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Diane

Diane est une très ancienne divinité italique, identifiée par les Romains à Artémis. Les récits dans lesquels elle intervient sont d’origine grecque.

Elle était adorée comme déesse de la chasse, comme divinité qui assiste à la naissance. On mettait cependant davantage l’accent sur le fait qu’elle était la sœur d’Apollon (et commandait à la lumière) que sur son caractère de chasseresse ; de là les noms de Genitalis, Lucina. Comme déesse de la lune (Hecaté, Luna, Noctiluca), qui dans la nuit sombre et silencieuse préside aux pratiques mystérieuses et magiques, et qui est invoquée par les amants; enfin, on la nomme siderum regina bicornis, trivia, triformis, triplex.

A Aricie près de Rome, son temple était desservi par un prêtre qui ne pouvait parvenir à cette fonction qu'en tuant son prédécesseur. (B.).
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Diane à la biche (Jardin du Luxembourg).
La Diane à la biche (statue du Jardin du Luxembourg). © Photo : Serge Jodra, 2010.

Diane, qu'on adora plus tard à côté d'Apollon, comme l'Artémis des Grecs, était primitivement une vieille déesse nationale en Italie qui répondait à Janus. Elle était, à proprement parler, une puissance céleste, la déesse de la Lune, bien que ce caractère naturaliste soit presque effacé dans les cultes de Diane qui nous sont connus. Varron nous apprend que Diane était tout comme Janus, une déesse sabine; nous avons plus de données sur la Diane des Éques, des Herniques et des Latins. Les Éques adoraient cette déesse sur la colline boisée de l'Algide qui s'élève derrière Tusculum et qui figure souvent dans les guerres des Éques contre les Romains. Diane avait un bois sacré très-fameux dans les environs d'Anagni, la capitale des Herniques, et un autre connu pour la beauté de ses hêtres, qui s'appelait Corne, et n'était pas loin de Tuscuculum. Mais le plus célèbre de tous ces bois sacrés était, sans contredit, celui de la Diane d'Aricia, sur le lac de Némi, auquel Diane devait le nom de Nemorensis. A
côté de Diane on adorait, dans ce bois sacré, un démon noir nommé Virbius, dont il faut sans doute rapprocher le nom des Vires. Sa figure, à en juger par une image trouvée dans les environs d'Aricie, répondait à celle de Diane chasseresse. C'était sans doute un Génius, un Indiges des bois et de la chasse qui passait en même temps pour être le plus ancien prêtre de Diane, le premier Rex Nemorensis, et pour avoir fondé le culte singulier que voici. On ne pouvait arriver à la dignité de Rex Nemorensis que par l'effusion du sang. Il fallait que le candidat à cette charge, après avoir brisé dans le bois sacré de Diane, un rameau désigné d'avance, tuât en duel le prêtre en possession de cette fonction. On confia plus tard cette mission à des esclaves fugitifs. Mais c'est le seul trait de cruauté, de barbarie, qu'on retrouve dans tout ce culte. 

La Diane des Latins est une déesse bienfaisante, elle préside aux accouchements, ce qui fait qu'on la rapproche souvent de la nymphe Égérie, cette déesse des sources, de la naissance et du salut. Le fondateur du culte de la Diane d'Aricia était Manius Egerius, l'ancêtre d'une famille illustre. Après la destruction d'Albe, le bois sacré fut pendant quelque temps le sanctuaire commun de Tusculum, d'Aricie, de Lanuvium, de Laurentum, et le dictateur Tusculan Egerius Laebius, en sa qualité de dictateur des Latins, avait consacré le bois au nom de la communauté. Plus tard, Rome se chargea de la haute surveillance de cette retraite sacrée, et le culte de Diane vit ses honneurs s'accroître. 

La fête annuelle tombait au moment des plus grandes chaleurs, sans doute
aux ides d'août; ce jour était aussi consacré à la Diane de l'Aventin. On célébrait à cette occasion une course aux flambeaux, et Diane, elle-même, nous est souvent représentée un flambeau à la main, comme la déesse de la lumière nocturne. Elle était avant tout la déesse des femmes qui allaient au temple de Diane pour lui de mander un accouchement heureux, et y offraient, à la déesse, en signe de reconnaissance, des bandelettes sacrées, des tableaux votifs, des flambeaux et des cierges enflammés. La Diane d'Aricia était d'ailleurs aussi invoquée par des hommes. Elle protégeait la vie de famille, et elle était en même temps la déesse de la chasse et des bois.

Le temple de Diane, à Tifatina, sur le sommet du mont Tifata, environ à deux milles de Capoue, sur l'emplacement actuel de l'église San-Angelo à Formies, n'était pas moins fameux en Italie. Cette Diane était, elle aussi, la déesse de la chasse, des femmes et du bonheur conjugal. Sylla la mit en grand honneur, il étendit son temple et fit entrer dans son domaine des bains importants, dont Vespasien lui assura et lui garantit la possession.

A Rome, il y avait çà et là, sur et entre les collines, de nombreux sanctuaires et des bois sacrés de Diane. Dans le Vicus Patricius, entre le Viminal et l'Esquilin, il y en avait un dont l'entrée était interdite aux hommes; c'était sans doute une sorte de Lucina qu'on y invoquait. Il y en avait un autre sur les hauteurs du Vicus Cyprius, un troisième sur le Coeliolus contigu au Caelius, mais le temple de l'Aventin était le plus important. Il avait été fondé par Servius Tullius; ce n'était pas seulement un temple de Rome, c'était un sanctuaire pour le Latium ; ce qui explique pourquoi l'Aventin est resté si longtemps en dehors de Rome et put servir de refuge à la plèbe dans ses sécessions. Cette colline était riche en légendes, c'est là que la tradition populaire plaçait la caverne de Cacus; mais après la rupture de la ligue latine. l'Aventin fit partie de l'ager publicus, puis une loi Icilia le morcela et le partagea entre les plébéiens. Le vieux temple de Diane doit avoir été situé aux abords mêmes du clivus Publicius. Denis d'Halicarnasse put encore voir le document de dédicace du temple; il avait été élevé à frais communs par les membres de la ligue, c'était presque une institution politique. 

L'image de Diane dont Servius Tullius fit hommage à ce temple était la copie de la Diane d'Ephèse. Dans le vestibule du temple, on vit pendant plusieurs générations une paire de cornes puissantes appendue au mur. C'étaient, disait-on, les cornes d'une vache qui avait vu le jour en Sabine et qui était d'une beauté telle qu'on avait promis l'hégémonie à l'État dont le citoyen ferait, à Diane, le sacrifice de cette vache. Le jour de la dédicace du temple se célébrait aux ides d'août; c'étaient surtout les esclaves qui prenaient part à cette fête en l'Honneur du roi Servius leur patron. D'ailleurs, et dans l'Italie entière, les esclaves fugitifs semblent avoir eu avec Diane des rapports tout particuliers, sans doute parce qu'ils se réfugiaient dans les bois; le domaine de cette déesse. Cependant cette fête avait un caractère plus général; on sait que les femmes avaient l'habitude de se laver ce jour la tête et les cheveux. Le culte d'Artemis vint de bonne heure se combiner avec ces éléments italiques. Elle figure, à n'en pas douter, au lectisternium de 399 avant J.-C. 

Elle est partout la fidèle compagne de son frère. Quand est fondé le temple d'Apollon Palatin, elle est invoquée à côté d'Apollon sous le nom de Diane Victrix, elle a une part, elle aussi, dans la célébration des jeux séculaires. C'est surtout comme Lucina qu'on l'adore, elle est la déesse des accouchements et, par cela même, elle préside au renouvellement et à la conservation du genre humain. 

Catulle et Horace en font une déesse de la nature, des bois et des montagnes, des ruisseaux, des lacs où elle se baigne, et enfin ils la célèbrent comme la grande déesse des nuits, de toutes les apparitions nocturnes, ils l'identifient avec Hécate, cette déesse des lunes et des mois qui amène les fruits à maturité et fait gémir, sous le fardeau de la récolte, les greniers des laboureurs.  (L. Preller).

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Dictionnaire Religions, mythes, symboles
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