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Babylone

Babylone. - Ancienne ville de Mésopotamie (Irak), sur l'Euphrate à 93 kilomètres au Sud de la ville actuelle de Bagdad et dans le voisinage d'Hillah, capitale de ce que les historiens modernes ont appelé la Babylonie. A l'époque de sa splendeur, elle avait, nous disent les anciens auteurs, plus de 40 kilomètres de circonférence; on y admirait de superbes quais, 100 portes de bronze, des murailles très hautes, d'une largeur extraordinaire, et flanquées de 250 tours; on vantait ses jardins suspendus, que l'on comptait parmi les merveilles du monde, un temple de Marduk , l'Esagil, la grande ziggurat, l'Etemenanki; beaucoup de palais, etc. Il ne reste de cette ville immense que des ruines, parmi lesquelles on remarque le Kasr ou palais et le Birs Nemrod ou tour de Nemrod.

D'occupation très ancienne (présences d'outils en pierre taillée), le site de Babylone n'était encore occupé que par une modeste bourgade, à l'époque où Sargon fondait Akkad, au XXIVe siècle avant notre ère. Et, au XXIe siècle, au temps de la troisième dynastie d'Ur, la cité n'était tout au plus qu'une capitale provinciale. Tout a changé à partir de l'établissement de la première dynastie amorrite (amorhéenne). Hammourabi (XVIIIe siècle) lui donne toute son importance. La puissance politique de Babylone qui s'étend alors sur toute la partie méridionale de la Mésopotamie (Babylonie), ne durera sans doute pas. Mais la prospérité acquise pendant cette période se maintient, ainsi que le rôle de capitale religieuse que devait endosser durablement la ville, grâce à la promotion qu'elle sut imposer au sommet du panthéon mésopotamien de son dieu local, Marduk.

Babylone a eu a subir plusieurs sièges, et a été plusieurs fois dévastée, notamment par les Hittites (1595), par Sennacherib (689). Elle se releva chaque fois, et s'agrandit même à l'époque d'Assurbanipal et de ses prédécesseurs immédiats (668-648). La chute de l'empire assyrien lui offre une nouvelle opportunité à partir de 625. Babylone devient ainsi la capitale pendant presque un siècle, de ce que l'on a appelé l'empire Néo-Babylonien. Quand, elle se donna à Cyrus, en 539, cette ville, où les Juifs avaient été 70 ans captifs (605-536?), était encore, au temps d'Hérodote, la première ville du monde. Babylone déclina ensuite jusqu'au temps d'Alexandre (331). Ce conquérant l'avait choisie pour en faire la capitale de son empire en Asie, et il voulait la rendre plus magnifique qu'elle n'avait jamais été; mais sa prompte mort et la fondation de Séleucie en précipitèrent la décadence. Babylone existait encore, mais petite et presque vide, lors de la conquête du 2e empire perse par les Arabes. 

Les ruines de Babylone ont été explorées et décrites en 1851 et au cours des années suivantes par Fresnel, Thomas et Oppert, qui les ont examinées de manière à mettre de l'ordre dans les données jusqu'alors très confuses. De 1899 à 1917, une nouvelle campagne de fouilles, menée, cette fois de façon très approfondie, a été conduite par R. Koldewey. Par la suite plusieurs opérations de restauration de Babylone ont été engagées à l'initiative des autorités irakiennes, d'abord à la fin des années 1930, plus régulièrement après 1958, et surtout après 1978. Il y a encore eu une dernière campagne de fouilles en 1986, mais celle-ci s'est heurtée à la volonté du régime irakien de reconstruire sur les anciennes ruines une nouvelle Babylone à la gloire du président Saddam Hussein. Un nouveau palais a même été construit après la Première Guerre du Golfe (1991). Après l'invasion américaine de l'Irak (2003), le site a encore subi de nouveaux outrages : construction d'un héliport, dommages importants causés à la Porte d'Ishtar, vandalisme, etc.

L'Égypte avait aussi une Babylone, bâtie sur la rive droite du Nil, au point où ce fleuve reçoit le canal de Trajan. On croit que c'est aujourd'hui le Vieux Caire ou Baboul.
Des mythes et des noms

Babylone est l'une des cités les plus antiques, les plus illustres et les plus vastes qui aient existé, était située, sur les bords de l'Euphrate, en Mésopotamie. Elle a donné le nom à la région antique qui s'appelait la Babylonie : chez les PersesBabirus, et chez les GrecsBabylwnia; la contrée se nommait, chez les Assyriens, Akkad, le pays des Akkadiens, et le nom de Babel (en hébreu), en assyrien Babilu, Bab-ili, restait restreint à la ville même. D'une manière générale, le pays, le midi de la Mésopotamie, s'appelait la Chaldée, en hébreu eres Kasdim , le pays de Kaldi des textes cunéiformes; toute la région était également appelée Sennaar, nom dans lequel quelques savants, peut-être non sans raison , ont reconnu le nom de Sumer. Les documents cunéiformes nomment le pays entier le pays des Sumériens et des Akkadiens; il est probable que le premier de ces noms désignait la partie sud, le second la partie nord de la Chaldée; mais, plus tard, cette désignation fut employée comme une appellation cumulative, exprimant la cohabitation dans la même contrée de deux populations, dont la plus ancienne, celle des Sumériens, parlait une langue que l'on a du mal à classer, tandis que l'autre, celle des Akkadiens, était formée par des populations de langue sémitique, de la même souche qui peupla l'Assyrie et la Mésopotamie septentrionale. Mais dans les temps plus récents, les Assyriens entendaient, par Akkad, le pays où était située la ville de Babylone : et quoique ce nom, en sumérien Aga-de = la ville de feu éternel, fût originairement celui d'une ville près de Sippara, nommée Akkad dans la Genèse, ils transportèrent à la région entière le nom de la ville antique. Malgré l'étymologie sumérienne du mot, il n'existe aucune preuve contre le fait, plus que probable, que le terme de peuple et langue des Akkadiens signifiait, malgré sa forme sumérienne, quelques milliers d'années plus tard, la nationalité et l'idiome sémitiques.

Le nom antique de la ville, Babilu, s'expliquait à Babylone même de deux manières. L'une lui donne le nom de « la porte des dieux », Ka-dingirra, en sumérien, écrit par les idéogrammes de porte, dieux ou dieu et ville. Or, porte se disant dans la langue sémitique des Assyriens bab, et dieu ou dieux : ilu ou ili, cette étymologie était sûrement très accréditée chez les Assyriens. Les auteurs arabes l'ont acceptée puisqu'ils interprètent le nom de Babil par Bab-Bil, « porte de Bil  », qui, selon eux, aurait désigné la planète de Jupiter.

Cependant, à côté de cette étymologie, il en existait une autre, plus célèbre encore, qui s'est perpétuée même dans notre langage ordinaire. La Genèse (XI, 9) dit que la ville fut nommée Babel, de balal = confondre, pour immortaliser le souvenir de la confusion des langues, prétendument arrivée à Babylone après le Déluge. Nous n'insistons pas ici sur ce mythe qui trouve sa raison d'être dans l'étymologie assyrienne du mot babilu. Elle s'est perpétuée dans une même façon très usitée d'écrire le nom de Babylone, é-ki, « ville de la parole », et su-an-na-kï, « ville de l'intervention céleste » ou de la rémunération céleste (lit. aussi de la main céleste). La tradition a été recueillie par la Bible; mais son origine babylonienne est attestée par l'historien chaldéen Bérose : d'autres historiens grecs, tels qu'Abydène, Alexandre Polyhistor, Eupolème, la mentionnent; plus tard, Eusèbe, l'évêque de Césarée, a reproduit tous ces témoignages dans sa Préparation évangélique, pour prouver par les témoignages des auteurs païens l'authenticité des récits de la Genèse. Il est indéniable que les mêmes traditions existaient chez les Babyloniens et les Hébreux, et que l'origine de ces croyances est à chercher dans le bassin de l'Euphrate et du Tigre. Il est intéressant de noter aussi qu'une autre désignation de la ville de Babylone se trouve dans le groupe Tin-tir-ki, probablement ville des survivants, parce que c'est ici que Xisuthrus, le modèle mésopotamien du Noé de la Bible, aurait débarqué de l'Arche et rassemblé ses compagnons.

La topographie de Babylone

C'est sur l'emplacement actuel de Hillath-el-feihiâ que fut fondée la première cité. Celle-ci, jusque dans les dernières époques, porta le nom de Temesa-Babilu = pierre de fondation de Babylone. Après ce premier établissement se fondèrent des temples au Nord; surtout le fameux temple de Marduk, le E-Saggil ou Esagil, détruit par Xerxès; les rois y établirent des palais, et formèrent à côté de la ville originaire « ville de la pierre de fondation », une capitale fortifiée. Cette cité royale était située sur la rive orientale de l'Euphrate, à 32° 30' de latitude boréale. Au Sud-Ouest, sur la rive occidentale, dans un espace qui plus tard fut englobée dans l'enceinte de Babylone, était Borsippa. Une autre ville s'était fondée dans le Nord-Ouest, le tell d'Ohey-mir d'aujourd'hui, qui, renfermait probablement Cutha, la ville des Cuthéens, adorateurs de Nergal. Mais toutes ces localités restèrent longtemps absolument indépendantes de Babylone, ainsi que d'autres petites localités mentionnées, dans les inscriptions juridiques, Sahrina, Pahirti, qui furent plus tard enfermées dans la grande enceinte et ainsi incorporées à Babylone.

Babylone.
Plan de Babylone et de ses environs, d'après Oppert.
Murs de Babylone. 
L'oeuvre de l'unification de la grande cité, comparable à ce qui s'est fait  dans la seconde moitié du XIXe siècle pour Londres et Paris, commencée et projetée par plusieurs rois, fut enfin réalisée au VIe siècle, au temps de l'empire néo-babylonien. Josèphe, Abydène et d'autres attestent que le roi Nabudodonosor II (604-562) entoura Babylone d'un système de six enceintes.

L'enceinte extérieure, la plus développée de toutes, dont Hérodote, parle longuement, formait un carré de 120 stades et, avec les rentrants des murs, 490 stades en tout, à peu près 93 kilomètres. Cette enceinte s'étendait en suivant le canal actuel arabe du Nil, au Nord, allait sur l'Oheynir, se développant sur une étendue de 23 kilomètres vers l'Est, tournait au Sud, puis à l'Est, traversait l'Euphrate et renfermait toute la cité de Borsippa; elle rejoignait le coin Nord-Ouest en allant toucher les ruines actuelles de Tell-Harkeh et Tell-Ghozaïl. Une énorme superficie de près de 520 km²  était entourée par ce mur extérieur, qui s'appelait Imgur Bel, « Bel a béni ». Les origines de cette enceinte sont très anciennes, mais elle fut achevée aussi vaste par Nabuchodonosor seulement. Elle occupait un espace dépassant en étendue à peu près sept fois plus grand que le Paris actuel.

Hérodote n'est pas ici bien fiable et il exagère sans doute beaucoup les dimensions de cette enceinte. Mais on trouve des exagérations comparables chez d'autres auteurs. Aristote (Pol. III, 8) mentionne ainsi l'étendue de Babylone comme absolument exorbitante : selon lui, le mur à lui seul ne constitue pas une ville, car on pourrait alors faire passer pour une cité le Péloponnèse tout entier en l'entourant d'un mur; telle, dit Aristote, est pourtant Babylone, qui est plutôt un pays qu'une ville. Au moins tout cela témoigne-t-il de l'immense prestige dont était entourée la cité. En comparant les données transmises par les auteurs classiques, on a évalué la hauteur du mur extérieur de Babylone à 90 coudées (48 m) avec une largeur de 50 coudées (27 m). De deux côtés, ce mur d'Imgur-Bel était bordé d'un fossé, dont le creusement avait fourni la terre pour bâtir l'enceinte. Cette situation explique la disparition presque complète de la construction. Des tours hautes de 200 coudées (108 m) surmontaient cette gigantesque circonvallation. Selon Hérodote, cent portes s'ouvraient dans ce mur; les battants en airain furent enlevés par Cyrus et par Darius qui démolit en partie ce grand mur, lequel passait, dans l'Antiquité grecque, pour une des Sept merveilles du monde, avec les fameux Jardins suspendus. Sous Xerxès et sous Artaxerxès cette enceinte extérieure semble avoir été détruite, et il ne resta plus que la seconde enceinte également décrite par Hérodote.

Cette seconde enceinte, le Salhû de Babylone, s'appelait en assyrien Nivitti-Bel, «-demeure de Bel ». Selon Hérodote, elle était encore très forte, mais plus étroite que l'enceinte extérieure. Elle avait 360 stades de pourtour, la longueur très respectable de 69 kilomètres; la dimension de sa hauteur a pu être de 50 coudées et la largeur de 9 m; la largeur de cette circonvallation était encore plus que suffisante pour laisser à deux chars la place de se mouvoir en sens inverse. L'emplacement renfermé par ce second mur de Nivitti-Bel était encore de 290 km², presque quatre fois la superficie de Paris; il laissait en dehors les villes de Borsippa et de Cutha qui redevinrent alors villes indépendantes.

Les historiens de l'époque d'Alexandre ne connaissaient que ce second mur, et ainsi on pourrait peut-être s'expliquer la différence entre les données d'Hérodote et des auteurs plus récents au sujet du développement des murs de Babylone. Ces discordances, et d'autres encore entre le texte d'Hérodote et les données de l'archéologie, ont également fait invoquer un possible changement du cours de l'Euphrate depuis l'époque de l'historien grec. Quoi qu'il en soit, cette vaste surface n'était pas entièrement habitée, à beaucoup près; elle était occupée par des champs cultivés qui permettaient aux habitants enfermés de soutenir un siège très prolongé; cette grande plaine fertile, entourée d'un mur, mettait les habitants assiégés à l'abri d'une famine.
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Lion et animal fabuleux, à Babylone.
Lion et animal fabuleux de Babylone.
Bas-relief en tuiles polychromes vernissées (Porte d'Ishtar).

La cité des Babyloniens.
Il est probable que l'emplacement actuel de la ville de Hillah marque le point le plus antique de Babylone, la ville de la pierre de fondation de Babylone; l'usage des Orientaux est d'ailleurs constamment le même, on n'abandonne pas les sites les plus anciens. Cette ville habitée, l'Urbs proprement dite, s'étendait le long des deux rives de l'Euphrate, sur une longueur de 20 kilomètres environ, depuis le village actuel de Djumdjunah au Nord, le long de l'Euphrate; c'est difficile à savoir jusqu'à quelle distance elle s'étendait à partir des deux rives du fleuve. La cité centrale occupa tout l'emplacement actuel de Hillah et s'élevait au Sud jusqu'à Dubal qui se trouve comme étant dans Babylone dans l'inscription de Darius gravée sur le roc de Bisitun. A elle seule la cité spécialement babylonienne a pu égaler la surface de Londres, proprement dit. Selon Hérodote (I, 180) les rues de cette cité étaient coupées à angle droit et une partie allait droit vers le fleuve par des ruelles qui aboutissaient sur l'Euphrate et étaient fermées par des portes de bronze. En tout cas il doit y avoir eu des quais et des places sur le bord du fleuve même. Les maisons de ces rues avaient, selon le même témoin oculaire, trois et quatre étages.

Sur le parcours de l'Euphrate s'étendait un quai dont la construction est attribuée par Bérose à Nabonide (556-539), le dernier roi de la dynastie néo-babylonienne. En effet le quai a été découvert et les briques portent le nom de Nabonide. Ce quai s'étendait à partir de l'extrémité nord, où probablement Cyrus entra dans la ville, et a pu avoir une longueur de 40 kilomètres. Des bassins artificiels servaient de déversoir quand les eaux du fleuve montaient et préservaient ainsi les rues basses d'une inondation. Ce mur fluvial était bâti en bitume et en briques, à bords escarpés; c'est ce qui ressort du moins du récit d'Hérodote de la prise de Babylone par Cyrus. Si les Babyloniens n'avaient pas été aussi insouciants, en célébrant une fête, ils auraient pu, dit l'historien, se mettre sur les bords du fleuve, fermer les portes fluviales, et prendre les Perses comme dans un filet, dans l'Euphrate que les assiégeants avaient mis à sac.

Les deux rives de la cité étaient jointes par un grand pont qui était presque au milieu de la ville. Hérodote attribue cette construction à la reine Nitocris, selon lui, mère du dernier roi Labynetus ou Nabonide. Les textes cunéiformes ne connaissent pas une reine de ce nom, qui figure comme appartenant à une Égyptienne, sous la forme de Nihtieqarru. Ce pont était en piles de pierres, reliées entre elles par du fer et du plomb. Le plancher, fait de poutres, était enlevé chaque soir, pour que le pont ne fût pas pendant la nuit le refuge des voleurs.

La cité centrale était riche en monuments, surtout en temples et en sanctuaires dont les textes parlent, en les plaçant expressément au milieu de la ville. On cite les temples de Sîn ( = la Lune), de Shamash ( = Le Soleil), de Adad, le dieu des phénomènes météorologiques, de Nabû, de Marduk, le patron de Babylone, d'Ishtar, etc. Sur l'emplacement du temple de Shamash s'élève aujourd'hui le sanctuaire qui porte le titre, non toléré par la loi musulmane, de mosquée du Soleil; on a voulu l'excuser par une légende attribuée à Ali, gendre du prophète. Cette mosquée est couronnée par un clocher très élevé. Les ruines du temple qu'Hérodote attribuait à une prétendue déesse Mylitta (supposée déesse de l'amour physique, qui, autant qu'on le sache aujourd'hui, n'a jamais fait partie du panthéon mésopotamien) se trouvent encore distantes à 20 minutes au Nord de Hillah; c'est un carré représentant la ruine d'une espèce de caravansérail, contenant les niches qui devaient servir au culte; selon l'historien grec, l'édifice devait servir à la coutume babylonienne qui aurait assujetti toute femme babylonienne à se prostituer à un étranger une fois dans sa vie en honneur de Mylitta. La réalité de cette coutume est elle aussi contestée aujourd'hui, même s'il existait bien à Babylone une prostitution sacrée, pratique qui aurait été mal intéterprétée par notre auteur. 

On cite en dehors des marchés, le marché large, le marché des murs, situés dans ce quartier. Et, en dehors de la ville habitée, il y avait surtout deux villes spéciales, la cité royale et la ville de Borsippa. La ville de Babylone, au dire d'Hérodote, était ornée comme aucune autre ville. Les textes royaux babyloniens, qui sont surtout architectoniques, et qui ne sont malheureusement que cela, confirment tout à fait le témoignage de l'historien grec. D'autres auteurs antiques exposent les splendeurs de Babylone; ils avaient en vue d'autres monuments que ceux dont parle Hérodote; aussi les descriptions ne pouvaient pas être conformes. Les premiers archéologues qui, sans aller inspecter les ruines, se sont occupés de la topographie de Babylone avant la découverte des textes cunéiformes, ont souvent eu le tort de rapporter au même monument des descriptions divergentes, et ces malentendus n'ont été écartés que par l'exploration scientifique des ruines. Ainsi on a voulu concilier la description d'Hérodote d'une part avec les récits de Diodore de Sicile, de Strabon et d'Arrien. Mais Hérodote parle de la tour de Borsippa, tandis que Strabon avait en vue la ruine de Babil, distante de 17 kilomètres de la première, et Arrien parle encore d'un troisième édifice. On ne pouvait pas s'expliquer pourquoi les récits des anciens, appliqués à tort aux mêmes monuments, étaient au surplus en désaccord au sujet de la rive, ou droite ou gauche, de l'Euphrate que ces auteurs leur assignaient. Aujourd'hui on sait que les auteurs puisant aux sources authentiques ont tous raison, et que leurs descriptions divergentes s'appliquent à des édifices tout différents.
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Babylone.
Babylone à l'époque néo-babylonienne.

La cité royale.
Presque toutes les splendeurs de Babylone étaient réunies dans cette partie antique, où les anciens rois s'étaient établis. La plus grande partie était située sur la rive gauche de l'Euphrate qu'elle longeait sur trois kilomètres environ; cette portion orientale de forme quadrangulaire, partagée presque en diagonale par le canal de Libilhegalia, comptait cinq quartiers : le long du fleuve, Ka-Dingir-ra, avec le Palais royal, auquel s'appuie la porte d'Ishtar, le temple d'Ishtar et, au Sud, le séparant du quartier de Su-an-na, au Sud, l'Etemenanki et l'Esagil, à l'Est, se trouvaient les quartiers de Alu-Essu, Kullab et Te-e (les portes de Marduk et de Zababa, ouvraient ces quartiers vers l'Extérieur de la ville); une autre partie moins grande se trouvait sur la rive droite du fleuve : elle refermait les quartiers de Bab Lugalirra, entre la porte du Roi et la porte d'Enlil, de Ku'ara, entre la Porte du Roi et la Porte d'Adad, et le quartier de Tuba, qui souvrait au Sud par la porte de Shamash.

Porte d'Ishtar, à Babylone.

Porte d'Ishtar, à Babylone. - La Porte d'Ishtar s'élevait à l'entrée de l'ancienne cité, sur la Voie Sacrée. Formée de deux corps de bâtiments, correspondant chacun à l'un des murs d'enceinte, elle était, au temps du roi néo-babylonien Nabuchodonosor II (début du VIe siècle), ornée d'animaux symboliques qui se détachent en couleurs brillantes sur fond d'azur. (Reconstitution d'après Koldewey).
Murs de la cité royale. 
Cette vaste superficie était entourée de trois circonvallations dont la plus grande, celle de l'extérieur, avait soixante stades (11 kilomètres) de pour tour; une seconde, courant à l'intérieur, n'avait que quarante stades (7,5 km); elle était plus haute que l'autre et était ornée de bas-reliefs en briques émaillées, représentant des chasses et des exploits guerriers. A l'intérieur de cette seconde il s'en trouvait une troisième qui protégeait les trois grands monuments célèbres de la cité royale, de 20 stades ou de près de 4 km, encore plus magnifique, au dire de Ctésias, accepté par Diodore de Sicile. Les animaux avaient une hauteur de 4 coudées (2 m); au milieu on voyait, au dire de l'auteur grec, Sémiramis à cheval frappant une panthère, et à côté d'elle, son mari, Ninus, assommant un lion.

Le grand palais.
La merveilleuse demeure de Nabuchodonosor est aujourd'hui une ruine informe qui s'appelle le Kasr ou Mudgélibeh, couvrant encore 13 hectares. Le centre est dominé par une colline, où on voit aujourd'hui un tamaris (athleh); de cette hauteur centrale on découvre tout Babylone. Fouillé en tous sens par les Arabes pendant des siècles, il ne contient plus qu'un seul pan de mur. Un lion en pierre, de travail assez grossier, est le seul monument en pierre qu'on y découvre. Le palais, d'une très grande richesse, avait été agrandi par Nabopolassar, puis, au dire de Josèphe et des textes, achevé en quinze jours par Nabuchodonosor. C'est là que mourut Alexandre.

Les jardins suspendus.
Ces jardins, une des merveilles du monde, au dire des Anciens, devaient être sur la colline actuelle d'Amran-ibn-Ali. Ils s'étendaient sur 15 hectares, formant un trapèze de 500 et 300 m, avec une profondeur de 400 m, et n'avait probablement rien de spécial : toutes les villes de Mésopotamie avaient des jardins similaires, simplement l'imagination des Grecs et de leurs successeurs qui s'enflammait pour Babylone, était portée à lui appliquer tous les superlatifs. Ce vaste amas de ruines est séparé du Kasr par une profonde vallée, d'un kilomètre environ. Autrefois l'Euphrate coulait aux pieds de cette colline. D'après Josèphe qui suivait l'historien Bérose, Nabuchodonosor fit élever ces jardins, sous forme de montagne artificielle, pour consoler une de ses femmes, Mède de naissance, des montagnes de son pays natal. On se promenait sous les voûtes sur lesquelles s'étayaient en forme de terrasses les jardins plantés d'arbres. Ces voûtes étaient soutenues par d'énormes piliers. Au dire de Strabon, ces piliers étaient creux et remplis de terre pour qu'ils pussent contenir les racines des plus grands arbres. Ils étaient construits en briques cuites liées avec de l'asphalte. Des escaliers conduisaient en haut et des turbines amenaient l'eau en haut pour arroser les plantations. Ces machines étaient mises continuellement en mouvement pour y faire monter l'eau de l'Euphrate qui baignait l'édifice.

L'expédition française de Mésopotamie en 1851 a trouvé dans les ruines de Babylone une quantité de tombeaux macédoniens, remplis de bijoux d'or et de statuettes; il s'y trouvait surtout des couronnes de lauriers en or. Entre le Kasr et l'Amran-ibn-Ali se trouve une ruine, longue de 100 m, qui peut être les restes des bains dont parle Arrien, dans le récit de la maladie d'Alexandre.

Birs Nemrod.
Birs Nemrod.

Les autres vestiges.
Le petit palais de la rive droite se trouvait vis-à-vis des Jardins suspendus; il fut restauré par le roi Neriglissar. Si l'on peut croire Philostrate, un tunnel sous-fluvial le joignait à la rive gauche. C'est ici qu'habitait Alexandre : Il se fit transporter sur l'autre rive dans les voûtes des Jardins suspendus, pour chercher la fraîcheur et le soulagement contre sa fièvre. Des Jardins, il se fit porter aux bains, et de là au grand palais, le Kasr, où il mourut.

Telle était la cité royale, l'une des acropoles de Babylone. L'autre acropole était la ville de Borsippa, sur la rive droite ou arabe, à 7 kilomètres de la cité royale. Quant à la cité de Cutha, dont il ne reste presque rien, elle se trouvait au Nord-Est. Beaucoup d'autres tumulus se voient dans la plaine babylonienne, dont la seule nomenclature n'offre pas un grand intérêt. Nous citons pourtant le Mokhattat, l'aligné, dans la plaine de Dura; la colline représente le piédestal d'une statue colossale, la même peut-être qui a donné naissance à la légende transmise par Daniel III; puis les Tells Fidos, Mahdi, el-Maut et d'autres.

Cette immense agglomération n'a pas survécu beaucoup à Alexandre : elle a été démolie. Séleucie, Ctésiphon, Bagdad seront bâties avec les briques de Nabuchodonosor. La ville de Hillah occupe l'emplacement de la cité des Babyloniens, et c'est le seul reste de cette cité immense qui, au dire de Pausanias, fut la plus grande que jamais le soleil éclaira dans sa course. (J. Oppert).

Babylone.
Mélishipak, roi de Babylone, présente sa fille à la déesse Ninni.


Béatrice André-Salvini , Babylone, PUF (QSJ?), 2009.
2130573533
Le prestige de Babylone, coeur spirituel et intellectuel de toute la Mésopotamie, symbole du brassage de l'humanité, était incomparable aux yeux de ses contemporains. Nulle cité au monde ne fut davantage enviée et crainte, admirée et honnie, plus souvent dévastée et reconstruite. Elle était le centre cosmique et le symbole de l'harmonie du monde, née de la puissance de son dieu suprême, Marduk, organisateur de l'univers.

La dualité réelle et mystique de Babylone lui assura un destin remarquable, bien au-delà de son existence dans le temps. Cet ouvrage se propose de dévoiler l'histoire d'une cité aussi fascinante que peu connue, depuis ses origines jusqu'à sa chute. (couv.).

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Dictionnaire Villes et monuments
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