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Baal

Baal est le dieu suprême des Chananéens, et auquel les Hébreux ont également rendu un culte. Son nom se lit souvent dans les inscriptions phéniciennes; on le retrouve aussi dans les inscriptions cunéiformes et chez les auteurs grecs et latins, qui l'appellent communément, d'après la forme babylonienne de son nom, Bêl, Bêlos, Belus. Il entre dans la composition d'un grand nombre de noms de personnes phéniciens et carthaginois : Hannibal (hanniba'l, « Baal est grâce »); Hasdrubal (`azruba'l, « Baal est secours»), etc. ; araméens : Abdbal, « serviteur de Baal, » qu'on lit sur un cachet d'agate trouvé à Khorsabad, etc.; assyro-babyloniens : Balthasar ( Bel - sar - usur, « Bel protège le roi » ), etc.; on le trouve même dans quelques rares noms hébreux : Ba'alhânân (Vulgate : Balanan), Esbaal, Méribbaal, Baaliada. 

Le nom de Baal

Baal, Ba`al, d'après l'interprétation des sémitisants, signifie « seigneur, maître, possesseur », non seulement en hébreu, mais aussi dans les autres langues sémitiques. Il ne s'emploie pas uniquement comme nom propre, mais encore comme nom commun, pour désigner le maître, le propriétaire, le possesseur d'une personne ou d'une chose :
1°  « propriétaire d'une maison » (Exode, XXII, 7; Juges, XIX, 22; d'un champ, Job, XXXI, 39; d'un boeuf, Exode, XXI, 28; Isaïe, I, 3; de richesses, Eccl., V, 13, etc.); 

2° « mari » ba`al 'iššâh, « maître d'une femme » (Exode, XXI, 3, etc).; 

3° habitant ou citoyen d'une ville (Josué, XXIV, 11; Juges, IX, 2, etc.). 

On peut conclure de là que le nom de Baal, appliqué à Dieu, n'a été primitivement qu'une épithète exprimant son souverain domaine et le considérant comme le seigneur et le maître de toutes choses; on en a fait ensuite un nom propre et une divinité particulière, le Baal, le Maître par excellence, hab-Ba`al, avec l'article. L'article est en effet toujours mis en hébreu devant le nom du dieu pour distinguer Ba`al, nom propre, de ba'al, nom commun. A cause de l'abus que les polythéistes firent de cette expression, la Bible, quoiqu'elle aime à appeler Dieu le Seigneur, ne le désigne pas une seule fois par le nom de Baal; mais elle emploie à l'a place 'Âdôn, 'Adônâï, dont la signification est la même, et elle ne se sert du mot ba`al, en dehors du nom du dieu, que comme substantif commun.

Le dieu suprême chananéen Baal, honoré à Tyr et à Sidon, dans toute la Syrie et dans les colonies phéniciennes, se multiplia par la suite des temps, et l'on distingua plusieurs Baals, qui tirèrent leur nom particulier soit du lieu où ils étaient honorés, comme Ba`al Lebanon, « le Baal du Liban »; soit de la fonction qu'on lui attribuait, comme celle de Ba'al Berit, « le Baal de l'alliance, » protégeant ceux qui faisaient alliance avec lui; de Ba'al Zebûb, « le Baal des mouches, » protégeant sans doute ses adorateurs contre ces insectes (Belzébuth). Aux Baals locaux se rattachent, d'après beaucoup d'orientalistes, les noms de lieux Baalgad, Baal Hamon (hébreu), Baalhasor, Baalhermon, Baalmaon, Baal Pharasim, Baalsalisa, Ba'al Sefôn (Vulgate : Béelséphon), Baalthamar, Baal Phégor  (Belphégor). Pour la forme babylonienne du nom de ce dieu, voir Bêl (Enlil).

Quoique le nom de Baal désignât un dieu particulier, il s'employait aussi pour qualifier une divinité quelconque. Ainsi, dans une inscription phénicienne de Malte, on lit : « Melqart, Baal de Tyr » . C'est dans cette acception que Moloch est appelé « Ba'al » dans Jérémie, XXXII, 35. Cf. XIX, 5.

Caractères de Baal

Le dieu Baal était le dieu producteur, le principe mâle, associé à la déesse Astarté, qui était le principe femelle. C'est, d'après l'opinion la plus probable, une divinité solaire; pour cette raison, lorsqu'elle est représentée dans les derniers temps sous forme humaine, elle est couronnée d'un diadème de rayons, et son emblème est appelé, en hébreu comme en phénicien, hammân, « solaire » (en hébreu, seulement au pluriel : hammânim ); le dieu lui-même est appelé souvent dans les inscriptions Ba'al hammân, « le Seigneur du Soleil », de hammâh, nom poétique du Soleil dans Job, XXX, 28; Isaïe, XXIV, 23; XXX, 26; Cantique des cantiques, VI, 10. 

Les hammânim étaient des cippes ou colonnes de forme conique ou bien pyramidale, destinées à représenter le Soleil sous la forme d'une flamme. Hérodote (II, 44) raconte qu'il y en avait deux dans le temple d'Héraclée, c'est-à-dire de Baal, à Tyr. Une inscription de Palmyre, la plus ancienne de toutes les inscriptions religieuses, mentionne l'érection d'un hammana', au dieu Soleil. Des monnaies romaines de l'époque impériale nous ont conservé l'image du cippe de Baal. D'après les renseignements fournis par la Bible, ce cippe était en pierre ou en bois ( IV Rois, X, 26), ou même en or (Osée, II, 10). 

Certains commentateurs tirent une preuve du caractère solaire de Baal du texte IV Rois, XXIII, 4 (cf. v. 11), qu'ils traduisent par : « Josias fit périr les prêtres qui brûlaient de l'encens à Ba`al-Šéméš » (Shamash), c'est-à-dire à Baal-Soleil . Les auteurs classiques identifient aussi Baal avec le Soleil :

« Dieu s'appelle Bal en langue punique, dit Servius, et Bel chez les Assyriens; il est tout à la fois Saturne et le Soleil ». 
Comme dieu solaire, Baal est « le maître des cieux », Baal-samin, titre qu'il porte dans l'inscription d'Omm el-Aouamid, et qui se lit aussi dans les vers puniques du Poenulus de Plaute, Balsamen, v, 2, 67, comme dans saint Augustin, Baalsamen, ainsi que dans Philon de Byblos, qui dit expressément : 
« Ils considéraient le soleil [...] comme le dieu qui était le seul maître du ciel, l'appelant Béelsamen. » 
Baal-Soleil est bienfaisant comme l'astre du jour qu'il personnifie, mais il est aussi malfaisant, parce qu'il brûle et tue. Il est d'abord la source de la fécondité et de la vie; ses tièdes rayons réchauffent la terre et lui font porter ses fruits. « Je suivrai ceux qui m'aiment, » c'est-à-dire Baal, dit la fille d'Israël infidèle, dans Osée, II, 5 (hébreu, 7), « parce qu'ils me donnent le pain, l'eau, la laine, le lin, l'huile, la boisson. » 

Les adorateurs du dieu lui attribuent la fertilité de la vigne et du figuier; c'est pourquoi les monuments votifs de Carthage représentent ce dieu entouré de fleurs, de grappes et de fruits, symboles de sa force fécondante. De même les médailles nous le montrent sous une forme humaine, assis et ayant devant lui un épi et un raisin.

Mais Baal était le dieu de la mort en même temps que le dieu de la vie. Sa chaleur est souvent funeste à l'humain comme aux plantes et aux animaux, surtout dans les pays brûlés de l'Orient, et c'est pour cela que les classiques grecs et latins, qui avaient reconnu en lui à juste titre le soleil, l'assimilaient aussi à Cronos ou Saturne, le dieu qui dévore ses propres enfants, comme  dans le texte de Servius. Il inspirait ainsi la terreur à ses fidèles, qui honoraient ce dieu cruel par des actes de cruauté, et cherchaient à se le rendre propice par l'immolation de victimes humaines, en particulier d'enfants. Jérémie, XIX, 5; XXXII, 35. Le rite sanglant par lequel ses prêtres se blessaient et se meurtrissaient eux-mêmes, III Rois, XVII, 28, se rattache vraisemblablement à ces sacrifices.

Culte de Baal chez les Hébreux

Histoire.
Les enfants de Jacob, fort enclins à l'idolâtrie, adorèrent Baal même avant d'entrer dans la Terre Promise.

Le nom de ce dieu apparaît pour la première fois dans l'histoire de Balaam. Balac, roi de Moab, conduisit ce fameux devin aux bamôt ou hauts lieux de Baal, d'où l'on voyait l'extrémité du camp d'Israël. Nombres, XXII, 41. Peu de temps après, le perfide devin conseilla au roi Balac de pervertir le peuple de Dieu à l'aide des filles moabites. Nombres, XXXI, 16. Un grand nombre d'Israélites succombèrent, et leurs séductrices les firent tomber dans l'idolâtrie et adorer le dieu Baal sous une de ses formes particulières, c'est-à-dire comme Ba`al Pe`ôr (Belphégor), Nombres, XXV, 1-3.

Quand les Hébreux se furent emparés de la terre de Chanaan, ils ne tardèrent pas à rendre un culte à Baal, qu'ils considéraient comme le dieu du pays. L'auteur des Juges le leur reproche dès le commencement de son livre (Juges, II, 11, 13). C'est parce qu'ils servent Baal et Astaroth que Dieu les livre entre les mains de Chusan Rasathaïm, roi de Mésopotamie, Juges, III, 7, 8; des Madianites et des Amalécites, Juges, VI, 25-32; des Philistins et des Ammonites, Juges, X, 6-7, 10; cf. Juges., VIII, 33; IX, 4; I Rois, VII, 3-4; XII, 10. 

Lorsque, par suite de l'établissement de la royauté, les enfants de Jacob eurent moins de rapport avec les Chananéens, Baal n'eut d'abord parmi eux qu'un petit nombre d'adorateurs; mais, après le schisme des dix tribus, sous Achab, roi d'Israël, son culte fut plus florissant que jamais. Ce prince avait épousé une Phénicienne, Jézabel, fille d'Ethbaal, roi de Sidon et prêtre d'Astarté (III Rois, XVI, 31); elle était passionnée pour la religion de sa famille, et elle la propagea avec ardeur à Samarie et dans tout le royaume des dix tribus ( III Rois, XVI, 31-33). Baal eut alors en Israël jusqu'à quatre cent cinquante prêtres, et Aschérah quatre cents (III Rois, XVIII, 19, 22).

Il ne fallut rien moins que le zèle du prophète Élie pour empêcher la conversion entière du royaume du nord (III Rois, XVIII, 16-40). Le texte ne compte que sept mille hommes qui n'eussent pas fléchi le genou devant Baal (III Rois, XIX, 18). Ochozias, fils d'Achab et de Jézabel, continua à servir le dieu phénicien (III Rois, XXII, 54). Son frère Joram, qui lui succéda sur le trône de Samarie, détruisit les emblèmes (masêbâla) de Baal élevés par son père (IV Rois, III, 2); mais il ne déracina pas complètement son culte, qui ne fut aboli que par Jéhu, le destructeur de la maison d'Achab (IV Rois, X, 18-28). La ruine du royaume d'Israël fut vue comme la punition de son idolâtrie (IV Rois., XVII, 16, 18).

Le royaume de Juda n'avait pas échappé lui-même à la contagion. Athalie, la fille d'Achab et de Jézabel, introduisit à Jérusalem le culte de Baal; elle lui fit élever un, temple dont Mathan était le grand prêtre (IV Rois, XI, 18). Le temple, l'autel et les objets idolâtriques qu'il renfermait, furent détruits par le peuple à l'avènement de Joas ( IV Rois, XI, 18; II Paralipomènes, XXIII, 17); mais Achaz, roi de Juda, adora Baal, comme l'avait fait la maison d'Achab. Son fils Ézéchias détruisit l'idolâtrie dans son royaume; elle reparut de nouveau sous son successeur Manassé, qui dressa des autels à Baal et releva les hauts lieux renversés par son père (IV Rois, XXI, 3.) Josias s'efforça d'anéantir son culte (IV Rois, XXIII, 4-5). 

Cependant le dieu chananéen eut des prophètes et des adorateurs dans Juda jusqu'à la captivité de Babylone, comme nous l'apprend Jérémie, II, 8, 23; VII, 9; IX, 14; XI, 13, 17; XII, 16; XIX, 5; XXIII, 13, 27; XXXII, 29, 35 (Cf. aussi Ezechiel, VIII, 3, « l'idole de jalousie », c'est-à-dire Baal, d'après saint Jérôme, In Ezechiel, VIII, 4, t. XXV, col. 78, et un certain nombre de commentateurs). Ce n'est qu'à partir de la captivité que le nom de Baal disparaît de l'Ancien Testament; il n'est plus qu'un souvenir dans le Nouveau Testament, Epître aux Romains, XI, 4, et, pour les Juifs contemporains de Jésus, le Baal qu'avait envoyé consulter Ochozias, roi d'Israël (IV Rois, 1, 2), Ba'al Zebûb, dieu d'Accaron, est devenu Béelzeboul, un objet de dérision et un terme de mépris ( Evangile de Matthieu, X, 25). Le dieu phénicien est mentionné, il est vrai, II Maccabées, IV, 19, mais ce n'est plus sous son nom indigène de Baal ou Melqart, « roi de la cité, » c'est sous celui d'Héraclès, avec qui les Grecs l'avaient identifié. 

Rites et cérémonies du culte de Baal chez les Hébreux.
On adora Baal dans un temple, à Samarie (III Rois, XVI, 32; IV Rois, X, 21-27); à Jérusalem (IV Rois, XI, 18. Cf. Juges, IX, 4). Mais on lui rendait surtout un culte sur les hauts lieux, bamôt, c'est-à-dire primitivement sur les montagnes et les collines, puis sur des tertres artificiels (Jérémie, XIX, 5; XXXII, 35; cf. III Rois, XVIII, 20). Là, on lui élevait des autels (Juges, VI, 25; II Par., XXXIV, 4; Jérémie, XI, 13), au-dessus ou auprès desquels étaient dressés ses hammânim, cippes ou colonnes (II Par., XXXIV, 4; IV Rois, X, 26); on lui offrait des sacrifices de taureaux ( III Rois., XVIII, 23), et d'autres victimes (IV Rois, X, 21); on brûlait des parfums en son honneur (Jérémie, VII, 9; XI, 13 [qattêr labba`al; Vulgate : libare, « faire des libations, » mot qui ne rend pas le sens de l'original]; IV Rois, XXIII, 5); on fléchissait le genou devant lui, et l'on baisait ses statues ou ses emblèmes en signe d'adoration et de ment que deux noms bien connus : Bersabée (Bîr es-Sébâ) et Molada (Khirbet el-Milh); il est donc très difficile de l'identifier. Knobel cependant a proposé de la reconnaître dans le village actuel de Deir el-Belahh, « le couvent de la Datte, » situé sur une petite hauteur, à quelques heures au sud-ouest de Gaza, et dont le nom se rattache à un couvent chrétien détruit et à de belles plantations de dattiers. Il n'y a là qu'un rapprochement purement accidentel entre les mots, et cet emplacement nous reporte bien trop à l'ouest, jusque sur les bords de la mer, dont Deir el-Belahh n'est éloigné que de dix-sept cents mètres. Les possessions israélites n'allaient pas si loin.  (A. Legendre).

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