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| Dictionnaire | |
| Idée.
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Le mot idée désigne un fait intellectuel élémentaire,
irréductible, et qui par conséquent n'est pas susceptible
d'une définition rigoureuse. Dans sa
signification commune, qui est aussi la plus étendue, on l'applique
à toute appréhension de l'esprit,
et les scolastiques la définissaient
une simple aperception de l'esprit, mera
mentis aperceptio. Le fait exprimé par le mot idée est
souvent encore désigné par d'autres termes, selon l'objet
auquel il se rapporte. Ainsi, on l'appelle, quand il se rapporte à
une chose présente, perception; à
un objet visible, image; à un phénomène
purement intellectuel, conception; à
une chose passée, souvenir; à un état moral, sentiment.
Mais idée est le terme générique, et s'applique à
tout fait de l'intelligence par lequel les
choses sont rendues présentes à notre esprit.
IOn distribue généralement les idées en plusieurs classes, selon les divers points de vue sous lesquels on les considère. A. Envisagées au point de vue de leurs objets, elles varient à l'infini, comme les choses auxquelles elles se rapportent. Néanmoins on peut les ranger sous les deux chefs suivants :Mais les classifications qui précèdent, et d'autres encore que nous croyons inutile de citer, sont d'une importance fort médiocre et sont toutes plus ou moins arbitraires. La seule division des idées qui n'ait pas ce défaut, qui soit à la fois complète et précise, est celle qui est tirée de leur caractère de contingence ou de nécessité. Les idées contingentes sont les idées relatives aux choses qui pourraient ne pas être. Les idées nécessaires, celles relatives aux choses qui ne peuvent qu'être. Deux caractères secondaires de nos idées, la particularité et l'universalité, découlent de leur contingence et de leur nécessité. Un être contingent étant un être fini, circonscrit dans le temps et dans l'espace, l'idée qui le représente participe à ces bornes : elle est déterminée, individuelle, particulière. Au contraire, une idée nécessaire est une idée universelle parce qu'elle s'applique à une chose qui ne peut pas ne pas être, et qui, par conséquent, est de tous les temps et de tous les lieux. Les idées contingentes sont encore appelées idées relatives, par opposition aux idées absolues, qui évidemment ne sont autres que les idées nécessaires.1° les idées sensibles, qui représentent les objets extérieurs ou leurs attributs; Le problème de l'origine des idées a été de tout temps un sujet de controverse parmi les philosophes. A. Pour les idées que nous avons des choses extérieures, c.-à-d. des corps et de leurs propriétés, la question ne paraît pas douteuse. Elles arrivent à notre intelligence par l'intermédiaire des sens, à la suite de l'impression qu'elles produisent sur eux, impression qu'on désigne sous le nom de sensation. Ces idées constituent ce qu'on appelle les idées sensibles. Toutefois, bien que ces idées nous viennent des sens, elles ne sont point, ainsi que Ie prétendaient Condillac et son école, des sensations transformées. Une sensation est simplement la réaction de l'organe sensoriel contre la cause extérieure qui agit sur lui, réaction à l'occasion de laquelle l'esprit conçoit l'idée. La sensation est un phénomène passif; l'idée est le produit de notre activité intellectuelle. La sensation prend fin aussitôt que l'objet qui la déterminait cesse d'agir; l'idée persiste et subsiste dans notre intelligence, sans qu'il soit désormais besoin de l'intervention de l'impression ou de l'agent qui a donné lieu à sa naissance. En outre, aucune cause ne peut donner plus qu'elle ne contient : les sensations sont donc incapables de nous donner aucune idée de rapports, pas même celle du rapport de succession ou de simultanéité qui peut exister entre elles.L'école écossaise regarde idées universelles et nécessaires comme des lois constitutives de l'esprit humain. Kant les considère comme de simples formes de la pensée, et il les partage en trois classes, les formes de la sensibilité, les catégories de l'entendement, et les idées de la raison; et la connaissance humaine est le produit de l'application régulière de ces lois aux matériaux confus et épars qui nous viennent de l'expérience. Les idées universelles et nécessaires ont reçu de plusieurs philosophes, tels que Platon, Descartes, Leibniz, etc., le nom d'idées innées, non point dans ce sens que ces idées soient actuelles chez l'enfant qui vient de naître, mais comme sortant de notre faculté même de penser. Ces idées restent en puissance dans l'esprit, jusqu'à ce que l'expérience vienne les faire paraître à la lumière et les rendre présentes à l'esprit. " Toutes ces vérités, dit Bossuet en parlant des idées universelles et nécessaires, subsistent devant tous les siècles, et devant qu'il y ait eu un entendement humain; et quand tout ce qui se fait par les règles des proportions, c.-à-d. tout ce que je vois dans la nature serait détruit, excepté moi, ces règles se conserveraient dans ma pensée; et je verrais clairement qu'elles seraient toujours bonnes et véritables, quand moi-même je serais détruit, et quand il n'y aurait personne qui fut capable de les comprendre. Si je cherche maintenant où et en quel sujet elles subsistent éternelles et immuables comme elles sont, je suis obligé d'avouer un être où la vérité est éternellement subsistante et où elle est toujours entendue; et cet être doit être la vérité même et doit être toute vérité; et c'est de lui que la vérité dérive dans tout ce qui est et ce qui s'entend hors de lui. C'est donc en lui, d'une certaine manière qui m'est incompréhensible, c'est en lui, dis-je, que je vois ces vérités éternelles; et les voir, c'est me tourner à celui qui est immuablement toute vérité et recevoir ses lumières. Cet objet éternel, c'est Dieu éternellement subsistant, éternellement véritable, éternellement la vérité même."L'étymologie du mot idée, qui signifie proprement image, nous révèle l'hypothèse qui la première s'est produite en philosophie sur la nature de ce phénomène. Les anciens avaient imaginé qu'entre l'esprit renfermé dans le corps et les objets qui nous entourent, il ne pouvait y avoir de communication immédiate. En conséquence, ils supposèrent que les objets envoient à l'esprit, par le canal des sens, des images d'eux-mêmes, appelées par Aristote-espèces sensibles, et que ce sont ces images et non les objets, que nous percevons. Cette supposition fut ensuite généralisée et appliquée à toutes les facultés de l'esprit. Les objets passés furent représentés à la mémoire par des images, les objets immatériels ou de raison par des espèces intelligibles. "En un mot, dit Jouffroy, on créa dans l'esprit un peuple de fantômes, qui furent comme des ombres des objets que nous percevons."Cette hypothèse, quelque vaine qu'elle soit s'est reproduite dans la philosophie moderne; seulement ces êtres intermédiaires ont reçu le nom commun d'idée. D'après cette théorie que dans l'histoire de la philosophie, on appelle théorie de l'idée représentative, la connaissance et l'idée sont deux choses distinctes. L'idée n'est qu'un moyen de connaissances et non la connaissance même; c'est une sorte d'intermédiaire entre l'objet et le sujet. Pour ce dernier, l'idée est donc la représentation de l'objet, et l'exactitude de la connaissance se mesure sur le plus ou moins de fidélité de l'image par rapport à l'objet qu'elle représente. Ainsi, ce n'est pas le Soleil En effet, bien que l'esprit se saisisse lui-même par une aperception immédiate et qu'on ne puisse mettre en question son existence, il en est tout autrement des objets extérieurs qu'il ne nous est jamais donné d'atteindre directement, à cause de la présence de cet être intermédiaire, l'idée, qui vient toujours s'interposer entre notre âme et la réalité extérieure, devenue dès lors à jamais insaisissable. De là l'impossibilité de nous assurer de l'existence réelle des objets qui constituent l'extériorité matérielle, et, par conséquent, on aboutit comme Berkeley, à la négation logique du monde extérieur. Or, cette doctrine une fois adoptée, rien ne me garantit plus l'existence extérieure d'êtres semblables à moi, et je reste seul dans l'univers, ou plutôt je le constitue moi seul, avec mon esprit et mes idées. L'hypothèse des idées représentatives, sous quelque forme qu'elle se déguise, écartée, le problème reste entier. Mais la philosophie est-elle capable de le résoudre, et sa solution est-elle nécessaire à l'avancement de la science? (DV.). |
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© Serge Jodra, 2004. - Reproduction interdite.