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Constantin le Grand

Constantin  (Flavius Valerius Aurelius Constantinus), surnommé le Grand, est un empereur romain, né à Naïsse en Moesie en 273 ou 274, mort à Nicomédie le 22 mai 337. Il était fils de l'empereur Constance Chlore, qui appartenait à la famille de l'empereur Claude le Gothique, et d'une femme de basse condition, Hélène, qui n'était unie à Constance que par le concubinat romain. Lorsque Constance de général devint césar et reçut le gouvernement des Gaules, Dioclétien garda Constantin comme otage à la cour de Nicomédie. En 296, il accompagna Dioclétien dans une expédition en Egypte. Lors des persécutions nouvelles dirigées contre les chrétiens, il éprouva, paraît-il, une vive indignation. Après l'abdication de Dioclétien, Galère, devenu auguste, témoigna à Constantin une grande hostilité, l'exposant à des dangers où il espérait le voir périr. Cependant Constance Chlore réclamait son fils; Galère se décida enfin à donner à Constantin l'autorisation de partir le jour suivant; celui-ci se hâta de se mettre en route la nuit même et ce fut en vain que le lendemain Galère envoya à sa poursuite. 
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Statue de Constantin le Grand.
Statue de Constantin devant le transept sud de la cathédrale de York (Angleterre).
Il fut proclamé auguste (306) non loin de là, à Eboracum. Source : The World Factbook.

A peine arrivé en Gaule, il accompagna son père dans une expédition en Bretagne; Constance mourut à York (25 juillet 306) et les soldats acclamèrent Constantin empereur et auguste. Galère furieux fut obligé de céder, mais du moins il n'accorda à Constantin que le titre de césar au lieu de celui d'auguste. Tandis que l'Empire était agité, que Maxence s'emparait du pouvoir à Rome, Constantin pendant plusieurs années administra sagement les provinces dont il avait le gouvernement. Il repoussa une invasion franque : les prisonniers francs, avec leurs rois Astarich et Gaiso, furent livrés aux bêtes dans l'amphithéâtre de Trèves; une expédition fut entreprise au delà du Rhin et un pont fut jeté sur le fleuve. En même temps il s'attachait les habitants de la Gaule par des remises d'impôts. il avait épousé Fausta, fille de Maximien Hercule, qui avait été empereur avec Dioclétien et avait abdiqué comme lui. Maximien Hercule, avide de ressaisir le pouvoir; suscita une insurrection contre son gendre, alors que celui-ci faisait la guerre aux Francs, mais il fut livré à Constantin (308), qui, à la suite d'un nouveau complot, le força à se tuer. 

Menacé par Maxence, fils de Maximien Hercule, qui, maître de Rome, déclarait vouloir venger son père, Constantin prit l'offensive et descendit en Italie. Ce serait au cours de cette expédition que, selon la légende; Constantin aurait vu apparaître dans le ciel la croix, et que, par un acte d'adhésion à la religion du Christ, il aurait fait placer sur ses drapeaux le monogramme de Jésus; les récits des deux écrivains contemporains qui rapportent ce prétendu événement, Eusèbe et Lactance, ne concordent pas; cependant il semble bien qu'une évolution importante se soit accomplie dans l'esprit de Constantin. Si son père Constance Chlore n'avait pas été chrétien, malgré ce que dit Eusèbe, du moins il s'était montré bienveillant envers les fidèles, et avait presque entièrement éludé l'exécution en Gaule des édits de persécution promulgués par Dioclétien et ses collègues. 

Peut-être, frappé de l'inutilité de ces poursuites, Constantin jugea-t-il qu'il valait mieux se ménager des alliés du côté des chrétiens. Cependant ces calculs ne suffiraient pas à expliquer sa conduite ultérieure; les chrétiens, en effet, ne formaient alors, selon les calculs les plus vraisemblables, que le dixième de la population de l'Empire; il faut donc croire que Constantin, par son éducation, par ses opinions, inclinait vers le christianisme, et que la faveur de plus en plus marquée qu'il accorda aux chrétiens ne fut pas uniquement un acte de politique. Quoi qu'il en soit de cette conversion qui a donné lieu à tant de discussions, Constantin, vainqueur dans le nord de l'Italie, arriva bientôt sous les murs de Rome. Une grande bataille s'engagea sur les bords du Tibre, près du Pont Milvius : Maxence y périt (28 octobre 312), et Constantin entra triomphalement à Rome où il sut se concilier les esprits en évitant les mesures violentes contre les partisans de Maxence. En Orient, Galère était mort (311), Licinius et Maximien II s'étaient partagé ses provinces; Constantin s'était allié avec Licinius à qui il avait fiancé sa soeur Constantia. 

Après sa victoire, il eut avec lui une entrevue à Milan (janvier 313) où le mariage fut conclu, et ce fut alors que, par un acte célèbre, il montra ses sympathies pour le christianisme. L'édit de Milan, dont l'historien ecclésiastique Eusèbe a conservé le texte, fut ce que nous appellerions la reconnaissance de la « liberté de conscience »; les chrétiens eurent dès lors la droit de pratiquer leur culte; les églises, les cimetières, les biens qui leur avaient été confisqués pendant les persécutions leur furent restitués. Constantin alla bientôt plus loin dans cette voie : il s'occupa de faire construire de nombreuses églises dont le trésor public contribua à payer les frais; il accorda d'importants privilèges aux membres du clergé. Cependant ce ne fut qu'à son lit de mort qu'il reçut le baptême. L'ancien culte garda tout d'abord sa situation officielle, ses temples, ses cérémonies; comme les empereurs qui l'avaient précédé, Constantin conserva même le titre de grand pontife qui lui conférait le droit de surveiller la religion romaine, et ses successeurs firent comme lui pendant presque toute la durée du IVe siècle. A sa cour, à côté des évêques et des prêtres chrétiens, on trouvait des philosophes païens; les hauts fonctionnaires se recrutaient parmi les adeptes des deux cultes. 

En 312, lors de son séjour à Rome, il participa, semble-t-il, aux cérémonies officielles bien qu'entachées de paganisme. Il y a plus : il ne refusa pas pour lui le culte qu'il était d'usage de rendre aux empereurs de leur vivant et qui, aux époques de persécution, avait été cause de la mort de tant de martyrs; le duc Senecio, qui était de sa famille, éleva un temple à la « divinité de Constantin » et, bien des années encore plus tard, après 326, il accorda aux habitants de la ville de Spello l'autorisation d'en dédier un à sa famille, à la condition qu'on n'y accomplirait pas de sacrifices sanglants. 
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Buste en marbre de Constantin.
Buste de Constantin (Musée Chiaramonti).

Si, en 319, il interdit l'haruspicine privée (Divination) et la sorcellerie, il ne prohibe pas l'haruspicine publique, qui est une institution d'Etat; en 321, les sacrifices sont défendus, mais à l'intérieur des maisons. Bien des faits à cette époque attestent le caractère ambigu de cette situation : ainsi en 315, dans l'inscription dédicatoire d'un arc de triomphe élevé à Rome par le sénat et le peuple en l'honneur de Constantin et qui subsiste encore, on avait soin de dire qu'il avait été vainqueur « par l'inspiration de la divinité », expression vague et qui avait l'avantage de n'être exclusivement ni chrétienne ni païenne. Peut-être ce vague existait-il encore même dans l'esprit de Constantin; en tout cas, au point de vue politique, il semble pendant plusieurs années avoir voulu maintenir entre les deux cultes une sorte d'équilibre et de paix.

Quant à l'Eglise chrétienne, elle put bientôt reconnaître qu'elle s'était donnée non pas seulement un protecteur, mais un maître. Constantin entend la gouverner. L'Eglise d'Afrique était agitée par les querelles des donatistes. Constantin, que les deux partis en présence invoquent comme arbitre, soumet d'abord le litige à un synode d'évêques assemblé à Rome, puis, les dissensions persistant, il convoque un concile à Arles (394).

« Je ne puis tolérer de tels scandales, écrit-il à l'évêque de Syracuse; ils finiront par irriter la divinité contre moi puisqu'elle m'a confié le gouvernement du monde. » 
Comme cette fois encore les donatistes ne se soumettent pas, Constantin en arrive à prendre contre eux des mesures de rigueur. Ainsi le christianisme paie déjà aux dépens de son indépendance le patronage impérial. Les faveurs mêmes qui lui étaient accordées étaient parfois soumises à de graves restrictions. Le clergé ayant reçu l'exemption des charges qui pesaient sur les curiales, bien des personnes voulurent y pénétrer par intérêt. Constantin déclara alors qu'aucun décurion, fils de décurion, qu'aucune personne désignée par sa situation de fortune pour les charges publiques ne pourrait entrer dans le clergé. Sans doute en retour on a pu rechercher dans la législation de Constantin à cette époque quelques traces, peut-être, de l'influence morale que le christianisme dut exercer sur lui : ainsi, en 315, il avait défendu d'appliquer sur le visage des condamnés des marques infamantes au fer rouge; en 316, il déclara que les maîtres pourraient affranchir leurs esclaves à l'église; en 319, il décida que le maître qui tuerait volontairement son esclave serait considéré comme homicide; néanmoins il convient de remarquer que quelques-unes des mesures où l'on a voulu reconnaître cette influence chrétienne ne sont que la répétition de celles qui avaient été prises déjà par les empereurs du IIe siècle. Cependant, tandis que s'accomplissait une révolution religieuse si féconde en conséquences politiques, Constantin devenait seul maître de l'Empire. A la suite de la défaite de Maxence et des événements qui s'étaient accomplis en Orient, il n'avait plus eu que deux collègues, Licinius, qui était devenu son beau-frère et son allié, et Maximin Daza, païen ardent comme son oncle Galère et persécuteur des chrétiens. En 313, Maximin Daza attaqua Licinius; il fut battu aux environs d'Andrinople et alla mourir en Cilicie, à Tarse. 

Entre Constantin et Licinius, l'entente ne fut pas longue: en 314 éclata une première guerre; après deux batailles livrées, l'une en Pannonie, à Cibales, l'autre en Thrace, Licinius signa un traité qui le dépouillait de ses provinces en Europe, sauf de la Thrace et des côtes du Pont-Euxin. Quelques années plus tard les rapports s'envenimèrent de nouveau; d'après les historiens ecclésiastiques, Licinius aurait persécuté dans ses Etats les chrétiens qu'il accusait d'être favorables à son beau-frère. En 323, on en vint aux armes : Licinius fut vaincu près d'Andrinople (3 juillet); assiégé dans Byzance, il s'enfuit à Nicomédie, puis enfin se rendit à Constantin (23 septembre) qui le dépouilla de tout pouvoir et lui assigna Salonique pour résidence; il lui avait promis la vie, mais, dès l'année suivante, il le fit mettre à mort.

Avec la défaite de Licinius s'ouvre une nouvelle période dans le règne de Constantin. Dans un édit adressé aux habitants de la Palestine, il déclarait que les événements qui venaient de s'accomplir étaient une preuve nouvelle en faveur du christianisme, que Dieu l'avait choisi pour sauver l'Empire et travailler à la diffusion de la foi. De là des faveurs nouvelles accordées aux chrétiens. D'après deux constitutions retrouvées par Sirmond, mais dont l'authenticité a été discutée, il aurait même, quelques années plus tard, concédé aux évêques dans les affaires civiles une véritable juridiction qui aurait fait concurrence à celle des tribunaux d'Etat. L'arianisme vint lui donner l'occasion de jouer le rôle de pacificateur de l'Eglise.

« Je m'étais proposé, écrit Constantin aux chefs des deux partis, de ramener à une seule forme l'opinion que tous les peuples se font de la divinité, parce que l'accord sur ce point aurait rendu plus facile l'administration des affaires publiques. »
Il convoqua à Nicée un grand concile, le premier qui ait reçu le titre d'oecuménique ou universel, auquel se rendirent de nombreux évêques (319 d'après certaines sources, 250 d'après d'autres). Hosius, évêque de Cordoue, familier de l'empereur, eut le principal rôle dans cette assemblée et dirigea les débats, mais Constantin ouvrit la première séance, le 5 ou le 6 juillet 325. « Evêque du dehors », ainsi qu'il se désignait lui-même, quand le concile eut condamné l'arianisme, il se chargea de mettre en pratique cette décision Arius fut exilé, ses écrits furent brûlés. Mais les luttes ne cessèrent pas : les ariens avaient auprès de l'empereur deux défenseurs puissants, Eusèbe, évêque de Césarée, et Eusèbe, évêque de Nicomédie; Arius lui adressait une lettre où il affectait l'humilité et la soumission. 
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Icône de Constantin présidant le concile de Nicée.
Constantin au concile de Nicée.

Constantin se laissa tromper; il ordonna à Athanase, évêque d'Alexandrie, le plus ardent adversaire de l'arianisme, d'admettre de nouveau Arius parmi les fidèles, et, comme Athanase refusait, il le menaça de la déposition et de l'exil. Athanase dut comparaître à Tyr, devant un synode où ses ennemis formaient la majorité, pour répondre aux accusations calomnieuses portées contre lui : on fit croire à Constantin qu'il cherchait à s'arroger en Egypte une autorité presque indépendante; il fut exilé à Trèves. Ainsi l'empereur se considérait comme exerçant ses droits de grand pontife vis-à-vis de la religion chrétienne aussi bien que vis-à-vis de la religion païenne; il méconnaissait les décisions du concile que lui-même avait convoqué et traitait les évêques en fonctionnaires.

Peu de temps après le concile de Nicée, Constantin fit un séjour à Rome où il n'avait pas paru depuis treize ans ; il y célébra le vingtième anniversaire (ce qu'on appelait les vicennalia) de son avènement au pouvoir, mais il affecta de ne pas participer aux jeux, aux cérémonies païennes qui eurent lieu à cette occasion, et, comme à Rome l'ancien culte était plus vivace que partout ailleurs, cette attitude blessa le sénat et le peuple. On le lui témoigna bientôt. 

Une sombre tragédie de famille vint encore agir sur son esprit inquiet et mécontent. De sa première femme, Minervina, il avait un fils, Crispus, qui avait pris une part brillante aux guerres contre les Germains et contre Licinius et qui, de bonne heure, avait reçu le titre de césar. L'impératrice Fausta en était jalouse; elle désirait assurer le pouvoir à ses trois fils, Constantin, Constance et Constant. Quelles accusations porta-t-elle contre Crispus; celui-ci prêta-t-il le flanc aux soupçons par son langage ou son attitude et son père craignit-il de le voir lui disputer le pouvoir? On est mal renseigne sur ces événements dont les panégyristes et les historiens adulateurs de Constantin ont évité de parler. D'après Philostorge, Fausta, éprise de Crispus, aurait voulu se venger de ses dédains, mais cette version est peu vraisemblable. Toujours est-il que Crispus fut arrêté, mis à mort, et que beaucoup de ses amis eurent le même sort. Licinianus, fils de Licinius et de Constantia, neveu de l'empereur, fut également supprimé, bien qu'il n'eut que douze ans. Cependant Hélène, la mère de Constantin, qui détestait Fausta, voulut venger la mort de Crispus; sans doute elle parvint à démontrer que celui-ci était innocent, qu'il avait été la victime des calomnies de l'impératrice : par l'ordre de Constantin, Fausta fut étouffée au bain. D'après un historien de cette époque (Philostorge), Constantin l'aurait ainsi punie de ses débauches avec des gens de basse condition. 

Cet abominable drame qui s'accomplit à Rome acheva de tourner contre Constantin les esprits des Romains; à la porte même de l'empereur ils affichèrent une virulente épigramme :  « Qui redemandera le siècle d'or de Saturne? Ce siècle-ci est de diamant, mais néronien », raillant ainsi du même coup la cruauté de Constantin contre les siens et le luxe avec lequel il s'ornait de perles et de pierres précieuses comme les monarques asiatiques. Tous ces événements firent prendre à Constantin Rome en horreur; il voulut avoir une capitale qui fût bien à lui. Après avoir songé à divers emplacements, à Salonique, à Sardique, à Troie, il se décida pour Byzance  (Constantinople). La nouvelle capitale allait bénéficier d'une situation merveilleuse et qui en fait le trait d'union entre l'Asie et l'Europe. Constantin transforma la ville; il traça une vaste enceinte, guidé, disait-il, par un ange qui marchait devant lui; de superbes édifices s'y élevèrent, palais, thermes, cirque, etc. La « nouvelle Rome » fut disposée en partie sur le modèle de l'ancienne; elle eut son forum, ses sept collines; pour l'orner, on enleva dans bien des villes du monde grec des chefs-d'oeuvre de la sculpture antique, mais Constantin voulut aussi que de superbes églises attestassent que la ville qui portait son nom était avant tout chrétienne : la première église de Sainte-Sophie ou de la Sagesse Divine, l'église des Saints-Apôtres, destinée à contenir les monuments funéraires de la famille impériale, furent alors construites. Pour attirer des habitants, Constantin leur conféra d'importants privilèges et il organisa à Constantinople le service de l'annone, comme il l'était à Rome. Les travaux de construction furent poussés avec une activité fiévreuse, l'inauguration de la ville eut lieu dès le 11 mai 330.

Quelle fut l'attitude de Constantin à l'égard du paganisme dans la dernière période de son règne? S'il fallait en croire Eusèbe, dont quelques historiens modernes ont accepté le témoignage, la défaite de Licinius aurait été suivie d'une véritable interdiction du culte païen, des sacrifices et de la divination. Mais le panégyriste de Constantin se contredit lui-même puisqu'il rapporte une lettre dans laquelle l'empereur à cette époque écrit aux habitants de l'Orient :

« Plusieurs, à ce que j'entends, affirment que les rites et la puissance des ténèbres des temples ont été supprimés; je l'aurais conseillé à tous les hommes, si la rébellion violente de l'erreur funeste n'était, pour le malheur du salut de tous, encore trop ancrée dans certains esprits. » 
En termes clairs, il craignait évidemment qu'une proscription générale du culte païen ne suscitât des désordres et des insurrections. A Constantinople même on trouvait des temples, et Constantin y aurait fait, d'après Zosime, élever des monuments en l'honneur de quelques divinités. Quelques auteurs rapportent aussi que, lors de la fondation de la ville, des cérémonies païennes furent accomplies par le philosophe néo-platonicien Sopater et l'hiérophante Prétextat. Eusèbe cite quelques temples qui furent fermés, deux temples de Vénus en Phénicie, un temple d'Esculape en Cilicie, mais ces mesures spéciales étaient évidemment justifiées par les désordres qui accompagnaient certains cultes, et Constantin en les réprimant usait de ses droits de grand pontife comme l'avaient fait avant lui les empereurs païens. En certains endroits la plèbe chrétienne, excitée quelquefois par des évêques et des prêtres, put saccager des temples, détruire des idoles, mais sans qu'aucune loi autorisât ces violences. On a vu une allusion à l'interdiction des sacrifices dont parle Eusèbe dans une loi de 341 où Constance, en prenant une mesure de ce genre, se réfère à une loi de son père. Mais ceux même qui ont admis qu'il puisse être question dans ce texte d'une prohibition absolue des sacrifices reconnaissent qu'en tout cas elle dut être fort peu observée.
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Constantin sur une pièce de monnaie.
Constantin sur une pièce de monnaie de Thessalonique.

La politique de Constantin parait mieux définie dans un discours où il dit en s'adressant aux païens : 

« Allez, impies, car nous vous laissons cette liberté, allez vous livrer à vos sacrifices, à vos banquets, à vos fêtes, à vos ivresses, sous couleur de piété ; adonnez-vous aux voluptés, et, sous le prétexte mensonger de sacrifier, satisfaites votre intempérance et vos passions. »
Il insulte les païens, mais il leur laisse la liberté relative de leur culte, il veut que le christianisme triomphe, mais par la persuasion et non par la persécution. Il est aussi conscient de rapport de force qui est encore pour un temps en faveur de la religion romaine.

Du moins on savait comment il fallait s'y prendre pour gagner ses bonnes grâces. Des villes entières se convertissaient. Majuma, port de Gaza, embrasse le christianisme; de bourg elle devient cité et Constantin lui-donne le nom de Constantia. Il accorde les mêmes privilèges à une ville de Phénicie où les habitants ont brisé les idoles et se sont convertis, et Eusèbe ajoute : 

« Dans les autres provinces, une foule de personnes adhéraient à la foi salutaire, détruisaient dans les villes et dans les campagnes les simulacres qu'elles vénéraient auparavant, renversaient les temples, sans qu'on leur en eût donné l'ordre, et construisaient des églises. » 
Mais on ne trouve guère d'actes de persécution contre les personnes. Si, entre 330 et 337, il fit mettre à mort le philosophe néo-platonicien Sopater, qui longtemps avait fait partie de son entourage, on ne voit pas que des mesures de ce genre aient été fréquentes.

Des lois nombreuses, insérées au siècle suivant dans le code Théodosien, attestent l'activité administrative de Constantin. Un historien de cette époque, Eutrope, dit du reste qu'il fit beaucoup de lois, qu'il y en eut de bonnes dans le nombre, mais que la plupart étaient superflues, quelques-unes dures. Il n'est pas facile néanmoins de déterminer toujours avec précision quelle est la part de Constantin dans cette oeuvre de réorganisation de l'empire qui s'accomplit aux IIIe et IVe siècles, et dont les cadres administratifs sont connus surtout par la Notitia dignitatum utriusque imperii, sorte d'almanach impérial rédigé vers l'an 400. On peut dire de lui que, fidèle aux traditions de Dioclétien, il poursuivit en la compliquant la formation de la hiérarchie palatine. Lui-même, placé au sommet de cette hiérarchie, affectait, par l'éclat de son costume, par son diadème orné de gemmes, les dehors d'un despote oriental. Les historiens le montrent créant de nouvelles dignités, comme le patriciat, répartissant les comtes en trois classes, etc. 

« Afin de pouvoir honorer un plus grand nombre de personnes, il inventa, dit Eusèbe, diverses dignités. » 
De même il multipliait les largesses, mais les contemporains, qu'ils lui soient
favorables ou hostiles, qu'ils soient chrétiens ou païens, s'accordent à dire qu'il était peu perspicace dans la distribution de ses faveurs. Même Eusèbe, qui pousse souvent la louange envers Constantin jusqu'à l'effronterie mensongère, reconnaît que la violence, la cupidité, l'hypocrisie s'accrurent fort sous son règne, que beaucoup de méchantes gens, en affectant des sentiments chrétiens, profitèrent de sa crédulité [et de sa vanité] et bénéficièrent de sa faveur. D'après Zosime, ce fut lui qui, à l'ancienne division de l'empire en deux grandes préfectures du prétoire, substitua la division en quatre préfectures dont deux comprenaient les provinces d'Orient, deux autres les provinces d'Occident; mais l'autorité des préfets du prétoire fut diminuée parce qu'on leur enleva le commandement des troupes pour le confier à des maîtres des milices.

C'est du reste à cette époque que s'accomplit la séparation des fonctions civiles et militaires. L'organisation de l'armée fut aussi fort modifiée par Constantin; l'effectif de la légion fut réduit, les troupes furent divisées en trois catégories : celles du palais (palatinae), celles qui étaient en garnison dans les villes à l'intérieur de l'Empire (comitatenses), celles qui étaient sur les frontières (ripenses). Or ces dernières, qui assuraient la défense de l'Empire de tous côtés menacé, furent diminuées et jouirent du reste de privilèges moins étendus que les autres; d'autre part, les soldats en garnison dans les grandes villes prirent des habitudes de mollesse et d'indiscipline qu'un contemporain, bien au courant des choses de l'armée, Ammien Marcellin, a vivement flétries. En outre, plus encore que ses prédécesseurs, Constantin ouvrit l'armée aux barbares ou les établit dans l'Empire en qualité de fédérés; l'empereur Julien lui reprochait plus tard d'avoir « le premier de tous » élevé des Barbares au consulat.

Les dernières années du règne de Constantin ne furent pas signalées par des événements notables : une guerre contre les Goths (332-334) n'est pas fort bien connue; l'année même de sa mort, en 337, il entrait en lutte ouverte avec Sapor II, roi de Perse. Deux ans auparavant, il avait partagé l'empire entre ses fils et ses neveux : son fils aîné Constantin (II) eut la Gaule, l'Espagne, la Bretagne; Constance, l'Asie, la Syrie, l'Egypte; Constant, l'Italie, l'Afrique, l'Illyrie; à un de ses neveux, Dalmace, il attribua la Thrace, la Macédoine et l'Achaïe; à l'autre, Hannibalien, le Pont, la Cappadoce, la petite Arménie. Ce partage devait fatalement susciter de sanglants conflits. 

Constantin fut enseveli à Constantinople dans l'église des Saints-Apôtres. A son lit de mort il se fit baptiser, mais par un évêque dévoué aux ariens, Eusèbe de Nicomédie. 

Les contemporains et la postérité ont porté sur lui des jugements fort divers. Les historiens ecclésiastiques, comme Eusèbe, se sont plu à vanter tous ses actes, à lui attribuer toutes les vertus, et, pour prouver l'ardeur de ses convictions chrétiennes, ils ont sur plus d'un point altéré la vérité. Les historiens païens n'ont pas en général nié qu'il n'eût de réelles qualités, mais ils ont volontiers signalé les conséquences funestes de sa politique. Zosime surtout l'a très sévèrement jugé. Parmi les historiens modernes, les uns ont cru à la sincérité de sa conversion, les autres n'ont voulu y voir qu'un acte politique. S'il est difficile de pénétrer dans la conscience de Constantin, peut-être est-il prudent de se défier des appréciations exclusives et d'admettre que ses sentiments aussi bien que ses intérêts ont pu tourner vers le christianisme. 
Ses actes laissent voir un caractère dissimulé, souvent violent et cruel. Quant à son gouvernement, on ne saurait nier qu'il ait été dangereux pour l'Empire : les institutions sur lesquelles reposait la société romaine, déjà fort ébranlées, ont été atteintes dans leurs organes essentiels; et Julien a jugé assez bien ce règne lorsqu'il a accusé Constantin d'avoir été « un novateur et un perturbateur des vieilles lois et de l'ordre de choses anciennement établi ».

Une foule d'écrivains se sont occupés de l'histoire de ce prince (J. Vogt n'en compte pas moins de 180 dans son curieux ouvrage intitulé Historia litteraria Constantini magni, Hambourg, 1720, in-8); mais Gibbon les a tous surpassés par la profondeur de ses vues et l'étendue de ses recherches, dans son Histoire de la décadence et de la chute de l'empire. (C. Bayet).



Robert Turcan, Constantin et son temps, Faton, 2006.
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