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Destin.
- Le mot destin exprime ce qu'il y a de fixé, de décrété
et par conséquent de nécessaire
dans les êtres et dans les événements.
Les idées que ce mot désigne ont pris
différentes formes dans l'histoire de
la pensée humaine. Elles ont d'abord revêtu
une forme théologique« Les dieuxDans les poètes postérieurs à Homère et à Hésiode, la Moira se partage entre trois divinités qui héritent de son nom, les trois Moïrai Avec les philosophes, la conception du destin devint plus abstraite et un peu moins inflexible. Aristote admet que le premier moteur immobile meut par son attrait la substance incorruptible des cieux; ceux-ci à leur tour meuvent par une impulsion directe et mécanique le monde sublunaire, et tous les événements matériels dépendent de cette impulsion. C'est cette liaison des mouvements matériels qui constitue le destin. Seule, la volonté humaine lui échappe en ce qui dépend de nous. Deux pouvoirs se partagent donc la production de mouvement dans le monde, le destin, è eimarmenè, et ce qui dépend de nous, to ephèmin. Ce sont surtout les stoïciens qui ont fait de l'eimarmenè le ressort moteur de l'univers. « La cause dépend de la cause, l'ordre immense des choses commande les événements publics et privés. » (Sénèque, De Provid., V.)Les stoïciens admettent bien que quelque chose dépend de nous; il l'appellent, comme Aristote, to ephèmin, mais ils croient que cela se borne à l'assentiment intérieur de la volonté. Nous n'avons aucun pouvoir sur les mouvements extérieurs et mécaniques, pas même sur nos propres membres. Notre force est tout intérieure et intentionnelle. Chez tous les philosophes qui ont suivi jusqu'à Descartes, on trouve des traités particuliers, De Fato, qui tantôt étendent, tantôt restreignent la puissance du destin, mais reconnaissent tous l'existence d'un enchaînement des causes mécaniques dans l'univers, enchaînement qu'ils appellent du nom de fatum. Au moment où disparaissaient les traités De Fato, Descartes, par le mécanisme auquel il soumet la monde matériel tout entier, professait une nouvelle doctrine du destin. Seulement, fondée sur les mathématiques au lieu de l'être sur les conceptions métaphysiques, cette doctrine devenait à la fois plus rigoureuse et mieux démontrée. Elle tendait à sortir de la philosophie pour entrer dans la science positive. Cette tendance de la physique cartésienne à tout expliquer par la mécanique est devenue la règle de la physique moderne et la loi de la science contemporaine. On ne parle plus maintenant du destin, mais on parle du déterminisme universel. C'est la même conception qui reparaît sous un autre nom. Seulement on a pu aujourd'hui découvrir beaucoup de ces corrélations de causes que les anciens philosophes affirmaient sans les connaître; on a pu mesurer ces corrélations. La science contemporaine
est ainsi arrivée à montrer que tout phénomène
exige une certaine quantité de mouvement antérieur pour être
produit et que la quantité de mouvement apparent restait constamment
la même. Rien ne se crée, rien ne se perd. La loi de
la conservation de l'énergie est devenue le principe de la science
positive. Les mouvements actuels sont le résultat de mouvements
antérieurs, et il n'y a dans le monde rien autre chose que des mouvements.
La science positive prétend, en effet, que les phénomènes
psychologiques ne sont que la traduction interne des phénomènes
physiologiques, la pensée est l'expression
consciente d'un état du cerveau. Il suit de là que tout état
de conscience est l'infaillible résultat
des "mouvements" cérébraux. Or, ces mouvements eux-mêmes
dépendent des mouvements extérieurs, de la circulation, de
la respiration
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© Serge Jodra, 2004. - Reproduction interdite.