 |
Pindare,
le modèle et le désespoir des lyriques de tous les temps,
naquit à Thèbes
de Béotie ,
la 3e année de la 64e
olympiade (522 ans av. J.-C.), et d'après les supputations d'un
de ses éditeurs, Boeckh, mourut environ
442 ans av. J.-C. Il s'était exercé avec un égal succès
dans tous les genres de poésie lyrique
: il ne reste que des fragments de ses parthénies, de ses thrènes,
de ses prosodes, de ses dithyrambes ;
mais nous possédons de lui 45 hymnes ,
composés en l'honneur des athlètes qui remportèrent
des prix aux jeux olympiques, pythiques,
isthmiques
et néméens. Comme tous les
hommes qui sortent de l'ordre commun, Pindare a rencontré des partisans
et des détracteurs également passionnés. Des critiques
incapables de mesurer la hardiesse de son vol, l'ont attaqué sous
le double rapport des sujets et de la manière dont il les traite.
Mais est-ce à la lecture froide et tranquille du cabinet que l'on
peut éprouver quelque chose de l'enthousiasme qui animait le chantre
thébain, lorsque, spectateur lui-même de ces luttes fameuses,
où la force, l'adresse et l'agilité se disputaient l'honneur
du triomphe, le poète associait pour ainsi dire sa muse à
ces glorieux débats auxquels les sages législateurs de la
Grèce attachaient avec raison une si haute importance. C'est donc
souvent moins le vainqueur que la victoire elle-même qui occupe Pindare
: c'est la gloire de sa nation; et quand elle n'éclate pas assez
dans ses héros, il va la chercher dans leurs aïeux, dans leur
patrie, dans les instituteurs mêmes de ces jeux célèbres.
De là ces écarts qui semblent quelquefois l'entraîner
si loin de son sujet, et qui s'y rattachent néanmoins toujours,
mais par des rapports qui échappent facilement à des yeux
inattentifs ou peu familiarisés avec les mystères de cette
haute poésie. Au surplus, il n'est pas surprenant que tant de scholiastes,
de traducteurs et d'interprètes se soient égarés à
la suite de Pindare, et aient subi le sort dont Horace
menaçait la présomptueuse témérité de
ses imitateurs. Il est glorieux sans doute pour la France, que deux de
ses poètes, J.-B. Rousseau
et P.-D. Lebrun, aient seuls mérité jusqu'ici l'honneur d'être
nommés à côté de Pindare. Six cents ans après
sa mort, Pausanias retrouva dans Thèbes
la statue que l'admiration reconnaissante de ses concitoyens lui avait
érigée; mais cette statue elle-même a cédé
aux efforts du temps : cette maison devant laquelle s'étaient deux
fois arrêtées les fureurs de la guerre, est depuis longtemps
ensevelie sous ses ruines. (A19).
 |
En
bibliothèque - Un seul monument
a bravé jusqu'ici le temps et la guerre : c'est celui que Pindare
lui-même s'est élevé, ans ce qui nous reste de ses
ouvrages, publié pour la première fois à Venise, 1513,
in-8, par Alde l'Ancien; et quelques années après par H.
Estienne 1560, in-4. La première édition critique est celle
d'Erasme Schmidt, Wittemberg, 1616, in-4; réimpr. 4 an: après
à Saumur, par les soins de J. Benoît. La critique du texte
ne fit aucun progrès depuis Schmidt et Benoît jusqu'en 1773,
époque de la première édition publique par Heyne,
Gottingen, 2 vol. in-8; réimpr. en 1798, en 3 vol. in-8, avec de
notables améliorations, et un excellent traité de Hermann,
sur le mètre de Pindare : cette dernière est réputée
classique, sous le rapport de l'interprétation. La principale, la
plus complète et la plus savante de toutes les éditions anciennes
de Pindare est jusqu'ici celle de Aug. Boeckh, Leipzig, 2 vol. in-4, 1811-1821.
Nous n'avons en français que deux traduct. complètes (en
prose), des Odes de Pindare : celle de Gin, et celle de Tourlet,
infiniment supérieure, sous tous les rapports, à celte de
son devancier : elle a d'ailleurs l'avantage d'offrir le texte grec, soigneusement
revu et accompagné de notes savantes. Les Italiens ont plusieurs
traduction de Pindare, en vers, entre autres, d'Adimari, de Mazari, de
Jérocades. On cite les versions anglaises de Gowley et de West,
quoique incomplètes; et les Allemands font de celle de Gedike
un cas particulier.
En
librairie - De Pindare : Olympiques,
Belles Lettres (Série grecque), 1970;
Pythiques, Belles Lettres
(Série grecque), 1977;
Néméennes, Belles Lettres
(Série grecque), 1967;
Istmiques et fragments, Belles Lettres
(Série grecque), 1962.
Sur
Pindare : Jean-Eudes Gitrot, Pindare avant Ronsard (de l'émergence
du grec à la publication des quatre premiers livres des Odes de
Ronsard), Droz, 2001; Jacques Péron, Les images maritimes de
Pindare, Klincksieck, 2000; Jean Ygaulin, Pindare et les poètes
de la célébration, Lettres modernes Minard, 1998, 8 volumes
(le volume I est plus spécialement centré sur Pindare); Edouard
des Places,
Pindare et Platon, Beauchesne, 1997; B. Gallet, Recherches
sur Kairos et l'ambiguïté dans la poésie de Pindare,
Presses universitaires de Bordeaux, 1995; Alain Bresson, Mythe et contradiction,
analyse de la vie olympique de Pindare, Presses universitaires de Franche-Comté,
1989; F. Henry, Saint-Léger, léger traducteur de Pindare,
Gallimard, 1986.
|
|
|