier et ils s'en firent des ceintures.
On ferait toute une
bibliothèque avec ce qui a été écrit pour interpréter
ce texte, et tout un musée avec ce qui a été composé
pour le figurer. Nous nous bornons à deux simples remarques : Rien
dans la Genèse n'indique que l'arbre de la science fût
un pommier, ni que le serpent fût le diable
déguisé; au contraire, il est présenté comme
un animal, et la condamnation prononcée centre lui suppose nécessairement
un animal :
«
Parce que tu as fait cela, tu seras maudit entre tous les animaux et toutes
les bêtes des champs; tu marcheras sur le ventre et tu mangeras de
la poussière tous les jours de ta vie. »
Arbre
de Noël.
C'est surtout en
Allemagne et dans les pays scandinaves qu'on trouve l'usage de l'arbre
de Noël anciennement établi. La veille
de Noël au soir, on dresse dans la plus grande chambre de la maison
un sapin orné de pommes et de noix dorées; on le garnit de
bougies, dont la clarté illumine la table chargée de cadeaux.
Il y en a non seulement pour les enfants de la famille, mais aussi pour
les domestiques et les hôtes de la maison. En cette fête intime,
on chante des cantiques
aux mélodies douces et joyeuses; et les vieux, unissant leur voix
à celle des enfants, se retrouvent jeunes. L'origine de l'arbre
de Noël était, dans le passé, communément attribuée
au protestantisme;
Il se distinguerait ainsi du catholicisme,
qui aurait gardé en propre la crèche comme emblème
de la fête. Il y a là une erreur longtemps avant la Réformation,
l'arbre de Noël est mentionné dans les légendes allemandes
du Moyen âge.
Une lettre charmante
de Luther à son fils traduit des impressions
et des visions que le célèbre réformateur doit avoir
perçues en sa propre enfance, devant l'arbre de Noël. P. Cassel
(Weihnachten, Ursprünge, Braüche und Aberglauben; Berlin,
1862) a écrit que, dès les anciens temps, cet arbre fut un
symbole de l'arbre du Paradis, reconquis par
la venue du Sauveur : Ses pommes ne sont plus des fruits de mort, comme
au temps d'Eve et d'Adam;
il porte la lumière et sa verdure ne se flétrit point. Cette
conjecture semble singulièrement subtile et théologique
pour un usage populaire. L'arbre de Noël symbolise simplement un moment
aimable de la vie; les dons qu'il porte sont offerts à tous, comme
marque d'affection et non comme récompense du mérite. Dans
la pensée populaire, c'est l'enfant Jésus
qui les apporte; c'est pourquoi les petits les appellent Christkindchen.
Comme la joie ouvre le coeur à la pitié et à la sympathie,
Noël se fait la fête de la charité; le riche visite l'indigent
et lui apporte de quoi fêter ce jour-là avec ses enfants.
Le mariage de la
reine Victoria
avec le prince Albert de Saxe-Cobourg-Gotha introduisit l'arbre de Noël
à la cour d'Angleterre. L'exemple de la cour fut imité par
le peuple, si rapidement que l'usage semble ancien, tant il est devenu
général. Il a été importé en France
par des familles protestantes d'Alsace
et d'Allemagne, dressé non seulement dans les maisons, mais dans
les écoles et dans les églises; enfin popularisé,
à la suite de la douloureuse émigration, par la Société
des Alsaciens-Lorrains; il est dégagé de tout dogme, mais
garde la pensée originelle : Grâce, paix et joie aux petits
et aux pauvres, sympathie entre tous les hommes de bonne volonté.
(Ch.
Pfender).
Arbres
de la Liberté.
Dans un grand nombre
de communes de France, à l'époque de la Révolution,
on planta des arbres destinés à rappeler, ainsi que de véritables
monuments commémoratifs, l'avènement des libertés
nouvelles. C'est ce qu'on appela dans le langage du temps des arbres de
la liberté. Le premier paraît avoir été planté
à Saint-Gaudent, près de Civray ,
département de la Vienne, par les soins du curé de la paroisse,
Norbert Pressac de la Chagneraye. En mai 1790, le jour de l'inauguration
de la municipalité, il fit transporter par les jeunes gens et les
jeunes filles, sur la place du village, un chêne que l'on y dressa.
Il le bénit et prononça une allocution patriotique finissant
par ces mots :
«
Au pied de cet arbre vous vous souviendrez que vous êtes Français,
et dans votre vieillesse vous rappellerez à vos enfants l'époque
mémorable où vous l'avez planté. »
Ensuite le curé
exhorta ses paroissiens à nommer sur-le-champ des arbitres qui termineraient
amiablement leurs procès. Le conseil fut suivi, et le soir même
tous les plaideurs « s'embrassaient après avoir entendu
leur sentence. »
Le Moniteur
du 25 mai 1790, qui a enregistré cette cérémonie,
en parle comme d'un exemple sans précédent et digne d'être
suivi. Il fut suivi en effet. A Paris ,
dès 1791, on comptait deux cents arbres de la liberté : Louis
XVI en fit planter un dans le jardin des Tuileries;
les particuliers en plaçaient devant leurs portes, dans leurs cours
ou leurs jardins. C'était devenu bien vite un prétexte à
réjouissances et à manifestations. Le jour de l'inauguration,
devant l'arbre enrubanné, fleuri, décoré d'inscriptions,
on prononçait des discours, on débitait des strophes patriotiques,
les enfants chantaient des choeurs; puis la cérémonie s'achevait
par des danses et un banquet. A partir de 1792, l'état des esprits
ayant changé, ces sortes de fêtes prirent un autre caractère.
C'est ainsi que le 20 juin 1792 le bataillon de Santerre amena aux Tuileries
un arbre de la liberté, qu'il se proposait d'élever sur la
terrasse des Feuillants, en souvenir de l'insurrection; mais, la foule
encombrant la terrasse, l'arbre fut planté simplement dans les dépendances
d'un couvent du voisinage. Le mouvement avait déjà gagné
les provinces.
«
En mai 1792, dit l'abbé Grégoire,
à l'époque où nos ennemis redoublaient d'efforts,
on vit dans toutes les communes des arbres élever leurs têtes
majestueuses et défier les tyrans : le nombre de ces arbres monte
(en 1794) à plus de 6 000, car les plus petits hameaux en sont ornés,
et beaucoup de grandes communes du Midi en ont dans presque toutes les
rues et même devant la plupart des maisons. »
Les colonies elles-mêmes
imitèrent la métropole. Le 22 thermidor an Il (9 août
1794), une députation du Sénégal annonçait
à la Convention qu'un arbre de la liberté avait été
élevé à Saint-Louis, « dans l'endroit où
se tenait jadis l'infâme marché de la servitude ».
Il y ont aussi des Arbres de la fraternité. Le plus célèbre
est celui qui fut apporté du bois de Vincennes
sur la place du Carrousel ,
le 28 janvier 1793, et planté solennellement en présence
du Conseil général de la commune et des autorités
de Paris .
Un autre fut placé
à la frontière de la France et du canton de Genève,
par des citoyens des deux pays. Jusqu'alors on avait laissé en cette
matière toute initiative aux particuliers et aux municipalités.
La Convention ne tarda pas à intervenir. Le 3 pluviôse an
II (22 janvier 1794) les « Orphelins des défenseurs de
la patrie » viennent lui demander la permission d'abattre l'arbre
« planté par le tyran » dans le jardin des Tuileries
et de le remplacer. La permission est accordée; puis, sur la proposition
de Dubois-Crancé, la Convention décrète séance
tenante :
«
Que dans toutes les communes où l'arbre de la liberté aurait
péri, il en sera planté un d'ici au 1er germinal (21 mars).
Elle confie cette plantation et son entretien aux soins des bons citoyens,
afin que dans chaque commune l'arbre de la liberté fleurisse sous
l'égide de la liberté française. »
Beaucoup d'arbres, en
effet, avaient péri parce qu'on les avait plantés dans une
saison
défavorable; d'autres, et c'était le plus grand nombre, ayant
été mis en terre sans racines comme les anciens mais, se
trouvaient desséchés on renversés.
Le petit livre de
l'abbé Grégoire, mentionné
plus haut, publié après le décret de pluviôse,
l'Essai historique et patriotique sur les arbres de la liberté
(Paris, an II, in-18.), montre bien quelle place ce grave sujet tenait
alors dans les préoccupations du public. Le livre est divisé
en six chapitres, dont les titres sont parlants :
«
I. Arbres sacrés chez les anciens. - II. Du chêne. III. Emblèmes
de la liberté.- IV. Arbres de la liberté. V. Le chêne
doit être préféré pour l'arbre de la liberté.
- VI. Réflexions civiques sur l'arbre de la liberté. »
Deux citations ne sont
pas superflues. Le choix des arbres faisait alors l'objet de vives controverses
: les uns préféraient le chêne, les autres le peuplier,
dont le nom latin populus prêtait à un calembour symbolique.
Grégoire penchait pour le chêne
«
L'arbre destiné à devenir l'emblème de la liberté,
dit-il, doit être en quelque sorte fier et majestueux comme elle;
il faut donc : 1° Qu'il soit assez robuste pour supporter les plus
grands froids, sans quoi un hiver rigoureux pourrait le faire disparaître
du sol de la République... 2° Il doit être choisi parmi
les arbres de première grandeur..., car la force et la grandeur
d'un arbre inspirent un sentiment de respect qui se lie naturellement à
l'objet dont il est le symbole. 3° La circonférence doit occuper
une certaine étendue de terrain..., ce qui le rendra plus capable
de remuer les sens et de parler fortement à l'âme. 4°
L'ampleur de son ombrage doit être telle que les citoyens trouvent
un abri contre la pluie et les chaleurs sous ses rameaux hospitaliers.
5° Il doit être d'une longue vie... 6° Il faut enfin qu'il
puisse croître isolément dans toutes les contrées de
la République. Or le chêne, le plus beau des végétaux
d'Europe, réunit,... etc. »
La conclusion vaut aussi
Ia peine d'être citée :
«
L'arbre de la liberté croîtra; avec lui croîtront les
enfants de la patrie; à sa présence ils éprouveront
toujours de douces émotions... Là les citoyens sentiront
palpiter leurs cours en parlant de l'amour de la patrie, de la souveraineté
du peuple... Là nos guerriers raconteront les prodiges de bravoure
des soldats de la liberté en combattant les esclaves des rois...
Sous cet arbre se rassembleront ceux qui forment les extrémités
de la vie : J'aidai à le planter, je l'arrosai, dira le vieillard,
en jetant sur le passé des regards attendris. II est dans la vigueur
de la jeunesse, et moi j'incline vers le tombeau... Alors les enfants et
les mères, en bénissant le vieillard, jureront de transmettre
à leurs descendants la haine des rois, l'amour de la liberté...
et l'amour de la vertu. »
Mais tout le monde ne
partageait pas l'enthousiasme de Grégoire.
Plusieurs arbres furent abattus par les contre-révolutionnaires.
Celui de Castres
ayant été renversé, le départ. du Tarn fut
autorisé par la Convention (27 mars 1793) à le rétablir
et à élever « autour » un autel
de la patrie aux frais des coupables. Bientôt on se montra plus sévère
: le 5 septembre, neuf personnes furent condamnées à mort
pour avoir scié pendant la nuit l'arbre de Rouen. On n'en scia pas
moins celui d'Amiens
(novembre). André Dumont, alors en mission dans la Somme, fit célébrer
une cérémonie expiatoire. Quand un nouvel arbre eut été
planté, le tronc de l'ancien fut porté en pompe à
l'hôtel de Ville, couvert d'un drap noir, escorté par la garde
nationale, tandis que la musique exécutait une marche funèbre.
La réaction thermidorienne multiplia les délits contre les
arbres de la liberté. Le Directoire se vit forcé de sévir.
Le 7 germinal an IV (27 mars 1796) il renvoyait devant le tribunal criminel
de Seine-et-Oise les municipaux de Selles-les-Bordes; on avait coupé
et enlevé l'arbre de la commune dans la nuit du 23 nivôse
(11 - 12 janv.) et les municipaux ne s'en étaient pas inquiétés.
Quelques jours plus tard, le Directoire prenait l'arrêté suivant
(25 germinal, 11 avril 1796) :
«
Le Directoire exécutif, informé que, dans plusieurs communes
de la République, les arbres de la liberté ont été
coupés, arrachés ou mutilés; que les auteurs de ces
délits sont évidemment des ennemis déclarés
de la République, et que c'est par erreur que certains tribunaux
ont, soit de leur propre mouvement, soit d'après des avertissements
peu réfléchis, pensé qu'on ne devait les punir que
de la peine déterminée par l'art. 14 du titre Il du décret
du 27 sept. 1791 sur la police rurale; - arrête que le ministre de
la justice prendra les mesures nécessaires pour que les délits
ci-dessus désignés soient poursuivis avec toute l'activité
et punis avec toute la rigueur que prescrivent les lois portées
contre toute espèce de crime contre-révolutionnaire et attentatoire
à la liberté, à l'égalité et à
la souveraineté du peuple français, et ce, nonobstant toute
lettre ministérielle en instruction à ce contraire. »
Ensuite de cet arrêté,
les tribunaux correctionnels furent dessaisis du jugement, de ces délits
(15 floréal an IV, 4 mai 1796). Les attentats se renouvelèrent,
favorisés par la négligence des autorités et surtout
par la réaction de l'esprit public. Le 24 nivôse an IV (13
janvier 1798), les Conseils votèrent une loi pour essayer de mettre
un terme à cet état de choses. Cette loi arrivait trop tard:
l'enthousiasme des premiers temps avait disparu, et des mesures administratives
ne pouvaient y suppléer. Ni le Consulat, ni même l'Empire,
ne firent abattre, comme on l'a prétendu, les arbres de la liberté.
Une lettre de Frochot, préfet de la Seine, datée du 7 brumaire
an X (29 octobre 1801), prouve qu'à cette date l'administration
s'inquiétait encore de les préserver.
Plus tard, sous l'Empire,
on les négligea. La population ne s'en souciait plus; les arbres
morts ne furent pas remplacés, et les travaux d'édilité
en firent disparaître beaucoup d'autres. On en voyait pourtant encore
un grand nombre à l'époque de la Restauration. Le gouvernement
des Bourbons les fit détruire presque
partout. Quelques-uns cependant échappèrent : en 1830, on
en montrait un à Linas, un à Pantin
(Seine-Saint-Denis), deux à Marseille, etc.; ces derniers, deux
chênes magnifiques, étaient encore debout en 1848.
Lors de la Révolution
de Juillet, quelques arbres de la liberté furent plantés
en province; l'autorité les fit enlever promptement pour couper
court aux manifestations républicaines dont ils étaient le
prétexte. En 1848 on les vit reparaître : la France en fut
couverte. Le gouvernement provisoire avait donné le signal en plantant
un peuplier sur la place de l'Hôtel-de-Ville. Bientôt chaque
quartier de Paris
eut son arbre de la liberté : un ancien ministre de Louis-Philippe
en fit mettre un devant sa porte, avec cette inscription : Jeune, tu grandiras.
Puis ce fut le tour des départements, jusque dans le moindre village.
L'autorité encourageait ces cérémonies; le clergé
y participait complaisamment; le peuple y apprenait que ses maux allaient
finir. Mais à partir de 1850, tout changea. A Paris, le préfet
de police Carlier fit abattre, une nuit, les arbres de la Croix-Rouge,
de la rue Furstemberg, de la place du collège Rollin, et dans la
banlieue ceux de Charenton ,
de Ménilmontant, de Belleville. Personne n'osant protester, on enleva
en plein jour ceux du Château-d'Eau, des quais Napoléon et
Montebello, des places Maubert ,
de la Sorbonne ,
de la Concorde ,
de la Bourse ,
de la rue Montmartre, etc. Le peuplier de l'Hôtel-de-Ville
tomba à son tour. Mais ces exécutions avaient à la
longue irrité la population. Quand la police voulut enlever l'arbre
du Parvis-Notre-Dame, la foule s'y opposa. Pour le préserver on
avait suspendu aux branches cette dédicace :
«
A Mgr Affre, pour son dévouement à l'humanité en 1848.
»
L'arbre fut néanmoins
abattu. Dans les départements, les préfets agirent de même.
En 1870, après la proclamation de la République, on planta
de nouveau quelques arbres de la liberté, surtout dans les villes
du Midi.
On a beaucoup disserté
sur l'origine de cette coutume. A l'époque de la Révolution
on la rattachait aux usages du paganisme, aux croyances druidiques,
et C. Grégoire, qui reproduit ces opinions, a jugé bon toutefois
d'invoquer des souvenirs plus récents, tels que le mûrier
de Shakespeare et les deux palmiers de Paul
et Virginie; n'insistons pas sur cette filiation. Il a été
mieux inspiré en rappelant l'orme de Boston, et surtout les maïs
de l'ancienne France. A Boston, dès 1765, les partisans de l'indépendance
américaine prirent l'habitude de s'assembler sous un orme, qui devint
bientôt fameux dans tout le pays. Chaque État voulut avoir
des rejetons de cet arbre; la plupart des. grandes villes de l'Amérique
plantèrent ainsi, avant la France, des arbres de la liberté.
L'orme de Boston fut abattu par les Anglais dans les premiers temps de
la guerre de l'Indépendance; quand Washington rentra victorieux
dans la ville on lui montra avec indignation la place où ce "sacrilège"
avait été commis.
Ces faits étaient
connus en France en 1790. Mais c'est bien plutôt à une coutume
nationale, quoi qu'en pense Grégoire, qu'il convient de rattacher
les arbres de la liberté. De temps immémorial, dans beaucoup
de contrées, le premier jour de mai, les paysans plantaient un arbre
sans racines qu'on appelait le mai. En certains lieux, à Châteauneuf,
par exemple, cet usage était devenu une obligation féodale;
dans d'autres localités on y avait substitué une redevance
en nature. La corporation des orfèvres de Paris ,
jusqu'à 1499, présenta, tous les ans, à Notre-Dame ,
un arbre vert, qu'elle remplaça, à cette époque, par
un travail d'orfèvrerie, puis par des tableaux votifs appelés
tableaux
de mai. En 1610, on planta encore un arbre de
mai dans la cour du Louvre .
Jusqu'au milieu du XVIIIe siècle,
les Bazochiens en plantèrent un, chaque année, dans la cour
du Palais qui reçut de là le nom de cour du mai. A la fin
du XIXe siècle encore, il y avait
des villages et même des villes où, au printemps, les pompiers
plantent le mai. C'est donc bien de ces coutumes qu'on parait s'être
inspiré sous la Révolution. En effet, l'arbre de Saint-Gaudent,
le premier de tous, fut planté au mois de mai 1790. C'est également
au mois de mai, d'après le témoignage de Grégoire
lui-même, qu'en 1792 on plaça des arbres de la liberté
dans la plupart des communes. Enfin il convient de remarquer que la majeure
partie de ces arbres, conformément à la tradition, étaient
des troncs sans racines. (C. G.).
Arbre
(sur
un blason) : nom générique de tout arbre dont l'espèce
n'est pas déterminée. Sauf indication particulière,
il est représenté de sinople (vert); l'arbre sans feuilles
est dit effeuillé; si le tronc est d'un autre émail que le
feuillage, il est futé; si l'arbre porte des fruits apparents il
devient fruité et l'émail du fruit est indiqué; il
est arraché lorsque ses racines paraissent. Il est souvent employé
comme armes parlantes, Son usage est fréquent dans les armoiries
françaises.
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Arbre
du bien et du mal ou arbre adamique - Comme on l'a signalé
plus haut, la Genèse
ne dit rien de la nature de cet arbre; aussi, les artistes se sont trouvés
dans un grand embarras quand ils ont voulu en donner la figure. En général,
les peintres, surtout en Grèce, ont choisi le figuier, à
cause de la douceur et de la quantité de ses fruits.
Au
couvent de St-Grégoire du mont Athos ,
l'arbre de la science est un oranger. Le figuier et l'oranger sont aussi
les deux arbres qu'on a représentés assez volontiers en Italie
comme ayant séduit les yeux et le goût d'Ève
et d'Adam.
En
Bourgogne et
en Champagne ,
la vigne a été quelquefois adoptée par les artistes,
tandis que les sculpteurs et les peintres de la Normandie
ont figuré de préférence un pommier chargé
de fruits vermeils.
Angelus
de Gabrielis a publié dans ses Monumenta cryptarum Vaticam
(pl. 73) une sculpture, provenant des cryptes
du Vatican ,
représentant l'arbre de la science du bien et du mal, et une image
symbolique du mal qu'il a causé; derrière la tige est un
vase d'où sortent quatre branches de lis, sans doute pour figurer
allégoriquement la Vierge, dont Dieu
a fait choix pour sauver les hommes.
Arbre
de Jessé - La représentation de l'arbre généalogique
de J. -C. a été le thème d'une des plus fréquentes
et des plus gracieuses compositions du Moyen âge. On y voit, généralement
dans le bas, le vieux Jessé étendu et endormi, quelquefois
sur un lit, rarement debout ou assis. De sa poitrine ou de sa bouche sort
un arbre d'essence indéterminée : il semble que la vigne
ait été fréquemment employée, mais, le plus
souvent, c'est un arbre de fantaisie chargé de feuilles, de fleurs
et de fruits purement décoratifs; aux XVe et XVIe siècles
pourtant l'arbre devient plus naturaliste. Des branches sortent les rois
de Juda, ancêtres de Jésus, en buste ou en pied, en plus ou
moins grand nombre, suivant les dimensions de la surface à décorer.
Enfin, sur la dernière branche, généralement sortant
du calice d'une fleur, et entourée d'une auréole lumineuse,
la Vierge, en costume royal, tenant l'enfant Jésus dans ses bras.
Parmi
les ancêtres de Jésus, deux sont faciles à reconnaître
: David, par la harpe qu'il tient, et Salomon,
par son costume plus riche que les autres et ordinairement oriental. Souvent,
les personnages sont accompagnés de leurs noms. Quelquefois, surtout
aux XVe et XVIe siècles, tous les rois jouent des instruments de
musique et forment un concert autour du Sauveur. Outre ces représentations
essentielles, on voit aussi figurer dans les arbres de Jessé d'autres
personnages accessoires, tels que les prophètes, les sibylles,
des anges. Souvent, Dieu le
Père et le Saint Esprit dominent la composition. Dans un vitrail
de Saint-Cunibert de Cologne (XIIIe siècle), ce sont des scènes
des Évangiles
qui tiennent la place des rois de Juda; Jésus seul, entouré
des sept dons du Saint-Esprit et tenant une hostie dans sa main, occupe
le haut de la composition.
La
représentation de l'arbre de Jessé ne remonte pas à
une très haute antiquité. Nous savons qu'en 1097, Guillaume
de Tournay fit venir d'Orient un candélabre d'airain en forme d'arbre
de Jessé. Suger (De administr. sua,
ch. I, p. 348) nous dit qu'il y en avait un sur une des verrières
qu'il fit l'aire pour son église de Saint-Denis .
C'est probablement celui qui se trouve encore aujourd'hui dans une des
chapelles absidales de la basilique, et qui est ainsi un des plus anciens,
exemples d'arbres de Jessé que l'on connaisse. Depuis le XIIIe,
siècle, et principalement aux XVe et XVIe, ce sujet devint un des
thèmes de prédilection des artistes. Il fut représenté
de toutes les manières, par la sculpture sur pierre, sur bois ou
sur ivoire, l'orfèvrerie, la peinture murale, la peinture sur bois
ou sur verre, la miniature, etc. Il joue un très grand rôle
dans la décoration des édifices religieux. On le voit souvent
sculpté sur le tympan ou les voussures
des portails .
Au XVe siècle et à la Renaissance, il figure souvent sur
les façades des maisons particulières.
Au
XVIe siècle, les figures des rois sont souvent des portraits de
personnages contemporains, quelquefois de l'artiste lui-même; les
costumes sont souvent d'une extrême richesse. Voici une liste loin
d'être complète, mais qui donnera une idée de ce que
les artistes chrétiens ont su tirer de ce sujet. Du XIIe siècle:
Celui de la basilique de Saint-Denis, cité plus haut. A l'un des
portails du baptistère de Parme, sculpté. Cathédrale
du Mans ,
chapelle du Christ, vitrail. Du XIIIe siècle : cathédrales
de Laon, sculpté sur une voussure du portail principal; de Reims,
ibid.;
de Chartres ,
sur une voussure du portail Sud, et dans une des verrières qui se
trouvent au-dessus de la porte occidentale; d'Amiens, sur une des voussures
du portail principal et dans un vitrail de la chapelle de la Vierge; de
Troyes, un fragment fort beau d'un arbre de Jessé (David jouant
de la rote), dans un vitrail de la chapelle absidale, bâtie par l'évêque
Hervée en 1223. Sainte Chapelle
du Palais à Paris, vitrail du sanctuaire. Miniature du psautier
de saint Louis à la bibliothèque
de l'Arsenal à Paris.
Du
XIVe siècle, dans un psautier de la bibliothèque de Douai
(ms 171), provenant probablement d'Angleterre, où, fol. 1 recto,
un ravissant arbre de Jessé étend ses rameaux sur un B orné
et la vignette de la page.
Du
XVe siècle : peinture murale dans l'église de Cumont (Dordogne).
Id.
dans l'église dite Buurkerk à Utrecht .
En bois sculpté, à Paris ,
à l'angle d'une maison faisant le coin de la rue
Saint-Denis et de la rue des Prêcheurs. Sculpté au tympan
de l'église de Saint-Riquier (Somme). Dans une fenêtre bien
connue de l'église de Dorcester (Angleterre), l'arbre de Jessé
se trouve à la fois sculpté dans les meneaux et peint sur
le verre; caprice d'artiste plus original qu'heureux. Un vitrail dans la
cathédrale de Troyes, peint en 1498 par Liévin Varin, peintre
verrier de Troyes. Miniature dans les Heures d'Anne
de Bretagne. Vitrail daté de 1500 dans l'église de
Bussy-le-Long (Aisne).
Du
XVIe siècle : sculpté au tympan du grand portail de la cathédrale
de Rouen par Pierre Deseaulbeaux par ordre du cardinal
Georges d'Amboise; peut-être ce même Deseaulbeaux est-il aussi
l'auteur d'un grand arbre de Jessé en pierre sculptée qui
se trouve dans la chapelle des fonts de l'église de Gisors (Eure).
Dans le magnifique tympan à jour du portail de la cathédrale
de Beauvais ,
construit par ordre de François ler
mais dont malheureusement les personnages ont disparu.
Sur
un des cadres de confréries provenant de la cathédrale d'Amiens ,
et conservés au musée de la même ville. Vitrail au
transept
de l'église de Ceffonds (Haute-Marne). Id., à Saint-Laurent
de Nuremberg .
Un des plus remarquables est un vitrail de Saint-Etienne de Beauvais ,
peint par Engrand Leprince. On croit y reconnaître les portraits
de Louis XII, de François
l et de l'artiste lui-même. Vitrail de Pinaigrier à Saint-Godard
de Rouen. Un fort beau vitrail à Saint-Pierre de Roye (Somme). Au
musée d'Epinal, une partie d'un vitrail remarquable provenant de
ancienne abbaye d'Autrey (Vosges). On voit aussi un arbre de Jessé
sur une des tapisseries données â la cathédrale de
Reims par Robert de Lenoncourt. Gravure sur bois des heures de Simon Vostre
Signalons,
enfin, pour le XVIIe siècle, époque où cette représentation
mystique commence à sortir d'usage, le magnifique ostensoir d'or
roussit donné en 1611 à la cathédrale d'Eichstaedt
en Bavière, par le prince évêque Conrad de Gemingen,
et dont il ne reste malheureusement plus qu'un dessin reproduit par les
PP. Cahier et Martin dans les Mélanges d'Archéologie,
t. IV, pp. 287-289, pl. XXXV. Il représentait un arbre de Jessé. |
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En
bibliothèque - Oscar Cullmann,
La
Nativité et l'arbre de Noël, Le Cerf, 1993.
En
librairie - Jacques Brosse, Dictionnaire
des arbres de France, histoire et légendes, Bartillat, 2002;
du même, Mythologie des arbres, Plon, 1999; Pierre Gallais,
Joël Thomas, L'arbre et la forêt dans l'Enéide et
l'Enéas, Honoré Champion, 1997. |
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