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L'Europe au XVIIIe siècle
Le XVIIIesiècle, est une période quelque peu étriquée de l'histoire européenne. Il ne commence véritablement qu'après la mort de Louis XIV (1715) dont le règne avait si fortement marqué de son empreinte toute la seconde moitié du siècle précédent, et s'achève, pour ainsi dire à la Révolution française (1789). Ces jalons qui semblent ne concerner que la France ne doivent pas faire illusion. Pendant la plus grande partie du XVIIIe siècle ce sont d'autre pays qui occupent le devant de la scène. Et se sont tout d'abord Pierre le Grand, en Russie, puis Frédéric Il, en Prusse, Joseph II en Allemagne, et, de nouveau en Russie, Catherine II, qui mènent le jeu ou du moins aspirent à ce rôle. 

Signé en 1713, encore du vivant de Louis XIV, le traité d'Utrecht vise sans y réussir à instaurer un statu quo dans la délimitation des pouvoirs sur l'Ouest du continent européen. La maison d'Autriche, menacée jusque dans Vienne par l'armée ottomane (1683), avait refoulé les Turcs et recouvré la Hongrie, une partie de la Bosnie, de la Serbie et de la Valachie par les traités de Karlowitz (1699) et de Passarovitz (1718); mais, vingt ans après, elle rend aux Turcs la Valachie, la Serbie et la Bosnie (traité de Belgrade, 1739); une année plus tôt (traité de Vienne, 1738, etc.) elle avait d'ailleurs déjà perdu une partie des domaines acquis par le traité d'Utrecht, ainsi que la Lorraine. Dans le même temps, la Prusse protestante, dont l'électeur avait reçu d'elle en 1701 le titre de roi, s'organise militairement dans le Nord de l'Allemagne, et devient sa rivale; elle lui enlève la Silésie (1740) et, à travers des péripéties diverses, bat, dans la guerre de Sept Ans, ses armées alliées à celles de la France et de la Russie : la Prusse est dès lors une des grandes puissances de l'Europe.

Quant à la Russie, elle a une première fois poussé ses conquêtes jusqu'à la mer Noire, mais elle a dû les abandonner à la suite d'une campagne malheureuse sur le Pruth (1711) et elle ne les recouvrera qu'en 1774 (traité de Kaidnardji); par les traités de Nystadt (1721) et d'Abo (1743), elle obtient la cession de la Carélie, de la Livonie, de la moitié de la Finlande. De complicité avec la Prusse et l'Autriche, elle dépèce la Pologne en 1772, prenant les provinces orientales jusqu'au Dniepr, et bientôt elle va compléter son oeuvre par un second et par un troisième partage qui portent sa frontière jusqu'à Bialistok (1793-1795). L'Autriche aura dans son lot, après le troisième partage, toute la Russie rouge et la Petite-Pologne; la Prusse eut la Grande-Pologne, la Prusse polonaise et la Mazovie avec Varsovie. En Italie, le royaume de Naples est déjà passé de l'Autriche à la Sardaigne et ensuite à une branche des Bourbons d'Espagne (1733); la Toscane, au contraire, a été donnée à la maison de Lorraine-Autriche (1735); les ducs de Savoie sont devenus des rois depuis 1713. La France, victorieuse dans la guerre que termine le traité d'Aix-la-Chapelle (1748), souvent malheureuse sur terre et plus malheureuse encore sur mer et aux colonies dans la guerre de Sept ans (1756-1763), acquiert cependant, sous le règne de Louis XV, la Lorraine (traité de 1738; prise de possession, 1766) et la Corse (1768). 

La fin du XVIIIe siècle se signale par l'inquiétude suscitée dans les monarchies européennes par la Révolution française en 1789 qui les pousse à les coaliser contre la France. Aux troubles intérieurs s'ajouteront ainsi pour elle, à l'extérieur, de nouvelles guerres qui dureront jusqu'au début du XIXe siècle. Enfin, notons que l'Angleterre dont on n'a encore rien dit, traverse au cours de ce siècle ce qui apparaît comme une phase de consolidation. Les limites que l'on tend à lui imposer ne l'empêchent pas de rester puissante sur mer, et malgré l'indépendance des États-Unis, elle s'est désormais constitué un très vaste domaine colonial. 

Du point de vue de la culture, le XVIIIe siècle va être surnommé le "siècle des Lumières", en référence au mouvement d'idées qui parcourt toute l'Europe à cette époque. Pour le résumer en une phrase (et quelques exemples), il se caractérise, dans le fond, par une foi dans le progrès des connaissances (exemples : L'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert, les voyages de Cook et de La Pérouse, les oeuvres de Buffon et de Linné, etc.) et de la société (Le Contrat Social de Rousseau, L'Esprit des Lois de Montesquieu, etc.), et dans la forme par une expression philosophique plus littéraire que technique (Les oeuvres de Voltaire, de Diderot, etc.). Les conquêtes pacifiques des idées promues par les "Lumières" s'attachent à détrôner les préjugés enfantés par l'ignorance, entretenus par le despotisme. Le goût des réformes, inspiré par les philosophes et les économistes, gagne les ministres et les princes. Mais s'ils semble vouloir se mettre au diapason des nouvelles idées, tout cela devra, à leur yeux, rester compatible avec le maintien du pouvoir absolu.

Dates clés :
1701 - Début de la guerre de succession d'Espagne. 

1713 - Traité d'Utrecht.

1715 - Mort de Louis XIV.

1733 - Début de la guerre de succession de Pologne (elle durera 5 ans).

1734 - Les Lettres philosophiques de Voltaire.

1740 - Guerre de succession d'Autriche (elle durera 8 ans)

1746 - Essai sur l'origine des connaissances humaines de Condillac.

1756 - Début de la Guerre de sept ans.

1783 - Indépendance des États-Unis d'Amérique.

1789 - Révolution française.

1798 - Expédition d'Égypte.

1802 - Début de la dictature de Napoléon Bonaparte.

Jusqu'à 1748

Pendant que l'installation de Philippe V, petit-fils de Louis XIV, sur le trône d'Espagne, irrite et effraye les grandes puissances, et altère en Occident l'équilibre européen, un nouveau trône s'élève entre l'empire germanique, la Suède et la Russie : Frédéric, duc de Prusse, électeur de Brandebourg, se couronne de ses mains à Koenigsberg. Ce prince, quoique dénué d'instruction, révère Leibniz et fonde l'académie de Berlin. Le jeune roi de Suède, Charles XII, menacé par l'ambition de ses voisins, commence sa carrière dans la violence : il frappe le roi de Danemark, le roi de Pologne, Auguste de Saxe, et fait roi à Varsovie le Polonais Stanislas Leckzinski. La bataille de Narva, perdue, ne décourage pas Pierre Ier  : le tsar s'installe près de la Baltique, dans les marais de la Néva; son despotisme ne recule pas devant des pertes immenses d'humains et d'argent, pour faire sortir de ce sol fangeux, pestilentiel, menacé de continuelles inondations, une capitale, Saint-Pétersbourg (L'Empire de Pierre).

II parut bien, à la mort de Guillaume d'Orange, l'ennemi persévérant de la France, que l'ébranlement causé par l'élévation d'un Bourbon sur le trône de Madrid était profond. La ligue contre Louis XIV ne perd rien de ses forces ni de ses prétentions. Comme roi d'Angleterre, Guillaume Ier a pour successeur Anne, fille de Jacques II Stuart qui vient de mourir, et mariée à un prince danois. Liée par le pacte constitutionnel, elle ne peut rien pour les siens, elle continue la politique anglaise sur le continent et sur, les mers, le général Marlborough gagne pour elle des victoires en même temps que le prince Eugène de Savoie pour l'empereur : la réunion définitive de l'Écosse à l'Angleterre par la fusion des parlements est la réalisation d'une pensée nationale des Stuarts. Comme stathouder de Hollande, Guillaume n'a pas de successeur : les républicains des Provinces-Unies craignent que cette dignité ne se transforme en royauté; le grand pensionnaire Heinsius leur suffit.

Louis XIV est cruellement éprouvé dans les dernières années de son règne. La sagesse dans les conseils, l'habileté dans l'administration ou dans le commandement militaire, tout manque à la fois; les favoris gouvernent mal et perdent les batailles; le roi commet tour à tour la faute de ne pas se fier assez ou de se fier trop aux princes de son sang. L'Espagne, unie alors à la destinée de la France, perd Gibraltar, où les Anglais posent un pied solide. Le Portugal, en haine du monarque français des Espagnols, se jette dans les bras de l'Angleterre, dont l'influence sera plus durable et plus oppressive à Lisbonne que celle de la France à Madrid, car le mot prêté à Louis XIV : "Il n'y a plus de Pyrénées" sera mis à néant par les susceptibilités légitimes du peuple espagnol. L'année 1709 est fameuse par le désastre de Malplaquet, par un rigoureux hiver, par la famine, par l'avènement du P. Letellier, après le P. Lachaise, aux fonctions de confesseur du monarque septuagénaire. La diplomatie hollandaise refuse une paix humiliante pour la France.

A l'autre extrémité de l'Europe, le héros d'aventure, Charles XII, succombe à Pultava : sa retraite chez les Turcs (Le déclin de l'Empire ottoman) lui donne un instant l'espoir de tourner contre les Russes vainqueurs les forces de la Porte, mais le tsar Pierre échappe au danger par le traité du Pruth, oeuvre hardie de sa femme Catherine (La Russie au XVIIIe siècle).

La mort de l'empereur Joseph Ier, dont le successeur, l'archiduc Charles, prétendant depuis dix ans à la couronne d'Espagne, est trop puissant maintenant aux yeux de l'Europe; la disgrâce de Marlborough, les dispositions équitables des nouveaux ministres tories (Tories et Whigs);  la brillante victoire remportée à Denain par Villars, donnent à la France la paix tolérable d'Utrecht. Le négociateur Torcy, dernier ministre des affaires étrangères sous Louis XIV, de l'illustre maison des Pompone et des Arnauld qui sont mêlés à l'histoire du jansénisme, peut prendre rang à côté des de Lionne, des Colbert, des Louvois, qui ont ouvert le grand règne. Le traité d'Utrecht reconnaît Philippe V roi d'Espagne, mais sans les Pays-Bas et l'Italie, qui demeurent à l'Autriche; sans la Sicile, qui doit former un royaume pour la maison ducale de Savoie. Cette royauté nouvelle gardera l'entrée des Alpes et les passages de la Méditerranée contre l'ambition des Bourbons de France et d'Espagne. A Utrecht, on allait reconnaître le premier roi de Prusse, qui avait été aussi un des ennemis de Louis XIV. Le second, qui n'a pas le goût des lettres, par ses réformes militaires, se met en état de soutenir la guerre et même d'entreprendre des conquêtes : il prépare ainsi, à son insu, le succès d'un fils qu'il déteste.

Lorsque les hostilités cessent en Occident, la bulle Unigenitus, dont les ministres de Louis XIV imposent l'acceptation, ranime pour un demi-siècle les dissensions religieuses. Jansénistes et molinistes, évêques, parlements, universités, congrégations ecclésiastiques, se jettent dans la mêlée. Ces débats, une dette publique énorme, une administration livrée au favoritisme, tels sont les maux de la France, lorsque la mort de Louis XIV fait roi un enfant de cinq ans, son arrière-petit-fils, seul survivant d'une nombreuse et lignée royale. Anne Stuart, la reine d'Angleterre est morte un an auparavant  (1714) : un prince allemand protestant, électeur de Hanovre, commence une nouvelle dynastie qui subordonnera souvent la politique britannique à ses intérêts sur le continent.

En Orient, les folies de Charles XII profitent à tous les ennemis de la Suède. l'aventurier redevient roi depuis le siège de Stralsund qu'il ne peut cependant pas sauver.

Le traité d'Utrech n'est qu'une trêve pour les Bourbons d'Espagne qui ne renoncent pas à l'espoir de régner sur l'Italie comme autrefois les descendants de Charles-Quint : c'est un but qu'ils poursuivront pendant trente-cinq ans.

Diverses causes peuvent encore renouveler la guerre en Occident. En France, l'annulation du testament de Louis XIV par le parlement adonné la régence à Philippe, duc d'Orléans : Philippe V d'Espagne, dominé par l'orgueil de sa seconde femme, Élisabeth de Parme, par les intrigues de son ministre le cardinalAlberoni, prétend au titre de régent ou même de roi de France; le duc du Maine, l'aîné des fils de Mme de Montespan, prince légitimé, seconde la conspiration espagnole. Les prétentions de la famille Stuart au trône d'Angleterre; l'alliance secrète, mais dévoilée, d'Alberoni avec Charles XII, pour renverser la maison de Hanovre, n'auront pas un résultat meilleur. George Ier se fortifie en Angleterre par la suspension de l'habeas corpus, par l'empire qu'il prend sur le parlement déclaré septennal; au dehors il s'allie avec le régent de France, qui assume sur sa mémoire la responsabilité des négociations de Dubois.

La mort de Charles XII, qui sauve l'Europe de nouvelles craintes de guerre, délivre la Suède d'un roi qui l'a réduite au dernier degré d'épuisement et de servitude. Les nobles se vengent sur le baron de Goertz, principal ministre de Charles; ils sentent la nécessité de tempérer la puissance souveraine et ne défèrent la couronne à la soeur de Charles XII que par une élection libre et en modifiant la forme du gouvernement; mais ils transportent tous les pouvoirs dans le sénat, et par là préparent de longs troubles.

La France et l'Angleterre attirent à elles, contre l'Espagne, la Hollande et l'Autriche; le traité de Passarowitz termine à propos la guerre de l'empereur, uni aux Vénitiens, contre les Ottomans : le prince Eugène perd un théâtre de gloire. Philippe V ne désarme les puissances alliées qu'en renvoyant Alberoni.

A l'intérieur, la régence du duc d'Orléans est fameuse par les débauches de la cour; par l'insolence du parvenu Dubois : par la déliquescence des moeurs, la subversion des fortunes, les fureurs de l'agiotage, résultat de la confiance accordée au système de Law (papier-monnaie); mais aussi, à quelques égards, par le progrès des Lumières, par les encouragements donnés aux lettres, à l'industrie et au commerce. La déclaration de la majorité de Louis XV; le court ministère d'abord de Dubois puis du duc d'Orléans; le gouvernement discutable du duc de Bourbon, qui amène une rupture avec l'Espagne; le mariage du jeune roi avec la fille d'un roi détrôné, Stanislas Leckzinski, remplissent l'intervalle de la régence au ministère du cardinal Fleury. 

La Russie est le seul pays où le pouvoir réel soit alors exercé par le véritable souverain. Pierre le Grand, souverain discutable lui aussi par de nombreux aspects, s'est employé à rapprocher son pays du reste de l'Europe, en y important l'industrie et les lumières de l'Occident : mais ses voyages en Europe ne lui ont appris à être ni moins despote, ni moins cruel; les moeurs sont plus difficiles à modifier que les lois : le réformateur se fait le bourreau de son propre fils. Sa veuve Catherine Ire se montre à la hauteur des défis posés par la succession de Pierre Ier, mais elle ne règne que deux ans (Le Printemps des tsarines).

Deux longs ministères commencent presque en même temps. Dans un pays constitutionnel, en Angleterre, Walpole fonde la politique intérieure sur la corruption; mais des guerres heureuses dans le nouveau monde, les progrès toujours croissants de la marine illustrent même alors le règne de George Il. En France, Fleury, premier ministre à soixante-treize ans, suivra pendant dix-sept ans, jusqu'à sa mort, ses immuables routines, son oppression et ses persécutions aussi polies que sournoises; son amour aussi de la tranquillité, ne tiennent pas contre les provocations des courtisans ou des négociateurs étrangers qui flattent la vanité du ministre.

Les efforts tentés pour rendre la couronne de Pologne au beau-père de Louis XV mettent la France en guerre avec l'empire. Les Bourbons d'Espagne gagnent seuls à cette lutte nouvelle; le royaume des Deux-Siciles reste à l'infant Don Carlos; la maison de Savoie qui a dû, depuis quinze ans, échanger la Sicile contre la Sardaigne, s'arrondit dans le Milanais; la Lorraine et la Toscane changent de maisons princières. L'empereur Charles VI ne meurt en paix avec les Turcs qu'en leur rendant la Valachie, la Serbie et Belgrade.

Paraît  alors Frédéric Il : ce prince, qui sera le plus célèbre monarque du XVIIIe siècle par les armes et par la politique, qui aspire au double renom de conquérant et de philosophe, malgré son sincère attrait pour les lettres, pratiquera les maximes du despotisme et ne dédaignera pas toujours les doctrines de Machiavel, qu'il a réfutées. La tolérance n'est pas difficile à pratiquer pour un déiste, mais elle est plus rare chez les papes. Benoît XIV parviendra cependant à donner cette image et recevra les hommages même de la Prusse, de la Russie, de l'Angleterre. La mort de l'empereur Charles VI est le signal d'une guerre de succession pour Marie-Thérèse sa fille, les électeurs de Saxe et de Bavière, gendres de son frère aîné Joseph Ier; guerre d'ambition pour le roi de Prusse, qui convoite la Silésie; pour les rois de Sardaigne et d'Espagne, qui voudraient se substituer aux Autrichiens dans l'Italie : la France poursuit contre l'Autriche, mais avec des ressources insuffisantes, la politique de Richelieu (L'Europe au XVIIe siècle). 

La chute de Robert Walpole et la mort de Fleury n'influent pas sur la politique générale de l'Europe. Mais la France est réduite à regretter le vieux cardinal, parce que le règne des maîtresses commence aussitôt après sa mort : l'avènement de la marquise de Poumpadour est de 1746. Marie-Thérèse perd la Silésie qui restera à la Prusse, mais le duc de Bavière, qui s'est fait proclamer empereur sous le nom de Charles VII, conserve à peine sa terre électorale, et meurt épuisé par le chagrin : son jeune fils renonce à toute prétention sur la succession autrichienne. La journée de Fontenoy, et l'occupation d'une partie des Pays-Bas par les Français vainqueurs, n'empêchent pas Marie-Thérèse de faire élire et couronner empereur à Francfort son époux, François ler, qui est grand-duc de Toscane depuis la paix de Vienne. Le traité d'Aix-la-Chapelle affermit la maison d'Autriche, ou ne sert qu'à agrandir les possessions des Bourbons d'Espagne : la marine française est tombée bien au-dessous de celle de l'Angleterre. 

La Hollande, menacée d'une invasion par Louis XV, est revenue au stathoudérat, en en faisant pour la maison d'Orange une sorte de monarchie héréditaire tempérée par quelques restes d'institutions républicaines; toutes les espérances de la maison des Stuarts, dont la France était complice, ont été ruinées dans la journée de Culloden. Le long règne de Philippe V d'Espagne, qui a commencé avec le siècle, avait fini deux ans avant cette paix, si favorable à sa maison; son fils Ferdinand IV saura placer sa confiance dans d'habiles ministres. La plupart des gouvernements entrent dans la voie des réformes, ardemment provoquées par les esprits spéculatifs. 

La Russie attendra près de quinze ans le véritable successeur de Pierre le Grand, Catherine II : elle est déjà mariée à l'héritier présomptif d'une couronne qui a été placée sur tant de têtes de 1725 à 1763 (Catherine II entre ombre et Lumières).
 

De 1748-1789

Le milieu du XVIIIe siècle est un moment de crise pour la France. La dignité royale se dégrade avec Louis XV. La France n'a ni un gouvernement moral ni une politique habile. Elle se laisse séduire à l'alliance de l'Autriche, qui veut disputer à la Prusse le premier rang sur le continent. La guerre de Sept ans ruine sa marine; les Anglais ravissent ses dernières possessions du continent américain et fondent un empire durable dans l'Hindoustan (Inde gangétique). Ils sont peu sensibles aux dévastations du Hanovre par les armées françaises; ils comptent sur les ressources et sur l'ambition du roi de Prusse, qui ne s'effraye pas de l'apparition des Russes, alliés des Autrichiens, aux frontières de ses États slaves. L'acte le mieux conçu du ministère de Choiseul, l'union de toutes les branches des Bourbons, n'est pas fécond alors : l'Espagne, alliée de la France, perd la Floride et est indemnisée par la Louisiane. Ces passes d'armes, ces joutes savantes où se déploient toutes les inventions de la tactique épuisent les ressources humaines et financières des grands États de l'Europe. Mais la Prusse sort entière de la lutte méditée pour sa ruine : l'agriculture, le commerce, l'industrie, réparent pour elle les maux de la guerre. En Angleterre aussi, les commerce matériels, puissamment encouragés, profitent de la suprématie maritime que William Pitt lui a assurée.

Les pays qui avaient subi le plus longtemps, et avec le plus de patience, le despotisme du clergé et de l'aristocratie, secouent violemment le joug. La haine pour les ordres monastiques est fatale aux jésuites en Portugal, en Espagne, en France, à Parme , etc. ; presque partout les classes privilégiées s'applaudissent de la chute de cette compagnie, dont les institutions sont un objet de défiance même pour beaucoup de catholiques. Les cours de Madrid et de Lisbonne remettent le pouvoir aux mains de ministres réformateurs : les lettres et les arts ont leur part de protection royale, comme tout ce qui touche au bien-être matériel, et à l'amélioration morale des peuples, l'instruction, la justice, l'industrie, l'agriculture. La science s'empare de toutes les grandes questions d'économie sociale et politique; les sectes d'économistes ont des maîtres illustres en France et en Angleterre : c'est une mode maintenant de vouloir le bien des masses. Les théories philanthropiques abondent, même à la cour du roi de France qui est l'esclave, depuis la mort de Mme de Pompadour, d'une éhontée courtisane; même à la cour de Catherine II, la Messaline du nord, qui ne recule ni devant le meurtre de son mari, ni devant le démembrement de la Pologne : victorieuse il est vrai de tous ses ennemis sur terre et sur mer, bienfaitrice du commerce, des arts et des sciences, mais trop vantée par les philosophes. Il est vrai qu'elle les finance.

La France, qui alors s'agrandissait de l'île de Corse, juste à temps - hélas pour l'Europe! - pour que Napoléon naquît français, assistait au supplice de Lally-Tollendal, à Paris; au procès de La Chalotais en Bretagne, en représailles de la chute des jésuites; à la disgrâce du duc de Choiseul qui pouvait être fier de son exil; au, triumvirat ministériel de l'abbé Terray qui accrut à force d'infidélités le désordre des finances, du chancelier Maupeou, le créateur de ces cours de justice serviles qui, avec moins de dignité que les parlements dissous, n'avaient ni plus de tolérance ni plus de lumières, du duc d'Aiguillon qui laisse, en 1772, partager les provinces polonaises entre les cours de Russie, de Prusse et d'Autriche. La Pologne avait pour roi un ancien favori de la tsarine, Stanislas Poniatowski qui pendant tout son règne trahit par faiblesse la cause nationale. Une noblesse toujours anarchique, des dissidents religieux provoquaient l'intervention étrangère. Les troubles de ce pays sont l'occasion d'une guerre de la Porte contre la Russie (Le déclin de l'empire ottoman). 

En Suède les factions servent d'instrument à l'asservissement du pays : le roi Gustave III renverse les lois et rétablit le despotisme. La reine de Danemark est exilée pour adultère, le premier ministre expie sa complicité par des tortures et une mort violente. L'Allemagne, toujours aux mains de Marie-Thérèse, quoique son fils aîné Joseph ait le titre d'empereur depuis la mort de François ler, peut envier à la Toscane l'administration la plus sage qu'on ait vue jusqu'alors en Europe, celle du frère de Joseph, Léopold. A Parme, règne un Bourbon d'Espagne, élève du philosophe français Condillac : la doctrine anglaise de la sensation (Sensualisme) doit à Condillac les curieuses applications qu'il a faites de la théorie de la pensée à l'art du langage, aux connaissances; morales et politiques, même à l'histoire. A Rome, soit tolérance, soit faiblesse, Clément XIV abroge la bulle in coena Domini, attentatoire aux droits des couronnes temporelles, et supprime l'ordre des jésuites, aboli de fait dans la plupart des États.

L'Angleterre, le seul pays d'Europe qui eut une tribune politique, illustrée alors par de grands orateurs, subit les conséquences de son ambition et de sa trop grande puissance : la crise financière est permanente, le déficit ne peut être arrêté que par l'augmentation des impôts; les chambres, autorisent le gouvernement à faire participer les colonies aux charges de la métropole. Les colons américains qui n'ont pas de représentants dans le parlement britannique, où se votent les taxes, s'affranchissent, par l'insurrection, des prétentions de l'Angleterre. Deux grandes luttes mettent à l'épreuve en même temps le gouvernement anglais : il se défend péniblement contre les Américains qui publient en 1776leur acte d'indépendance: il est engagé dans une longue guerre avec Haïder-Ali, roi de Mysore, qui veut l'empêcher de compléter son empire des Indes

La question américaine devient presque une question européenne : tous les grands États s'y trouveront indirectement associés. La seule guerre qui occupait le vieux continent finissait alors : la Porte ottomane a fait des sacrifices de territoire et d'honneur pour obtenir (1774) la paix de Catherine II; l'ambition de la maison d'Autriche en provoqua une nouvelle de courte durée, à la mort de l'électeur de Bavière, en 1777. Le gouvernement de Louis XVI, inauguré par des réformes, dues à la volonté libérale du roi, et à l'influence de ses ministres Turgot et Malesherbes, les politiciens les plus éclairés du siècle, s'intéresse avec ardeur à la cause des Américains : on saisit cette occasion de réparer les malheurs de la guerre de Sept ans et d'effacer le traité de 1763, désastreux pour les colonies de la France. 

La mort du roi de Portugal Joseph a eu du retentissement en Europe, parce qu'elle a entraîné la disgrâce du ministre Pombal, l'une des grandes figures politiques du siècle, mais que son excessive sévérité avait fait détester de tous ceux qu'atteignaient ses réformes : c'est lui cependant qui a régénéré l'administration portugaise. La guerre d'Amérique, comme on l'appelle alors, s'étend sur toutes les mers, quand, l'Espagne et la Hollande s'allient contre les Anglais à la France : le plan de la neutralité armée proposé à l'Europe par Catherine II restreint les prétentions de suprématie maritime de la Grande-Bretagne. La mort de Marie-Thérèse ne change rien à la politique de l'Europe. Mais son fils, l'empereur Joseph II, prétend à la même gloire, montre le même despotisme, et recueille autant de haines que le ministre de Portugal, le marquis de Pombal; même avec des lumières et de l'humanité, il ne réussit pas, à cause de la violence de son caractère. Dans ses entreprises de réformes il faut plus que des intentions généreuses. Toutes les puissances engagées dans la guerre d'Amérique y trouvaient de la gloire, mais sans profit. La chute du cabinet de lord North est suivie de la paix avec les Américains, dont l'indépendance est reconnue : les Hollandais, les moins favorisés des alliés des États-Unis, fournissent quelques indemnités à la Grande-Bretagne; Tippoo-Saeb continue, comme son père Haïder-Ali, la guerre défensive dans l'Indoustan.

La France et la Hollande sont agitées à l'intérieur : les patriotes voudraient chasser les princes d'Orange, qui sont rois de fait avec le titre de stathouders; le parlement est insatiable de réformes, et provoque, à son insu, une révolution. Ces privilégiés, qui parlent de régénérer et de sauver l'État, refusent de sanctionner les impôts nécessaires pour combler le déficit et conjurer la banqueroute, dès que la taxe ne respecte plus leurs privilèges. Le banquier genevois Necker n'est pas plus heureux que Turgot au contrôle général des finances : il se retire sans attendre la mort du vieux Maurepas, bel esprit de cour jusqu'à quatre-vingt ans, et insouciant des maux de l'État. Calonne entretient un crédit factice à force d'emprunts. Les finances sont en Angleterre aussi un objet d'inquiétudes et de scandales : le procès de Warren Hastings, gouverneur général de la compagnie des Indes, qui commence à s'instruire devant le parlement, dévoile des exactions inouïes.

Les cinq années qui précèdent 1789 sont marquées par le dissentiment élevé au sujet de l'Escaut entre l'empereur, souverain des Pays-Bas autrichiens, et les Hollandais, dissentiment qu'apaise la médiation de la France; par la nouvelle tentative de l'empereur Joseph II pour joindre la Bavière à l'Autriche, réunion qu'empêche le vieux roi de Prusse; après la mort de Frédéric Il, par le concours armé que prête son fils au stathouder de Hollande, Guillaume V d'Orange, contre les patriotes; par le voyage triomphal de Catherine II à travers les provinces méridionales de son empire jusqu'à la Crimée, devenue récemment province russe; par la guerre nouvelle de la Porte contre la Russie et l'Autriche qui convoitent les bouches et le bassin inférieur du Danube; enfin par l'insurrection du Brabant et des Pays-Bas, et par la révolte imminente de la Hongrie contre le gouvernement despotiquement réformateur de Joseph II.

Les ministres de Louis XVI se risquent à convoquer une assemblée de notables, représentation des classes privilégiées et non de la nation entière, pour chercher des remèdes à la crise financière : le gouffre du déficit est seulement mis à découvert, et se creuse de plus en plus. Des courtisans parlent en secret de faire un appel aux cours plénières : le projet est éventé. L'ouverture des états généraux consentie par une royauté confiante, et animée encore d'intentions généreuses, puisqu'elle rappelle Necker aux finances, commencera la révolution française, au moment où la constitution fédérale de la république américaine met un terme à la grande révolution du nouveau monde : Washington , le héros de la guerre d'indépendance, est le premier président élu par les États-Unis en 1789.

Après 1789

La Révolution française éclate en 1789. La Bastille, devenue symbole de l'oppression est prise le 14 juillet; la Déclaration des droits de l'homme est proclamée le 26 août. L'Assemblée nationale ne veut d'abord que détruire les abus et donner une constitution à la France; mais bientôt elle renverse à la fois l'antique constitution française et la dynastie. Le roi Louis XVI sera exécuté en 1793. Déjà en 1792, la France s'est érigée en république. Mais très vite, elle se trouve déchirée par de sanglantes dissensions, et finit par être opprimée par le gouvernement tyrannique de la Convention. Elle commence, à respirer sous le Directoire (1795-99); mais la faiblesse de ce gouvernement la met à deux doigts de sa perte. Lasse enfin de troubles elle revient sous une nouvelle forme à la monarchie, très vite transformée en dictature : Napoléon, d'abord consul (1799), est proclamé empereur en 1804. Mais cette histoire appartient déjà au siècle suivant. Entre temps, l'Europe tout entière, secouée par les événements qui se produisent en France régit contre la république. Cela donnera lieu, entre 1792 et 1802, à ce qu'on a appelé les Guerres de la Révolution.

Dans la convention de Pillnitz, l'empereur François II et Frédéric-Guillaume II, roi de Prusse, avaient déclaré que la cause de Louis XVI était commune à tous les souverains, et avaient en conséquence ordonné des armements. La France prit alors l'initiative, et déclara la guerre a l'empereur François II. Celui-ci commença les hostilités avec l'appui de la Prusse et de la Sardaigne. Cependant l'invasion des Prussiens fut repoussée; ils furent même poursuivis de l'autre côté du Rhin, et les Français pénétrèrent en Savoie. Ce fut dans ces circonstances que l'Angleterre intervint et forma une coalition, dans laquelle entrèrent, outre les souverains allemands, ceux, de l'Italie et l'Espagne. La guerre éclata à la fois sur les frontières du Nord de la France, du Rhin, des Alpes et des Pyrénées (Les guerres de la Révolution).

La défense fut si vigoureuse que la Toscane voulut garder la neutralité, et que la Prusse, et l'Espagne demandèrent la paix à leur tour, en 1795. La France n'avait plus dès lors que l'Autriche à combattre; la création de la république Batave constituait une sorte d'avant-garde pour ses frontières du Nord. En 1796, Moreau et Jourdan prirent l'offensive contre l'Autriche, et détachèrent bientôt de son alliance presque tous les États allemands. D'un autre côté, la campagne d'Italie faisait éprouver à l'Autriche de tels désastres que les souverains italiens jugèrent bientôt prudent d'abandonner sa cause et d'entrer dans l'alliance française. La capitale même de l'Autriche était menacée, quand cette puissance se décida à signer, en 1797, le traité de Campo-Formio, par lequel elle reconnaissait la république française et s'obligeait à respecter la république Cisalpine, qui venait d'être fondée dans la Haute-Italie. Cette paix venait à peine d'être consentie que le congrès de Rastadt réveilla les haines et les défiances. Une nouvelle coalition se forma, en 1798, entre l'Angleterre, la Russie, l'Autriche, le Portugal et l'Empire Ottoman.

A cette époque, la France venait de consolider son influence en Italie, par l'établissement des républiques Romaine et Parthénopéenne, et en Suisse par l'institution de la république Helvétique. Cependant l'expédition lointaine entreprise en Égypte constituait pour la France une cause d'affaiblissement et un danger. Les hostilités éclatèrent à la lois sur le Rhin, en Italie et dans les Pays-Bas; les armées françaises eurent encore raison de la coalition. Par le traité de Lunéville, en 1801, l'Autriche et l'Allemagne consentirent à la paix; le traité d'Amiens, en 1802, amena une pacification générale. Ces différentes guerres avaient épuisé les puissances continentales; mais elles avaient profité à l'Angleterre, qui avait achevé de ruiner les colonies françaises, et étendu sa domination sur les possessions européennes en Amérique, en Asie et en Afrique. 

La vie intellectuelle

Au début du XVIIIe siècle, l'influence littéraire du XVIIesiècle, que l'on appelle aussi parfois le "grand siècle", et auquel est attaché le nom de Louis XIV se continue à peine dans les dernières années de sa vie. La chaire et la littérature ecclésiastiques ont encore Fénelon, qui survit onze ans à Bossuet, et meurt la même année que l'auto-proclamé roi-soleil. Massillon, déjà célèbre par ses prédications, publie son Petit carême en 1717, prêché devant le jeune Louis XV. La littérature est variée, mais sans éclat : les recherches diplomatiques de Mabillon, les travaux d'érudition de Montfaucon, des comédies de Regnard, des tragédies de Crébillon, des odes et des épigrammes de J.-B. Rousseau, des éloges académiques de Fontenelle, même l'Oedipede Voltaire, essai d'un poète de vingt-quatre ans, caractérisent moins l'époque que les Lettres persanes de Montesquieu, données en 1711.

Le Véronais Mafféi, par sa tragédie de Mérope (1743) commence une réforme dans l'art dramatique en Italie. Le Napolitain Gravina compose une poétique, et recherche, en habile jurisconsulte, l'origine et le sens des lois anciennes. Un poète lyrique, Métastase, qui est né à Rome d'une famille pauvre, par sa Didon abandonnée, excite à Naples un universel enthousiasme, quelques mois après l'apparition de la Henriade de Voltaire en France : il ira chercher fortune à la cour d'Autriche. Écrire contre l'autorité temporelle du saint-siège, en Italie même, était une chose trop hardie pour que l'Apulien Giannone, auteur d'une histoire civile du royaume de Naples, ne fût pas persécuté.

Les ouvrages de l'Allemand Stahl, écrits en latin, élèvent la chimie au rang des sciences. Leibniz, auquel Leipzig où il est né, Berlin, Saint-Pétersbourg, même Dresde et Vienne, doivent de puissants encouragements donnés aux études, ne meurt qu'en 1746. Newton lui survit de quelques années. L'Angleterre a son siècle d'Auguste depuis la reine Anne : c'est le temps des poètes Pope, Prior, Gay, Congreve; après Shaftesbury, la plume rend puissants Swift, Addison, Defoe, et Steele. Bolingbroke, ancien ministre d'Anne Stuart et négociateur de la paix d'Utrecht, tour à tour proscrit et réhabilité, avide d'agitation politique, ennemi de la révélation chrétienne, passionné pour l'étude des lettres, est le précurseur de Voltaire. La secte des méthodistes commence avec John Wesley.

En France, les controverses du jansénisme, qui enfantent tant de libelles et de scandales, sont cause de la disgrâce de Rollin. Privé de toute fonction dans l'Université de Paris, il consacre aux lettres les dernières années de sa vie : la science morale et pratique de l'éducation, l'histoire des peuples de l'Antiquité, exposée avec les monuments littéraires de la Grèce et de Rome, sont ses titres de gloire. Montesquieu fait une révolution dans l'art historique par son livre sur la Grandeur et la Décadence des Romains (1734). Voltaire étonne, excelle dans tous les genres. Brutus, César, Mahomet, mis sur la scène, aussi bien que des personnages de l'époque des croisades ou des héros du nouveau monde; l'Histoire de Charles XII; les Lettres philosophiques; l'esquisse du Siècle de Louis XIV, l'Essai sur les moeurs et l'esprit des nations; l'étude des sciences dans la retraite; son voyage à Berlin auprès de Frédéric II, roi despote et bel esprit, pour lequel la philosophie et les lettres étaient un passe-temps mais non un enseignement, disent l'activité merveilleuse, la tolérance, le bon sens, mais aussi le caractère adulateur du grand écrivain.

Les progrès des sciences exactes sont attestés par l'invention du thermomètre de Réaumur, et par les résultats des voyages qu'entreprennent, dans le nord de l'Europe, des savants  pour déterminer la  forme de notre planète ( La Figure de la Terre de Maupertuis). La Hollande possède, dans Boërhaave, le plus célèbre médecin de l'Europe, qui renferme en un seul système général l'histoire, les causes, les symptômes, et le traitement de toutes les maladies.

Dans la deuxième moitié du XVIIIe siècle, La royauté de l'esprit se partage entre Montesquieu qui publie l'Esprit des lois; Buffon qui donne les premiers volumes de son Histoire naturelle; J. J. Rousseau qu'un premier succès de rhéteur et de sophiste enhardit à rechercher l'origine de l'inégalité sociale parmi les humains, à réformer à la fois l'humain et l'État; Voltaire enfin qui domine tout le siècle. Voltaire, après avoir joui tour à tour de la protection de Mme  de Pompadour, de la duchesse du Maine, du bon duc de Lorraine, Stanislas Leckzinski , et du roi de Prusse, trouvera la liberté et l'aisance du grand seigneur dans le pays de Gex; il deviendra le patriarche de Ferney. Il enrichit à la fois les deux scènes de la tragédie et de la comédie; il crée un nouveau genre de romans, tout en achevant ses grands travaux d'histoire

Diderot et d'Alembert fondent l'Encyclopédie qui est comme une tribune offerte aux orateurs de la raison en guerre avec la religion révélée. L'Italie perd Muratori, érudit infatigable qui a rendu de grands services à l'histoire nationale. L'Écossais David Hume, historien et philosophe, affiche un nouveau scepticisme. Lessing crée pour sa part la nouvelle littérature de l'Allemagne; par la critique et l'analyse, il pose les lois de l'art et de la poésie. L'Angleterre et bientôt l'Europe se passionnent pour la brillante production de Richardson, Clarisse Harlowe. Rousseau donne coup sur coup le Contrat social, qui sera le symbole de foi de la démocratie révolutionnaire; la Nouvelle Héloise, qui s'adresse au coeurs faibles et ardents; l'Émile, code hardi et impraticable d'éducation privée et de croyances déistes : ce dernier ouvrage vaut des persécutions à son auteur. Le parlement de Paris ne ménage pas plus les philosophes que les protestants et les jésuites; le jansénisme, devenu une faction jugée odieuse et ridicule, obtient cependant l'expulsion des jésuites, qui est un triomphe pour les philosophes.

Le mathématicien Euler, expose avec clarté d'importants résultats en mécanique, astronomie, optique, acoustique; Condorcet compose ses premiers ouvrages de mathématiques;  Franklin publie sa théorie de l'électricité, et apprend à éviter les effets terribles de la foudre. La Suède a un grand naturaliste, Linné; en France, Bernard de Jussieu forme une nouvelle classification botanique, et bientôt Lavoisier renouvellera la science de la chimie; En Angleterre Jenner découvrira la vaccine. 

 « Le XVIIe siècle avait pénétré jusqu'aux profondeurs de l'espace pour y découvrir la forme elliptique [de l'orbite] des astres, mesurer leur grandeur, assigner la force respective de leurs attractions. Les observations du XVIIIe se portent sur notre globe, sur la matière qui le compose, l'atmosphère qui l'entoure, les fluides mystérieux qui l'agitent, les êtres variés qui l'animent. A la fondation véritable de l'astronomie succède celle de la physique, de la chimie, de l'histoire naturelle positive; à Galilée, à Képler, à Huygens, à Newton, à Leibniz succèdent Franklin, Priestley, Lavoisier, Berthollet, Laplace, Volta, Linné, Buffonet Cuvier. » (Mignet, Vie de Franklin.).
L'ardeur des voyages par Terre et surtout par mer, qui étendent les limites du monde connu, se communique de l'Angleterre à la France, à la Hollande, même à la Russie (La découverte de la Sibérie) : les terres océaniques, les régions polaires sont explorées; les missions chrétiennes y suivront bientôt les navigateurs. La nouvelle image du monde est un tissu de merveilles sous la plume des navigateurs Bougainville et Cook. L'Histoire des deux Indes de Raynal, l'Histoire de l'Amérique de Robertson, déjà célèbre comme historien de Charles-Quint, paraissent à quelques années l'une de l'autre : la première surtout est empreinte profondément de l'esprit philosophique. A ce moment même, les colonies anglaises de l'Amérique septentrionale deviennent le théâtre de la révolution qui débouchera sur l'indépendance des États-Unis.

Au début de la guerre d'Amérique, beaucoup. d'illustrations s'éteignent à la fois : William Pitt, qui est devenu lord Chatham, le naturaliste Linné, Haller, savant, médecin et auteur de poésies allemandes; J. J. Rousseau, cinq semaines après Voltaire, dont la correspondance embrasse plus d'un demi-siècle et en retrace presque toute l'histoire politique et littéraire. 

Les excès de la Révolution française ont conduit à la mort des savants et des intellectuels tels que Lavoisier, Bailly, Condorcet et beaucoup d'autres. Mais la fin du XVIIIe siècle va aussi, à l'occasion de la campagne d'Égypte, permettre l'expression de la dernière grande manifestation de "l'esprit des Lumières", avec la préparation d'une nouvelle Encyclopédie, cette fois plus thématique. Ce sera la monumentale Description de l'Égypte, publiée au début du siècle suivant. (A19 / B.).

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